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Métropolis

I.S.B.N.sans
142 pages

p. 17 à 26
doi: en cours

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Dossier : Eau : le temps d'un bilan

n° 52-53 2003/2-3

2003 FLUX Dossier : Eau : le temps d’un bilan

L’évolution des techniques

Jean-Claude Deutsch École Nationale des Ponts et Chaussées Martine Vullierme Compagnie Générale des Eaux
Plusieurs facteurs ont joué un rôle prédominant dans le développement technologique du domaine de l’eau : le progrès scientifique et technique en général, la prise en compte du consommateur, la montée en puissance des préoccupations liées à l’environnement et l’acceptabilité de plus en plus limitée des risques.
Dans le domaine de l’eau potable, l’urgence rend aujourd’hui nécessaire d’agir sur deux tableaux : prévenir et traiter. Dans le premier tableau, on trouve les programmes d’intervention tel Ferti-Mieux, la reconstitution du processus naturel des eaux à travers le sol, traiter directement la ressource, et localiser et évaluer du mieux possible les risques de pollution sur le bassin d’apport de la ressource. Dans le deuxième tableau, des évolutions importantes du traitement sont à noter : de purement chimique au départ, au biologique aujourd’hui, en passant par le physico-chimique les principales technologies employées sont : le report de désinfection en fin de filière, les traitements d’affinage, les membranes.
Dans le domaine de l’assainissement, le problème principal lié au traitement des eaux usées est l’élimination des boues. En revanche, en ce qui concerne les eaux pluviales, des innovations importantes ont été réalisées ces dernières années dans le cadre de trois approches nouvelles : la gestion en temps réel, les techniques alternatives et la gestion du risque.
La prise de décision est au cÅ“ur d’un contexte de plus en plus complexe dans le domaine de la gestion de l’eau.
Several factors played a role prevailing in the technological development of the domain of the water : the scientific and technical progress generally, the consideration of the consumer, the concerns bound to the environment and the acceptability more and more limited of the risks.
In the field of the drinking water, the urgency makes necessary today to act along two ways : anticipate and treat. In the first way, we find the programs of intervention such Ferti-Mieux, the reconstruction of the natural process of waters through grounds, to treat directly the resource, and to localize and to estimate of best possible the risks of pollution on the catchment basin of the resource. In the second way, important evolutions of the treatment are to be noted : of purely chemical at first, in the biologic today, by way of the physico-chemical the main employed technologies are : the transfer of disinfection at the end of the process, the treatments of refining, the membranes.
In the field of sewerage, the main problem bound to the treatment of waste water is the elimination of sludge. On the other hand, as regards stormwater, important innovations were realized these last years within the framework of three new approaches : the real-time control, the alternative techniques and the management of the risk.
The decision-making is in the heart of a more and more complex context in the field of the management of water.
Historiquement, c’est le problème de l’eau potable qui a d’abord préoccupé les rois et les gouvernements. Lorsque l’on a pris conscience que les puits et les rivières étaient pollués et pouvaient mettre en danger la vie humaine, l’autorité administrative s’est intéressée aux conditions d’amenée d’une eau saine et en quantité suffisante aux populations. Cette livraison s’est effectuée d’abord aux fontaines publiques des villes puis, signe évident de la modernité, jusque dans les logements. Les infrastructures de l’assainissement ne sont venues que bien plus tard, même si la capitale fut sur ce point exemplaire [1].
En effet, le problème des rejets s’est depuis toujours heurté à deux obstacles majeurs : d’une part une forme de déni psychologique — ce qui est rejeté est sale et il est préférable de l’oublier, de l’occulter, le terme même de « rejet » étant caractéristique du statut de l’assainissement dans la société — et d’autre part, il est difficile d’appréhender le véritable impact des rejets sur la qualité du milieu naturel. Le premier exemple de la mesure de cet impact est le lien que fit le mouvement hygiéniste au début du XIXe siècle entre la qualité sanitaire de l’eau et la maladie du choléra [2].
Les techniques de l’eau et de l’assainissement sont fortement marquées, aujourd’hui encore, par cette histoire. Il en résulte deux caractéristiques importantes :
  • Le domaine de l’eau potable, de même que les investissements et les programmes de recherche qui lui sont associés, a toujours été précurseur, suivi par celui de l’assainissement qui marque un net temps de retard [3], puis par la gestion des eaux pluviales (hydrologie urbaine) qui ne fait son apparition qu’au début des années 1960. Cet ordre des choses n’a d’ailleurs pas que des inconvénients. C’est ainsi que certains procédés mis au point dans le domaine du traitement de l’eau potable ont pu bénéficier directement au secteur de l’épuration.
  • La deuxième caractéristique est le lien très fort entre le développement des métiers de l’eau et de l’assainissement et le développement urbain. L’évolution de ces services, supports de la vie dans la ville, s’est accélérée avec le développement de celle-ci. Mais c’est aussi l’existence même de l’urbanisation qui engendre les problèmes de l’eau : augmentation dramatique des rejets, raréfaction des ressources disponibles, imperméabilisation des surfaces.
D’autres facteurs ont, plus récemment, joué un rôle prédominant dans le développement technologique du domaine de l’eau et sont dans l’ordre d’apparition :
  • les formidables progrès scientifiques et techniques accomplis durant la deuxième moitié du XXe siècle,
  • la prise en compte du consommateur, qui exprime son souhait d’une certaine qualité de service et en particulier son désir de boire une eau d’une bonne qualité organoleptique, c’est-à-dire ne comportant ni goût, ni odeur, ni saveur,
  • la montée en puissance des préoccupations liées à l’environnement : l’eau, replacée dans une perspective environnementale, est perçue comme un enjeu majeur : enjeu de santé publique mais aussi de qualité de la vie puisqu’il n’est plus toléré de voir dégrader des paysages ou des ressources aquatiques,
  • l’acceptabilité de plus en plus limitée des risques d’origine naturelle ou anthropique : crues, inondations, pour ce qui concerne le domaine de l’eau.
La présentation d’un certain nombre de technologies nouvelles dans la suite de cet article tente d’illustrer les propos ci-dessus. Bien que la comparaison faite par le mouvement hygiéniste du XIXe siècle, entre la circulation du sang dans l’organisme, reste plus que jamais pertinente, nous distinguerons ici entre la gestion et la distribution de l’eau d’une part, et l’assainissement d’autre part. En effet, dans ces deux domaines, le tempo, la période, les acteurs de l’innovation technique et scientifique, ont été et sont encore essentiellement différents.
Qu’est-ce qui constitue aujourd’hui les éléments fondamentaux du domaine de l’eau ?
Une approche intégrée des problèmes qui tente d’associer les différents acteurs de l’eau dans une gestion commune par bassins versants. La loi [4] a prévu ce cadre de concertation, le Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE), qui a malheureusement eu du mal à se mettre en place. On peut espérer que la directive cadre européenne [5], qui reprend d’une manière un peu différente cette approche permettra de donner un nouvel élan à ces démarches concertées.
Une sollicitation croissante des scientifiques pour résoudre des problèmes techniques et ce, dans des domaines de plus en plus nombreux. L’eau potable, par exemple, était au départ une discipline rattachée à l’hydraulique. Or, interviennent actuellement dans ce métier des spécialistes très divers : chimistes, biologistes, spécialistes de la mécanique des fluides, de l’écologie, du contrôle de la qualité alimentaire des produits…
La création d’un milieu scientifique et technique organisé, du monde académique jusqu’aux gestionnaires de réseau. C’est ainsi que les grands distributeurs d’eau se sont associés avec des organismes de recherche pour travailler sur certains sujets d’exploitation. Des associations regroupant des chercheurs et des opérationnels se créent, comme le GRAIE ou Eurydice 92, avec pour objectif de débattre des bonnes pratiques scientifiques et techniques.
Le développement considérable de deux outils :
  • la modélisation : l’eau est un milieu continu et vivant, mettant en jeu un grand nombre de processus complexes qu’il est nécessaire d’approcher par des modèles,
  • les mesures : elles ont progressé de façon exponentielle, en diversité et en sensibilité, entraînant avec elles les normes [6] et renforçant l’adéquation des modèles à la réalité du terrain.
Une évolution importante et rapide des métiers : le fontainier du village, qui faisait la tournée des installations, tournait quelques vannes et intervenait chez l’abonné, a laissé place à des automaticiens, des biologistes… Le changement de paysage est total.
La prise de conscience que la gestion des problèmes de l’eau et de l’assainissement nécessite la maîtrise de systèmes complexes. Pour cela, il est indispensable d’utiliser l’aide à la décision, en intégrant les éléments scientifiques et techniques mais également les dimensions financières, économiques et politiques.
 
