2002
Revue française d’administration publique
Chroniques
Chronique du secteur public économique
André G. Delion
Conseiller-maître à la Cour des comptes
Michel Durupty
Professeur à l’Université Paris I
Le changement de titre de la chronique traduit une certaine extension de son domaine,
de plusieurs façons. Son ancien titre ne visait que les entreprises publiques. Or l’État est
désormais à la tête d’un patrimoine de participations minoritaires dont les récentes
déclarations du Premier ministre donnent à penser que certaines au moins y resteront
durablement, et la chronique les concernera désormais. Elle évoquera aussi, entre autres,
l’activité de certains organismes de régulation qui encadrent l’économie, les uns à vocation
générale, dont au surplus les missions couvrent aussi bien le secteur public que le secteur
privé, les autres à vocation sectorielle, consacrant une partie majeure de leur activité aux
entreprises publiques, soit pour veiller à ce qu’elles laissent s’ouvrir leurs marchés à des
concurrents, soit pour s’assurer qu’elles assument bien leurs missions de service public et en
reçoivent les contributions et droits correspondants
[1].
La présente chronique consacre son premier développement à de nouvelles réflexions
sur « l’État actionnaire », nées des difficultés de France Télécom, puis sur les conséquences
de la baisse boursière sur la valeur du patrimoine de l’État, et par voie de conséquence sur le
déroulement de quelques privatisations ; puis sur ce que l’on appelle souvent le « retour de
l’État », qui découle à la fois de malheureux exemples étrangers, qui incitent à se méfier
désormais des privatisations, et de l’évolution européenne, qui replace le « service public à la
française » au centre de ses préoccupations, jusqu’ici obnubilées par le principe de
concurrence; enfin, sur les mécanismes et institutions chargées de préserver en France la
rigueur des comptes, dont les défaillances aux États-Unis ont eu un grand rôle dans la crise
boursière.
I — LE DÉBAT SUR L’ÉTAT ACTIONNAIRE
A) Le dossier France Télécom
Le dossier France Télécom est à l’origine d’un débat important sur « l’État actionnaire »,
analogue à celui qu’avait suscité il y a sept ans la crise du Crédit Lyonnais. Les deux
« affaires » se ressemblent sur certains points. Dans les deux cas, les présidents ont voulu
donner à leur entreprise la dimension d’un leader européen sinon mondial par des achats
d’entreprises à des prix trop élevés et en pariant à tort sur une progression de leurs valeurs et
de leurs bénéfices pour rembourser les dettes contractées pour ces achats. Dans les deux cas
aussi, l’État n’a pas vu grandir les risques et en tous cas n’est pas intervenu à temps pour
éviter certaines décisions, ce qui pose le problème de l’exercice par l’État actionnaire de ses
responsabilités.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, de même qu’une commission d’enquête
parlementaire avait été créée en 1995 dans le cas du Crédit Lyonnais sous la présidence du
président de l’Assemblée nationale
[2], certains parlementaires ont souhaité récemment la
constitution d’une telle commission qui aurait pour mission de constater « le niveau de
responsabilité des dirigeants de la société et de la tutelle »
[3]. Dans le même temps, le président
de la commission des finances de l’Assemblée nationale, P. Ollier, a demandé que l’ancien
Premier ministre et l’ancien ministre de l’économie et des finances viennent s’expliquer
devant les députés sur la situation de l’entreprise. Le problème est de savoir si ces nouvelles
demandes aboutiront à plus de rigueur que celles que laissaient espérer les conclusions du
rapport d’enquête précité.
Pour poursuivre le rapprochement avec le cas du Crédit Lyonnais, il est de fait que
l’endettement de France Télécom, environ 70 milliards d’euros, paralyse ses capacités
d’expansion et fait peser sur ses comptes le poids de frais financiers considérables. En outre,
la perte de valeur de participations achetées au sommet de la « bulle spéculative » ou dans des
conditions contestables oblige à provisionner la différence entre le coût d’achat et la valeur
actuelle, au moins pour certaines d’entre elles, en tous cas celles qui n’ont plus de valeur
comme NTL ou plus guère comme Mobil Com, engendrant des pertes importantes dans les
comptes de résultats.
Toutefois ces pertes comptables ne font qu’enregistrer une situation en capital, et tout le
problème est de savoir si les flux de ressources engendrés par l’exploitation sont suffisants
pour payer les coûts de cette exploitation et les frais financiers liés à la dette. Or, les résultats
d’exploitation sont bons, puisque l’excédent brut d’exploitation (EBITDA) est de l’ordre de
7 milliards d’euros, dont 4, soit un peu plus de la moitié, sont absorbés par les frais financiers,
une progression étant en outre attendue en 2003. Le problème est qu’il faut sur le solde payer
notamment l’impôt sur les sociétés et les dividendes, et assumer certaines échéances en 2003.
