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Métropolis

I.S.B.N.sans
112 pages

p. 36 à 48
doi: en cours

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Dossier : « Planifier les réseaux : nouveaux enjeux etnouvelles formes de la planification des grands réseaux »

n° 54 2003/4

2003 Flux Dossier : « Planifier les réseaux : nouveaux enjeux etnouvelles formes de la planification des grands réseaux »

Des éoliennes dans le terroir. Enquête sur « l’inacceptabilité » de projets de centrales éoliennes en Languedoc-Roussillon

Stéphane Chataignier Arthur Jobert Sont ingénieurs-chercheurs au Groupe de Recherche Energie, Technologie, Société (GRETS), groupe de recherche en sciences sociales d’EDF R&D. Ce groupe étudie l’opinion et les jeux d’acteurs autour des controverses environnementales.Ils s’intéressent plus particulièrement aux conflits autour des installations liées à l’électricité, par exemple les éoliennes, les lignes à haute tension, les aménagements hydroélectriques, ou encore les sites de recherche pour l’enfouissement de déchets nucléaires.
L’énergie éolienne semble la seule à même de permettre à la France de se conformer à l’ambition de la directive de l’Union Européenne relative à la promotion des énergies renouvelables (passer de 15 à 21 % la part d’électricité produite à partir d’énergies renouvelables). Début 2000, le gouvernement Jospin décide de passer d’un appel d’offre (programme Eole 2005) à une politique fondée sur des prix de rachat garantis de l’énergie produite. Le prix de rachat est fixé à un niveau très intéressant. De nombreuses sociétés commencent alors à prospecter intensivement le territoire à la recherche de sites propices. Sans surprise, cela suscite des controverses locales. Le présent article s’appuie sur une étude de terrain en Languedoc-Roussillon au cours du premier semestre de l’année 2002 et permet de mettre en lumière un « moment » intéressant où les « nouvelles formes de délibération » ou de planification semblent oubliées au profit d’une rationalité misant exclusivement sur des « outils de marché » dans le cadre d’une dérégulation du marché de l’électricité. Ces leviers économiques sont puissants, mais la confrontation avec des logiques territoriales génère de « l’inacceptabilité » en ne tenant pas compte des projets du territoire. Surtout ils suscitent ainsi l’hostilité des acteurs locaux qui dénoncent l’opacité et « l’anarchie » du système mis en place. Pour sortir de la crise, on redécouvre la nécessité d’une planification territoriale. Pour autant, cela n’aboutit pas à un retour au même, mais à un « policy mix » alliant concurrence, décentralisation et planification « incitative ». Cela sera-t-il suffisant pour limiter les « dommages collatéraux » du système de prix garantis ? Wind energy seems to be the only option for France to comply to the European directive on renewable energies’ promotion (which seeks to shift the renewable energy-based electricity production’s share from 15 % to 21 %). At the beginning of 2000, the Jospin government decided to change from an invitation to tender (2005 Eole Program) to a policy based on guaranteed buyback prices of the energy produced. The buyback price was fixed at a very rewarding level. Numerous companies thus began to prospect intensively the French territory in search of favourable sites. Not surprisingly, it induced local controversies. This paper is based on a case study in Languedoc-Roussillon undertaken during of the first semester of 2002, and highlights an interesting « moment » when the « new forms of deliberation » or of planning appeared to be forgotten and replaced by a pure market-like rationality in the context of the electricity market’s deregulation. Those economic tools are powerful but their confrontation with territorial logics, by taking no account of the territories’ projects, generates « unacceptability ». Above all they induce the hostility of local actors who denounce the opacity and the « anarchy » of the system. In order to overcome the crisis, land-planning is rediscovered as a necessity. However this does not result on a return back to square one, but in a policy mix combining competition, decentralization and « incentive » planning. Will this be sufficient to limit the « collateral damages » of the guaranteed prices’ system ?
À l’aube des années 2000, la politique de développement des énergies renouvelables française affiche des objectifs conformes à l’ambition de la directive de l’Union Européenne, relative à la promotion des énergies renouvelables (passer de 15 à 21 % la part d’électricité produite à partir d’EnR). L’essentiel de cette montée en puissance reposera sur l’énergie éolienne qui semble la seule énergie capable de produire massivement et à un prix économiquement « acceptable » [1]. À la fin 2000, le gouvernement Jospin annonce une modification majeure de la politique menée en matière de développement de l’éolien en France. On passe en effet d’une politique prudente et progressive d’appel d’offres (programme Eole 2005) menée depuis 1996 avec le soutien de EDF, à une politique fondée sur des prix de rachat garantis de l’énergie produite. Le prix de rachat est fixé à un niveau très intéressant pour les porteurs de projets éoliens. La France semble s’inspirer en cela des exemples allemands et danois. Ce prix et l’ensemble du dispositif ne seront confirmés par décret qu’à la mi-2001, mais dès début 2001 une véritable « fièvre éolienne » saisit les régions de France les plus ventées (Languedoc-Roussillon, Bretagne, Nord-Pas-de-Calais). De nombreuses sociétés commencent alors à prospecter intensivement le territoire à la recherche de sites propices au développement de « fermes » éoliennes. Les projets éoliens suscitent rapidement des contestations y compris parmi les militants écologistes !
C’est un phénomène sans surprise, compte tenu de l’intensité des conflits d’aménagements en France depuis le début des années 1990 (voir par exemple Charlier, 1999). Cependant, ces difficultés sur les premiers projets est à mettre en rapport avec les objectifs quantitatifs du programme. Il suppose, malgré les progrès technologiques dans le domaine des aérogénérateurs de plus en plus puissants, d’implanter des milliers de machines dans les zones ventées du territoire français [2] (sans parler de l’éventuelle nécessité de construire de nouvelle lignes électriques).
Les contestations locales des projets constituent donc un enjeu d’importance. Le présent article s’appuie essentiellement sur une étude de terrain en Languedoc-Roussillon, réalisée au cours du premier semestre de l’année 2002 et ne peut donc prétendre reconstituer la genèse et les premiers pas de la politique éolienne en France. Néanmoins, notre travail permet de mettre en lumière un « moment » intéressant où les « avancées » en matière de concertation, les « nouvelles formes de délibération » ou de planification (pour une présentation, voir Boy, 2002 ; sur la « démocratie technique », voir Callon et alii, 2001), semblent avoir été tout à fait oubliées au profit d’une rationalité misant exclusivement sur des « outils de marché », dans le cadre d’une dérégulation du marché de l’électricité. Ces leviers économiques sont puissants, mais la confrontation avec des logiques territoriales révèle qu’ils génèrent de « l’inacceptabilité ». D’une part, ils ne tiennent pas compte des projets éventuels des autres acteurs du territoire. D’autre part, ils produisent des effets inattendus et suscitent ainsi l’hostilité des acteurs locaux qui dénoncent l’opacité et « l’anarchie » du système mis en place. Face à la remise en cause de la justification du développement de l’énergie éolienne en France, personne ne semble porter un message légitime sur les enjeux du programme.
Localement pourtant, on en appelle à une intervention énergique des pouvoirs publics. Pour beaucoup, ce retour du « vrai aménageur » passerait par des formes « classiques » de planification territoriale (« plan d’occupation éolien », retour à l’appel d’offres, etc.). Cela reviendrait à mettre largement en question le système « libéral » de départ. Cette redécouverte de la nécessité d’une planification territoriale n’aboutit pas à un retour au même, mais à un « policy mix » alliant concurrence et décentralisation. Reste à savoir si cela suffira à la fois à apaiser les controverses locales sur l’éolien et à favoriser un « développement harmonieux » de l’énergie éolienne.
 