Alimentation en eau potable
 
 
Le problème de l’eau potable est principalement lié à la qualité et à la disponibilité de la ressource. Or, bien que la ressource en eau soit relativement abondante en France, elle est inégalement répartie et, comme le transport de l’eau coûte cher, il est important de trouver une eau que l’on puisse traiter [7], le plus près possible de l’endroit où il est nécessaire d’en délivrer.
Le constat qui est fait aujourd’hui sur la qualité de la ressource est assez peu favorable. Dans son introduction au rapport sur « La politique de préservation de la ressource en eau destinée à la consommation humaine » [8], le Commissaire au Plan retient parmi les points saillants : « la qualité […] des réserves et des ressources, à savoir les nappes phréatiques, se dégrade, suivant un processus à la fois partiellement irréversible et très mal identifié… ». Ce processus de dégradation conduit à l’abandon d’un certain nombre de captages ou de rivières trop pollués [9] et le raccordement sur d’autres ressources de meilleure qualité.
Symétriquement — et l’on en verra quelques exemples dans la suite — bien que les normes de qualité soient de plus en plus sévères, les techniques de traitement d’eau faisant en permanence des progrès considérables, on peut « théoriquement » produire une eau potable à partir d’à peu près n’importe quelle ressource.
Dans ce contexte, on assiste depuis une dizaine d’années à un mouvement de révolte des collectivités et des consommateurs devant la nécessité d’investir de plus en plus lourdement dans des équipements de traitement de l’eau. À la fois, il n’est pas acceptable de laisser dégrader indéfiniment le milieu naturel, et s’agissant d’un service public essentiel, il n’est pas acceptable non plus d’en renchérir le prix sans limite. Cette option se heurte d’ailleurs à des problèmes de contributions dont les solutions sont loin d’être évidentes :
  • Il est reconnu que le principe pollueur-payeur qui est le fondement du prix de l’eau n’est pas équitablement appliqué. Force est de constater que la contribution des agriculteurs à la résorption de la pollution est aujourd’hui très faible, cependant si on l’augmente, c’est un renchérissement global des produits alimentaires qui s’ensuivra ; c’est donc une équation économique globale qu’il faut résoudre.
  • Il paraît déraisonnable d’intégrer l’ensemble des coûts liés à la préservation de la ressource dans le prix de vente de l’eau [10], mais si on ne le fait pas, il faut trouver d’autres moyens de financer la politique de l’eau, soit au moyen de ressources fiscales, soit par une intégration des coûts de pollution dans les prix des produits et des services.
L’alternative prévenir ou traiter demeure au cÅ“ur de la problématique de l’eau potable, mais en France, comme dans la plupart des pays européens, l’urgence rend aujourd’hui nécessaire d’agir sur les deux tableaux : prévenir et traiter.
Agir sur la ressource
Beaucoup d’actions ont été entreprises pour tenter de préserver et d’améliorer la qualité de la ressource en eau. Si la loi sur l’eau a explicitement fixé le cadre d’une collaboration au sein des bassins versants (SAGE) — avec peu de succès il est vrai — d’autres actions et programmes d’interventions se sont également mis en place.
Si l’on fait le bilan, on peut reprocher à l’ensemble de ces actions un net manque de coordination, avec pour conséquences peu de résultats tangibles.
L’exemple le plus positif est l’opération Ferti-Mieux, lancée en 1991 par le ministère de l’Agriculture et l’Association Nationale pour le Développement Agricole, qui vise à lutter contre les pollutions diffuses par les nitrates par un changement volontaire des pratiques agricoles (modes d’épandage, pratiques culturales…). S’il est difficile d’interpréter véritablement les évolutions de la qualité de l’eau dans les zones concernées, on constate en tout cas une diminution réelle des quantités d’azote épandues (Soyeux, 2001).
Par ailleurs, des opérations de prévention, en partenariat entre des distributeurs de l’eau et les représentants du monde agricole, se mettent en place, pour limiter les pollutions par les nitrates et les pesticides. La limite de ces interventions réside dans le fait qu’elles reposent sur le volontariat. Enfin, notons qu’aujourd’hui il n’existe que des initiatives à l’échelle locale pour limiter l’épandage des pesticides liés à des usages autres qu’agricoles, et en particulier urbains.
D’autres projets consistent à « forcer » la ressource à se dépolluer en reconstituant le processus naturel de filtration des eaux au travers du sol. Ce sont des opérations de filtration sur berges ou de ré-alimentation artificielle des réserves d’eaux souterraines. Ce processus, qui existe à l’état naturel, peut être artificiellement mis en Å“uvre ; les recherches portent alors sur la modélisation des phénomènes de transport de l’eau dans les terrains, le rôle de filtre joué par ceux-ci, mais aussi sur les phénomènes chimiques intervenant dans l’élimination des polluants (Kivimaki et al., 1998).
Enfin, on peut dans de rares cas envisager un traitement direct dans la ressource elle-même (Techniques, Sciences et Méthodes, décembre 1998) : c’est le cas lorsque l’on puise dans un espace limité, une retenue par exemple. Soumis à des rejets d’azote et de phosphore, comme toutes les ressources superficielles, ces bassins sont souvent le siège d’importants développement d’algues. Or, d’une part, les algues perturbent beaucoup les filières de traitement et d’autre part, certaines excrètent des substances toxiques. Pour limiter le développement algal, il est possible de traiter dans le bassin de retenue, en injectant des produits chimiques. Ce type d’action est malheureusement réservé à des cas très exceptionnels.