France Télécom est arrivé à la limite au-delà de laquelle il risque la cessation de paiement.
Dans un tel cas, il appartient à tout actionnaire d’apporter les fonds nécessaires pour
surmonter ce risque, dès lors que, par l’effet du désendettement permis en même temps par
cet apport, les charges pesant sur le compte d’exploitation sont allégées, ce qui permet à
celui-ci de dégager les excédents nécessaires pour « reprendre le souffle » financier d’une
nouvelle phase d’expansion. Or, la rentabilité de l’ensemble des actifs de France Télécom, pas
réellement affectée par les problèmes précités et reposant sur plus de 100 millions de clients,
rend ce schéma tout à fait envisageable. Le cas du Crédit Lyonnais, qui avait trop de mauvais
ou de faux actifs, de maigres ressources d’exploitation et qui de toute façon ne pouvait pas
s’endetter du fait des ratios Cooke, était donc en réalité dans une situation très différente. Une
formule qui a été évoquée, pour ne pas peser sur le budget de l’État et atteindre le seuil
européen de 3 % du PIB de déficit, est la création d’un établissement public qui bénéficierait
d’un prêt bancaire garanti par l’État et progressivement amorti par les versements de France
Télécom.
De plus pourraient être mis en parallèle le concours qui devra être consenti, pour lequel
on avance le chiffre de 15 milliards d’euros à fonds non perdus
[4] et ce qu’il a tiré de
l’entreprise, d’une façon ou d’une autre : les prix de cession de deux tranches successives du
capital, la vente de licences UMTS, même après la réduction de prix à laquelle l’État s’est
raisonnablement résolu mais qui profite aussi aux compétiteurs de France Télécom, des
dividendes annuels qui se sont élevés en 2001 à 500 millions d’euros
[5], le versement de
35 milliards de francs (5,2 millards d’euros) au titre de la valeur actualisée des charges de
retraites des fonctionnaires maintenus dans l’entreprise, encore que France Télécom ait été
ainsi débarrassée à bon compte d’un énorme charge. Certains commentateurs ont avancé que,
d’une certaine façon comme Elf-Aquitaine à certaines périodes, l’État aurait considéré
l’entreprise comme une « vache à lait ».
En outre la position de l’État limitant des paiements en actions lors de l’achat
d’entreprises pour ne pas risquer de perdre la majorité a certes des motifs constitutionnels :
d’une part, la gestion d’un service public national sous forme de « service universel » au sens
du Préambule de la Constitution, d’autre part, la liaison entre le statut maintenu aux
fonctionnaires de la société et l’existence d’une majorité publique conformément à l’avis du
Conseil d’État. Mais cette position a obligé l’entreprise à payer largement en espèces l’achat
d’Orange, en asséchant des disponibilités que les circonstances et ses erreurs ultérieures n’ont
pas permis de reconstituer
[6].
Enfin il faut rapprocher le cas de France Télécom de celui de ses concurrents, en
particulier de Deutsche Télécom, de poids économique voisin et dont l’État, avec 43 % du
capital, reste l’actionnaire de référence. Comme en France, ses pertes, qui sont passées de
3,5 milliards d’euros en 2001 à 4 milliards au seul 1
er semestre 2002, sont dues à des
provisionnements d’acquisitions trop cher payées, et son président a été invité à démissionner
en juillet 2002
[7].
On pourrait ajouter une observation sur la participation de 28 % de France Télécom dans
la société allemande Mobil Com. C’est sa situation désastreuse qui a du faire renoncer France
Télécom à une option d’achat qui l’aurait rendue majoritaire et à considérer sa participation
comme perdue en provisionnant la lourde perte sur son prix d’achat, et c’est cette provision
qui a fait bondir les pertes. Or, la situation de Mobil Com aurait pu être assainie si le
gouvernement allemand avait accepté, comme l’a fait le gouvernement français, de réduire les
prélèvements tout à fait déraisonnables exigés comme au Royaume-Uni pour l’achat des
licences UMTS
[8]. Mais le gouvernement allemand n’a pas recouru à cette solution, car elle
aurait pesé sur son budget et lui aurait fait dépasser le seuil des 3 % précité. Cependant, il a
mis en place un plan d’urgence de sauvetage de Mobil Com auquel sont affectés 400 millions
d’euros.
Le dossier France Télécom conduit ainsi à poser des questions essentielles de stratégie
et de moyens d’État qui ne sont pas propres à notre pays. Elle conduit en outre à poser deux
problèmes, l’application du principe d’autonomie de gestion et le rôle des représentants de
l’État au sein des conseils d’administration, et à faire quelques remarques sur les nominations
et les remplacements de dirigeants.
