Flux
Métropolis

I.S.B.N.sans
142 pages

p. 8 à 16
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Dossier : Eau : le temps d'un bilan

n° 52-53 2003/2-3

2003 FLUX Dossier : Eau : le temps d’un bilan

La qualité des eaux souterraines l’échec des réglementations

Gérard Miquel Sénateur du Lot, rapporteur de l’Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques sur la qualité de l’eau et de l’assainissement en France. Jean-Claude Deutsch Professeur à l’ENPC Michel Meybeck Directeur de recherches CNRS à l’Université Paris VI Antoine Montiel Directeur Qualité Environnement à la Société Anonyme de Gestion des Eaux de Paris Jean-Luc Vasel  [1] Professeur à la Fondation Universitaire Luxembourgeoise
Classiquement, la pollution des eaux souterraines a trois origines : industrielle, domestique et agricole. La plus préoccupante aujourd’hui est la dernière. Une dégradation très sensible de la qualité des eaux de captage est constatée depuis quelques années, mais il faut la relativiser par rapport aux normes de qualité. Or celles-ci sont nettement trop sévères par rapport aux problèmes de santé publique, que ce soit pour les nitrates ou les pesticides. D’ailleurs, pour ces derniers, le risque réside surtout dans les métabolites. Le problème de contamination bactérienne est par ailleurs négligé. En fait, cette dégradation conduit moins à un risque de santé publique qu’au constat d’un triple échec des politiques publiques : celui du cadre légal et réglementaire, celui des architectures institutionnelles et celui des interventions.
Le bilan de l’état des dispositifs de forage en France en est une illustration. Il est clair que l’on connaît très mal aujourd’hui non seulement le nombre de forages et leur qualité, mais aussi l’emplacement des forages qui ont été abandonnés. De ce fait, un certain nombre de risques sont encourus alors que l’on aurait théoriquement les moyens d’y faire face. Ces risques sont qualitatifs : la dégradation de la qualité peut provenir de l’usage d’un ancien forage dont on se sert en puits perdu ou de la mise en communication accidentelle de deux nappes de qualité différente, ou encore d’intrusion d’eau salée Ils peuvent être quantitatifs avec le non-renouvellement de la nappe par surexploitation.
Toute réforme dans ce domaine doit s’inspirer de deux impératifs : la simplicité et l’efficacité.
Classically, the pollution of groundwater has three sources : industrial, domestic and agricultural. The most worrisome today are the last one. A very sensitive degradation of the quality of groundwater for drinking purpose is noticed for some years, but it is necessary to put in perspective it with regard to the quality standards. Now these are sharply too severe with regard to the problems of health service, whether it is for nitrates or pesticides. Moreover, for these last ones, the risk lies especially in métabolites. The problem of bacteriological contagion is besides neglected. In fact, this degradation leads less to a risk of health service than to the established fact of a triple failure of the public policies : that of the legal and statutory frame, that of the institutional architectures and that of the interventions.
The balance of the state of the devices of drilling in France is an illustration of that fact. It is clear that we know very badly today not only the number of drillings and their quality, but also the place of the drillings which were abandoned. Therefore, certain number of risks is incurred while we would have in theory the means to face it. These risks are qualitative : the degradation of the quality can result from the use of a former drilling as a cesspool or the accidental communication between two water table of different quality, or still of intrusion of salt water. They can be quantitative with the non-renewal of the water table by overexploitation.
Any reform in this domain has to be inspired by two imperatives : the simplicity and the efficiency.
Schématiquement, la pollution des eaux a trois origines. Les pollutions industrielles, organiques et chimiques sont les mieux identifiées. L’héritage industriel laisse parfois un champ de ruines écologique qui affecte les eaux souterraines (les nappes sous les terrils houillers), les eaux de surface (le cadmium dans le Lot) ou les deux, par transfert d’une pollution des unes aux autres (comme c’est le cas des eaux des potasses d’Alsace pompées dans la nappe et rejetées vers le Rhin). Mais grâce à une réglementation stricte, une mobilisation efficace, et des efforts d’équipement, la pollution d’origine industrielle est globalement maîtrisée.
Les pollutions organiques d’origine domestique sont les plus anciennes, liées pour l’essentiel aux rejets des eaux usées. Même si des gros progrès restent à faire, l’assainissement progresse convenablement. Il faut aussi évoquer le cas des décharges, dont le rôle dans la pollution est surestimé et celui des forages individuels dont l’importance est sous estimée [2].
Les pollutions diffuses d’origine agricole constituent le gros point d’interrogation. L’industrie a fait sa révolution environnementale, les collectivités locales font la leur, l’agriculture n’a pas encore fait la sienne. Les nappes et les rivières sont affectées par une présence de plus en plus fréquente et de plus en plus massive, de nitrates et de pesticides [3]. Les quelques améliorations ponctuelles ne doivent pas masquer la tendance de fond globalement défavorable.
Ces dernières pollutions finissent par affecter la ressource : entre cinquante et cent captages sont abandonnés chaque année. La contamination des eaux est d’abord manifeste pour les eaux de rivière. Si la contamination par les nitrates ne surprend guère, quand elle suit les périodes de pulvérisation dans les zones de grandes cultures, elle touche aussi les autres catégories d’eau : eaux souterraines et même les eaux de pluie [4].