Une politique : prix garantis, concurrence sur la ressource
 
 
Avant de développer rapidement les motifs de mécontentement des acteurs locaux, il importe de souligner certaines caractéristiques du système de décision en matière d’éolien au moment de l’enquête (pour une description précise, voir MATE/Minefi, 2002).
En effet, il s’agit d’un système basé essentiellement sur des outils économiques. Il se fonde sur l’existence d’un prix de rachat garanti de toute l’électricité produite pendant quinze ans. Ce système était fortement recommandé par le rapport du député Vert Yves Cochet (2000) qui a inspiré la politique mise en place. Dans ce rapport, seuls les avantages et les inconvénients des différents outils économiques de politique publique étaient analysés [3]. Les problèmes d’aménagement et de droit du sol n’étaient pas du tout abordés :
« Les systèmes de soutien direct des prix restent, comme l’admet la Commission [Européenne], le “principal outil de soutien de l’électricité d’origine renouvelable dans la plupart des États-membres”, ce qui est logique compte tenu des avantages qu’ils comportent :
  • ils font peu appel au budget de l’État (…) ;
  • ils peuvent être qualifiés d’instruments de marché et à ce titre, ils induisent des comportements vertueux de la part des opérateurs (pilotage par la demande) ;
  • ils sont totalement transparents et non discriminatoires ;
  • leur gestion administrative est simple et peu onéreuse (…) ;
  • ils ont fait la preuve de leur efficacité (exemple de l’Allemagne). »
(Cochet, 2000, p. 33, c’est nous qui soulignons)
Tous les acteurs ne partagent pas l’enthousiasme du député pour les vertus des « instruments de marché » mais ils s’accordent à trouver le système très attractif (« effectivement, en tant qu’investisseur, ça rapporte beaucoup d’argent puisque le CCF m’a dit la semaine dernière que c’était le meilleur placement depuis la guerre, l’éolien ! » - selon l’un de nos interlocuteurs). Cependant, ce prix de rachat garanti n’est offert que pour les installations ne dépassant pas 12 MW (suivant une règle qui prévaut depuis la loi de nationalisation de 1946 en matière d’installation de productions indépendantes d’électricité). Concrètement, la subvention à la production que représente le prix de rachat ne peut ainsi être accordée qu’à des petits parcs éoliens (une dizaine de machines) ou à des projets un peu plus importants coupés « en tranches ». Enfin, la viabilité d’un projet est étroitement dépendante du coût de raccordement au réseau qui, à l’époque, est à la charge du porteur de projet. Le soutien à la production est, on le voit, généreux mais assez encadré.
À l’inverse, l’accès à la ressource est lui très libéral puisque les pouvoirs publics se contentent à l’origine d’un minimum de règles pour encadrer la concurrence des sociétés éoliennes.
En ce qui concerne le droit du sol, l’implantation d’un parc éolien est soumise au régime du permis de construire, délivré par les Préfets après avis de la commune et des services de l’État concernés. Il est à noter que cette procédure est relativement simple car elle ne suppose pas ou peu de planification ni de participation du public. Dans les premiers temps du programme, le flou réglementaire existant conduisait certains à penser qu’une simple déclaration de travaux suffisait. L’étude d’impact s’impose en outre la plupart du temps (mais là encore, elle ne suppose pas de participation du public et est, semble-t-il, relativement légère).
La question de l’accès au réseau est l’autre variable importante du système de développement de l’éolien. La rentabilité des projets en dépend en effet étroitement. Différents critères entrent en jeu : proximité des postes de transformation, capacité d’évacuation de ces postes, pertes en ligne, nécessité de financer une ligne de raccordement plus ou moins importante… Nous n’avons pas approfondi cet aspect de la question car cela ne semblait pas nécessaire à la compréhension des jeux d’acteurs locaux que nous avons décidé d’étudier [4]. Cependant l’enjeu est évidemment d’importance, pour les porteurs de projets éoliens, la ressource « accès au réseau », sans être rare, est limitée [5]. C’est pourquoi, jusqu’au 1er septembre 2002, prévalait un système dit de « file d’attente ». Dans ce système, le premier porteur de projet éolien à avoir consulté le gestionnaire du réseau de transport (Réseau de Transport d’Electricité – RTE –, ou la Direction EDF-GDF Services – DEGS – suivant la puissance) sur un projet et à avoir accepté les conditions de raccordement établies par le gestionnaire de réseau était réputé « propriétaire » d’un droit d’accès au réseau concerné (exemple : la société X avait en quelque sorte réservé un droit d’accès de tant de MW sur le poste HT de la commune Y) [6]. Au 1er septembre, les demandes non assorties de notification de demande de permis de construire ont été rayées de la « file d’attente » afin « d’épurer » le système. Le nombre de projets s’en est trouvé réduit mais les problèmes persistent.
Au final, et ce quasiment à l’inverse du système qui prévalait dans Eole 2005 (appel d’offres), la politique éolienne mise en place organise une concurrence non sur les prix (fixes et garantis) mais sur l’accès au territoire « utile ». Or, dans le domaine éolien, le territoire utile est à la fois venté [7] (ressource) et proche du réseau électrique de transport (possibilité de vendre la ressource).
Ce système a plusieurs conséquences. Ouvert, il attire de multiples acteurs français et étrangers, anciens et nouveaux. Entre eux, une forme de course poursuite s’engage pour « conquérir » les sites les plus rentables. Les sociétés sont en effet poussées à multiplier les projets, à la fois commune par commune (faire signer une promesse de bail à un maire ou a un propriétaire permet de « geler » les sites) mais aussi poste-source par poste-source (le système de file d’attente permet de « geler » un accès au réseau que chacun sait limité). Il va sans dire que dans cette stratégie d’occupation du terrain tous les projets ne sont pas « montés » avec le même sérieux. Enfin et sans doute surtout, les services instructeurs de l’État (notamment les DDE mais aussi RTE) estiment que le respect de la libre-concurrence impose de ne pas divulguer les informations dont ils disposent (aucune disposition légale de publicité n’existe semble-t-il sur les demandes de permis de construire et/ou de raccordement au réseau). Ainsi, au moment de l’enquête, personne, à l’exception peut-être de certains services de l’État (qui peinent à mettre en commun leurs différentes informations), n’a la possibilité d’avoir une vision globale des projets !
C’est à la lumière de cette situation de vive concurrence et d’opacité qu’il faut comprendre la réaction des acteurs locaux interviewés. On distingue deux sources de controverses, celles liées au territoire lui-même [8] et celles que l’on peut plus directement identifier comme les conséquences du système.
 
