Revue française d'administration publique
E.N.A.

I.S.B.N.sans
206 pages

p. 197 à 199
doi: 10.3917/rfap.101.0197

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no101 2002/1

 
ZELLER (Adrien), STUSSI (Pierre), préface de Raymond Barre, La France enfin forte de ses régions. Glossaire engagé de la décentralisation, Paris, Gualino éditeur (coll. « Fidecitea »), 2002,296 pages
 
 
Cet ouvrage est sans doute le dernier ouvrage sur la décentralisation paru avant l’alternance et la nomination de Jean-Pierre Raffarin au poste de Premier ministre. C’est dire si l’actualité du livre est importante. Rédigé par Adrien Zeller, président de la région Alsace et un de ses proches collaborateurs, Pierre Stussi, directeur général des services, il présente une quarantaine d’articles dans un style alerte où l’on retrouve souvent la verve et la vivacité du grand élu régional. La construction du livre mérite à elle seule un court arrêt. La multiplication des entrées est un parti pris intéressant qui permet d’avancer dans une analyse sans produire un discours trop théorique. On y retrouvera seulement des présupposés trop réguliers pour être complètement innocents. C’est le cas par exemple de la « crise de l’État » présentée comme une évidence et construite comme clef de la réussite des régions et autres collectivités locales. L’entrée qui y est consacrée marque d’ailleurs une des limites de l’exercice. Les passages où les auteurs sont les plus convaincants ne sont pas ceux où ils proposent une analyse des mécanismes de transformation de l’État. Le propos y est certes pertinent mais souffre d’une tendance à la généralité qui le dévitalise. En revanche, tout l’intérêt de cette présentation devient manifeste dès que les auteurs s’attachent à revenir sur des questions de vocabulaire qui marquent le débat contemporain. Ainsi, l’article consacré à la contractualisation est il très bien conçu en pointant les ambiguïtés et les limites du concept. Les vertus pédagogiques des auteurs se manifestent aussi dans le choix des exemples et les nombreux rappels historiques. L’exercice est plus difficile quand il faut prescrire où imaginer des transformations comme celles qui peuvent affecter la fonction publique territoriale. En « faire le levier de la décentralisation » comme l’indiquent les auteurs supposerait que l’on résolve de nombreuses questions de statut et de formation qui ne sont pas abordées ici. L’enthousiasme du propos amène à supporter ce qui tourne quelquefois au plaidoyer pro domo au profit du « gouvernement régional ». On aurait aimé retrouver sous la plume des auteurs une évaluation raisonnée des vingt premières années de la décentralisation ou en tout cas un retour sur quelques expériences menées au niveau régional. Cette dimension laisse la place à une réfutation des critiques lancées par les adversaires de la décentralisation, notamment sur le processus de « reféodalisation » qui pourrait être à l’œuvre autour des grandes collectivités. L’entrée consacrée au département ne figure pas parmi les plus convaincantes en raison de sa trop grande simplicité. On y sent les auteurs un peu gênés par ce qui constitue aujourd’hui encore une particularité française contraignante. L’expérience alsacienne de fusion amorcée des départements n’a certainement pas contribué à faciliter l’analyse.
Une des grandes vertus de l’ouvrage est finalement de baliser de multiples pistes et d’agiter des idées. On y retrouve de multiples suggestions appuyées bien souvent sur l’expérience de la région Alsace, notamment en matière d’éducation et d’enseignement supérieur. Il faut remercier les deux auteurs d’avoir su concilier avec dynamisme une approche pragmatique du sujet avec de fréquents rappels plus théoriques.
Renaud DORANDEU
Directeur adjoint des études École nationale d’administration
 
VODOZ (Luc) dir., NTIC et territoires. Enjeux territoriaux des nouvelles technologies de l’information et de la communication, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2001,434 pages.
 