La contamination des eaux souterraines aux pesticides est incontestable même si elle est évidemment variable selon les types de nappes, selon les sols, leurs usages et par conséquent, les régions. Un même département peut compter des nappes pratiquement indemnes de toute pollution et d’autres très dégradées (c’est le cas par exemple de la Seine-et-Marne avec la nappe de calcaire de Brie au sud et la nappe de calcaire de Champigny au nord). Il existe aussi des nappes sans aucune trace de pesticides.
Dans son rapport, l’IFEN estimait que le quart des captages d’eaux souterraines était de très bonne qualité, dans un état naturel ou sub-naturel.
Malgré cette grande variabilité, l’évolution est dans l’ensemble nettement défavorable. Dans son étude sur les pesticides dans les eaux, à partir des données de trois agences de l’eau (Artois Picardie, Seine Normandie et Rhin Meuse), l’IFEN avait relevé que plus de 60 % des captages étaient altérés par les pesticides et près de 30 % à un niveau ne permettant pas leur utilisation pour l’eau potable.
Dans les régions qui suivent très précisément l’état des eaux souterraines, tous les indicateurs révèlent une dégradation sensible. En Seine Normandie, par exemple, la fréquence de détection des pesticides augmente, la présence de molécules de la famille des triazines (herbicides du maïs) tend à se généraliser avec une détection dans 67 % des captages surveillés en 2000, contre 62 % en 1997. Plus de la moitié des captages est aujourd’hui dans une situation marquée par une dégradation importante (>0,1µg/l) [5], ou très importante (>0,5µg/l).
Comme pour les eaux de rivières la très grande majorité des captages est contaminée par des molécules du groupe des triazines. Cette situation n’est, hélas, pas propre aux eaux souterraines. En revanche certaines spécificités méritent d’être notées :
  • Les eaux souterraines sont moins contaminées par les molécules utilisées en pesticides que par leur métabolite, c’est-à-dire les molécules nouvelles qui apparaissent après dégradation de la molécule mère [6] ;
  • la fréquence de détection et les niveaux atteints par les contaminations sont très inférieurs à ceux relevés dans les eaux de surface. Le rapport est de l’ordre de un à cinq. Ce n’est cependant pas un motif de satisfaction. Si la contamination des rivières peut se comprendre par l’effet du ruissellement des eaux de pluie, la contamination des eaux souterraines est le signe d’une dégradation profonde et durable des eaux. On notera, par exemple, que les mesures de limitation d’épandage et de dosage des pesticides n’ont eu pratiquement aucun effet sur les concentrations relevées dans les eaux souterraines.
Ces faits sont globalement connus. Faut-il s’en inquiéter ? Certainement moins pour des raisons de santé publique que parce que cette dégradation révèle un échec de nos politiques publiques.
Les Français ont raison de s’inquiéter de la qualité de l’eau distribuée, mais ils s’inquiètent pour de mauvaises raisons. Quels sont leurs critères d’appréciation ? D’une part, le goût et le calcaire, qui sont à l’origine de désagréments, mais qui sont des paramètres de confort et non des paramètres de santé. D’autre part, les nitrates et les pesticides, symboles des peurs alimentaires. Nitrates et pesticides dans l’eau, aux seuils actuels, ne présentent pas de risques pour la santé publique.
Concernant les nitrates, la valeur de 50 µg/l a été fixée en fonction du risque de méthémoglobinémie des nourrissons, mais cet impact est mis en doute aujourd’hui. L’eau ne représente que le quart des apports en nitrates. Un végétarien absorbe deux fois plus de nitrates qu’une personne ayant une alimentation classique. Les seuils applicables aux pesticides dans l’eau, soit 0,1 µg/l, sont de dix à cent fois plus bas que dans d’autres pays, de cent à cent mille fois plus bas que pour les fruits et légumes qui représentent pourtant 90 % des sources d’exposition aux pesticides.
Le risque lié à l’eau est donc extrêmement faible. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de risques potentiels à long terme : risque cancérigène, risque lié aux métabolites des molécules qui peuvent être plus dangereuses que les molécules mères, risque lié aux multi-expositions aux micropolluants à de très faibles doses ; mais il ne s’agit encore que de recherches sur des impacts à long terme.
La focalisation sur les nitrates et les pesticides occulte le risque microbiologique qui lui est parfaitement identifié et à court terme. Le risque bactérien est connu et souvent sans gravité, mais les indicateurs habituels de contamination sont inopérants pour déceler les risques liés aux parasites qui ont été mis en évidence depuis dix ans. Au moins 10 % des cas de gastro-entérite sont imputables à l’eau. Le risque croît avec l’augmentation de la turbidité de l’eau, due aux fortes pluies et au mauvais état de notre sol. La turbidité limite l’efficacité des traitements d’eau. Les mesures de précaution restreignant la consommation d’eau ne sont que des solutions provisoires qui masquent les problèmes.
L’intérêt porté à la dégradation de la ressource ne doit pas faire oublier l’importance de la qualité du transport de l’eau. C’est dans les réseaux de distribution que se développe la plupart des risques hydriques liés à la constitution de biofilms pouvant abriter des agents pathogènes. La qualité de l’eau distribuée passe aussi par une réfection des réseaux anciens dont le coût est évalué à cinquante trois milliards d’euros en douze ans.