Territoires des projets/projets des territoires
 
 
Sans réelle surprise (Blatrix et alii, 2001), il est apparu dès nos premiers travaux exploratoires sur l’acceptabilité de l’éolien [9] que la question du « territoire » serait importante. Cependant, la difficulté est de savoir de quel territoire on parle. L’aménageur, comme l’enquêteur, a tendance à se focaliser sur le territoire du projet, sur le lieu d’implantation et sur les raisons qui ont conduit à choisir ce lieu. Les autres acteurs replacent par contre le projet dans leurs projets de territoires, sur la manière dont ils entendent le développer, indépendamment de l’implantation (ou non) d’une centrale éolienne. Un travail sur l’acceptabilité locale est donc toujours placé quelque part entre territoires du projet et projets des territoires.
Une convergence d’intérêts entre porteurs de projets et élus ruraux
Au cours de notre enquête qui s’est déroulée entre mars et mai 2002 nous avons interrogé des acteurs concernés par trois projets d’implantation assez différents (voir encadré méthodologique). Il s’agit de parcs éoliens de taille relativement modeste, cinq à dix machines d’une centaine de mètres de haut, visibles à des dizaines de kilomètres. La situation était très variable suivant l’état d’avancement du projet. Le projet le plus avancé et le plus ancien avait été entamé en 2000 [10] : le permis de construire avait été accordé fin 2001 mais un recours avait été déposé au tribunal administratif. Un second projet se situe à une quinzaine de kilomètres. Une demande de permis a été déposée début 2002 à la suite d’un référendum local favorable. Enfin notre troisième cas est plutôt un « projet de projet », en cours d’élaboration et de négociation, situé une dizaine de kilomètres plus loin, à la frontière de plusieurs communes. Une première version du projet avait été retirée fin 2001 à la suite de vives réactions venant d’une commune limitrophe (mâts de mesure sabotés).
Méthodologie de l’enquête « éolien »
Le Groupe de Recherche Energie, Technologie, et Société (GRETS) est un groupe de recherche interdisciplinaire en sciences humaines de EDF Recherche et Développement. Il s’intéresse depuis sa création au début des années quatre-vingt aux controverses environnementales, notamment celles liées à des aménagements électriques (lignes électriques, barrages hydroélectriques, laboratoire souterrain de recherche pour le stockage de déchets nucléaires en profondeur…). L’enquête présentée dans cet article cherchait à identifier les spécificités éventuelles des controverses qui ne manqueraient pas de naître autour de l’ambitieux programme éolien lancé fin 2000.
Cette étude est fondée sur une vingtaine d’entretiens semi-directifs. L’enquête s’est déroulée en deux phases : nous avons d’abord cherché à connaître la perception du problème par les acteurs de la politique publique de développement de l’énergie éolienne, puis nous avons rencontré des acteurs locaux sur des sites de projets éoliens (porteurs de projets, élus, associations, agriculteurs…).
Cependant cette disparité de situation était contrebalancée par une certaine homogénéité de situations géographiques et sociales qui font de ces communes de « bons » sites éoliens. Toutes les communes se situent dans l’arrière-pays Biterrois, à une quarantaine de kilomètres de la Méditerranée ; ces cinq communes sont situées au pied des premières hauteurs (collines de deux cents à deux cent cinquante mètres de hauteur) qui barrent la route aux vents du large. Ces coteaux sont particulièrement prisés des porteurs de projets éoliens car la « ressource » est abondante et relativement constante. Autre homogénéité du territoire de projet, les communes d’implantation des projets d’éoliennes se situent le long d’une ligne Très Haute Tension (THT), avec un important poste de raccordement éventuel. Mais le choix de développer ces projets le long d’une ligne THT n’est pas essentiellement technique. L’idée, assumée du porteur de projet et des bureaux d’études partenaires, était que le paysage était déjà « artificialisé » par la présence d’une ligne THT [11].
Les communes concernées sont, à l’exception de l’une qui possède plus de deux mille habitants, de petits villages (entre deux cents et quatre cents habitants). Les projets étudiés se situent tous sur des terrains communaux : l’accord pour les projets éoliens est donné, au moment de l’enquête, par les maires ou les conseils municipaux sous la forme d’un permis de construire et d’une promesse de bail.
Les maires et leurs conseils municipaux décident donc seuls de l’implantation d’un équipement visible à des dizaines de kilomètres à la ronde. Or, dans le même temps, toutes les communes concernées, qui participaient déjà depuis des années à des SIVOM pour gérer un certain nombre de services collectifs, sont, sous l’impulsion des lois sur l’aménagement du territoire (Loi Pasqua, 1995 ; Loi Voynet, 1999 ; Loi solidarité et Renouvellement Urbain 2000), fortement incitées financièrement à se regrouper et à participer à des démarches collectives. Ainsi, toutes les municipalités rencontrées participent à des communautés de communes et à l’élaboration de Pays. À l’échelle de ce territoire rural, ces démarches, notamment celles de Pays, mobilisent beaucoup d’acteurs et d’énergies.
Mais, au moment de l’enquête, dix-huit mois après le lancement de la nouvelle politique éolienne, et alors que les projets se multiplient, la question de l’éolien n’est pas intégrée dans ces démarches. Pourquoi ? La question de l’intercommunalité est pourtant une question centrale pour les élus. Les retombées fiscales probables de l’éolien leur fournissent des atouts dans les jeux politiques de l’intercommunalité en construction : la Taxe Professionnelle des centrales éoliennes peut représenter un budget important à l’échelle du budget des communes d’accueil (plusieurs centaines de milliers de francs). Significativement, lorsque avant de nous rencontrer, un élu président de communauté de communes a fait le tour de « ses » maires pour essayer de définir une position commune, il lui a été répondu qu’il s’agissait d’une affaire communale… Bien que la situation soit juridiquement confuse, les élus acceptent de prendre le risque :
« Je vais vous dire, on était une commune au dernier recensement de 223, et on est actuellement, puisqu’on vient d’avoir la DGF 283 et je pense que d’ici peu, si on faisait un recensement, disons bientôt, on serait 300, parce que le lotissement (…) est presque terminé, y a deux maisons qui se font (…) et puis, les HLM qui fournissent pas mal de monde. (…) C’est vrai que le village est en pleine expansion.
E./ C’est-à-dire que vous, vous prenez les éoliennes comme vous avez pris les HLM ?
I./ Demain on me propose de prendre la gare de TGV, je prends la gare de TGV. Moi je suis pour l’expansion (…). »
(un élu)
Dans ce contexte, l’accord donné localement à des projets éoliens se comprend donc comme une heureuse conjonction d’intérêts. Inversement, le binôme maires/porteur de projet a des limites, car (comme dans d’autres projets d’aménagement) les projets vont être dénoncés comme complètement à rebours des projets de développement local portés collectivement.
Le paysage viticole ressource du développement local
Début 2002, le syndicat viticole de l’une des deux Appellations d’Origine Contrôlée (AOC) présentes localement inaugure une violente campagne contre les projets éoliens et sera bientôt rejointe par la deuxième. Dans la presse, puis dans une plainte, les représentants viticoles reprochent aux promoteurs de ne pas les avoir consultés. Ainsi le responsable du développement du syndicat de cru déclare :
