2002
Revue française d’administration publique
Les outre-mers face à l’intégration européenne et à la mondialisation
L’océan Indien : la difficile intégration dans l’espace régional
Laurent Sermet
Professeur à l’Université de la Réunion
The environs of the island of La Réunion are constituted by three concentric circles :
the first comprises the south-west islands of the Indian Ocean; the second circle includes
the large states which border onto this ocean, such as South Africa or India, and the third
is made up of the area to the east. While the island enjoys close relations with regard to
the first circle, exchanges with the States in the other circles are non-existent. It is, hence,
understandable, why the crises which have shaken Madagascar and the Comores hinder
considerably not only integration within this regional space but also the role that the
island of La Réunion might play there.
La question de l’intégration de La Réunion dans la mondialisation n’emporte pas de
réponse aisée. Bien que dotée d’une population largement métissée et enracinée dans les
pays insulaires de l’Océan Indien, estimée à 750 000 habitants, l’île est principalement
tournée vers la métropole pour ses échanges économiques, culturels, linguistiques, en
raison de l’absence de richesses naturelles et agricoles et d’un territoire exigu. De ce fait,
la mondialisation de l’île passe surtout par sa double appartenance à la France et à
l’Union européenne. Plus que de mondialisation, il est justifié de parler de régionalisation
de La Réunion, c’est-à-dire de son intégration dans sa zone naturelle de proximité.
Trois cercles de proximité sont discernables, exceptées les relations avec l’Europe.
Le premier cercle est constitué des îles du sud-ouest de l’Océan Indien : Maurice,
Madagascar, les Comores et les Seychelles. Les relations sont très étroites du fait de
peuplements proches
[1], d’une aire commune colonisée par la France (et par le
Royaume-Uni pour Maurice et les Seychelles), de liens linguistiques (langue créole,
Madagascar et Comores exceptés). Mais, malgré des efforts économiques isolés, portés
notamment par la Commission de l’Océan Indien, créée en 1984 entre Madagascar,
Maurice et Les Seychelles, élargie en 1986 à la France au titre de La Réunion et aux
Comores
[2], son programme commercial de libération régionale des barrières douanières
(PRIDE), et des effets d’annonce politique sans grande portée, les îles ne sont guère liées
entre elles par le commerce et les échanges. L’explication réside en partie dans le fait que
La Réunion, dotée d’un PIB proche de celui d’un État développé, est confrontée, Maurice
exceptée, à des pays en voie de développement. Leur qualification communautaire
diverge : les quatre pays de la COI sont des ACP et La Réunion est une région
ultra-périphérique (RUP). Soit La Réunion n’est pas comparativement compétitive à leur
égard (coût de la main d’œuvre et de la production), soit elle est isolée dans ses
compétences. Cette situation traduit donc une disparité entre une forte présence culturelle
et une faible présence économique.
Le deuxième cercle est constitué des grands États riverains de l’Océan Indien : en
particulier l’Afrique du Sud, l’Inde et l’Australie. Les échanges commerciaux et
touristiques sont significatifs avec la première, grande exportatrice de fruits notamment,
plus discrets avec les deux autres.
Le troisième cercle est constitué par le grand est : Australie, Extrême-Orient,
notamment. Les échanges sont quasi inexistants.
De fait, l’on peut parler d’isolement de La Réunion vis-à-vis des deuxième et
troisième cercles mais aussi de singularité avantageuse par rapport au premier (comme
zone de richesse et de haut niveau de protection sociale). Par comparaison, l’intégration
de l’île Maurice dans l’espace régional est, à certains égards, mieux distribuée, dans ces
trois cercles de référence. Cette intégration s’explique par une plasticité et une volonté
marquées ; plasticité linguistique notamment
[3], et mobilité vers la France, le Royaume-Uni, l’Inde, l’Australie, le Canada etc., qui va de pair avec un volontarisme commercial
poussé. Rien d’aussi prononcé à La Réunion, malgré une politique locale très favorable
à l’aide au départ éducatif des jeunes gens.
Au-delà de ces éléments, l’intégration de La Réunion dans son espace régional est
actuellement freinée par les troubles politiques majeurs qui agitent les îles de Madagascar
et des Comores
[4]. Outre le fait que ces crises majeures montrent la difficulté de la
progression de la démocratie dans ces pays, ces situations ne heurtent-elles pas toute
prétention d’intégration régionale poussée, contraignant La Réunion à repenser sa place :
plus d’Europe, plus de liens avec les deuxième et troisième cercles et un recentrage
éventuel sur ses relations avec Maurice, dans l’attente de stabilisations politiques
indispensables ?