Aux stades actuels de dégradation, la santé n’est donc pas en jeu. Mais il faut anticiper les évolutions et la dégradation est aujourd’hui masquée par des artifices qui donnent une fausse impression de sécurité : en mélangeant les eaux ou en ouvrant de nouveaux captages de meilleure qualité. Cette dégradation signifie surtout un triple échec de l’action publique.
Le premier est celui du cadre légal et réglementaire. Les instruments juridiques ne sont pas adaptés ou respectés. Il y a tout d’abord un instrument généraliste appelé le périmètre de protection des captages. Ce dispositif, conçu il y a quarante ans pour éviter les pollutions accidentelles, est inadapté aux pollutions diffuses. Bien que la mise en place de ces périmètres de protection soit obligatoire depuis cinq, voire quarante ans pour certains captages, l’obligation légale n’est respectée que dans un tiers des cas. Ces périmètres, éventuellement opportuns, quand ils ont été conçus, sont impossibles à mettre en Å“uvre vingt ou quarante ans plus tard. Enfin, la loi est incontrôlable. Comment peut-il en être autrement lorsqu’un arrêté prévoit douze distances différentes d’épandage par rapport aux cours d’eau selon le type d’effluent, le sol, la pente… ou que l’article sur la taxation des pollutions agricoles dans le précédent projet de loi sur l’eau faisait à lui seul soixante-treize pages ! Le premier objectif est la simplification.
Le deuxième échec est celui des architectures institutionnelles ; cela concerne tant l’État que les collectivités locales. Plus de cinq cents services d’État assurent la police de l’eau. Les moyens et, il faut le reconnaître, les compétences, manquent. L’État ne peut plus faire face à ses missions ce qui entraîne : absence de remontée d’information, absence de contrôles et de sanctions. Le cadre communal n’est pas adapté non plus à la protection et à la gestion de l’eau. Pourquoi faire peser sur une commune le soin de protéger une ressource qui est aussi utile à toutes les autres ? L’intercommunalité dans le domaine de l’eau n’est qu’un demi succès en créant un enchevêtrement de structures de syndicats divers : syndicat de pompage, de barrages, de potabilisation et distribution de l’eau…
Le troisième échec est celui des interventions. La panoplie des moyens est grande : réglementation, plans d’action, contractualisation, opérations volontaires… Mais ce qu’on appelle pudiquement les « temps de réponse », masque un bilan décevant de ces initiatives souvent démontré dans plusieurs rapports. Les observateurs relèvent que les succès sont surtout marqués dans les régions qui comptent peu d’agriculteurs, tandis que les résultats sont plus aléatoires quand la profession est forte et organisée. Un ou deux comportements déviants suffisent à annuler les efforts collectifs. Il faut se poser la question de la poursuite et la pérennité de ces dispositifs surtout lorsque la poursuite d’aides sans résultats significatifs se fait au détriment des aides aux collectivités locales.
Certains succès méritent pourtant d’être relevés. La protection des eaux minérales est un modèle qui a fonctionné, moins par les investissements que par la rigueur dans l’application des pratiques agricoles et par les efforts partagés par tous. Il faut également relever les premiers résultats de la mise en Å“uvre de l’éco-conditionnalité qui consiste à subordonner le paiement des primes agricoles européennes au respect de critères environnementaux.
Et si une part de la pollution de l’eau souterraine provenait de ceux qui la prélèvent ? La question paraît impertinente. La réponse est paradoxale : les forages peuvent, en effet, être une source potentielle de pollution. Ce constat, bien connu des scientifiques et techniciens, est curieusement, totalement méconnu des maîtres d’ouvrages, responsables des forages, et du grand public. Ainsi, s’il existe des pollueurs qui se cachent, il existe aussi des pollueurs qui s’ignorent.
 
Le développement des forages
 
 
Chaque année, les Français font creuser plusieurs milliers de forages afin de prélever l’eau des nappes souterraines. Ces nouveaux forages viennent abonder un stock déjà important, estimé à environ quatre vingt mille. 80 % sont essentiellement destinés à l’irrigation (forages agricoles, golfs) et à l’alimentation animale ; 20 % sont des forages d’eau potable (à l’initiative des collectivités, des campings, des particuliers…). Les forages d’eau ne représentent eux-mêmes qu’une petite fraction des forages totaux, non destinés à la fourniture d’eau.
Cette activité aurait connu un très fort développement au cours des dernières années. Bien qu’imparfaites, les statistiques officielles rendent compte de cet engouement. Le nombre de nouveaux forages autorisés ou déclarés a augmenté de 65 % en deux ans (il est toutefois possible qu’une part de cette augmentation provienne aussi d’un meilleur suivi administratif des forages). On compterait en 2001 de l’ordre de soixante mille forages d’irrigation, très inégalement répartis entre les départements, entre quelques dizaines et plusieurs milliers par département. Plusieurs facteurs seraient à l’origine de cet essor.
L’inquiétude sur l’évolution du prix de l’eau, l’apparente disponibilité de l’eau souterraine et des propositions de forages à très bas prix (moins de 1 000 euros par forage) sont des facteurs incitatifs qui peuvent séduire un particulier, tenté de posséder « son » eau.