Prévoir, Contrôler, Alerter
Les sites de production d’eau potable sont soumis en permanence à des risques de pollution. Pour maîtriser efficacement ces risques, il est important de les connaître et de les évaluer, en termes de localisation dans le temps et dans l’espace, et aussi de fréquence d’apparition. Pour cela, les traiteurs d’eau développent des méthodes d’évaluation en lien avec la ressource ; ce sont :
  • la cartographie de tous les sites industriels situés dans un périmètre proche de la ressource et susceptibles d’effectuer des déversements qui la polluent, avec les quantités stockées et les caractéristiques des produits,
  • la mise en place de stations d’analyse en amont des prises d’eau superficielle (éventuellement plusieurs, certaines étant présentes sur des affluents sensibles de la ressource) permettant de connaître les caractéristiques de l’effluent à traiter et de prendre, si possible avec une certaine avance, les mesures nécessaires,
  • la modélisation du comportement transport/épuration d’une rivière, afin d’approcher les caractéristiques de l’évolution d’une nappe de pollution (déversement accidentel dans une rivière par exemple),
  • l’élaboration de plans d’organisation permettant, en cas de pollution de la ressource, de mettre rapidement en contact tous les acteurs concernés, et de constituer rapidement un PC de crise,
Certaines de ces mesures font partie des périmètres de protection des captages, rendus obligatoires par la loi sur l’eau, mais dont la mise en place est malheureusement très lente.
Traiter l’eau
Les filières anciennes
Les usines de traitement d’eau potable ont connu d’importantes évolutions : au départ exclusivement chimiques [11], puis physico-chimiques, elles intègrent dans les années 1980 des traitements biologiques : la désinfection qui était placée en tête de filière est reportée à la fin de celle-ci pour laisser se développer la vie bactérienne dans la filière de traitement. Toutes proportions gardées cette évolution fut comparable à la découverte des antibiotiques ! (Valiron, 1984).
Le report de la désinfection en fin de filière
Le principe du traitement biologique est le suivant : en l’absence de produit désinfectant (chlore ou équivalent), des bactéries sont susceptibles de se développer dans la filière de traitement à condition qu’elles trouvent un support et une alimentation appropriée. Le support leur est fourni par les filtres, ouvrage de base du traitement de l’eau potable [12] et la nourriture par les matières organiques indésirables qu’il faut éliminer pour produire de l’eau potable. C’est ainsi, dans la majorité des usines de traitement d’eau de surface que sont actuellement éliminés l’ammoniaque et une partie de la matière organique. La désinfection, indispensable au maintien de la qualité de l’eau, est quant à elle repoussée en fin de filière.
Les traitements d’affinage
Les traiteurs d’eau ont ensuite été confrontés à la présence, dans l’eau déjà débarrassée des matières particulaires, de produits organiques de faible taille qui n’étaient éliminés, ni par la filtration physique, ni par les traitements chimiques, ni par les traitements biologiques : c’est le cas des pesticides, générateurs de nombreux développements médiatiques ces dernières années, et plus généralement de la matière organique dissoute, qui constitue un nutriment pour les bactéries et se combine au chlore pour donner des saveurs désagréables. On a alors ajouté aux filières de traitement des étapes d’affinage telles que l’ozonation et la filtration sur charbon actif en grains, qui permettent de traiter l’eau au niveau moléculaire (Roche, 2002).
Presque simultanément, s’est posé le problème de la formation de sous produits : certains traitements de la filière (en particulier les traitements oxydants, dont la désinfection) forment des sous-produits qui sont indésirables. C’est le cas par exemple des bromates, molécules qui résultent de l’oxydation des bromures naturellement présents dans la ressource. Il en est de même pour les métabolites de pesticides : les pesticides sont, pour un certain nombre d’entre eux, très efficacement éliminés par l’ozone, mais cette élimination se fait par destruction des molécules, au profit de la formation d’autres, dites métabolites, dont on suppose que les effets sur la santé sont les mêmes que ceux des pesticides (Hotelier, 1993).
Les membranes et le traitement de l’eau
En réponse à ces derniers problèmes, la très grande avancée technologique de la fin du XXe siècle est l’utilisation des membranes dans le traitement de l’eau potable. Le principe de la membrane est simple en apparence : c’est une barrière physique qui comporte des perforations (pores) de taille calibrée. La membrane est d’autant plus efficace que ses pores sont de petite taille et c’est ainsi que l’on distingue différentes techniques membranaires :
De très nombreuses technologies des membranes existent, tant en termes de matériau constitutif (minéral, organique) que d’agencement de ce matériau (fibres creuses, membranes plates, à enroulement spiral…), mais dans tous les cas, plus la taille des pores est faible, plus l’énergie à mobiliser pour filtrer une quantité d’eau donnée est importante, et plus les éléments retenus sont de faible dimension. Ces données vont guider le traiteur d’eau dans le choix d’un type de membrane, en fonction du problème rencontré (Buisson et al., 1998).