LES DIFFICULTÉS DE L’INTÉGRATION DANS L’ESPACE
RÉGIONAL : LES CRISES POLITIQUES DE MADAGASCAR ET DES
COMORES
La crise malgache : la transition présidentielle de décembre 2001
L’histoire de la première République malgache commence en 1960 lorsque
Madagascar accède, après 64 ans de colonisation française (1896-1960), à l’indépendance, fondée sur une coopération étroite entre l’ancienne puissance coloniale et
Madagascar (accords de coopération de 1960). En 1975, une junte militaire porte au
pouvoir Didier Ratsiraka : la deuxième République démocratique de Madagascar
(1975-1992) naît et emprunte au socialisme son idéologie. Contesté par la rue, en
1991-1992, le Président Ratsiraka promulgue une nouvelle Constitution, instituant la
troisième République de Madagascar, en 1992. Écarté par le suffrage universel en 1993,
l’ami « caméléon » revient au pouvoir par la voix des urnes en 1997. En décembre 2001,
à l’occasion des troisièmes élections présidentielles, alors que les institutions sont
stables, le Président Ratsiraka met en œuvre une évidente stratégie de refus de quitter le
pouvoir.
Six candidats sont en lice pour le scrutin présidentiel du 16 décembre 2001.
L’éventail des candidats reflète celui des principales origines ethniques, considération
très importante à Madagascar
[5]. Les deux les mieux placés sont Didier Ratsiraka et Marc
Ravalomanana.
Le premier tour est remporté par Marc Ravalomanana, à raison de 46,21 % des
suffrages contre 40,89 % en faveur de Ratsiraka; ils se partagent environ 86 % des voix
(déclaration de la HCC, du 25 janvier 2002). La participation électorale est massive :
66,7 % de la population s’est prononcée. Mais ces chiffres sont contestés. Marc
Ravalomanana soutient qu’il détient au premier tour la majorité absolue, à raison de
52,15 % des suffrages, sur la base de son propre décompte, effectué à partir des
photocopies des procès verbaux. L’association des églises et de la société civile lui donne
raison, à hauteur de 50,4 % des suffrages. Un « Consortium d’observateurs » nationaux
conclut que Ravalomanana est élu dès le premier tour.
Une épreuve de force s’engage, pour imposer sa victoire dès le premier tour. Le
point culminant de ce bras de fer est la manifestation de 120 000 personnes à
Antananarivo, le 9 janvier 2002.
Le 22 février 2002, un collège de magistrats investit Marc Ravalomanana, Président
de la République malgache, qui nomme comme Premier ministre Jacques Sylla, avocat
et ancien ministre des affaires étrangères du gouvernement Zafy. En réaction, le soir
même, le Président Ratsiraka proclame l’état de « nécessité nationale ». Cinq des six
gouverneurs de la Grande île déclarent ne pas reconnaître ce nouveau gouvernement. Le
25 février 2002, les forces de l’ordre déclarent ne plus obéir aux ordres des gouverneurs.
Le même jour, à Fianarantsoa, les militaires battent en retraite face aux partisans de
Ravalomanana.
Le dialogue entre les protagonistes reprend à Dakar, à l’invitation du Président
sénégalais, sous l’égide de l’OUA. Contrairement à toute attente, un accord politique est
signé le 18 avril
[6].
Sur la base d’un nouveau décompte des voix, le 29 avril 2002, la Haute cour
constitutionnelle, recomposée dans son ancienne formation, déclare Ravalomanana
Président de Madagascar, à hauteur de 51,46 % des suffrages. Une seconde investiture a
lieu le 6 mai.
Après une nouvelle crise et la menace de sécession de quatre provinces, les 4-5 juin,
l’appel de Libreville est lancé aux deux protagonistes afin qu’ils se rencontrent à nouveau
à Dakar. Dakar II se tient les 8-9 juin, se concluant par un accord sur l’élaboration d’un
plan de sortie de crise. Les États-Unis reconnaissent officiellement le gouvernement de
Ravalomanana le 26 juin 2002. Le 28 juin, la France réitère le souhait d’une solution
politique, centrée sur une réconciliation nationale avec l’appui à la médiation africaine.