« Les éoliennes tuent le terroir ! (…) Notre vent n’est pas à vendre ! Il y a une incompatibilité totale entre un site industriel et un terroir d’excellence en appellation d’origine. Il existe un principe de précaution auquel on a droit en tant que citoyen. Les instances devraient bloquer tous les projets avant d’avoir écouté les doléances des gens sur le terrain ».
(Midi Libre, 22 janvier 2002)
Pour nos interlocuteurs, la viticulture française en général, et celle du Languedoc-Roussillon en particulier, traverse une crise de surproduction majeure et structurelle [12]. Au moment de l’enquête, cette crise touche principalement la viticulture de plaine (vin de table et de pays), tandis que les vins d’appellation d’origine contrôlée (AOC) ne semblent pas touchés. « L’autre pari, fait il y a une quinzaine d’années » (syndicat viticole AOC) par certains viticulteurs semble porter ses fruits. L’espace plus réduit et le terrain plus ingrat des coteaux ont poussé les viticulteurs de ce territoire à faire le pari de la qualité. Cette démarche est certifiée par un organisme public, l’Institut National des Appellations d’Origine Contrôlée (INAO), qui veille au respect d’un cahier des charges. La mise en Å“uvre et le suivi de la démarche passent par un syndicat viticole. Il conduit des opérations lourdes : ré-encépagement des vignes, mise aux normes sanitaires, etc. La montée en qualité passe également par une baisse de la quantité produite (il ne s’agit plus de « faire cracher la vigne »). Au total, d’après nos interlocuteurs, en Languedoc-Roussillon, cet investissement sur la vigne et sur les conditions de production du vin s’est construit depuis plus de vingt ans [13]. Au-delà de la démarche sur la qualité du produit, les responsables viticoles ont compris que le vin, produit « passionnel » par excellence, nécessite aussi un marketing intensif. Pour les professionnels du vin et leurs agences de communication, la consommation de vin de qualité est fortement liée au « terroir », à « l’authenticité » du territoire. Autour de l’AOC se construit ainsi une forme de marketing territorial, qui se traduit par le concept de « vins paysagés » utilisé sur le site Internet du Comité Interprofessionnel des Vins du Languedoc [14].On trouve aussi ce type de discours dans d’autres régions comme dans les côtes du Rhône par exemple [15]. Il est intéressant de noter que ce discours est porté par le Comité Interprofessionnel des Vins du Languedoc. Cet organisme est financé par les producteurs et les négociants en vins qui ont « mutualisé » leurs budgets de communication. La communication autour des vins du Languedoc est donc assurée par des professionnels, qui tendent à développer une stratégie de marque [16].
Ceci conduit les représentants des vignerons à revendiquer un rôle officiel dans les projets d’aménagement du territoire. Le droit de regard sur le territoire des AOC est en partie déjà reconnu officiellement. La contestation d’un des projets étudiés se fonde sur un article du code rural, qui stipule que les Syndicats viticoles peuvent demander à être consultés sur tout projet d’aménagement touchant leur territoire d’appellation (notamment dans le cadre des installations classées pour la protection de l’environnement). Nos interlocuteurs ne manquent pas de rappeler, que dans les grands projets d’aménagement (TGV, lignes électriques…), les organismes viticoles contribuent fortement à la négociation des compensations et indemnisations. C’est donc le fait de ne pas avoir été consultés sur les projets de parcs éoliens qui a fait réagir les représentants viticoles et les a conduit à prendre des positions radicales.
Les viticulteurs constituent un groupe d’acteurs bien identifié, dont les intérêts et les modes d’action sont institutionnalisés. À côté des viticulteurs, groupe de pression bien connu, l’éolien fait émerger un nouveau groupe d’acteurs dit « d’opposants ». Cette catégorie est évidemment discutable. Dans toutes les controverses d’aménagement, les protagonistes et notamment la presse, parlent « d’opposants », « d’associations », par opposition aux acteurs institutionnels (services de l’État, élus, « socioprofessionnels », etc.). Nous avons notamment été orientés vers les « opposants » par les porteurs de projets et les élus locaux. Ces différentes sources les désignent comme des « associatifs » voire, paradoxalement, comme des « écolos », selon l’expression d’un élu local [17].
En fait, les opposants semblent surtout avoir pour point commun d’avoir un lien avec le tourisme (en témoignent certains sites Internet). La plupart des personnes ayant pris publiquement position contre l’éolien sont effectivement des propriétaires de gîtes ruraux et tiennent un discours sur le développement touristique.
Pour l’instant, la région accueillerait selon nos interlocuteurs, des touristes de passage qui font étape, avant de poursuivre leur route plus au sud. Cependant, il semblerait qu’elle présente des atouts, qui poussent certains d’entre eux à revenir cette fois spécialement pour la découvrir. Ces atouts ne sont pas seulement liés au climat, mais également au patrimoine historique, viticole et paysager. De ce point de vue, nos interlocuteurs développent un discours sur les risques commerciaux, que l’implantation d’éoliennes peut faire courir à leur activité. Les touristes, qui apprécient le patrimoine et le paysage de l’arrière-pays, ne seraient pas les mêmes que ceux qui viennent pour le soleil et la mer et envahissent le littoral :
« À mon avis, c’est plutôt un tourisme un peu haut de gamme ; des gens qui ont quand même un peu d’argent, qui viennent. (…) C’est une démarche, hein, de venir ici ; ce n’est pas aller se bronzer sur la plage, hein. C’est des gens qui ont envie de grand air, de beaux paysages, des trucs comme ça, hein. Il y a le lac à côté, ils vont se baigner, ils vont… C’est vraiment un tourisme vert, un tourisme hors littoral ».
(propriétaire de gîtes)
Cette volonté de favoriser un tourisme « de qualité » passe par un marketing où est mise en valeur « l’authenticité » du patrimoine historique et surtout paysager :
« Ah! “Pays Cathare”, ça marche très bien, oui. Oui! (…) Lisez la charte du pays Cathare, ça vaut le coup. Regardez les documents qui sortent sur l’arrière-pays. Regardez au niveau du vin ce qui sort. Je veux dire : systématiquement, on vante les paysages vierges, avec les vignes, et les pinèdes, et les jolies crêtes, quoi ».
(propriétaire de gîtes)
La position des « opposants » aux projets éoliens est assez unanime : ils ne sont pas contre l’éolien mais contre la méthode avec laquelle il se développe, « l’anarchie, le n’importe quoi ». C’est une opposition à la démarche qui ne propose pas de « schéma cohérent avec une politique de développement ». De la même manière, ils n’ont rien contre les porteurs de projet eux-mêmes, qui « font leur boulot », mais ne sont que des « vendeurs de lessive » et ne sont pas les bons interlocuteurs pour discuter du développement local associé aux projets éoliens. Certains « opposants » ne sont d’ailleurs pas membres de collectifs d’opposants parce qu’ils ne se considèrent pas comme tels : leur position est « d’alerter les institutions » sur d’éventuels problèmes que pourrait causer l’implantation massive d’éoliennes sur le tourisme, et « obliger à un regard commun » sur cette question. Dit autrement, ils visent à mettre l’éolien sur l’agenda politique local. En effet, le système génère des questions, mais pas de réponse.
 