En outre, les forages sont utilisés pour de nouveaux besoins. Outre la réponse à des besoins touristiques (golfs, enneigement artificiel), la technique en plein essor aujourd’hui est celle des forages géothermiques. L’objet d’un forage géothermique est de récupérer la chaleur du sous-sol. La température du sol est de 12° C pendant trois mètres, et progresse de 1° C par cent mètres de profondeur. Le forage géothermique est un forage en boucle : l’eau, prélevée en surface, est plongée dans le sous-sol où la température est plus chaude ; elle remonte réchauffée, ce qui permet des gains de consommation d’énergie importants. Cette technique connaît un très grand développement, de l’ordre d’une centaine de forages de ce type par an.
Enfin, on ne saurait exclure que le développement de forages vient aussi d’un certain laxisme dans l’application de la réglementation. La situation administrative est caractérisée par un certain désordre révélant ainsi les carences dans le fonctionnement des pouvoirs publics. Les dispositions légales et réglementaires encadrant l’activité des forages sont confuses, partielles et/ou inappliquées.
Selon le Code de l’environnement, « les installations, ouvrages ou travaux permettant les prélèvements (d’eau) sont soumis à autorisation ou déclaration ». La différence entre autorisation et déclaration est fonction du débit (± 80 m3/heure). Les seuils sont abaissés pour les forages situés dans des « zones de répartition des eaux ». Par ailleurs, le code minier réglemente les forages supérieurs à dix mètres de profondeur, qu’ils soient ou non destinés aux prélèvements d’eau. Le principe est que les prélèvements sont soumis selon les débits prélevés, à autorisation ou à déclaration. Une analyse rapide permet pourtant de constater que plusieurs situations échappent à tout cadre légal.
C’est le cas de forages peu profonds, puisque les forages inférieurs à dix mètres de profondeur échappent en fait à tout contrôle. C’est aussi le cas des forages à petit débit, inférieurs à 8 m3/heure. Les forages familiaux et les forages pour l’alimentation du bétail sont en fait pratiquement inconnus. C’est également le cas des nouveaux forages géothermiques, évoqués ci-dessus. Ce nouveau procédé échappe, de fait, à tout cadre légal. Les forages réglementés sont les forages miniers et les forages d’eau. Le forage géothermique n’est ni l’un, ni l’autre, puisqu’il n’y a aucun prélèvement à proprement parler, mais seulement utilisation de la chaleur.
Une série de difficultés pratiques tenant aux incohérences des réglementations, mais aussi à la disponibilité et à la compétence des hommes, ont renforcé les inconvénients de cette réglementation et ont rendu son application aléatoire. Ainsi, selon une estimation du Syndicat des entrepreneurs de forages, la moitié des forages, au mieux, respecte l’obligation légale de déclaration. La situation serait cependant très variable selon les régions. L’Agence de l’Eau Artois Picardie estime bien connaître les forages d’eau dans son périmètre. En revanche, la situation dans le Sud de la France serait beaucoup moins maîtrisée.
En 1999, la DIREN de la région Languedoc-Roussillon, alertée par la baisse préoccupante de la nappe dite « de l’Astien », au sud de l’Hérault, a réalisé une enquête sur les prélèvements d’eau. Sur les sept cents forages recensés dans les 450 km2 couverts par la nappe (un inventaire non exhaustif qui exclut notamment les petits forages familiaux), moins de 15 % étaient déclarés. Aucune de ces situations n’a fait l’objet d’une quelconque sanction. Ainsi, selon toute vraisemblance, plus la ressource est rare et moins les règles sont respectées.
Cette situation serait toutefois en cours d’amélioration sous l’effet d’une règle nouvelle de la politique agricole commune introduite en 1999 : l’écoconditionnalité. Elle consiste à subordonner le versement de certaines aides agricoles européennes au respect de pratiques environnementales. En 2000, la France a décidé de subordonner le versement de certaines primes agricoles, au respect de la législation sur les prélèvements d’eau, à savoir déclaration/autorisation et pose de compteurs.
Le nombre de dossiers instruits et le nombre de demandes de subventions aux agences de l’eau pour la mise en place de compteurs a très rapidement augmenté en quelques mois.
 
Les risques qualitatifs
 
 
Ce relatif désordre, où chacun « creuse son trou » sans rendre compte à quiconque, serait sans gravité, sinon sans conséquence, si les travaux étaient réalisés avec soin, et si seules la morale et la loi étaient bafouées. Ce n’est, hélas, pas le cas. Le non respect de la règle de droit s’accompagne de dommages écologiques et de risques de pollution. Des forages mal conçus, mal réalisés, mal entretenus, mal fermés conduisent à plusieurs types de risque de pollution.
Le premier risque est celui de la contamination d’une nappe par une autre. Le forage, sur plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de mètres, traverse plusieurs couches de sols, tantôt perméables, tantôt imperméables (argiles, marnes), avant d’arriver à la nappe à capter.
En règle générale, la pollution est liée à la profondeur de la nappe. Ainsi, avant d’arriver à la nappe à capter, par hypothèse non polluée, le forage peut traverser d’autres nappes moins profondes qui, elles, peuvent être polluées. Ces deux nappes sont au départ superposées, donc indépendantes, mais le forage fait communiquer les eaux dégradées et la nappe profonde.