Le ministre français des affaires étrangères se rend à Madagascar le 3 juillet 2002. Il
souligne les avancées du processus de réconciliation nationale et signe quatre conventions de financement. La reprise de la coopération est ainsi soulignée, au-delà de la seule
aide humanitaire, dans les secteurs de la santé, de la recherche agronomique et de
l’aménagement urbain, ce qui s’apparente à une reconnaissance implicite du nouveau
gouvernement. Le 8 juillet, la ville de Tamatave, fief du Président Ratsiraka, tombe sans
combat. Les forces de Ravalomanana contrôlent désormais tout le pays.
La crise comorienne : du séparatisme anjouanais et de ses suites
En 1975, l’archipel des Comores proclame unilatéralement son indépendance. Mais
cette proclamation n’empêche pas la mésentente des îles. A` l’inverse de Ngazidja
(Grande Comore), de Moili (Mohéli) et de Ndzouani (Anjouan), Mayotte refuse
l’indépendance et reste française avec l’aval de l’État français
[7]. Une nouvelle Constitution instaure en 1978, à la suite d’un coup d’État, la République fédérale islamique des
Comores (RFIC). Pour autant, le pays est marqué par une instabilité chronique, dont la
crise anjouanaise est l’expression paroxystique.
L’île d’Anjouan déclare faire sécession, le 14 juillet 1997, exprimant tant une
réaction aux inégalités sociales entre les îles qu’un mouvement politique.
L’accord cadre de Fomboni, signé le 17 février 2001, cherche à mettre fin à la crise
séparatiste et institutionnelle du pays. Sous la médiation de l’Organisation de l’unité
africaine, de la Ligue des États arabes, de l’Organisation internationale de la francophonie et de l’Union européenne, l’accord enjoint à Anjouan de rejoindre les autres îles des
Comores au sein d’une union plus large et prévoit également la mise en place d’une
nouvelle Constitution ainsi que la fin du régime militaire en place, depuis 1999, à
Moroni
[8].
En août 2001, un coup d’État renverse le chef de l’île séparatiste d’Anjouan, le
lieutenant-colonel Said Abeid Abdérémane, alors que celui-ci négocie, à Moheli, avec
une grande partie des hommes politiques anjouanais, l’avant-projet de Constitution d’une
nouvelle union comorienne.
Après de difficiles négociations, le 29 septembre 2001 les représentants des trois îles
comoriennes, de l’opposition et de la communauté internationale se réunissent, dans le
cadre d’un comité de suivi et tombent d’accord pour adopter, un projet de Constitution,
faisant l’objet d’un référendum le 23 décembre 2001. Ce projet vise la réconciliation
avec l’île séparatiste d’Anjouan dans le cadre d’une nouvelle entité, en octroyant une très
grande autonomie à chaque île. Le projet prévoit de rebaptiser la République fédérale
islamique des Comores en « Union des Comores ». Il met en exergue que « l’Union des
Comores est une République, composée des îles autonomes de Mwali (Mohéli),
N’Dzuwani (Anjouan), N’Gazidja (Grande Comore) et Maoré (Mayotte) ». Cette
dernière, bien que territoire français, est concernée : la nouvelle Constitution « sera
révisée afin de tirer les conséquences institutionnelles du retour de Mayotte au sein de
l’Union »
[9].
Fin octobre 2001, le ministre de la justice Youssouf Yahaya démissionne, motif pris
que le projet n’est pas assez islamisé. Le peuple comorien adopte, par référendum, la
constitution le 23 décembre 2001, mettant fin à la République fédérale islamique des
Comores. Ce référendum ouvre la voie à des élections présidentielles, fixées au 31 mars
2002. Mais deux mouvements séparatistes de l’île d’Anjouan (l’Organisation pour
l’indépendance d’Anjouan et le Mouvement populaire anjouanais) rejettent la création de
l’Union des Comores.
Au terme de l’élection présidentielle de l’Union des Comores
[10], l’élection du
colonel Azali Assoumani à la présidence de l’Union des Comores est validée le 7 mai
2002. L’élection de Grande Comore a été remportée le 19 mai 2002 par Abdou Soulé
Elbak, avec un score de 60,08 %. Le nouvel élu, présenté par ses adversaires comme un
« militant islamiste », fragilise le nouveau Président de l’Union, qui a soutenu son
adversaire, le gouverneur sortant, Bakari Abdallah Boina. La communauté internationale
est attentive aux risques de « dérives islamistes » à la suite de la victoire de Elbak.