B) Le principe d’autonomie et le rôle des représentants de l’État
Le principe d’autonomie dont le groupe de travail Nora avait fait en 1966 un principe
fondamental de la gestion des entreprises publiques avait conduit la commission d’enquête
parlementaire précitée de 1995 à souhaiter, en contrepartie des obligations, de rendre compte
régulièrement à la tutelle. Or le président de France Télécom a bénéficié d’une autonomie de
décision exceptionnelle, limitant les pouvoirs du contrôle d’État; elle a, semble-t-il, permis
de ne pas soumettre aux autorités de tutelle les clauses du contrat avec Mobil Com, alors que
certaines d’entre-elles ont, par la suite, été jugées mal conçues et dangereuses, et que ses
conditions de financement et ses chances réelles de retour sur investissement, avant même la
signature avec l’actionnaire principal de l’entreprise allemande, Gerhard Schmid, réclamaient
une certaine méfiance
[9].
Le dossier France Télécom a conduit aussi à s’interroger sur le rôle faible, sinon
inconsistant, des administrateurs en général, et en particulier des représentants de l’État au
conseil d’administration. Certains administrateurs, personnes qualifiées ont dit à la presse
n’avoir pas été informés des conditions de certaines opérations, ou n’avaient pas posé de
questions, sauf sur le problème du désendettement
[10], ce qui rend encore plus surprenante
l’absence de réaction, du moins connue, des administrateurs représentant l’État.
Cette situation n’est pas nouvelle. La commission des finances du Sénat et un rapport du
sénateur Bonnefous en 1977 avaient mis en cause le « suivisme » des conseils en matière de
diversification et d’acquisitions de ce qu’il appelait les « nationalisations silencieuses ». La
question fut aussi soulevée à propos de contrats passés par un président de France 2,
M. Elkabbash, avec des animateurs producteurs, et surtout d’acquisitions hasardeuses du
Crédit Lyonnais, en particulier des studios MGM. La commission d’enquête parlementaire y
avait vu une des causes de ce qui aurait entraîné la faillite de la banque sans l’intervention de
l’État. On peut rappeler la déclaration sur ce point d’un député : « Nous avons reçu des
membres de l’ancien conseil d’administration et nous avons eu l’impression qu’ils ne
servaient à rien. Ils disaient que l’actionnaire principal étant l’État, si ce dernier approuvait,
ils n’avaient pas à désapprouver »
[11].
C) La désignation et le remplacement des présidents
L’équilibre délicat entre autonomie et contrôle conduit à donner une grande importance
au choix des dirigeants et incite à ce que ce choix repose sur une relation de confiance de la
part des gouvernants, qui peut entraîner l’existence de critères politiques parmi les critères de
choix. Le pouvoir de désignation de dirigeants des entreprises publiques par décret du
Président de la République en conseil des ministres découlant de la Constitution, objet d’une
ordonnance de 1959 et de décrets établissant leur liste, avait ainsi été étendu à de nombreux
cas en 1985, lors du premier septennat de M. Mitterrand, à une époque de concentration des
pouvoirs à la présidence de la République, et les périodes de cohabitation en avaient fait
l’enjeu de négociations entre les deux têtes de l’exécutif. Le remplacement ou le non
renouvellement est normal et d’ailleurs discrétionnaire si des erreurs sont reprochées, telle la
demande de démission adressée à M. Bon, président de France Télécom, encore qu’une fois
de plus la décision de remplacement fait place à une demande instante de démission.
La démission a été aussi demandée au président de La Poste qui, quant à lui, a
publiquement regretté sa « démission-révocation » : il avait, sans grands moyens du fait du
statut d’établissement public, réussi une croissance externe méritoire, mais au prix d’une
détérioration de la situation financière aggravée par l’évolution contestée des effectifs et des
charges salariales, et ses liens avec le précédent gouvernement étaient connus. Il a été
remplacé par M. Bailly, président de la RATP, lui-même remplacé par Mme Idrac, ancienne
secrétaire d’État aux transports dans le gouvernement de M. Juppé
[12].
II — LA BAISSE DES VALEURS BOURSIÈRES ET LES PRIVATISATIONS
Selon une récapitulation effectuée par le journal
Le Monde à partir de la base de données
de l’agence financière Bloomberg, publiée le 5 septembre, le portefeuille de l’État ne vaudrait
plus que 22,3 milliards d’euros, contre 148,7 aux plus hauts cours. Il est vrai que l’essentiel
de la différence découle de la baisse de la valeur des 55,4 % qu’il détient dans France
Télécom, passés de 124 milliards au plus haut à 7,4 milliards. La valeur des autres
participations a globalement diminué, mais cette diminution globale recouvre un éventail
ouvert de hausses et de baisses
[13].
Le gouvernement ne peut aborder le dossier des privatisations qu’avec prudence afin
d’éviter de céder ses participations à des cours qui, même dans les cas où leur valeur a
progressé, reflètent la morosité d’ensemble de la bourse, ce qui accentue le paradoxe d’un
gouvernement de droite qui ne place plus les privatisations parmi ses priorités, ne serait-ce
que pour cette raison, alors que le gouvernement de gauche précédent avait effectué le plus
haut montant de cessions — plus de 30 milliards d’euros — de toutes les législatures depuis
1986.