 
Cet ouvrage rassemble vingt-six contributions présentées au séminaire organisé, en mars et avril 2001, sur les enjeux territoriaux des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), par la communauté d’études pour l’aménagement du territoire fondée en 1975 par les gouvernements des cantons de Suisse romande. La question centrale abordée est celle de l’évolution des pratiques relationnelles, socio-économiques et politiques, sous l’effet du développement croissant des usages des NTIC par l’ensemble des acteurs sur un territoire. Les contributions sont parfois théoriques et prospectives mais très souvent illustrées d’exemples pratiques et concrets.
Une partie des articles traite des enjeux des NTIC en matière de gestion des territoires en abordant en particulier le développement nécessaire de la notion de système d’information territorial, la richesse de représentation et de communication permise par les systèmes d’information géographiques ou encore le sujet de la vidéosurveillance. D’autres articles s’attachent à illustrer les enjeux des NTIC en matière de développement et d’appropriation des territoires en analysant notamment l’impact du télétravail, du commerce électronique, de l’équipement en infrastructures au débit, de l’accès à l’information. Enfin quelques articles se font l’écho de questionnements quant aux enjeux des NTIC en matière de fonctionnement des institutions en évoquant le vote électronique et en élargissant le propos aux stratégies territoriales et étatiques en matière de développement des TIC.
Les nouveaux enjeux des NTIC sont ainsi analysés et peuvent très certainement faciliter la formalisation d’une grille de lecture des atouts et des faiblesses des territoires au regard de ces nouvelles opportunités mais aussi des risques associés. Aussi, cet ouvrage collectif permet d’éclairer les autorités à différents niveaux institutionnels quant aux défis collectifs à relever en matière de compréhension mais aussi d’appropriation de ces nouveaux usages pour la gestion et le développement d’un territoire.
Un ouvrage utile pour finaliser une réflexion, au-delà d’une analyse à partager des enjeux territoriaux des nouvelles technologies de l’information, sur les politiques et modalités de développement et d’usage des NTIC sur un territoire et tout particulièrement d’actualité, dans un contexte français de décentralisation.
Thierry COURTINE
Expert pédagogique NTIC École nationale d’administration
 
JAMBES (Jean-Pierre), Territoires apprenants. Esquisses pour le développement local du XXIème siècle, Paris, L’Harmattan (coll. « Administration et aménagement du territoire »), 2001,249 pages
 
 
Rédigé par un géographe qui conseille également plusieurs collectivités locales, cet ouvrage se propose de faire le point sur les différentes approches de la notion de territoire. Il se fonde également sur une expérience menée en Béarn sur le développement local. La revue de la littérature y est intéressante et assez complète. L’auteur s’efforce avec succès de montrer que le territoire, bien au-delà des éléments naturels, relève d’une convention et qu’il est produit par des acteurs locaux aux multiples statuts. Cette approche, qui n’exclut pas quelques digressions très théoriques, amène à mettre en perspective de très nombreuses citations. De ce point de vue, une des limites de l’ouvrage se trouve dans la tendance à ne pas « concrétiser » le territoire, et notamment à ne pas s’interroger sur la manière dont les citoyens ordinaires le perçoivent. Cette dimension, peu traitée dans la littérature actuelle, permettrait notamment de mesurer certains des effets de la décentralisation. L’auteur aborde aussi en détail la notion de projet territorial et tous les aspects qui en découlent. L’exemple du Béarn aurait gagné à être présenté plus longuement et aussi lié à d’autres expériences pour éviter l’impression d’« expérimentation unique » qui peut se dégager de la lecture de l’ouvrage.
R.D.
 
RENARD (Didier), CAILLOSSE (Jacques), BE´ CHILLON (Denys de) dir., L’analyse des politiques publiques aux prises avec le droit, Paris, LGDJ (coll. « Droit et société ». Série politique), 2000,303 pages
 
 
Dans la collection « Droit et société » de la LGDJ, cet ouvrage important nous amène au cœur des catégories qui permettent de penser l’action publique. La rencontre entre politistes, philosophes et juristes produit un fort volume de questions qui secouent la théorie des politiques publiques. Le premier intérêt de cet ouvrage est précisément de s’ouvrir sans exclusive à des approches a priori très différentes les unes des autres mais qui, prises successivement, « font système ». En particulier, l’attention portée aux politiques de l’environnement par plusieurs auteurs permet de construire une véritable grille de lecture de ces politiques publiques très singulières.
L’introduction de Didier Renard et le premier chapitre de Jacques Caillosse se chargent par ailleurs de fournir les balises utiles pour se repérer dans les différents débats. On note avec intérêt que des juristes n’hésitent pas à « requalifier » tel ou tel moment de leurs analyses pour tenir compte des acquis de la théorie des politiques publiques. C’est le cas dans cet ouvrage du travail d’Alain Bernard qui questionne l’existence d’une politique publique de la propriété privée. C’est ce biais qui donne tout son sens à la dernière question posée par Patrick Le Galés et Joseph Fontaine dans leurs contributions respectives. La recherche — et la découverte — de politiques publiques particulièrement riches en enseignements théoriques fait partie des missions que les chercheurs s’assignent tout comme le repérage des niveaux d’action publique adéquats.
R.D.
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