Un dispositif générateur d’inacceptabilité
 
 
Les « dommages collatéraux » du système
La principale question qui revient au cours des entretiens est l’effet de l’implantation d’éoliennes sur les activités portées par les acteurs locaux. Ils font le lien entre leurs activités et l’énergie éolienne par l’intermédiaire du paysage. Cette question se décline alors selon deux sous-questions :
  • quel effet de l’implantation d’éoliennes sur le paysage ?
  • quel effet d’une modification du paysage sur leur activité ?
Nos interlocuteurs apportent, chacun suivant sa position, des arguments pour tenter d’y répondre. Malheureusement, des éléments fondamentaux semblent manquer qui viennent pourtant naturellement à l’esprit comme « où seront les éoliennes ? combien y en aura-t-il ? ». Ces informations sont absentes du fait de la multiplicité et de la non-coordination des différentes sociétés en charge du développement de l’énergie éolienne. Ainsi, les acteurs locaux déplorent le manque de schéma global leur permettant de réfléchir à la manière dont ils pourraient tenter d’avoir une réponse à leurs questions. Effectivement, le respect des règles de la concurrence entre les nombreuses sociétés, susceptibles de démarcher les maires des communes, fait qu’une information générale cohérente sur l’implantation d’éoliennes dans un territoire est alors impossible. C’est du moins l’interprétation de la confidentialité qui semble prévaloir au moment de l’enquête.
Se sentant acteurs à part entière de la vie locale, en tant qu’acteur économique, membre d’associations ou de commissions de développement local, certains interlocuteurs n’ont jamais eu l’occasion de débattre voire même d’être informés de ces projets par des canaux officiels. Cette frustration est donc propre à favoriser la diffusion d’informations non vérifiées [18].
Les fabuleux bénéfices supposés des porteurs de projets éoliens permettent à plusieurs de nos interlocuteurs de s’interroger sur la corruption possible des élus : « l’éolien c’est l’Urba des Verts ! » nous lance un associatif. La rumeur la plus répandue, notamment par les associations, est celle qui lie la ligne France-Espagne et la production d’électricité d’origine éolienne : « c’est l’intérêt d’EDF pour l’export car on n’en a pas besoin en France, elle est déjà exportatrice ». Certaines ont aussi trait à la santé : « les infrasons constituent un danger pour les femmes enceintes ».
Avant le manque d’information, les acteurs locaux dénoncent l’absence de consultation. L’implantation d’éoliennes se fait, d’après eux, en dehors de toutes les procédures classiques auxquelles sont habituellement soumis les projets d’aménagement du territoire. On constate, dans ce sens, que sur les différents projets que nous avons abordés, la consultation des populations s’est pour l’essentiel limitée à une ou deux réunions publiques d’information, peu ou pas organisées, comme le souligne cette interlocutrice qui se plaint d’une réunion annoncée par haut-parleur, en plein milieu de l’après-midi (« on m’a prévenue par portable alors que je travaillais dans les vignes »). Dans un des villages concernés, cependant, le maire a organisé un référendum et, à la manière de ce qui se passe dans les enquêtes publiques, un cahier a été mis à la disposition des habitants, pour s’exprimer sur le projet communal. Il ne nous a pas été donné d’approfondir cette expérience, mais elle est en tout état de cause limitée.
On pourrait penser que ce problème de méthode est un résultat de l’urgence avec laquelle les sociétés porteuses de projets éoliens doivent agir. Un de nos interlocuteurs du secteur viticole analyse ce problème comme la conséquence de l’isolement dans lequel agissent ces sociétés : « je ne sais même pas s’il y a une volonté d’aller vite, j’ai plutôt l’impression qu’en face d’un vide juridique, chacun est parti un peu dans son coin. On a eu le sentiment que c’était un peu le far West ». Ainsi, c’est plutôt le manque d’un cadre réglementaire, qui aurait pour conséquence une absence de coordination et se traduirait finalement par une carence d’information. La concurrence oblige les sociétés à agir seules et sans règle précise ou adaptée.
Sortir de « l’anarchie » en revenant à la planification ?
Localement, le terme « d’anarchie » revient fréquemment pour décrire la situation actuelle, où l’on sait seulement que de nombreux projets sont en gestation. Le permis de construire est un outil jugé tout à fait insuffisant. Le besoin de planification territoriale s’est pourtant fait sentir dès le lancement du programme Eole 2005.
Lors de nos entretiens émerge une demande généralisée de planification. Or, une démarche dite de « schéma régional éolien » a déjà mobilisé autour de la DIREN de nombreux acteurs locaux. Le travail a duré près de deux ans entre 1998 et 2000 :
« Il y a eu plusieurs réunions de comité de pilotage où y avait tout le monde, les conseils généraux, l’ADEME, EDF, enfin bon, un certain nombre d’interlocuteurs (…). De toute façon, ce n’était pas un outil qui était opposable aux tiers, c’était un outil d’aide à la décision, donc un outil qui devait permettre aux collectivités et aux administrations d’aller plus loin, (…), de programmer des études plus poussées, parce que évidemment c’était au, je sais plus, cent millièmes ou deux cents millièmes à cette échelle-là, c’est vraiment très, très large, il fallait après faire des zooms sur les territoires, qui sont les plus intéressants. Ils n’ont rien fait et personne, à la limite, personne ne s’en sert ou presque pas. (…) » d’après un institutionnel.
(sauf les opposants qui s’y réfèrent lors de certains de nos entretiens, car le document est disponible sur Internet) [19]
Toutes les démarches de planification sont difficiles et souvent on estime qu’elles valent plus par le processus de co-production (Callon, 1998), le débat entre acteurs, que par le résultat, toujours démenti dans la réalité. Cependant dans le cas de l’éolien en Languedoc-Roussillon, le passage d’un système d’appel d’offres à un système de prix de soutien semble avoir, d’après nos interlocuteurs, miné profondément le processus :
« L’idée, c’était d’élaborer un outil d’aide à la décision aux collectivités locales et territoriales pour une implantation raisonnée de l’éolien, voilà. Mais c’était (…) avant le tarif annoncé de cinquante-cinq centimes (d’où sans doute l’exclusion de toutes zones à moins de six m/s). Y avait déjà eu Éole 2005, on l’a réalisé en 1998, 1999 et il est sorti en 2000, on a bossé deux ans (…) il y avait déjà des projets mais y en avait dix fois moins ou trente fois moins même. »
(institutionnel)
Malgré cet échec, la plupart de nos interlocuteurs pensent qu’il faut revenir à une forme de planification sous peine d’assister à un blocage généralisé :
« globalement les projets, on essaie de les faire passer en force, que ce soit au niveau de la population ou au niveau des services, quoi. (…), c’est à chaque fois plus difficile (…), il faut planifier ce développement de l’éolien dans la région, enfin à l’échelle du département. »
(institutionnel)
La réflexion de nos interlocuteurs, qu’ils soient institutionnels ou acteurs de terrain, se concentre sur l’idée de substituer une logique de concentration (« bassin éolien ») à une logique de diffusion (« mitage ») qui présidait déjà, lors de l’élaboration du schéma régional :