La communication, sous forme d’infiltration de polluants, de la nappe supérieure vers la nappe inférieure, se fait par deux biais. Lorsque le forage est mal réalisé, le défaut d’étanchéité entre la cavité creusée dans le sol et le tubage génère un drain vertical et un écoulement continu. C’est le cas des anciens captages. À l’époque où les nappes étaient de bonne qualité, les forages étaient réalisés sans cimentation. L’écoulement peut aussi provenir de la canalisation elle-même, lorsque le forage a été mal conçu ou mal entretenu, entraînant la corrosion ou la perforation du tubage, la dislocation des joints… Une pratique assez courante consiste à prolonger les forages anciens. Les premiers puits permettaient de capter l’eau des nappes peu profondes, mais lorsque les puits sont approfondis par perforation, l’eau pompée correspond à un mélange des différentes sources et la pollution de la nappe superficielle est directement dirigée vers la nappe profonde.
Ces risques sont d’autant plus grands que, contrairement à la plupart des ouvrages de construction, l’ouvrage de captage est totalement invisible et se prête assez facilement aux malfaçons.
Les difficultés de ce type vont vraisemblablement s’amplifier dans les prochaines années sous le double effet de la concurrence des entreprises de forages et du vieillissement des installations. Plus de six cents entreprises de forages travaillent en France. L’expansion de l’activité a généré une offre abondante. La profession n’étant pas réglementée, n’importe qui peut s’improviser foreur et la concurrence est vive, notamment venant de sociétés d’Europe du Sud, qui proposent des forages à très bas prix. Il va sans dire que, dans de nombreux cas, la vigilance aux questions d’environnement est extrêmement réduite, et le forage en question se résume à un puits, à peine gainé, muni d’une pompe. Ces ouvrages, de plus en plus nombreux, entraîneront de graves déconvenues plus tard.
Par ailleurs, selon une estimation du Syndicat des entrepreneurs de puits et forages d’eau, 40 % des forages ont été réalisés il y a plus de trente ans, ce qui est la durée de vie normale d’un forage, et près de 10 % ont plus de cinquante ans. Ainsi, alors même que plusieurs milliers de forages sont réalisés chaque année et qu’un grand nombre de forages sont menacés d’usure, le Syndicat estime que « pas plus de 10 % des forages sont contrôlés régulièrement ». Il s’agit d’un risque inutile auquel il devrait être remédié en prévoyant des contrôles réguliers.
Ces risques évoqués sont amplifiés lorsque ces forages cessent d’être exploités. Car il faut bien distinguer les prélèvements d’eau et les forages. Les premiers peuvent cesser, les seconds demeurent… Les abandons de captages tendent à se multiplier en raison de la baisse de la qualité des prélèvements d’eau, aux fermetures imposées…
Il faut être pourtant conscient qu’un forage abandonné sans précaution est un tuyau de pollution creusé dans le sol, puisque les défauts d’entretien, d’étanchéité, la corrosion, potentiels pendant l’exploitation, deviennent presque inévitables.
Avec la fréquence accrue des abandons de captage, cette menace devient tout à fait sérieuse, d’autant qu’il n’existe, à ce jour, aucune réglementation relative aux abandons de captage. C’est donc en toute légalité que les maîtres d’ouvrage créent les conditions propices aux pollutions de demain.
Les abandons de captage
La France compte un peu plus de 35 500 captages d’eau potable (hors captages privés) dont 95 % exploitent les eaux souterraines. Ces captages, très inégalement répartis (entre quelques unités et plusieurs centaines par département) fournissent 63 % du volume d’eau distribuée en France. Cette situation n’est pas figée. Elle évolue avec les besoins, le rendement et la qualité des prélèvements. Chaque année, plusieurs dizaines de nouveaux captages sont réalisés, plusieurs dizaines de captages sont fermés (on peut estimer le nombre annuel de fermetures à une centaine).
La détérioration de la qualité des eaux prélevées, et dans une moindre mesure, les difficultés, voire l’impossibilité, de protection du captage, sont les principales causes d’abandon. Ce dernier facteur, longtemps secondaire, devrait être déterminant à l’avenir. Le Préfet du Pas-de-Calais a même demandé à cinquante-quatre maires du département de prendre une délibération de fermeture des captages, dès lors que ces derniers ne pouvaient bénéficier de la protection des captages prévue par le code de la santé publique, soit parce que la ressource était « improtégeable », soit parce que la qualité des eaux était « déjà (trop) mauvaise » (voir annexe précitée).
Les abandons de captage ont des conséquences importantes. Ils constituent, en premier lieu, un signal d’alerte insuffisamment pris en compte. L’abandon des captages d’eaux souterraines en raison des dépassements des normes de potabilisation est révélateur d’une dégradation sensible d’une ressource que l’on croyait préservée et renouvelable. Pourquoi s’inquiéter d’une fermeture de captage quand l’interconnexion (une eau médiocre est mélangée à une eau de meilleure qualité) permet de contourner la difficulté ? Ou bien encore quand un autre captage de meilleure qualité est aussitôt mis en Å“uvre ailleurs ? Mais il s’agit de solutions provisoires, car comme l’observe le directeur de l’Agence Artois-Picardie : « le problème, c’est qu’aujourd’hui, il n’y a plus d’ailleurs… ».