Technique membranaireTailles des pores
Micro-filtration10-7m
Ultra-filtration10-8m
Nano-filtration10-9m
Osmose inverse10-10m

Les membranes d’osmose inverse sont ainsi exclusivement utilisées pour effectuer du dessalement d’eau de mer (l’ion sodium mesure en effet 4.10-10m). Au 1er janvier 2000, on comptait 13 600 usines de dessalement d’eau de mer, installées dans 120 pays et d’une capacité de traitement de 26 millions de m3/j. Le coût du dessalement de l’eau de mer reste encore très élevé (technique membranaire ou évaporation) et reste réservé aux pays riches et sans aucune alternative en matière de ressource (coût du traitement 1€/m3).
Les membranes de nanofiltration peuvent se substituer aux traitements de fin de filière, lorsque l’eau est déjà débarrassée de toute trace de pollution visible ; elles permettent d’éliminer beaucoup de micropolluants et de matière organique, et produisent même un adoucissement de l’eau puisque les pores sont suffisamment petits pour éliminer ce qui rend l’eau « calcaire » (Wittmann, 1999).
Initialement réservées au traitement de problèmes spécifiques, les membranes s’utilisent aujourd’hui plus fréquemment et commencent — sur des unités de petite taille — à remplacer les traitements classiques ; on voit ainsi des unités mobiles comportant des modules de membranes, être mises en place pour fournir en urgence de l’eau potable aux populations.
Préserver la qualité de l’eau dans le réseau de distribution
L’eau ayant été potabilisée, elle est envoyée dans le réseau de distribution, où entrent en jeu des processus hydrauliques et des phénomènes biologiques complexes. En effet, le réseau est composé de canalisations — non stériles — et transporte une eau qui contient toujours une certaine concentration de matières organiques [13], lesquelles sont le nutriment des bactéries. En fonction du temps de séjour de l’eau dans le réseau de distribution, des bactéries et même toute une chaîne trophique depuis des micro-organismes jusqu’à des crustacés (azelles), peuvent se développer.
Pour empêcher ce type de pollution, l’objectif du distributeur est donc de maintenir un niveau de désinfection satisfaisant en tout point du réseau, sans introduire des doses de chlore trop importantes au départ de l’usine de traitement. Les travaux des dernières années dans ce domaine ont donc beaucoup porté sur des modélisations hydrauliques des réseaux, capables de prendre en compte l’évolution de substances réactives, comme le chlore, dont on connaît les cinétiques de disparition ou de formation (Jaeger, 2003).
D’autres recherches, plus empiriques, portent sur les goûts générés par le réseau ou par les traitements qui ont été appliqués à l’eau. Il est vrai que l’eau délivrée au robinet est censée être « incolore, inodore et sans saveur » [14], ce que revendiquent aujourd’hui les consommateurs. Si cette exigence n’est pas satisfaite, ils se tournent malheureusement vers l’eau en bouteille, presque cent fois plus chère…
 