« moi, je préfère avoir plusieurs bassins éoliens, on crée un nouveau paysage avec ces éoliennes, cinquante ou soixante, cent éoliennes, mais on laisse certains secteurs vierges d’éoliennes. Moi, je trouve que c’est, enfin moi, je suis pas tout à fait d’accord en mettant trois ou quatre éoliennes là et puis à deux ou trois kilomètres retrouver deux ou trois éoliennes, parce que finalement vous passez d’un endroit à un autre et vous avez constamment des éoliennes dans votre regard. »
(institutionnel)
Les services de l’État sont d’ailleurs dans une logique de ce type :
« on va sûrement définir les sites. Les sites on les connaît, les sites emblématiques, les sites culturellement très forts qu’il faut préserver de tout aménagement, que ce soit éolienne ou autre. »
(institutionnel)
Cependant il ne faut pas voiler le fait que l’appel au paysage ou à une planification puisse masquer une opposition assez profonde au système mis en place. En effet, le rejet des porteurs de projets éoliens est net notamment chez certains acteurs institutionnels : « c’est une réaction “épidermique” de la part d’administrations qui admettent difficilement que ce type d’activité puisse être abandonnée aux lois du marché » note un observateur institutionnel. Cela se traduit donc à la fois par la tentation « d’ouvrir le parapluie » (c’est-à-dire de bloquer ou ralentir les projets sous des prétextes divers) ou encore par des initiatives tendant à revenir au système antérieur d’appel d’offres [20]. Cela semble être le cas dans le domaine de l’éolien maritime, puisque les services de l’État concernés ont développé une étude dans ce sens (BRLI/SMNLR, 2002).
Le modèle de plusieurs de nos interlocuteurs serait d’aboutir à un plan départemental comme celui réalisé « dans le Finistère y en a un, y a un plan départemental qui est mené par l’État euh, auquel adhèrent les services techniques du département. Chez nous, y a la Lozère mais là, c’est le Conseil Général qui lance dans le cadre de sa charte, un plan départemental d’énergie rurale avec un plan spécifique à l’éolien, donc là les services de l’État ont, participeront et accompagneront la démarche du Conseil Général ». On note cependant qu’aucun des plans cités n’a de valeur juridique, il s’agit de documents de référence, pas de documents opposables aux tiers. La revendication d’une planification est donc ambiguë. Certains acteurs semblent sincèrement vouloir fixer de nouvelles règles du jeu. D’autres cherchent seulement un argument supplémentaire contre des projets éoliens. D’autres encore semblent surtout souhaiter avoir leur mot à dire dans un processus de décision pour l’instant trop opaque.
Qui est le « vrai » aménageur ? À quoi servent les éoliennes ?
Cependant, cela n’est pas propre à l’éolien. Classiquement, lors d’un conflit autour de l’implantation d’infrastructures, les opposants au projet reprochent un manque d’information. Les représentants viticoles par exemple n’échappent pas à la règle, dénonçant un « manque de transparence » et « l’opacité » des décisions prises. Ce qui est plus intéressant, c’est que nos interlocuteurs n’ont pas vraiment d’attente envers les porteurs de projet sur ce point. Ceux-ci sont considérés comme des « commerciaux » (responsable viticole), des « vendeurs de bagnoles … (qui) font leur boulot » (associatif). Et leur « boulot » selon eux, ce serait de vendre des éoliennes, pas de réfléchir à l’aménagement du territoire ni d’informer les populations. Le statut « d’aménageur » est donc refusé aux sociétés éoliennes par tous nos interlocuteurs. En effet, l’aménageur dans leur représentation doit être porteur de l’intérêt général :
« Ah ça pour moi c’est pas de l’aménagement (…). Y a des investisseurs qui vont faire du pognon, parce que vous rachetez l’énergie électrique (…) on est sûr qu’on va vendre de l’énergie (…) Pour moi c’est des projets privés, d’intérêt public (…). Ceci étant c’est des projets privés hein, pour moi c’est pas de l’aménagement. »
(institutionnel)
En outre, le même interlocuteur souligne que la méfiance envers les investisseurs privés est renforcée par le sentiment qu’il s’agit d’investissements opportunistes (effet d’aubaine) et non d’investissements à long terme.
Les acteurs locaux récusent donc les porteurs de projets éoliens. Or, localement, ils semblent être les seuls à avoir intérêt à défendre leurs projets, personne d’autre n’étant officiellement en charge de ce dossier « sensible ». Les acteurs se plaignent alors non seulement de ne pas avoir été consultés, mais en plus, les responsables qu’ils interpellent se récusent :
« l’Europe, c’est le grand paravent ! Il n’y a plus de responsable ni à EDF ni ailleurs (…). L’éolien est sous-traité (…). Tout est sous-traité. D’ailleurs, c’est un signe de malhonnêteté. Lors de la construction de ma maison, j’ai dû contacter trois sous-traitants pour avoir le courant. »
(agriculteur)
Enfin, l’absence d’interlocuteur légitime amène surtout à une question qui illustre bien le manque de soutien à la politique de développement de l’éolien : « qui veut qu’il y ait des éoliennes ? ». Un de nos interlocuteurs résume :
« (un tel enjeu) ça ne doit pas être discuté seulement par des commerciaux, aussi par des politiques (…). Et j’ai vu moi, un préfet extrêmement mal à l’aise sur ce dossier. » [21]
(responsable viticole)
On a tenté de montrer dans les développements précédents que le système crée de « l’inacceptabilité » (par manque d’information, par l’impossibilité d’avoir une vision globale, par la présence d’intérêts privés…). Pour expliquer la situation, nombreux sont ceux qui font référence au nucléaire. L’éolien (au détriment, selon certains, des autres EnR) est ainsi souvent comparé au nucléaire :
« ça me fait penser aux crispations sur le nucléaire dans les années 1970 ; toute échelle de nuisance mise à part, c’est la même tendance à l’exagération, à l’esprit partisan. »
(élu local ayant participé à la construction de centrale nucléaire)
Mais chacun souligne en même temps que le nucléaire était porté par une volonté étatique forte. À l’inverse, le manque de soutien politique affiché au développement de l’éolien (« l’absence d’aménageur ») apparaît comme le facteur déterminant de « l’inacceptabilité » car, à défaut d’un discours légitime, les objectifs du programme éolien ne rencontrent que scepticisme. Les objectifs de Kyoto ou de l’Union Européenne ne sont pas ou peu cités et ne semblent conférer aucune légitimité aux projets éoliens. Plusieurs de nos interlocuteurs présentent ainsi l’éolien comme « un cadeau fait aux écolos ». Surtout, l’éolien ne semble pas une alternative crédible au nucléaire qui assure à la fois une production importante et la lutte contre l’effet de serre :
« ce serait vraiment l’intérêt général, y’aurait une politique vraiment générale de l’énergie (…) Là actuellement on privilégie l’éolien au détriment d’autres sources d’énergie renouvelable qui sont le solaire et autres, et on met pas en place une recherche (…). Non, mais on présente l’éolien comme si c’était une solution au nucléaire, c’est pas vrai. »
(institutionnel) [22]
C’est finalement l’utilité publique de l’éolien qui est en cause : l’intérêt écologique du programme d’équipement d’éolienne n’est pas compris tandis que les retombées économiques semblent douteuses à bien des acteurs.
« (il) y a eu des accords de passés par la France et ils ont l’impression que tout leur échappe, sauf peut-être à quelques mairies qui en profiteront. »
(représentant viticole)
Face à ces interrogations, il n’est pas surprenant que l’unanimité se fasse sur la nécessité d’un débat. Un responsable associatif plaide par exemple pour la mise en place d’un débat public de type « Barnier » organisé par la Commission Nationale du Débat Public [23].
 