Les abandons de captage entraînent, en second lieu, un travers méthodologique non négligeable. Le principal réseau d’évaluation de la qualité des eaux est celui des DDASS, qui analysent les eaux prélevées dans les captages destinés à l’alimentation en eau potable. Les captages abandonnés ne sont donc plus suivis, puisqu’ils ne contribuent plus à l’alimentation en eau potable.
Enfin, les abandons de captage ne sont pas réalisés avec suffisamment de précaution et constituent des sources potentielles de pollution des eaux souterraines pour l’avenir.
Cette situation est évidemment inadmissible. De même qu’il est inacceptable que les services techniques de l’État dans le département et les conseils généraux, répondent aux maires qui les sollicitent à ce sujet que « rien n’est prévu ». La réponse est formellement exacte mais irrecevable compte tenu des enjeux environnementaux.
Un suivi de la qualité des eaux des captages abandonnés peut s’avérer utile. Dans le cas contraire, les fermetures de captages devraient s’accompagner d’une cimentation des parois, et ne pas se contenter d’un simple bouchon de surface, un dispositif notoirement insuffisant pour prévenir les risques de pollution. Ces dispositions, qui figurent d’ailleurs parmi la charte de qualité de puits et forages d’eau, doivent être encouragées.
 
Les risques liés à la surexploitation
 
 
L’état quantitatif d’une nappe est un solde entre les sorties d’eau en surface — écoulement vers les rivières (soutien du débit d’étiage) et les prélèvements d’origine anthropique (irrigation et alimentation en eau potable) — et la capacité de recharge de la nappe (par infiltration des eaux de pluie et des eaux de rivière). Un équilibre s’instaure lorsque l’écoulement et les prélèvements d’eau n’excèdent pas la recharge naturelle des nappes.
Les risques de surexploitation étaient connus sans être mesurés. Peu d’institutions reconnaissaient publiquement que « les eaux souterraines ne bénéficient pas d’une gestion rationnelle » (Sdage, Adour Garonne, 1996) et que « sur certaines d’entre elles, la pression des prélèvements est déjà forte alors que leur réalimentation est très lente » (tableau de bord du Sdage, Loire Bretagne, 2000). Ces risques sont aujourd’hui mieux appréciés. Toutes les agences ont développé et soutenu des programmes de suivi piézométrique et les résultats sont parfois préoccupants. La nappe carbonifère autour de Lille par exemple baisse en moyenne de un mètre par an et aurait perdu soixante mètres depuis le début des mesures en 1950. La directive cadre fait d’ailleurs de l’« état quantitatif » des nappes un élément d’appréciation de leur « état écologique ».
Cet état doit être surveillé là où les risques de prélèvements excessifs sont les plus importants. Tel était le sens de l’article L 211-3 du code de l’environnement faisant référence aux « zones de sauvegarde de la ressource, déclarées d’utilité publique pour l’approvisionnement actuel ou futur de l’eau potable ». Cette appellation a été rarement retenue par les agences de l’eau qui lui ont préféré d’autres concepts (« nappes réservées en priorité à l’alimentation en eau potable » et « nappes intensément exploitées — NIE » en Loire Bretagne, « aquifères patrimoniaux » dans les agences de l’eau Rhône Méditerranée Corse et Adour Garonne, « nappes prioritaires » dans l’Agence de l’eau Seine Normandie…). Une meilleure coordination entre agences aurait permis d’avoir une vision plus claire et plus globale de la situation française. Mais quel que soit le mot finalement retenu, l’idée et le concept de ressource stratégique doivent être gardés et valorisés. Il est essentiel que toutes les actions des différents acteurs — agences, collectivités locales, État — se coordonnent et se concentrent sur ces ressources stratégiques. Tout n’est pas possible partout, mais sur ces ressources stratégiques, tout doit être tenté pour préserver la qualité et la quantité de la ressource en eau.
Une des illustrations connue des difficultés engendrées par les prélèvements excessifs concerne les conflits d’usage : lorsque la ressource est rare, les différents utilisateurs peuvent se trouver en conflit pour partager cette ressource. Ces conflits localisés sont souvent prévenus par des restrictions d’usage imposées par arrêté préfectoral. Les usages d’agrément (arrosage des jardins, lavage des voitures…) sont touchés en priorité. L’irrigation agricole peut être menacée à son tour.
D’autres conflits d’usage liés au développement des équipements touristiques peuvent survenir. L’exemple le plus connu est celui des golfs. La consommation d’eau moyenne des golfs est de l’ordre de 6 800 m3 par jour, soit au total, de l’ordre de 36 000 000 de m3/an. 20 % seraient issus des forages d’eaux souterraines. Cette consommation importante ne générerait cependant qu’assez peu de conflits d’usage. Ils peuvent survenir néanmoins en période de sécheresse. Il faut en effet rappeler que le sur-arrosage est fréquent, que la consommation générale d’eau n’est pas négligeable, que 20 % des golfs ont leur propre forage et que, en 1996, faute de dispositifs de comptage, de nombreux golfs n’avaient pas d’idée précise des prélèvements qu’ils opéraient…
Les prélèvements d’eau au bord des côtes, notamment, lorsqu’il y a des risques d’intrusion marine (intrusion de l’eau de mer dans les nappes du littoral), doivent évidemment être surveillés de très près. On retiendra par exemple que c’est dans l’Hérault, département où les risques d’intrusion marine sont les plus graves, que se trouvait le golf le plus important de la région (90 ha dont 77 ha irrigués). Il avait les prélèvements d’eau les plus massifs de toute la région Rhône Méditerranée Corse (590 000 m3/an, avec une pointe de 100 000 m3/mois pendant l’été 1991).