Il existe désormais quatre constitutions aux Comores : trois constitutions insulaires
[11] et la Constitution de l’Union des Comores. La Constitution de l’Union est jeune.
Son effectivité dépendra du comportement du gouvernement de chaque île et suppose
que le président de l’Union des Comores soit suffisamment fort, pour pouvoir imposer la
primauté de cette constitution sur les autres constitutions des îles.
LES PERSPECTIVES D’INTÉGRATION RÉGIONALE
Si les deux crises politiques majeures de Madagascar et des Comores sont
actuellement un frein à l’intégration régionale, pour autant, il faut miser sur leur caractère
momentané. De même, il est certain que l’Océan Indien est une zone propice à un espace
de coopération : 76,2 millions de km
2, regroupant 45 États dont certains sont très riches
(pays pétroliers) et d’autres très pauvres (22 ACP), et deux milliards de personnes. De
fait, La Réunion a intérêt à recentrer ses relations sur son espace régional. Jusqu’à
présent, l’héritage de la colonisation, même après la départementalisation ultra-marine
adoptée en 1946, impliquait une relation privilégiée, voire quasi exclusive, avec la
métropole qui a eu l’immense mérite d’assurer le développement économique, social et
politique incontestable de l’île. Aujourd’hui, La Réunion peut valablement prétendre à
participer à l’édification d’un espace régional, sachant qu’elle est à la merci d’une
position dualiste potentiellement contradictoire : à la fois prolongement de l’État français
et de l’Union européenne dans l’Océan Indien mais aussi entité locale propre
[12]. Outre
les difficultés liées à des situations politiques nationales difficiles et peu propices à
l’établissement d’une coopération régionale véritablement intégrée, La Réunion n’a pas
eu jusqu’à présent pour ambition et prétention d’exercer un
leadership dans l’espace
régional rapproché — en raison principalement de sa position dualiste : région française
et État français. La coopération régionale est aujourd’hui conçue fondamentalement
comme un service d’actions cherchant à favoriser une intégration harmonieuse de l’île
dans son environnement et à consolider un développement durable régional
[13]. Il ne
s’agit pas d’un processus d’intégration poussé — d’ordre politique et juridique, les
objectifs et les moyens de la COI le prouvent — mais d’une forme d’affirmation de la
présence de La Réunion au niveau régional par le biais d’actions matérielles et
financières, regroupées autour d’un principe d’homogénéité. Pour aller plus avant, il
serait intéressant de réfléchir à une logique d’intégration par le droit et la politique.
L’absence de perspective d’intégration poussée s’explique assurément par le fait
que La Réunion, en sa qualité de simple région française, ne dispose pas d’une capacité
de proposition aussi offensive que certains États, comme l’île Maurice par exemple, qui
privilégie une politique très ouverte d’intégration par le commerce. En outre, La Réunion
intervient dans un cadre compétitif où des puissances régionales sont déjà présentes
(poids démographique, économique et géopolitique affirmé) et où se constituent des
blocs d’échanges régionaux préférentiels, dans lesquels sa présence n’est ni un droit, ni
un fait acquis.
Quel poids pour La Réunion face aux puissances régionales ?
L’Afrique du Sud, nouvellement démocratique
[14], a cherché à affirmer sa position
tant au plan régional (Afrique australe) que continental et international (sommets de
Durban, en août 2001, et Johannesburg, en septembre 2002). Tout est réuni pour que
l’Afrique du Sud joue un rôle, dans les relations internationales, de premier plan. Géant
économique en Afrique
[15], ayant des relations privilégiées avec l’Europe
[16], elle est
conduite à exercer un rôle primordial, sur le plan régional. Pour l’instant, l’Océan Indien
n’est pas son espace de coopération privilégié, l’Afrique étant sa priorité politique et
économique.
L’Inde, par sa puissance démographique et sa capacité économique et technologique, dotée de l’arme nucléaire, a pour vocation et ambition de jouer un rôle de véritable
puissance régionale, confortant sa position acquise dans les relations internationales,
comme pays phare dans le mouvement des non-alignés. Depuis 1990, l’Inde a abandonné
le système d’économie planifiée pour admettre le principe de la concurrence économique
et s’ouvrir aux investissements étrangers et aux échanges internationaux.