Cas d’Eole, cas d’école ?
 
 
Les vives contestations de la politique éolienne que nous avions constatées lors de notre étude de cas au premier semestre 2002 ont rapidement trouvé un écho. Bien que nous n’ayons pas fait de recherche spécifique, il est intéressant de résumer rapidement les principales voies de « sortie de crise » trouvées par les pouvoirs publics. Elles semblent en effet illustrer les « recettes » et les limites des politiques actuelles de planification énergétique.
Plusieurs parlementaires de la nouvelle majorité se sont emparés du dossier (Le Grand, 2002) et reprenant largement les conclusions d’un groupe de travail interministériel (MATE/Minefi, 2002) du gouvernement précédent, ils ont abouti à un article inclus dans la loi de transposition de la Directive Gaz (ouverture du marché) [24] ! Loin d’une refonte complète du système, réclamée par certains, la loi se contente de clarifier le régime juridique des projets éoliens en imposant explicitement le respect des règles de base communes à tous les projets d’aménagement : permis de construire, étude d’impact et enquête publique. Les problèmes de planification sont renvoyés sur les régions : « Afin de promouvoir un développement harmonieux de l’énergie éolienne, les régions peuvent mettre en place un schéma régional éolien, après avis des départements et des établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre concernés. Ce schéma indique les secteurs géographiques qui paraissent les mieux adaptés à l’implantation d’installations produisant de l’électricité en utilisant l’énergie mécanique du vent. Les services de l’État peuvent concourir à l’élaboration de ce schéma à la demande du Conseil Régional » (Article 59, § 3, c’est nous qui soulignons). L’article renvoie donc à une forme de planification indicative construite par les acteurs locaux.
Cela entérine de fait des initiatives locales, souvent de niveau départemental [25]. En Languedoc-Roussillon, après la phase « d’anarchie », certains services régionaux tentent ainsi de « ré-inventer » la concertation. La Délégation Régionale de l’ADEME a lancé une « médiation » avec le Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement [26] ; l’Agence Méditerranéenne de l’Environnement, association au service de la Région, organise huit « réunions publiques » sur le thème « Eoliennes et paysages : où sont les limites de l’acceptable ? » [27]. Enfin, le Préfet de l’Aude a organisé un forum « Pour un développement raisonné et concerté des implantations d’éoliennes dans l’Aude » le 22 novembre 2002 à Carcassonne. En conclusion de ce forum, il propose l’élaboration d’une charte éolienne départementale « avec une vision territorialisée s’appuyant sur les Pays et les intercommunalités » (Le Moniteur, 13/12/2002, Systèmes solaires n° 153, 2003). Le pilotage de cette charte est confié à la DDE.
Au total, on arrive à un paradoxe : on ne peut ignorer que la nouvelle politique éolienne française a démarré dans une certaine confusion. D’un autre côté, le retrait de l’État et le renvoi, au nom de la subsidiarité, sur les acteurs locaux est assez conforme aux évolutions récentes. On voit en effet que la situation de l’éolien est dans la droite ligne de la stratégie inscrite dans le schéma de services collectifs de l’énergie adopté en avril 2002, présenté comme « un moyen de concilier les enjeux locaux et la politique nationale de l’énergie » (DATAR, 2002, p. 839). L’État renvoie les questions territoriales aux acteurs locaux en appelant à « rechercher toutes les synergies possibles au niveau local », via par exemple les « espaces de projets (agglomérations, pays ou encore PNR) » définis par la LOADT (DATAR, 2002, p. 877). De son côté, l’État définit son rôle comme étant de soutenir le développement et la diffusion des technologies et « d’accompagner (les EnR) en tant que de besoin, par la formation, l’information, la réglementation et le développement de produits financiers adaptés » (DATAR, 2002, p. 890).
Ce partage des rôles ne se fait pas sans difficulté. Notre travail sur l’éolien, avec toutes ses limites, en souligne deux. La première, c’est que l’éolien n’est pas entré spontanément dans les différents « espaces de projets ». La deuxième, c’est que le décalage entre la présentation d’un programme d’actions (prévue lors de la révision du schéma de services collectifs, soit 2005 au plus tôt [DATAR, 2002, p. 913]) et l’action (les parcs éoliens mis en service actuellement) n’a pas disparu. Actuellement, l’État semble se positionner comme « animateur » [28] du débat public [29] entre les différents intérêts généraux en présence.
Mais le problème classique de synergies entre une politique d’équipement et des logiques de territoire n’est pas pour autant résolu (Faure, 2002, p. 193) et est même sans doute amplifié par l’usage d’outils économiques dans un contexte dérégulé comme le montre le cas de la politique éolienne en Angleterre (Dziedzicky, 2002).
Éoliennes (Photo : Christophe Defeuilley)Agrandir l'image Éoliennes (Photo : Christophe Defeuilley)
 
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·  Laumonier C., Flori J-P., 2001b, « Paysage avec éoliennes : une étude sociologique analyse comment les riverains acceptent le projet de centrale éolienne de Plouarzel », CSTB Magazine, pp. 37-40.
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·  Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement/Ministère de l’Économie et des Finances, 2002, Rapport du groupe de travail sur la rationalisation et la simplification des procédures applicables aux producteurs d’électricité à partir de sources d’énergies renouvelables, 3 avril, 40 p.
·  Reumaux F., 1998, La rumeur, message et transmission, Armand Colin.
·  Vallemont S., 2001, Le débat public : une réforme dans l’État, LGDJ.
 