Il y a donc des situations où le développement touristique peut être porteur de menaces potentielles pour la ressource en eau. On pensera en particulier aux cinquante-six golfs des départements riverains de la Méditerranée situés sur des zones fragiles (du point de vue de la ressource en eau). Dans ces situations fragiles, il est impératif d’améliorer la connaissance en imposant le comptage des prélèvements. Par ailleurs, la réutilisation des eaux usées, pratique courante aux États-Unis, pourrait être développée.
Un autre exemple d’un nouveau type de conflit d’usage est celui de l’enneigement artificiel. Les prélèvements d’eau liés à l’enneigement artificiel représentent de l’ordre de vingt millions de m3 dans les Alpes. La qualité des eaux de consommation d’une commune en aval de communes de montagnes qui pratiquent l’enneigement artificiel se serait subitement dégradée sous l’effet du cumul des prélèvements d’eau (en rivière cette fois) et des rejets massifs d’eaux usées. Cet incident encore unique appelle néanmoins une grande vigilance.
Un autre risque est lié à la surexploitation d’une nappe. L’utilisation intensive, supérieure aux capacités de recharge en eau, peut entraîner un assèchement progressif conduisant à terme à l’abandon des captages. Les nappes situées en bordure du littoral sont, elles, particulièrement vulnérables au risque de pollution saline. Ce phénomène est connu sous le nom de « biseau salé » ou d’« invasion marine » : lorsque la nappe continentale descend trop bas, les écoulements d’eau s’inversent (de la mer à la terre, et non de la terre à la mer) entraînant l’intrusion d’eau salée dans les nappes d’eau douce continentale (voir encadré ci-après). Quand elle survient, la pollution est quasi irréversible. Ce phénomène est parfaitement illustré par la situation de la nappe de l’Astien, dans l’Hérault.
Ce risque grave est bien connu des pouvoirs publics. Les remèdes les plus efficaces consistent à réduire les prélèvements et, à défaut, recharger la nappe côtière par des dérivations d’eau de surface. La nappe ainsi « chargée » n’est plus un appel aux eaux salées. Ces solutions ont été jusque là efficaces. La pluviométrie abondante des années 1990 a facilité ce type d’aménagement. Une nouvelle période de sécheresse reste cependant redoutée.
Le développement mal maîtrisé et l’abandon anarchique des forages sont des vecteurs de pollution des eaux souterraines. Ce volet n’est pas suffisamment pris en compte. Toute réforme dans ce domaine doit s’inspirer de deux impératifs : la simplicité et l’efficacité.
Tel n’a pas été le cas jusqu’à aujourd’hui. L’ancien projet de loi sur l’eau contenait même des dispositions compliquant encore davantage un dispositif déjà trop compliqué. De très nombreux forages échappent à toute règle de droit, ne sont ni déclarés, ni autorisés, ni connus, sans pratiquement qu’aucune sanction ne soit jamais appliquée.
Le « biseau salé » ou le risque d’intrusion des eaux de mer dans les nappes d’eau douce
Les aquifères côtiers sont fragilisés par des prélèvements massifs concentrés sur une courte période de l’année, avec le cumul des prélèvements destinés à l’eau potable pendant la saison touristique et les forages destinés à l’irrigation. Des pompages excessifs d’eau douce peuvent entraîner des dépressions, comblées par les eaux de mer voisines. L’eau de mer pénètre par le sous-sol et par effet de contraste de densité entre l’eau douce continentale et l’eau salée (l’eau de mer contient en moyenne trente grammes de sel par litre et est donc plus dense et plus lourde que l’eau douce). Ce phénomène est connu sous le nom d’intrusion de biseau salé.
Un traitement pour fabriquer de l’eau douce potable est techniquement toujours possible ; mais l’utilisation des nappes pour l’irrigation est irrémédiablement condamnée. Les prélèvements sont alors reportés sur d’autres ressources, rivières ou autres nappes, jusqu’à épuisement et/ou condamnation pour les mêmes raisons.
Pour la Côte Atlantique, ce risque a été évoqué pour deux nappes, situées à l’entrée de l’estuaire de la Gironde (région de Soulac et de Rochefort).
En Méditerranée, ce risque a été évoqué pour onze nappes (d’Ouest en Est) :
  • nappe du Roussillon (région de Perpignan)
  • nappe de la Basse Vallée de l’Aude (région de Lézignan - Narbonne)
  • nappe de la Vallée de l’Orb (région de Béziers)
  • nappe de l’Astien (région de Béziers)
  • nappe de la vallée de l’Hérault (région d’Agde)
  • nappe de Maugio-Lunel (région de Montpellier)
  • nappe de Crau (région d’Arles)
  • nappe de Gapeau (région d’Hyères)
  • nappe de Giscle et Mole (région de Grimaud)
  • nappe d’Argens (région de Saint-Raphaël)
  • nappe côtière de Corse (région de Filitosa)
Source : Tableau de bord du SDAGE Rhône Méditerranée Corse panoramique 2000, page 86.