Le gouvernement, après la mise sur le marché réussie d’une minorité d’actions
d’Autoroutes du sud de la France, n’envisage à court terme que la poursuite de la privatisation
d’Air France, et encore « lorsque les conditions du marché le permettront » et en gardant
20 % (suffisamment pour rester le premier actionnaire, garder plus qu’un droit de regard et
dissuader tout prédateur). Quant à une éventuelle deuxième tranche de la privatisation d’ASF,
elle devra tenir compte de ce que la première a permis à deux groupes de bâtiment-travaux
publics, et principalement Vinci, de s’emparer de 16 % de son capital, alors que le président
d’ASF a fait publiquement remarquer qu’il existait un danger à laisser des entreprises de
travaux publics, aux besoins financiers considérables et changeants, intégrer une entreprise de
service public qui, en outre, dégage un profit régulier mais qui doit être limité par l’objectif
même de service public.
Il est moins certain que l’État veuille céder sa participation de 33 % dans Thalès qu’il
s’agit d’une industrie stratégique dans l’électronique de défense précisément. L’actionnaire
sur lequel il comptait pour en devenir le responsable opérationnel, Alcatel, frappé par la crise
des nouvelles technologies et des télécommunitions et affligé de pertes très importantes, paraît
en train de s’en désengager et vient en tous cas de céder une grande part de sa participation
en octobre.
La privatisation de la participation dans la Société nationale d’étude et de construction
de moteurs d’avion — SNECMA — enfin, dont le processus était engagé, sur la base d’une
valorisation de 5 milliards d’euros, est remise à la fois du fait des répercussions des attentats
du 11 septembre 2001 sur le secteur aéronautique, de son rôle stratégique, de l’absence
d’accord pour reprendre quelques moindres entreprises européennes de ce secteur, et du fait
qu’un autre mariage, avec Thalès, subit les incertitudes qui pèsent sur la distribution du capital
de cette entreprise, précédemment rappelées.
III — LE RETOUR DE L’ÉTAT
Ce que l’on appelle d’une façon générale le « retour de l’État » est, dans le domaine des
entreprises publiques et des services publics, le fruit de plusieurs facteurs et de plusieurs
prises de conscience. Parmi les facteurs figurent les très graves défaillances d’entreprises
privées, y compris après privatisation, chargées de gérer des services publics, et quelques
exemples de reprises par les autorités publiques, même en France, ou de bonne gestion
publique. Un autre facteur est la très sensible évolution vers le réalisme des autorités
européennes.
A) Les défaillances des entreprises privatisées de service public
ou d’intérêt général au Royaume-Uni
Trois grandes entreprises britanniques privatisées récemment ont connu des défaillances
telles que l’État a dû leur apporter des soutiens financiers considérables et prendre des
mesures de reconstitution qui ressemblent à la limite à des renationalisations.
La construction et la gestion du réseau ferré britannique ont été confiées en 1996 à une
société privée, Railtrack. Celle-ci, recherchant le maximum de profit à court terme, a négligé
les dépenses d’entretien et d’investissement et même les recrutements de compétences
nécessaires, ce qui a occasionné des accidents, des retards sur les horaires et des pertes de
confort, non sans accumuler des pertes (700 M d’euros en 2000), ce qui la conduisit en juin
2001 à exiger 3 milliards d’euros de subventions, tout en annonçant le versement de
200 M d’euros de dividendes à ses actionnaires.
Le gouvernement s’est résolu, début octobre 2001, sans indemnisation préalable des
actionnaires, à remplacer Railtrack par une société à statut spécial dénommée Network Rail,
associant dans une formule que l’on croirait imitée du vieux tripartisme à la française les
exploitants ferroviaires, les personnels et les clients, sous la tutelle de fait de l’État, au point
que l’on a utilisé à son sujet le terme de renationalisation. Sans but lucratif dans la mesure où
elle doit réinvestir ses bénéfices dans le réseau, elle bénéficie de subventions publiques
considérables, dépassant 37 milliards d’euros, avec l’accord de la Commission européenne,
qui doivent permettre d’éponger notamment presque 5 milliards d’euros de dettes et de
financer les investissements neufs trop longtemps différés comme la ligne TGV entre la
Manche et Londres. De surcroît, cet effondrement met en évidence l’échec des deux autorités
de régulation du rail, la Strategic Rail Authority et le Rail regulator, qui va d’ailleurs conduire
à leur fusion et à leur réforme, jetant aussi un doute sur la validité des mécanismes de
régulation censés maintenir l’intérêt général lors de recours aux mécanismes libéraux et à ce
que les anglais appellent la private finance initiative.