Assainissement
 
 
Les principales évolutions technologiques dans le domaine de l’assainissement, ces vingt dernières années, ont concerné principalement le domaine de l’évacuation des eaux pluviales (Chocat et al., 1997). Avant de l’aborder, il faut donner un bref éclairage sur ce qui s’est passé dans le domaine de l’épuration des eaux usées.
Les stations d’épuration
Si les grands principes de l’épuration biologique sont connus depuis plus d’un siècle, l’évolution des préoccupations environnementales, et en particulier la volonté exprimée dans la directive européenne de 1991 de diminuer les rejets des matières nutritives : azote et phosphore, ont conduit à élargir l’application de ces principes. Ainsi, la déphosphatation biologique fait maintenant partie des traitements systématiquement utilisés. De même, la volonté politique de diminuer au maximum les impacts des stations d’épuration en terme de consommation d’espace, ont conduit à utiliser des techniques compactes, telles que la décantation lamellaire ou la biofiltration.
De manière générale et comme cela a été souligné en introduction, les évolutions technologiques des stations d’épuration sont assez similaires à celles des usines d’eau potable. En revanche, le problème principal de ces stations reste l’élimination des boues. Les tensions autour de l’épandage agricole — qui représente aujourd’hui encore la solution pour 60 % des tonnages produits [15] — ont conduit à une augmentation des tonnages éliminés par mise en centre d’enfouissement technique, incinération et au développement de nouvelles techniques, telles que le séchage thermique ou l’oxydation par voie humide.
Avec la perspective de la fermeture des décharges, qui seront désormais réservées aux déchets ultimes, c’est-à-dire non valorisables, de nombreuses recherches portent aujourd’hui sur des procédés permettant de recycler les boues issues des stations d’épuration. Il s’agit de faire subir au matériau un certain nombre de transformations, afin d’en faire un produit possédant des caractéristiques adaptées à une utilisation donnée : les principaux exemples sont le compost et les matériaux de remblai routier. Enfin, de manière plus prospective, on explore d’ores et déjà la possibilité de faire de l’épuration biologique sans production de boues.
L’assainissement pluvial
L’urbanisation qu’a connue la France à partir des années cinquante a eu pour conséquences, à la fois une augmentation importante des volumes et des débits à évacuer et une imperméabilisation des sols : de là sont nées les approches relatives à l’assainissement pluvial. L’exemple le plus frappant de ce phénomène est la création des villes nouvelles qui ont transformé des surfaces considérables de terrain naturel en macadam. Mais la multiplication des ZAC et la disparition des terrains libres dans les « dents creuses », à l’intérieur des agglomérations, ont aussi fortement contribué au phénomène.
Le paradigme de l’assainissement qui avait été formalisé à la fin du XIXe siècle — éloigner les eaux stagnantes le plus loin et le plus vite possible du centre des villes — ne pouvait plus être respecté. En effet, le coût des réseaux à mettre en place a été ressenti comme trop élevé par rapport au service que ces infrastructures pouvaient rendre. Pour résoudre cette contradiction, trois nouvelles approches se sont peu à peu dégagées.
À la fin des années soixante
Dans certains services d’assainissement d’agglomérations importantes, germe l’idée que l’on peut appliquer les principes d’automatisation des process industriels à la maîtrise du ruissellement pluvial urbain. Les usines de traitement d’eau potable et des systèmes d’adduction qui ont suivi le même cheminement une dizaine d’années auparavant, faisaient figure d’exemple.
De quoi s’agit-il ? La pluie doit se transformer en un débit d’eau ruisselée rejetée dans le milieu naturel, sans que se produisent des débordements non voulus. Autrement dit, il faut optimiser le fonctionnement du réseau en utilisant au maximum les capacités de stockage disponibles. Cela devient possible à partir du moment où la surface de l’agglomération urbaine devant être protégée devient supérieure à la surface couverte par les orages, causes principales des inondations urbaines. On peut alors envisager de diriger les eaux des parties du réseau qui risquent d’être saturées vers celles qui ne subissent pas l’impact direct de la pluie.
De quoi a t-on besoin ? Un système de gestion automatisée, appelé aussi gestion en temps réel ou gestion technique centralisée, se définit comme un ensemble comprenant des modèles des phénomènes en cause, des systèmes informatiques, des capteurs pour mesurer les paramètres importants, des actionneurs à l’intérieur du réseau, un système de transmission à distance des informations, un central de supervision, et des moyens humains pour faire fonctionner l’ensemble de ces systèmes.
La clé de voûte des systèmes modernes réside dans la prévision de la pluie. Celle-ci a été permise largement par l’utilisation des radars météorologiques, qui donnent une vision spatio-temporelle du phénomène, alors que les pluviomètres classiques ne donnent qu’une mesure ponctuelle. Cependant des modèles de calage doivent être utilisés parce que cette mesure ne donne pas directement les hauteurs de pluie tombées mais la réflexivité des ondes radar par les gouttes d’eau dans le nuage.