La pollution de la nappe de l’Astien
La nappe de l’Astien est une importante ressource en eau du département de l’Hérault, entre Agde et Béziers. La nappe couvre une superficie de 450 km2 et fournit entre trois et cinq millions de m3/an, soit 15 % de l’alimentation en eau de ce secteur. Sa bonne qualité et sa faible profondeur (pour l’essentiel entre vingt et cent mètres) ont favorisé le développement de nombreux forages. Suite à l’inquiétude provoquée par la baisse de rendement et de la qualité des prélèvements, des analyses ont été conduites dans les années 1980.
Les constats furent particulièrement préoccupants :
1er constat : la très mauvaise connaissance des forages. Un inventaire a permis de recenser plus de sept cents forages, dont plus de 80 % concernaient l’alimentation en eau à usage domestique (eau potable ou arrosage), et près de 50 % étaient réalisés par des particuliers. Moins de 15 % des forages avaient été déclarés. La plupart n’avaient pas de connaissance des prélèvements opérés.
2e constat : la mauvaise qualité des forages, conduisant à « mettre en communication l’aquifère astien et les aquifères superficiels de médiocre qualité, d’où des risques de pollution ».
3e constat : la baisse continue, voire, en bordure littorale, l’effondrement du niveau piézométrique, c’est-à-dire de la hauteur de la nappe, générant un risque majeur de salinisation de l’eau par intrusion d’eau salée dans l’aquifère astien où il aboutit à la mise en place d’un « biseau salé ».
Devant ce « risque de pollution irréversible », une structure locale de gestion, réunissant les différents acteurs concernés par l’utilisation de la ressource (communes, département, chambres consulaires) a été créée en 1990 (le Syndicat mixte d’études et de travaux de l’Astien, SMETA), aboutissant, en 1996, à la conclusion d’un « contrat de nappe », entre l’État, l’agence de l’eau, le conseil général et le syndicat, afin de réduire les prélèvements (par délestage et raccordements sur d’autres sources, par incitation à la pose de compteurs…) et de préserver la qualité (bouchage des puits abandonnés, contrôle des forages…).
Alors que le premier contrat de nappe s’achève, il apparaît que les améliorations sont limitées et fragiles.
La baisse des prélèvements constatée entre 1988 et 1993, favorisée par une forte médiatisation du risque et une pluviométrie suffisante, est interrompue. Le retour à des conditions climatiques défavorables (sécheresse) et l’arrêt de la médiatisation ont entraîné une reprise des consommations. La connaissance des prélèvements reste aléatoire (notamment auprès des campings).
« La menace de dégradation irréversible de la ressource sur le littoral reste toujours présente du fait de l’absence de planification des ressources alternatives et d’une insuffisante gestion économe de la nappe » (…). « La protection de la qualité de la ressource est compromise. La faible maîtrise des forages privés, liée à l’absence d’encadrement réglementaire des petits forages et au droit inaliénable de la propriété privée, rend difficile la pérennisation d’une véritable protection de la nappe contre les pollutions par les milieux superficiels ».
 
NOTES
 
[1]Gérard Miquel, Sénateur du Lot, est rapporteur de l’Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques sur la qualité de l’eau et de l’assainissement en France ; le comité de pilotage de l’étude comprenant : J-C. Deutsch, professeur à l’ENPC, M. Meybeck, Directeur de recherches CNRS à l’Université Paris VI, A. Montiel, Directeur Qualité Environnement à la Société Anonyme de Gestion des Eaux de Paris, J-L. Vasel, professeur à la Fondation Universitaire Luxembourgeoise. Le secrétariat de cette mission de l’Office a été assuré par M. Nicolas-Jean Brehon (administrateur au Sénat).
[2]Voir la suite de ce texte.
[3]Voir IFEN, quatrième rapport annuel sur les pesticides dans l’eau, février 2003.
[4]En 1996, dans la région Bretagne, une mesure « record » de 24µg/l a été enregistrée dans l’eau de pluie.
[5]Microgramme par litre = µg/l.
[6]En Seine Maritime, par exemple, certaines molécules n’étaient pratiquement pas détectées, jusqu’à ce qu’on cherche leurs métabolites. Le taux de détection de l’atrazine et de son métabolite est alors passé de moins de 1 % à plus de 10 %…
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Gérard Miquel, Sénateur du Lot, est rapporteur de l’Office ...
[suite] Suite de la note...
[2]
Voir la suite de ce texte. Suite de la note...
[3]
Voir IFEN, quatrième rapport annuel sur les pesticides dans...
[suite] Suite de la note...
[4]
En 1996, dans la région Bretagne, une mesure « record » de ...
[suite] Suite de la note...
[5]
Microgramme par litre = µg/l. Suite de la note...
[6]
En Seine Maritime, par exemple, certaines molécules n’étaie...
[suite] Suite de la note...