Île continent, peu peuplée, l’Australie est une zone de prospérité économique et
sociale, dotée d’importantes richesses minières et agricoles. Tournée vers l’Asie pour ses
échanges économiques, l’Australie se rattache résolument à l’ouest pour ses valeurs
culturelles avec une mutation qui la traverse actuellement : très anglaise à l’origine, elle
se tourne désormais vers les États-Unis.
Quelle place pour La Réunion dans les ensembles régionaux préférentiels ?
En 1992, dix États d’Afrique australe ont créé une nouvelle structure : la SADC
(Communauté de développement de l’Afrique australe). Il s’est agi, à l’instar de la voie
ouverte par l’Union européenne, de créer une communauté de paix et de sécurité
régionale, assurant la coopération sectorielle et une intégration régionale. Maurice et Les
Seychelles sont devenues parties prenantes à ce processus. En 1996, un protocole pour
la libéralisation des échanges a été arrêté, visant à libéraliser le commerce sur la base
d’accords commerciaux justes, équitables et mutuellement avantageux et à créer une
zone de libre-échange
[17].
En 1993, le COMESA (marché commun pour l’Afrique orientale et australe) a été
créé, succédant à la zone préférentielle d’échanges (PTA). Ouvert à une vingtaine de
pays, dont les 4 États membres de la COI, le COMESA a établi une zone de libre échange
en 2000 et vise à établir un marché commun régional doté d’un tarif extérieur commun
en 2004. La Réunion a obtenu de participer comme observateur à ses travaux (à
Addis-Abeba en 2002).
En 1995, l’IOR ARC (Association des États riverains de l’Océan Indien) a été créée.
Quatorze États membres en font partie, dont Maurice et Madagascar. La France a obtenu
d’en être partie au titre de La Réunion. Cette instance très légère s’apparente surtout à un
espace de discussion sans pouvoir de décision.
Au total, l’intégration de La Réunion dans son espace régional reste, à maints
d’égards, à définir. Une réflexion sur le recentrage de La Réunion dans son espace
régional, zone naturelle de proximité, est à la fois une nécessité et une source d’évidentes
difficultés. Les difficultés politiques actuelles de Madagascar et des Comores ont pour
effet désastreux de provoquer un isolement forcé. Mais elles rendent encore plus
indispensable la définition d’une position stratégique, pour permettre un développement
économique, harmonieux et partagé, sachant que La Réunion, territoire développé a pour
partenaires quatre États ACP et un rôle important à remplir. La piste d’une intégration
politique plus poussée est tentante, puisque l’idée de démocratie politique devient
incontournable. Mais ce recentrage n’est, peut-être, pas suffisant. Pour les pays du
deuxième cercle, afin que la Réunion dépasse ses contraintes (isolement géographique,
faible poids économique dans les échanges, territoire exigu), elle a tout intérêt à jouer la
carte de la compétitivité comparative : accroître sa spécialisation technologique, son
offre de formation et sa compétence médicale pour la proposer à ses partenaires éloignés.
[1]
Les Z
’arabes à La Réunion ou les
Karan à Madagascar; les Tamouls dravidiens à Maurice et à la
Réunion; les malgaches aux Comores et à La Réunion. Sans compter qu’il s’agit pour La Réunion, Maurice
et les Seychelles de colonies de peuplement.
[2]
Force est de constater que la COI n’a pas répondu aux espérances initialement placées en elle : Gallard
(Laurent),
La Commission de l’Océan Indien à la lumière des conclusions de l’atelier « Réflexion stratégique
sur l’avenir de la COI pour les 10 ans à venir », Rapport de recherches, Université de La Réunion, 1998.
[3]
Maîtrise des langues européennes (français, anglais), des langues dites orientales (du sous-continent
indien notamment : gujrati, maharati, urdu, hindi, tamoul etc.), sans compter le créole, langue courante.
[4]
Voir les contributions de Binty Mady, Patrice Goussot et Johary Ravaloson au dossier
Droit et pouvoir
dans l’Océan Indien,
Revue juridique de l’Océan Indien, n° 2,2001-2002, pp. 7-70.
[5]
Razafimahaleo et Rajaonary proviennent du centre-sud de Madagascar, Zafy et Rajakoba sont du
nord/nord-ouest, Ratsiraka est Betsimisaraka du centre-est, et Ravalomanana est Merina, issu des hautsplateaux du centre de Madagascar. Six à sept millions d’électeurs sont appelés aux urnes.