D’autres modèles sont utilisés pour représenter la transformation de la pluie en un débit d’eau et le déplacement des hydrogrammes sur le sol et dans le réseau. La plupart des logiciels utilisant ces modèles donnent des résultats en temps différé. Leurs entrées sont alors constituées de pluies synthétiques ou de pluies réelles qui sont déjà survenues. Dans les années qui viennent, des modèles simulant les charges de pollution transitant dans les réseaux et rejetées dans le milieu naturel seront probablement employés.
Depuis une trentaine d’années, les systèmes informatiques ont évidemment beaucoup évolué. Ils permettent aujourd’hui le rapatriement d’une énorme quantité d’informations au centre de supervision et une présentation claire et conviviale à l’opérateur. Les mesures effectuées en continu concernent, outre les hauteurs et les intensités de pluie qui tombent ou qui vont tomber, les hauteurs et les débits d’eau dans les réseaux, la surveillance de la bonne marche des différents appareils ainsi que le positionnement des actionneurs. Ceux-ci sont constitués d’équipements qui permettent de contrôler les valeurs des débits qui transitent dans le réseau et leur cheminement : vannes de différents types, siphons, pompes…
Cependant, comme c’est assez souvent le cas lors du développement de systèmes techniques innovants, les objectifs atteints ne sont pas exactement ceux qui avaient été explicités au début. Le rêve de l’ingénieur : arriver à un fonctionnement entièrement automatique, ne s’est pas réalisé. On ne maîtrise pas de la même manière un process entièrement artificiel et un phénomène aléatoire comme la pluie. Le jeu des possibles est trop grand pour pouvoir être prévu entièrement et le système est trop complexe pour que sa conduite soit laissée entièrement à un opérateur humain. En cas de défaillance, personne n’est prêt à assumer la responsabilité.
On s’oriente donc aujourd’hui vers la définition a priori de scénarios d’événements pour lesquels la structure de fonctionnement du réseau est définie pour assurer le meilleur arbitrage possible entre des objectifs contradictoires comme la minimisation des zones inondées et la minimisation des charges polluantes rejetées. L’objectif premier d’optimisation s’en trouve d’autant plus éloigné. Pendant l’événement, cependant, la main peut à tous moments être reprise par l’opérateur.
Est-ce que l’on peut pourtant dire que d’un point de vue économique, les coûts de maîtrise du ruissellement pluvial urbain ont été abaissés ? Il est difficile de l’affirmer. S’il est clair que les coûts d’investissement du système sont moins lourds que pour la construction d’une grosse canalisation, par contre les coûts d’exploitation sont plus difficiles à estimer. Des moyens humains importants sont en effet mis en Å“uvre avec la présence de spécialistes de domaines nouveaux qui, en revanche, augmentent globalement les capacités de réflexion du service. Enfin, pour améliorer les capacités du système, des ouvrages de stockage sont construits, ce qui nous amène à examiner la deuxième approche nouvelle dont nous avons parlé plus haut.
En 1977
La nouvelle instruction technique interministérielle relative à l’assainissement des agglomérations crée un petit électrochoc dans les milieux techniques spécialisés en consacrant tout un chapitre à la conception de bassins de retenue pour les eaux pluviales. Elle ne faisait pourtant qu’entériner une évolution technique largement entamée à l’occasion de la création des villes nouvelles. L’évacuation des volumes et des débits d’eau pluviale générés par ces dernières ne pouvait être assurée, économiquement parlant par des canalisations de diamètre extrêmement important. La solution retenue s’est orientée tout naturellement vers le stockage des eaux avec vidange à débit faible vers l’aval.
Rapidement, deux types de bassins ont été définis : les bassins secs qui sont vides en dehors des périodes pluvieuses, et les bassins en eau dont le volume de stockage est constitué par un marnage d’une certaine hauteur au-dessus d’un plan d’eau permanent, et dont la profondeur dépasse 1,5 m. Deux hypothèses sont à la base de la mise en Å“uvre de ce type de technique : la non pollution des eaux pluviales apportées au bassin par le réseau pluvial d’un système d’assainissement séparatif, et la capacité de réserver du foncier pour la construction ce ces équipements. Or, aucune de ces hypothèses n’est aujourd’hui vérifiée.
La pollution des eaux pluviales est aujourd’hui une réalité amplement confirmée par de nombreuses études (Chebbo, 1998) : quand une ville prend son bain, l’eau à évacuer est sale ! Il est d’ailleurs tout à fait curieux de constater que pendant plus de soixante-dix ans, cette évidence a complètement été perdue de vue par les concepteurs de réseaux d’assainissement. Cet oubli a, certes, permis de mettre en Å“uvre les réseaux séparatifs, dont le concept a été imaginé entre les deux guerres, pour pouvoir traiter les eaux usées et diminuer les coûts de construction des réseaux. Cependant, il est clair que l’on est loin d’avoir assuré une maîtrise complète des branchements au réseau, ce qui entraîne qu’une certaine quantité d’eaux usées se retrouve dans les eaux pluviales, y compris dans les zones d’urbanisation nouvelle. Pour faire face à cet état de fait, des systèmes de sédimentation de la pollution ont été construits juste en amont des bassins. Plus généralement, on a essayé de concilier les objectifs de traitement de la pollution et de stockage des eaux pluviales, en dédoublant les bassins, avec une première partie pour le traitement et une partie en aval pour le stockage. Dans le cadre du dimensionnement de ces ouvrages, on trouve ici aussi une idée toute faîte qui perdure bien que des expérimentations aient montré le contraire : la concentration de la charge polluante dans le premier flux d’orage (Bertrand-Krajewsky, 1998).