NOTES
 
[1]Même si ces deux points (puissance et rentabilité de l’éolien) font l’objet de controverses (voir par exemple Birraux, Le Déaut, 2001).
[2]Il s’agit bien de poser cette question comme un enjeu en soi (comment faire) et non comme un argument permettant de disqualifier l’énergie éolienne au profit d’énergies moins « consommatrices » d’espace.
[3]Voir notamment pp. 29-37. Le système d’appel d’offres en général et le plan Eole 2005 en particulier sont vivement critiqués dans le rapport (pp. 34-35).
[4]Les projets étudiés ne semblaient pas avoir de problème prévisible d’accès au réseau. Cependant l’enjeu est évidemment d’importance, notamment au niveau départemental, puisque le réseau existant serait notoirement insuffisant par rapport aux projets existants. Cependant, d’autres sources nous affirmaient au contraire que le réseau était capable d’accueillir les différents projets et que ce n’était qu’un prétexte permettant aux pouvoirs publics de ne pas accorder les autorisations administratives nécessaires.
[5]Au moment de l’enquête, le financement d’éventuelles infrastructures supplémentaires tels que des postes ou des lignes est à la charge du porteur de projet. Compte tenu des sommes en jeu, cela conduit évidemment les porteurs de projets à vouloir se « greffer » sur l’existant au moindre coût.
[6]Il est important de noter que dans le cadre du libre accès au réseau, ce système s’applique à tous les types de production : l’éolien mais aussi la cogénération, la pico-hydraulique… Un projet éolien peut ainsi, virtuellement, « bloquer » l’accès au réseau d’un projet de cogénération…
[7]La présence d’une forte ressource en vent semble tomber sous le sens mais il faut noter que l’un des objectifs des prix de soutien généreux était de permettre la recherche de sites moins ventés donc moins rentables mais peut-être aussi moins exposés. On s’appuyait notamment sur les premiers retours de l’expérience britannique (voir par exemple Cochet, 2000, p. 140). En réalité les opérateurs ont continué à chercher les sites les plus ventés, car les plus rentables. À défaut d’autres règles implicites, le « deal » implicite générosité de l’État vs modération des opérateurs n’a pas fonctionné.
[8]Dans ce sens, l’éolien ne se distingue pas d’autres conflits d’aménagement. Il se situe parfois en bonne place auprès des autoroutes, des lignes électriques et de l’enfouissement des déchets nucléaires entre autres (Hussenet, 2002).
[9]Une synthèse bibliographique (Diaz-Pedregal, 2001) tirait cette idée des travaux existants dans des pays ayant une expérience « éolienne » plus ancienne (Hollande, Grande-Bretagne…). Les premiers travaux en sciences sociales sur l’éolien en France se sont pour l’instant concentrés sur les perceptions des riverains et non sur les procédures de décision (on peut citer notamment les travaux de Laumonier, Flori, 2001a, 2001b).
[10]La commune voisine s’est déclarée intéressée par une extension sur son territoire du futur parc éolien.
[11]Nos interlocuteurs locaux ont, contrairement à nos attentes, peu parlé de la ligne THT : certains la considèrent comme à taille « humaine » face au « gigantisme » des éoliennes (pylône de 30 à 40 m versus des machines hautes de 100 m). Le choix des sites répond à des exigences techniques mais témoigne aussi d’un pari « sociologique » sur les ressorts de l’acceptabilité et les perceptions du paysage. C‘est un pari déçu car, comme on va le voir, les acteurs locaux accordent une valeur grandissante à leur paysage. Dans le cadre de cette « patrimonialisation », la ligne Très Haute Tension a été « naturalisée », elle semble devenue un élément du paysage.
[12]C’est un discours très répandu et, selon certains auteurs, récurrent. Voir Lacoste, 1986 et plus particulièrement les pp. 630-808 qui concernent le Languedoc-Roussillon. Les auteurs soulignent l’importance et la permanence du « socialisme viticole » malgré de nombreuses crises et la modernisation de la région autour de Montpellier. Les auteurs parlent notamment d’une « civilisation du mécontentement » (p. 742) plus qu’une culture de gauche, une culture d’opposition systématique qui peut expliquer en partie l’indifférence de certains de nos interlocuteurs aux déclarations des viticulteurs.
[13]Notre connaissance du monde viticole reste parcellaire (pour des données, voir AGRESTE Languedoc-Roussillon, 2001, et les nombreux travaux et publications de l’INRA sur les mutations du monde viticole).
[14]« Dix appellations de vins paysagés Languedoc », http://www.languedoc-wines.com/index_aoc.html
[15]Un représentant du Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement (CAUE) du Gard, médiateur entre le syndicat des vignerons réunis des Côtes du Rhône et RTE sur une implantation de ligne, a qualifié le paysage de « ressource naturelle non renouvelable, comme le pétrole » lors d’un séminaire de l’association Médiation, Choix Collectifs et Intérêt Public : « D’un projet d’aménagement à un projet de territoire », 26 juin 2002.
[16]La question se pose donc en partie en terme de « conflit d’image » ; elle a déjà été posée sur d’autres aménagements moins écologiques tels que les laboratoires souterrains de recherche sur le stockage des déchets nucléaires (Barthe, 2000).
[17]Ici « écolos » se comprend comme « opposés à des projets de développement décidés par des élus légitimes ». Le fait que l’énergie éolienne ait des vertus écologiques ne change rien à cette figure traditionnelle.
[18]On prend là une définition non morale de la rumeur considérée comme un mode de communication normal, comme média (voir par exemple Kapferer, 1987). Dans cette perspective, les rumeurs sont analysées comme des représentations, des mises en scène du monde tel qu’il est vécu par un groupe donné (Reumaux, 1998 ; Campion-Vincent, Renard, 2002).
[19]Disponible sur http://www.environnement.gouv.fr/Languedoc-Roussillon/eolien/présentation.htm
[20]Dans le sens où, à l’inverse du système actuel, la concurrence ne se ferait pas sur l’accès au territoire mais sur les projets éoliens : qualité, prix…
[21]Dans ce type de rhétorique, la figure principale de l’intérêt général reste malgré tout l’État (Faure, 2002, pp. 160-161).
[22]C’est sensiblement l’argumentaire du député Le Déault dans le rapport de l’OPESCT publié en mars-avril 2002.
[23]Ce type de débat n’est possible qu’à partir d’un certain niveau d’investissement. Aucun projet pris séparément ne peut donc être concerné. Notre interlocuteur argumente que l’addition des multiples projets mettrait les investissements éoliens au niveau suffisant (Vallemont, 2001).
[24]Article 59 du projet de loi relatif aux marchés du gaz et de l’électricité et au service public de l’énergie adopté le 19 décembre 2002.
[25]Charte éolienne du Finistère, procédures en Ardèche (par exemple Gueorguieva, 2001 ou Blancher, Turlan, 2002). Au niveau régional le Nord-Pas-de-Calais a abouti à la publication d’un document en juin 2003.
[26]« L’ADEME et le CAUE ont mis en place une mission qui a pour objectif de mieux informer les élus locaux et la population sur les enjeux de l’éolien dans l’Aude. Le but est d’accompagner le développement de l’énergie éolienne dans le sens du développement local, en concertation avec les habitants et les socioprofessionnels ». http://aude.eolienne.free.fr/ Par ailleurs, une mission confiée à un cabinet de conseil québécois a conclu à la nécessité de développer la concertation (BDCM Conseil, 2002).
[27]« La politique de l’environnement conduite par la Région Languedoc-Roussillon s’appuie sur une Direction de l’Environnement intégrée à l’administration régionale, mais aussi sur une structure distincte : l’Agence Méditerranéenne de l’Environnement. Avec la souplesse et la légèreté que lui donne son statut d’association, l’AME a pour vocation de sensibiliser décideurs et citoyens à la protection et à la mise en valeur de l’environnement pour l’amélioration de la qualité du cadre de vie ». http://www.ame-lr.org/index01.html
[28]Pour reprendre, dans un sens légèrement différent, l’expression de Jacques Donzelot (Donzelot, 1994).
[29]L’augmentation du nombre de débats publics organisés par la CNDP va dans ce sens.
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Il est important de noter que dans le cadre du libre accès ...
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La présence d’une forte ressource en vent semble tomber sou...
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Dans ce sens, l’éolien ne se distingue pas d’autres conflit...
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Une synthèse bibliographique (Diaz-Pedregal, 2001) tirait c...
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La commune voisine s’est déclarée intéressée par une extens...
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Nos interlocuteurs locaux ont, contrairement à nos attentes...
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[12]
C’est un discours très répandu et, selon certains auteurs, ...
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Notre connaissance du monde viticole reste parcellaire (pou...
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[14]
« Dix appellations de vins paysagés Languedoc », http://www...
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[15]
Un représentant du Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et d...
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[16]
La question se pose donc en partie en terme de « conflit d’...
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[17]
Ici « écolos » se comprend comme « opposés à des projets de...
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[18]
On prend là une définition non morale de la rumeur considér...
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[19]
Disponible sur http://www.environnement.gouv.fr/Languedoc-R...
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[20]
Dans le sens où, à l’inverse du système actuel, la concurre...
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[21]
Dans ce type de rhétorique, la figure principale de l’intér...
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[22]
C’est sensiblement l’argumentaire du député Le Déault dans ...
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[23]
Ce type de débat n’est possible qu’à partir d’un certain ni...
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[24]
Article 59 du projet de loi relatif aux marchés du gaz et d...
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[25]
Charte éolienne du Finistère, procédures en Ardèche (par ex...
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[26]
« L’ADEME et le CAUE ont mis en place une mission qui a pou...
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[27]
« La politique de l’environnement conduite par la Région La...
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[28]
Pour reprendre, dans un sens légèrement différent, l’expres...
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[29]
L’augmentation du nombre de débats publics organisés par la...
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Éoliennes (Photo : Christophe Defeuilley)