L’État britannique a vendu 46 % du capital de la NATS (société chargée du contrôle de
la navigation aérienne), à un prix élevé, à un consortium de sept compagnies privées en juillet
2001, en en conservant 49 %, les salariés en ayant 5 %. Ayant subi l’effet de la baisse du trafic
nord-atlantique, sa situation financière serait telle que le gouvernement paraît devoir lui
accorder au moins une garantie.
Enfin, la société British Energy, qui produit le quart de l’électricité britannique,
notamment d’origine nucléaire, a été privatisée en 1996, mais une baisse de ses ventes, en
volume et en prix, le coût du traitement des déchets, des distributions de dividendes malgré
les pertes et des craintes du gouvernement sur la sécurité des installations nucléaires, ont
conduit ce dernier à lui accorder des concours financiers à court terme, et à étudier désormais
des modalités de sauvetage, des rumeurs de renationalisation ayant même couru.
B) Les défaillances des entreprises américaines de service public
Les défaillances de ce que l’on appellerait en France les entreprises de service public ont
connu aux États-Unis une ampleur extraordinaire, allant jusqu’à une impressionnante série de
cessations de paiement ou d’anticipations de cessations de paiement, les conduisant à se
placer sous les dispositions du chapitre 11 de la loi sur les faillites, l’équivalent américain du
redressement judiciaire, et à être considérées comme l’une des origines de la crise boursière
mondiale.
Les sociétés californiennes d’électricité, dont Pacific Gaz and Electricity (21,4 milliards
de dollars d’actifs), qui s’est placé sous la protection de cette loi en mars 2001, vendant au
dessous du prix de revient que leur dictait certains vendeurs, eux-mêmes fraudant sur les prix
et ne faisant plus les investissements nécessaires à long terme à la continuité du service
public, ont plongé la Californie dans une suite d’interruptions longues et graves d’électricité,
au point que l’État californien s’est parfois de fait substitué à elles.
Puis Enron (63 milliards de dollars d’actifs), septième capitalisation boursière des
États-Unis, spécialisé dans la fourniture de gaz et d’électricité, a connu en décembre 2001 une
faillite d’autant plus retentissante qu’elle a fait perdre leur épargne à ses très nombreux
actionnaires, et à son personnel les retraites d’un fonds de pension « maison ». Et surtout, elle
s’est accompagnée de la révélation de fraudes considérables. Elle ont été si graves qu’elles ont
entraîné de nombreuses mises en examen et, à la suite de la découverte de complicités du
cabinet qui auditait ses comptes, Arthur Andersen, la disparition de ce dernier, l’un des cinq
grands majors mondiaux de l’audit.
Puis ce fut le tour dans les télécommunications de Global Crossing (25,5 milliards de
dollars d’actifs), qui se mit sous la protection du chapitre 11 en janvier 2002, puis surtout de
WorldCom, deuxième opérateur américain et opérateur entre autres du Pentagone, dont les
actifs s’élevaient à 104 milliards de dollars avant qu’il doive avouer une dépréciation de plus
de 50 milliards. Sa banqueroute frauduleuse en juillet 2002, suivie de mises en examen à la
suite de la découverte de fraudes portant sur des dizaines de milliards (dépenses de
fonctionnement décrites comme des investissements, surévaluations délibérées d’actifs etc.),
a achevé de poser le problème du contrôle en général des sociétés américaines, et surtout de
celles de service public, non seulement par les cabinets d’audit les plus réputés, mais aussi par
les organes de régulation gouvernementaux généraux comme la Securities and Exchange
Commission, ou spécialisés par secteur. Plus récemment encore, en août 2002, US Airways,
7ème compagnie aérienne américaine, s’est mise sous la protection du chapitre 11 après des
pertes atteignant le huitième de son chiffre d’affaires et en a appelé aux aides financières,
qu’elle va recevoir, de l’Air Transportation Stabilization Board.
Le rappel de tels faits, aux allures quelque peu apocalyptiques, est nécessaire dans la
mesure où il permet de mesurer les risques des gestions privées de services d’intérêt général,
à côté desquels les erreurs ou fautes des entreprises françaises paraissent bien vénielles, du
moins en comparaison. La conclusion, essentielle, est que la propriété ou l’actionnariat
public, si décriés encore il y a moins de deux ans, apparaissent aujourd’hui plus sûrs pour la
gestion des services publics. Ils sont à utiliser de manière pragmatique et, sans plus aucune
référence idéologique, selon les besoins nationaux. Ainsi est justifiée l’expression désormais
fréquemment utilisée de « retour de l’État » et le maintien désormais plus que probable d’un
très important secteur public économique en France, confirmé par les déclarations du
Président de la République et du Premier ministre.
C) Quelques cas concrets de réaffirmation de la gestion publique
La gestion publique d’activités économiques peut se traduire soit par la reprise des
activités privées après leur échec, comme en Angleterre, et comme on va le voir en France,
soit par un retour à la rigueur sans passage nécessaire à la gestion privée, comme il semble
que l’on en ait un bon exemple en Italie.
