Flux
Métropolis

I.S.B.N.sans
112 pages

p. 4 à 5
doi: en cours

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Dossier « Réseaux, risques et crises »

n° 51 2003/1

2003 Flux Dossier « Réseaux, risques et crises »

Avant-propos

Anne Marchais-Roubelat Christophe Defeuilley
Les réseaux structurent nos activités : réseaux d’énergie, de transport, d’informations… Les événements récents rappellent que les infrastructures ou les activités en réseau peuvent être touchées par des catastrophes naturelles (tempête de la fin 1999), des phénomènes de pollutions (globales comme l’effet de serre ou locales comme les ondes radio des émetteurs de télécommunications ou la pollution des eaux), des dysfonctionnements majeurs (crise énergétique de Californie) ou des accidents importants (accidents de chemin de fer en Grande-Bretagne), etc. Les catastrophes de ces dernières années nous obligent donc à faire face à des crises dont l’ampleur dépasse dramatiquement les estimations auparavant admises comme crédibles. Cela renvoie également à un paradoxe : plus les réseaux se développent, plus ils structurent notre environnement ; mais leur taille les rend alors plus vulnérables, ce qui peut conduire à une déstabilisation profonde de leur environnement.
On aurait alors pu s’attendre à ce que ce numéro mette l’accent sur la façon dont des configurations particulières, en particulier techniques, sur lesquelles s’appuient les réseaux, les rendent robustes aux crises ou, a contrario, facilitent leur apparition. Toutefois, si les évolutions technologiques des industries de réseaux, la montée des problématiques environnementales et les nouveaux problèmes de coordination posés par la dérégulation font de l’évaluation et de la gestion des risques un thème de plus en plus important dans les débats actuels autour de l’organisation et du pilotage des activités en réseaux, la résolution de la crise passe toujours par des réseaux d’hommes, d’institutions, d’entreprises. Aussi est-il apparu intéressant de mettre en regard l’approche sur les risques et les crises liés aux réseaux et une approche des réseaux comme outils susceptibles de réduire les risques, voire d’éviter l’apparition de crises. C’est donc sur ce second paradoxe qu’insistent les contributions de ce dossier : alors que les réseaux sont susceptibles d’être à l’origine de crises particulièrement intenses par leur gravité et leur ampleur, ce sont quand même des réseaux qui permettent de les résoudre.
Les quatre articles de ce dossier se divisent en deux parties. Les deux premiers s’intéressent au réseau comme facteur de risque, l’un à une échelle nationale et supranationale, l’autre à un niveau local, ainsi qu’à la façon dont la crise est traitée. Les deux suivants considèrent au contraire des réseaux comme instruments de gestion des crises, soit comme réponse émergente dans un contexte de crise dans le domaine de l’assurance santé, soit, dans le dernier cas, le rôle des réseaux de prospective dans la prévention du risque.
L’article d’Erwan Michel Kerjean nous propose une réflexion sur la question des sinistres à grande échelle touchant les grands services vitaux, qu’il illustre par trois exemples : un cas de défaillance technologique locale qui a provoqué l’arrêt brutal d’un satellite de télécommunication, touchant plus de quarante-cinq millions d’Américains en 1998 ; une catastrophe naturelle à l’échelle nationale — la grande tempête de verglas de janvier 1998 au Canada, provoquant l’effondrement du réseau de distribution électrique — ; l’utilisation malveillante de réseaux mondiaux dans le cas du terrorisme de masse. Le constat de départ sur lequel il s’appuie est paradoxal : les progrès techniques dans le domaine de l’ingénierie qui augmentent la fiabilité des grands réseaux et l’interconnexion qui accroît leur efficience en multipliant le nombre des utilisateurs, nourrissent une dynamique de croissance de ces réseaux qui interviennent désormais dans notre vie quotidienne. C’est à cause de ce même effet réseau que les crises prennent une telle ampleur, car elles affectent de très grandes populations, de surcroît dans un contexte d’« incertitude totale ». La prévention des risques ne relève alors plus de mesures de sécurité locales, il faut désormais considérer les risques dans leur globalité. Non seulement la prévention doit changer d’échelle, mais les opérateurs doivent se préparer à des scénarios de crise, aussi bien en développant une culture de risque en interne, que par un partenariat entre secteur privé et public.
Dans un contexte local, puisqu’il s’agit d’un risque d’inondation dans la partie deux-sévrienne de trois bassins versants, l’article de Bastien Affeltranger et Nancy Meschinet de Richemond étudie les conditions d’implication de la société civile dans la gestion de l’alerte et de la crise. Alors que dans l’article précédent, cette implication constituait une des composantes de la stratégie de réponse des opérateurs à la situation de crise, la concertation entre acteurs est dans ce cas envisagée comme un moyen de réguler les recherches en responsabilité pour défaut d’alerte. Cet article nous montre ainsi comment plusieurs réseaux se superposent pour l’anticipation et l’évaluation de la crise, l’enjeu étant, pour les pouvoirs publics, leur articulation lors de la mise en place d’un système d’alerte officiel.
Les deux derniers articles s’intéressent d’un point de vue plus organisationnel au rôle du réseau comme outil de gestion d’une crise. Sylvie Collin-Delaye nous montre que la structure en réseau peut favoriser la régulation d’un risque d’opportunisme dans le domaine de la santé en France. Mais si les réseaux d’assurance santé ont été encouragés par les ordonnances d’avril 1996 pour remédier à la crise de la santé, ils n’ont pas émergé dans ce cadre. À cette occasion, la CNP assurances lance toutefois une structure innovante : un centre d’appels qui délivre des informations sur la santé et des recommandations sur l’opportunité de traitements associés à leurs tarifs. Cette structure de « plate-forme » se diffuse, tandis que le concept est réorienté vers une logique de service aux assurés. À partir de ces centres d’appels, les assureurs en sont finalement venus à une gestion mettant en réseau malades et médecins.
Avec Fabrice Roubelat, nous abordons directement le point de vue de l’entreprise dont les relations avec ses environnements (environnement général, environnement concurrentiel, environnement interne) apparaissent comme un processus de construction de différents territoires la confrontant à de multiples risques, mettant en interaction différentes échelles spatiales et organisationnelles. Face à la complexité de ces risques, les réseaux de prospective permettent, par leur caractère le plus souvent informel, de dépasser les problèmes de frontières entre les territoires et contribuent à l’anticipation des risques, aussi bien par des activités de veille et d’apprentissage que de lobbying. Confrontées à des problématiques de gestion de risques, à la fois globales et locales, les entreprises gestionnaires de grands réseaux techniques, comme les entreprises énergétiques, sont ainsi souvent — et depuis longtemps — au cĹ“ur de ces réseaux prospectifs qui fonctionnent très en amont dans la prévention du risque, mais pourraient être aussi susceptibles d’améliorer la gestion de la crise.
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