Une des conditions nécessaires, pour trouver un terrain adapté à la construction de bassins de retenue, est la possibilité de mettre en évidence la nécessité de cet aménagement lors de la planification de l’urbanisation. Alors que ce combat a été aujourd’hui partiellement gagné, d’autres difficultés sont apparues, dues à la concurrence pour l’appropriation de terrains rares en zone urbaine. Des activités, elles aussi consommatrices d’espace sont a priori plus payantes en terme de politique locale que la lutte contre les inondations urbaines. Par ailleurs, il n’est pas toujours très compréhensible qu’un bassin gèle du terrain, alors que son utilité ne sera visible que lors d’événements relativement rares.
Deux réponses très différentes ont été apportées par les techniciens. La première admet que des activités très diverses peuvent être acceptées sur l’espace du bassin de retenue, en dehors des périodes de fonctionnement hydraulique. Un des exemples célèbres en France est le vélodrome de Vitrolles, deuxième en Europe, qui est aussi un bassin sec. Au Japon, des cours d’école peuvent aussi servir de stockages des eaux lors d’événements pluvieux. Ces utilisations multiples doivent être soigneusement préparées avec l’ensemble des partenaires concernés lors de la conception du bassin, et donner lieu à une communication adéquate pour permettre l’appropriation de l’espace par les futurs riverains. La seconde est beaucoup plus traditionnelle et technique, puisqu’elle consiste à enterrer complètement les bassins (Nascimento, 1999).
À partir du moment où l’on accepte de stocker les eaux pluviales dans les zones urbaines, d’autres solutions peuvent être imaginées. C’est ce qui s’est produit à partir des années 1980 où différentes techniques ont été mises en Å“uvre, soit en adaptant ce qui était déjà utilisé dans d’autres domaines : fossés absorbants, puits filtrants, toitures-terrasses, soit en innovant : chaussées à structure réservoir. En fait, tout est possible lorsque l’on réfléchit au stockage des eaux pluviales au moment de la création des bâtiments ou de la réalisation des aménagements urbains.
L’échelle d’application de ces techniques étant très différente, pouvant aller de la parcelle au quartier, il est très difficile de faire une comparaison coûts-avantages avec la construction classique d’un réseau. Si les coûts d’investissement sont a priori moins élevés, nos connaissances sont beaucoup moins sûres en ce qui concerne les coûts de fonctionnement, qui peuvent pour un certain nombre de ces techniques être supportés par le secteur privé et non par le secteur public. Par ailleurs, l’acceptabilité sociale ainsi que la pérennité de fonctionnement de nombreux dispositifs n’ont pas fait l’objet d’études approfondies.
Analyses de ces dernières années
Les solutions décrites précédemment ont essentiellement pour objet d’apporter une réponse au problème de la protection contre les inondations pluviales urbaines. L’approche économétrique propose de fixer une limite, qui correspond à un optimum économique, à l’événement dont on veut se protéger. Classiquement, on choisit la pluie de période de retour décennale, c’est-à-dire l’événement qui revient en moyenne statistiquement tous les dix ans. La réflexion de ces dernières années, ainsi que les graves inondations qui se sont produites ont conduit à se poser la question de ce qu’on pouvait faire lorsque des événements plus rares survenaient.
En d’autres termes, l’idée n’est plus uniquement de se protéger contre les inondations, mais de savoir comment on peut éviter les pertes de vie humaine et limiter les dommages, lorsqu’une inondation dont la probabilité d’occurrence n’est pas négligeable survient. Ce type d’approche est appelé gestion du risque. Elle considère en fait que le risque est constitué de deux éléments : l’aléa et la vulnérabilité, et se propose principalement d’intervenir sur le deuxième terme.
Les moyens d’action correspondant à cette approche consistent par exemple à ne pas installer des équipements sensibles (hôpitaux ou centres de la sécurité civile, par exemple), dans des zones où le risque d’inondation est plus grand que dans d’autres endroits. C’est le cas des cuvettes par rapport aux sommets de colline. Cela consiste aussi à ne pas construire de rues dans le sens de la pente quand celle-ci est importante.
L’assainissement pluvial procède alors d’un travail sur la morphologie urbaine et non plus de techniques de génie civil. Les difficultés de l’approche ne sont plus techniques mais institutionnelles, dans la mesure où il s’agit d’accorder des acteurs aux intérêts très différents en vue d’arriver à une solution satisfaisante.
 