On trouve, en France même, trois cas récents de reprise par des collectivités locales
d’activités dont la gestion privée a échoué
[14]. Ainsi le conseil général de Seine-Maritime a été
à l’origine, en janvier 2001, d’un syndicat mixte de collectivités territoriales (région,
département, communes) destiné à faire revivre la liaison maritime
[15]
En juillet 2002, le même Conseil général de Seine-Maritime a décidé de reprendre le
contrôle de la compagnie aérienne Air-Atlantique, ce pour quoi il a constitué avec la ville du
Havre une société d’économie mixte qui doit rétablir les liaisons entre Le Havre et
respectivement Bruxelles et Amsterdam, pour un coût programmé sur trois ans de près de
8 millions d’euros. Cela doit permettre, en outre, de mettre fin au captage de clientèle
antérieur par la compagnie KLM.
En août 2002, le département de la Vienne a décidé de reprendre la gestion du
Futuroscope dont un groupe privé, qui en avait pris l’affermage en février 2000, n’avait pas
réussi à endiguer la baisse de fréquentation. C’est semble-t-il une société d’économie mixte
constituée avec la région Poitou-Charente qui en assurera l’exploitation.
Le succès de ces initiatives n’est pas assuré, et elles peuvent être au moins au départ
coûteuses. Elles manifestent cependant un souci de ne pas « laisser faire », sans savoir si les
échecs sont dus à de mauvaises gestions ou aux « lois du marché », et sans se plier
nécessairement à ces lois, s’il existe des motifs qui leur sont supérieurs.
On trouve aussi, en France et à l’étranger, des entreprises publiques qui ont su accomplir
des réformes. Après le redressement financier de la Deutsche Bundesbahn, au prix de durs
plans sociaux, ce sont les Ferrovie dello stato italiens qui montrent ce que la détermination,
qui a sans doute manqué parfois dans le cas de la SNCF, permet d’obtenir
[16]. Dans le même
temps, les Ferrovie dello stato sont devenus un holding coiffant une société d’exploitation,
Trenitalia, et une société d’infrastructure, Rete ferroviaria italiana, selon la même division que
la SNCF et RFF, mais en ayant évité la coupure pas toujours commode à mettre en œuvre de
la solution française. Ces réformes n’ont pas empêché le lancement d’un grand programme
d’investissements de 5 milliards d’euros par an, comportant notamment la ligne à grande
vitesse Turin-Naples, quitte d’ailleurs à faire appel aussi à des capitaux privés pour la
concession et la rénovation de nombreuses gares.
D) Les évolutions des autorités européennes
Les autorités européennes perdent peu à peu leur simplisme initial, à la façon du
président de la Commission qui doit défendre le pacte de stabilité budgétaire et en même
temps l’a déclaré en octobre « stupide », comme toute la presse l’a relaté, parce qu’il lui faut
tenir compte de réalités complexes.
Elles sont ainsi en train de s’apercevoir enfin que des marchés soi-disant ouverts restent
plus ou moins fermés, comme le marché de l’électricité ouvert à 100 %. Ainsi, en Allemagne,
la multiplicité des réseaux locaux oppose autant de coupures et de péages qui réduisent
l’ouverture véritable à bien moins que le tiers réel du marché français ; l’ouverture du marché
italien est largement privée d’effet par la limitation technique du passage du courant aux
frontières, sans compter, dans ce dernier pays et en Espagne, l’édiction de décrets limitant
illégalement au regard du droit européen les droits de vote d’EDF dans les sociétés où elle a
des participations, contre lesquels la Commission vient d’engager une procédure, tous faits
qui la conduisent à ouvrir le champ de ses critiques au-delà du cas d’EDF qui paraît avoir
focalisé son attention jusqu’ici.
La Commission, reprenant une observation déjà formulée dans une communication de
1991, pense voir dans le cas d’EDF une rupture des conditions concurrentielles du fait de
garanties d’État. Le Monde du 17 octobre 2002 cite un projet de lettre de la Commission
estimant que « les aides examinées ont contribué de facto à financer l’expansion agressive
d’EDF par l’acquisition de participations à l’étranger. Un tel usage de ces fonds semble sortir
du cadre de ce que l’on peut considérer comme une mission de service public admissible ».
En fait ces termes peuvent couvrir deux réalités. Ou bien il s’agit des garanties
d’emprunt que l’État accordait effectivement autrefois aux grandes entreprises publiques,
d’abord dans les années 1950 pour leur faciliter l’accès à un marché financier où les capitaux
étaient rares, puis pour leur permettre d’obtenir de meilleures conditions financières.