[6]
Un élément juridique important est intervenu, qui met à bas l’interprétation légaliste du Président
Ratsiraka (annulation le 14 avril, par la chambre administrative de la Cour suprême, du décret de nomination
des membres de la HCC). L’exécution de la décision implique nécessairement un nouveau décompte des voix.
L’accord prévoit aussi que, si aucun candidat n’obtient la majorité absolue requise par la Constitution pour être
élu dès le premier tour, un référendum — non un second tour — doit être organisé dans un délai de six mois,
avec l’assistance des Nations Unies, de l’OUA, de l’Union européenne et de la communauté internationale.
Seule disposition ayant un effet immédiat, il est prévu que la liberté de circulation totale des biens et des
personnes est assurée par la levée des barrages doublée de l’arrêt de toute forme de violence.
[7]
Mayotte est française depuis 1841. La décision du Conseil constitutionnel du 30 décembre 1975,
portant sur la loi relative à l’autodétermination des îles Comores, admet que Mayotte est un territoire au sens
de l’article 53 de la Constitution, qui « ne saurait sortir de la République française sans le consentement de sa
population ». Grâce à ce tour de passe-passe constitutionnel, le Parlement adopte la loi du 24 décembre 1976
qui dispose, dans son article 1
er, que : « Mayotte constitue une collectivité de la République française ». Voir
Oraison (A.), « Les conditions nécessaires pour l’établissement d’une coopération efficiente entre Mayotte
française et Les Comores indépendantes après le vote de la loi du 11 juillet 2001 relative à Mayotte »,
Revue
juridique de l’Océan Indien, n° 2,2001-2002, p. 189 et s.
[8]
Cet accord prévoit la création : « d’un nouvel ensemble comorien, seul sujet de droit international...
fondé sur le respect de l’unité nationale, de la souveraineté et de l’intangibilité des frontières des Comores telles
qu’internationalement reconnues ». Il prévoit un partage du pouvoir entre ce nouvel ensemble et les îles afin
de permettre à ces entités de « concrétiser leurs aspirations légitimes pour administrer et gérer librement leurs
propres affaires ».
[9]
Sur ce point, le projet constitutionnel diffère de l’accord-cadre qui se contentait de faire appel à la
communauté internationale pour faciliter un dénouement rapide et pacifique de la question. Pour certains, dans
l’état de grande difficulté que connaissent les Comores, cette demande est un motif de rhétorique politique.
[10]
Le colonel Azali Assoumani s’est déclaré vainqueur dès le 15 avril 2002, sans attendre la déclaration
d’homologation. Celle-ci déclenche des manifestations de mécontentements à Moroni. Le scrutin a, du reste,
été boycotté par ses deux principaux adversaires à savoir le colonel Mohamed Mradabi et le prince Saïd Ali
Kemal.
Le Monde, 17 avril 2002.
[11]
Loi fondamentale de l’île autonome d’Anjouan, adoptée par référendum, le 10 mars 2002. Loi
fondamentale de l’île autonome de Moheli, adoptée par référendum, le 10 mars 2002. Un projet de loi
fondamentale est en cours d’adoption en Grande Comore.
[12]
Il en va
a fortiori en ce sens pour la présence de Mayotte dans son environnement régional : les
Comores et Madagascar. Jusqu’à présent, l’isolement diplomatique de la France à l’égard de Mayotte
contraignait celle-ci à un isolement très défavorable à son développement politique et économique. La mise
sous silence des résolutions de contestation de l’OUA et de l’ONU et l’adoption d’une loi sur le statut de
Mayotte (11 juillet 2001) permettent à l’île d’envisager une coopération propice et durable avec son
environnement.
[13]
Orientations stratégiques 1999-2004, Région Réunion.
[14]
Sermet (L.) (dir.),
Droit et démocratie en Afrique du Sud, Paris, L’Harmattan, 2001,235 p.
[15]
80 % du PIB de l’Afrique australe et 40 % du PIB de l’Afrique sub-saharienne.
[16]
Royé (I.),
La réintégration de l’Afrique du sud dans la Communauté internationale : l’exemple des
relations avec la Communauté européenne, Thèse, Université de La Réunion, 22 mars 2001.
[17]
Perianayagom (S.),
L’analyse du protocole sur le commerce de la SADC à la lumière du traité de
l’Union européenne, Rapport de recherches, Université de La Réunion, 1999.