Conclusion
 
 
Deux points importants sont à dégager :
Au-delà des pressions de toutes natures, médiatiques, politiques, émanant de branches professionnelles, il est nécessaire de développer des démarches de hiérarchisation des risques et des problèmes posés. Le domaine de l’eau est plus sensible que les autres, parce qu’il est profondément ancré dans l’inconscient des individus, cela a été dit bien souvent. Il n’en demeure pas moins que la tâche à accomplir pour reconquérir la qualité de la ressource est importante, les moyens de financements limités, il faut donc agir avec méthode en redonnant à chaque problème l’importance qui lui revient dans une perspective de santé publique et de sécurité des populations.
La prise de décision est au cÅ“ur d’un contexte de plus en plus complexe dans tous les domaines de gestion de l’eau (Thomas, 2001). On peut citer à titre d’exemple, l’emploi très fréquent des Systèmes d’Information Géographique. En zone urbaine, ils sont généralement constitués de plusieurs « couches » ou niveaux représentant l’occupation des sols par les différents réseaux (eau potable, assainissement, gaz, électricité, télécommunications…). Le bon fonctionnement de ces systèmes nécessite une mise en commun des informations en provenance des différents services. Si celle-ci représente une utilité indéniable, elle oblige à une coordination des actions qui n’est pas forcément bien perçue par tout le monde.
Dans ces conditions, comment arriver à des solutions satisfaisantes sur le plan technique et qui conviennent à tous les acteurs sociaux concernés ? Au-delà des outils classiques utilisés par les ingénieurs — modélisation et mesures — ces derniers sont à la recherche de dispositifs pragmatiques permettant de maîtriser le processus de décision. L’intégration des aspects politiques, institutionnels, voire sociaux est recherchée à travers des méthodes multicritères et des outils d’encadrement du processus de décision. Peut-on parler alors d’approche naïve ou, au contraire, d’approche cynique permettant aux ingénieurs de garder le contrôle de la prise de décision ? La question reste aujourd’hui posée.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Bertrand-Krajewski J-L., Chebbo G., Saget A., 1998, Distribution of pollutant mass versus volume in stormwater discharges and first flush phenomenon, Journal of Water Research, vol 32, n° 8, pp. 2341-2356.
·  Buisson H. et al., 1998, Les membranes : point sur les évolutions d’un outil incontournable en production d’eau potable. L’eau, l’industrie, les nuisances, mars 1998, n° 210, pp. 42-47.
·  Chebbo G., Gromaire M-C., Deutsch J-C., 1998, Le bassin versant expérimental urbain « Le Marais » : Un observatoire de terrain en hydrologie urbaine à Paris, Annales des Ponts et Chaussées, n° 87, pp. 43-48.
·  Chocat B. et al., 1997, Encyclopédie de l’Hydrologie Urbaine et de l’Assainissement, mai 1997, Ed. Tec et Doc., 1 124 pages.
·  Hotelier J., Bablon G., 1993, The ozocarb process for the removal of micropollutants, International Ozone Association, International Symposium - Wasser, Berlin, 24-28 avril 1993, pp. 33-49.
·  Jaeger Y. et al., 2003, Modelling chlorine decay in drinking water distribution system supplied with mixed waters of various origins and qualities. Water and wastewater Europe 2003, Nice, 4-6 mars 2003, 18 pages.
·  Kivimaki A-L et al., 1998, Removal of organic matter during bank filtration. Proceedings of the third international symposium on artificial recharge - TISAR 98, Amsterdam, 21-25 septembre 1998.
·  Nascimento N., Ellis B., Deutsch J-C., 1999, Using detention basins : operational experience and lessons, Urban Water, vol 1.
·  Roche P., De Traversay C., 2002, Gestion de l’étape de filtration sur charbon actif en grains (CAG) pour l’élimination de l’atrazine et ses sous-produits, TSM, n° 3, mars 2002, pp. 69-79.
·  Soyeux E., Overmann K, 2001, Cooperative agreements in agriculture as an instrument to improve the economic and ecological efficiency of the european union water policy, Integrated national report - France, 85 pages.
·  Thomas J-S., 2001, Watside : a decision methodology for water supply integrated development, PhD thesis, RMIT University, janvier 2001, 332 pages.
·  Valiron F., 1989, Gestion des eaux : alimentation en eau, assainissement, tome 2, 505 pages.
 
NOTES
 
[1]Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, sous la direction du Baron Haussmann, alors Préfet de la Seine, l’ingénieur en chef Belgrand effectua à Paris de grands travaux permettant l’implantation d’un réseau d’égouts et l’amenée d’eau potable dans la capitale, par des aqueducs, depuis des sources situées à quelque 150 km.
[2]Le vecteur de la maladie (vibrion cholérique) ne fut mis en évidence qu’en 1884 par Pasteur.
[3]La desserte des communes rurales passe de 30 % en 1945 à 90 % en 1960 ; à la même époque 12 % seulement des habitations sont raccordées au tout à l’égout dans les villes.
[4]Loi sur l’eau du 3 janvier 1992.
[5]Directive européenne 2000/60/CE du 23 octobre 2000, cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l’eau.
[6]Lors de l’élaboration de la directive européenne de 1980, la position de la commission sur les pesticides était la suivante : ces substances ayant pour fonction d’empêcher la croissance ou de détruire certaines espèces animales ou végétales, elles ne peuvent être que néfastes pour la santé de l’homme et doivent donc être absentes de l’eau potable. C’est pourquoi, alors que la norme retenue par l’OMS était de 5µg/l, la norme avait été fixée à la limite de détection de l’époque, soit 0,1µg/l. Pour que l’eau soit potable, il était donc nécessaire de ne plus pouvoir détecter le produit.
[7]Les directives européennes de 1980 puis de 1998, respectivement retranscrites en droit français par les décrets de janvier 1989 et du 20 décembre 2000, ont en effet classé les ressources susceptibles d’être traitées en trois catégories, introduisant des limites minimales de qualité en deçà desquelles la ressource ne peut être utilisée pour produire de l’eau potable.
[8]La politique de préservation de la ressource en eau destinée à la consommation humaine, rapport de l’instance d’évaluation, Conseil national de l’évaluation, Commissariat général du Plan, La documentation Française, 2001.
[9]« Ainsi, dans dix-huit départements du bassin Loire-Bretagne, cinquante cinq captages ont été abandonnés en 1997, dont cinquante deux en eaux souterraines », ibid.
[10]Il est en effet probable que l’on aboutirait à des prix de l’ordre de 15 €/m3.
[11]Les premiers traitements d’eau potable consistaient en une désinfection à l’eau de javel.
[12]Les premières usines de traitement d’eau potable étaient constituées presque exclusivement d’immenses filtres à sable dans lesquels l’eau circulait très lentement (7m3/j) ; cette filtration était précédée d’une désinfection intense par le chlore, destinée à éliminer les virus et les bactéries.Lorsque ces usines sont refaites, la génération suivante des filtres à sable permet une vitesse de passage de 7 m3/h.
[13]Elle peut être extrêmement faible dans le cas de ressources très protégées (par exemple l’eau distribuée à Nice).
[14]Pour une définition précise de ces notions, voir le décret n° 2001-1220 du 20 décembre 2001, annexe I.
[15]Les boues urbaines produites en France en 2001 représentent environ un million de tonnes de matières sèches.
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