Toutefois il y a une quinzaine d’années ou plus que ces garanties ont cessé d’être accordées,
sauf dans de très rares cas que même la Commission trouverait fondés, pour faciliter
l’obtention de crédits par les PME et à travers l’Agence française de développement pour des
aides à des territoires d’outre-mer ou pays étrangers à faibles ressources. Dès lors, il faudrait
réclamer de menus reversements après des calculs très théoriques de l’avantage dont aurait
bénéficié telle entreprise pour les quelques intérêts restant à payer sur des queues d’emprunts
presque tous remboursés depuis longtemps...
Ou bien il s’agit du fait que les établissements publics sont automatiquement garantis par
l’État de par leur nature même de « patrimoine public personnalisé » sans qu’il soit besoin
d’une garantie expresse, comme cela a été rappelé à l’occasion du vote de la loi de défaisance
du Crédit Lyonnais, ce qui constituerait un avantage facilitant l’obtention de meilleures
conditions. Telle est la raison pour laquelle la Commission a poussé à transformer Renault en
société il y a une douzaine d’années pour avaliser les aides que le gouvernement lui avait alors
octroyées, et pour laquelle elle pousse de même aujourd’hui à la transformation d’EDF en
société.
Mais c’est une illusion car, comme l’écrivent noir sur blanc les agences de notation, les
conditions d’emprunt reflètent l’appartenance au secteur public, indépendamment du statut
juridique d’une entreprise donnée. Dès lors, il faudrait tout simplement que l’on empêche,
sous ce prétexte, les États d’avoir des entreprises publiques, mais cela est interdit à la
Commission par l’article 295 du traité de Rome modifié selon lequel « le présent traité ne
préjuge en rien du régime de la propriété dans les États membres ». Chacun y verrait une
manifestation d’idéologie libérale plus que de souci concurrentiel. D’ailleurs, vouloir
interdire la forme juridique de propriété qu’est l’établissement public paraîtrait déjà violer
l’article précité. Bien entendu il serait préférable que la forme de la société soit préférée pour
les entreprises publiques (mais pour d’autres raisons qu’une raison supposée d’effet de
garanties implicites).
Enfin, la Commission ne peut que tenir compte de la vague de fond, progressivement
portée par la France jusqu’à sa forte affirmation communautaire, de la notion de « service
public à la française ». Après avoir concédé la notion de service universel, qui a au moins eu
le mérite d’ouvrir la voie à celle de service public, cette dernière est devenue à la mode, et
le président de la Commission, après plusieurs déclarations d’autorités européennes, vient de
lui donner une consécration de plus en annonçant, lors d’une conférence à l’Université de
Paris-Dauphine, la publication prochaine d’un « livre vert » sur les services d’intérêt général,
qui « devra donner lieu à une vaste consultation », avant peut-être, a-t-il conclu, que l’Union
« définisse un niveau de service universel européen » pour tous les services que l’on appelle
en France publics. Que l’Union coure après ce que font déjà les États est significatif.
IV — LA RÉGULATION DES OPÉRATIONS FINANCIÈRES ET LE CAS
DU SECTEUR PUBLIC
L’accumulation des fausses informations et des fraudes de tous ordres, y compris
comptables, dans tant de très grandes sociétés des États-Unis, est une cause majeure de la
crise de confiance qui est elle-même à l’origine de l’effondrement des valeurs boursières. Or
elles supposent l’existence, dans ce pays, des fautes les plus graves de certains cabinets
d’audit, des lacunes de la réglementation et des défaillances des organes de régulation. Le
problème est de savoir si de pareilles situations peuvent apparaître en France, en général, et
en particulier dans les entreprises du secteur public, aujourd’hui.
Quant au rôle des cabinets d’audit, dont les auditeurs sont l’équivalent des commissaires
aux comptes français, et à la réglementation, il faut rappeler que des règles ont été établies en
France, après la publication d’un rapport établi par un groupe de travail. Celui-ci a été
constitué à l’initiative de la Commission des opérations de bourse; il est formé de ses propres
représentants et de ceux de la Compagnie des commissaires aux comptes. Il en est résulté un
certain nombre de règles : l’introduction d’un double commissariat aux comptes dans les
entreprises importantes, ce qui réduit fortement les risques de complaisance ou de complicité;
l’autre est l’interdiction faite aux cabinets de commissaires aux comptes d’être en même
temps conseillers, sauf pour des conseils liés à leur mission, par exemple de description
comptable d’opérations. Il est évident qu’à partir du moment où, comme cela est fréquent
outre-Atlantique, un cabinet préconise, par exemple, une solution fiscale, après une étude en
général très bien rémunérée sera difficile au même auditeur ou à l’un de ses confrères du
même cabinet de la critiquer dans son opinion sur les comptes. Il semble que la Securities and
Exchange Commission veuille s’inspirer de la stricte règle française.
Quant aux organes de régulation, l’exemple précédent montre que la COB a heureusement eu de ses pouvoirs une conception large, allant jusqu’à provoquer des rencontres pour
susciter des consensus, avant même d’éventuelles sanctions législatives. Mais dans l’exercice
strict de ses pouvoirs, elle a aussi à bien des reprises obtenu, par ses règlements, par ses refus
de visa à des opérations financières, ou des différés de visa jusqu’à rectification (y compris
souvent pour des opérations d’entreprises du secteur public) et par ses sanctions, beaucoup de
redressements. Un texte législatif va bientôt fusionner avec elle le Conseil des marchés
financiers, qui suit le fonctionnement de la bourse, pour former l’Autorité des marchés
financiers, ce qui ne peut que renforcer la rigueur en matière de comptabilité et d’information
financière.
D’autre part, dans le cas des entreprises du secteur public, la Cour des comptes ajoute
ses propres contrôles à ceux des commissaires aux comptes. Ce n’est pas de trop car certaines
entreprises publiques ont eu tendance à négliger parfois les règles de la rigueur comptable et
financière, ce que la Cour des comptes a vivement critiqué dans ses rapports publics 1997 et
1998, en signalant qu’elle avait même dû constater dans ses avis sept cas de comptes non
sincères ou non fidèles sur ses 80 dernières vérifications d’entreprises publiques. Même après
ces vigoureuses observations et des améliorations importantes, il reste des problèmes à régler,
notamment celui de la comptabilisation des charges de retraites, au point que le gouvernement
a dû, au début de 2002, demander que la règle de généralisation des normes internationales
dites IAS (International Accounting System), soutenue par la COB depuis dix ans et enfin
posée par les autorités européennes pour application en 2005, soit différée dans le cas des
établissements publics à caractère industriel et commercial.
[1]
Tel est le cas de l’Agence de régulation des télécommunications et de la Commission de régulation
de l’électricité.
[2]
Assemblée nationale, rapport n° 1480.
[3]
Sénateur UMP J.-L.Masson,
Les Échos, 16 septembre 2002.
[4]
Alors que c’est le montant des fonds perdus dans le cas du Crédit Lyonnais.
[5]
Rapport de la Cour des comptes sur l’exécution du budget 2001.
[6]
Ce que constate le sénateur Larcher dans un rapport sur France-Télécom « Pour un avenir ouvert ».
[7]
En revanche, la recherche d’économies semble avoir été plus rude, puisque est déjà en cours
d’exécution un plan de suppression d’emplois qui porte sur 30 000 emplois de 2002 à 2005, soit le quart de
l’effectif de 120 000 de la téléphonie filaire.
[8]
40 milliards d’euros au total sur des entreprises aujourd’hui toutes en difficulté grave.
[9]
On retrouve ainsi, aujourd’hui, la même critique à l’égard des pouvoirs qu’a exercés le président de
France Télécom que celle formulée dans le rapport de la commission Seguin et dans le rapport public particulier
sur le Groupe Crédit Lyonnais d’octobre 1995 de la Cour des comptes.
[10]
La Tribune, 1
er octobre 2002.
[11]
Intervention d’A. Griotteray, Rapport de la Commission, T. II, Auditions.
[12]
Mme Lauvergeon, présidente du directoire d’Areva, la grande filiale industrielle du Commissariat à
l’énergie atomique qu’elle a su concevoir et mettre en place, n’a pas été écartée, bien qu’ancienne conseillère
de M. Mitterrand à l’Élysée et malgré la divulgation d’extraits d’un rapport de constatations provisoires de la
Cour des comptes relevant sa rémunération exceptionnellement élevée dans le secteur public et une opération
entre Areva et une société dont elle est administratrice. Des fins de mandat à venir (CDC, SNCF) permettront
de mesurer les parts faites à l’appréciation de la gestion et au degré de neutralité politique.
[13]
La participation dans Thomson multimedia a été divisée par quatre depuis août 2000, celle dans Bull
est tombée de 500 millions à une quinzaine, celle dans Air France se situe entre son plus haut (3,2 milliards)
et son plus bas (1,1 milliard), celle dans Dassault systèmes a été multipliée par deux depuis son entrée en bourse
en 1996, celle dans Renault multipliée par 3,5, et celle dans le Crédit Lyonnais s’est nettement valorisée.
[14]
Cf. cette chronique,
RFAP, n° 100,2001.
[15]
Dieppe Newhaven. Ce syndicat a à cet effet créé une SEM qui s’est rendue propriétaire, moyennant
15 M d’euros, de la société propriétaire du port privé anglais terminal de Newhaven, en prévoyant une somme
égale pour sa modernisation, ainsi que 28 M d’euros pour l’acquisition et l’affrètement d’un ferry, affermé à
Corsica Ferries.
[16]
Le retour à l’équilibre en 2001, après des pertes de 3,6 milliards d’euros en 1997 et encore de
1,5 milliard d’euros en 2000, est dû à une gestion économe sur de multiples points, et en particulier à une
réduction d’environ 3 milliards d’euros des charges de personnel, dont l’effectif est passé en 10 ans de 200 000
à 100 000 et qui sont sous un régime de convention collective.