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| Revue française d'administration publique 2005/3 (no115) | 19 € |
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Perspective comparative[*] [*] Traduit de l’anglais par T. Simon. ...suite
AuteursAnnie Hondeghem du même auteur
Professeur, Instituut voor de Overheid, Katholieke Universiteit Leuven, BelgiqueWouter Vandenabeele du même auteur
Chercheur, Instituut voor de Overheid, Katholieke Universiteit Leuven, BelgiqueLe désintéressement est une caractéristique importante des fonctions publiques[1] [1] Nous remercions Roger Depré et Jeroen Maesschalck pour...
suite. Dans les théories de l’administration publique, le concept de motivation à l’égard du service public est devenu primordial pour expliquer le désintéressement. Dans cette étude, nous essayons de déterminer la nature de cette motivation en examinant le concept original développé par Perry[2] [2] Perry (James L. ), « Measuring public service motivation :...
suite et en le comparant aux idées qui ont cours en France et aux Pays-Bas. Nous essayons également de resituer cette motivation dans le contexte de l’administration publique et nous suggérons des pistes pour des recherches complémentaires.
LA MOTIVATION À L’ÉGARD DU SERVICE PUBLIC
Service public et choix rationnel
2 La « nouvelle gestion publique » donne aux théories du choix rationnel une place importante dans l’administration. Devenues un des piliers de la nouvelle gestion publique, les théories du choix rationnel et du public choice sont fréquemment appliquées dans l’administration publique contemporaine[3] [3] Dunleavy (Patrick) et Hood (Christopher), « From old public...
suite. Elles tentent principalement d’expliquer ce qui incite, par exemple, à se « laisser corrompre » ou à « tirer au flanc » et d’autres comportements immoraux[4] [4] Di Iulio (John D. ), « Principled agents : the cultural...
suite. Ce type de comportement se retrouvant aussi bien dans les bureaucraties publiques que privées, les théories fondées sur le choix rationnel peuvent être appliquées tout autant au secteur privé qu’à l’administration publique.
3 Pourtant, la portée de ces théories reste limitée quand elles analysent spécifiquement le secteur public ou parapublic. Bien qu’ils soient largement décrits par les spécialistes en administration publique[5] [5] Frederickson (H. George), The Spirit of Public Administration,...
suite, l’esprit de sacrifice, le désir du bien commun ou l’altruisme sont difficiles à comprendre en termes de choix rationnel. Pour tenter d’expliquer ces attitudes, le concept de motivation à l’égard du service public a été développé comme contre-poids aux motivations d’intérêt personnel, propres aux théories du choix rationnel. Ce concept devrait permettre de mieux expliquer le comportement désintéressé dont font souvent preuve les fonctionnaires. Perry a proposé une description de ce concept qui n’est pas la première mais la plus complète, élaborant une échelle de mesure et un cadre théorique de la motivation à l’égard du service public[6] [6] Perry (James) et Wise (Lois Recascino), 1990, op. cit. ;...
suite. Dans la foulée, plusieurs chercheurs ont poursuivi des travaux similaires qui ont abouti à de nombreuses publications sur ce sujet[7] [7] Houston (David J. ), « Public service motivation :...
suite.
Remarques liminaires
4 On doit, avant d’évoquer la motivation à l’égard du service public, faire deux remarques. Il faut d’abord noter que si le dévouement est généralement pris en considération au sein même de l’administration, la définition de la motivation à l’égard du service public n’est pas unanimement acceptée. Perry la décrit comme la prédisposition « d’un individu à adhérer aux missions qui incombent principalement ou uniquement aux institutions publiques »[8] [8] Perry (James L. ), 1996, op. cit. ...
suite. Si nombre de chercheurs adoptent cette analyse, d’autres proposent leur propre définition de cette motivation. Brewer et Selden[9] [9] Brewer (Gene A. ) et Selden (Sally Coleman), « Whistle...
suite la perçoivent comme une force qui pousse un individu à se mettre au service du bien commun. Rainey et Steinbauer[10] [10] Rainey (Hal G. ) et Steinbauer (Paula), « Galloping elephants :...
suite la décrivent comme « le dévouement au service des intérêts d’une communauté de personnes, d’un État, d’une nation ou de l’humanité, par opposition à la motivation à l’égard d’une tâche ou une mission précise ». De surcroît certains chercheurs (souvent non américains) n’utilisent pas le terme de « motivation à l’égard du service public » dans leur étude de la fonction publique. Au Canada, Chanlat[11] [11] Chanlat (Jean-François), « Le managerialisme et l’éthique...
suite baptise « éthique du bien commun » cette attitude désintéressée, alors que les experts britanniques parlent d’éthique du service public (public service ethos)[12] [12] Brereton (Michael) et Temple (Michael), « The new public...
suite.
5 La seconde remarque est plus importante encore : le contenu des concepts relatifs à cette motivation diffère en fonction des nations ou des régions. Dans une étude comparant cinq régions du monde, Norris[13] [13] Norris (Pippa), « Is there still a public service ethos ?...
suite constate que chacune est affectée différemment par les valeurs de service public (l’effet est nul dans certains cas). Nos propres travaux démontrent que l’échelle de Perry pour mesurer la motivation à l’égard du service public ne peut pas être utilisée de manière satisfaisante en Belgique, car certaines dimensions établies par Perry ne peuvent pas être restituées[14] [14] Vandenabeele (Wouter) et Hondeghem (Annie), « L’appel...
suite. En essayant de remonter aux origines, Perry[15] [15] Perry (James L. ), 1997, op. cit. ...
suite avait déjà mis en évidence le rôle de certains types d’acculturation. Il n’est donc pas surprenant que des systèmes institutionnels différents génèrent des conceptions diverses de cette motivation.
6 Ces différences, en termes d’appellation et de contenu, compliquent considérablement la recherche. L’existence de concepts similaires (mais non identiques) pour expliquer un comportement désintéressé dans la fonction publique variant d’un environnement institutionnel à l’autre rend très difficiles les études comparatives globales.
À LA RECHERCHE D’UNE DÉFINITION
7 Dans la perspective d’une comparaison satisfaisante, une définition générale de la motivation à l’égard du service public peut résoudre un premier problème : le puzzle sémantique. Gardant à l’esprit la multitude de termes employés, notre définition ne devra pas seulement couvrir la motivation mais également d’autres déterminants comportementaux porteurs de valeurs, tels que l’éthique. L’éthique a souvent pour base des valeurs trans-temporelles et trans-culturelles (particulièrement l’éthique de la vertu, notamment chez Hart[16] [16] Hart (David K. ), « Administration and the ethics of virtue :...
suite ), elle joue donc un rôle important dans notre concept de motivation. Cette approche intègre aussi à notre définition les « valeurs propres au régime en place » : celles qui expliquent, selon Frederickson et Hart[17] [17] Frederickson (H. George) et Hart (David K. ), « The public...
suite, la « générosité patriotique », genre à part du comportement désintéressé. Après tout, même Perry[18] [18] Perry (James) et Wise (Lois Recascino), 1990, op. cit. ...
suite fait référence aux motifs plutôt qu’aux motivations pour comprendre l’attrait du service public.
8 L’élément le plus important de notre définition, c’est qu’elle n’a pas besoin d’être conforme aux théories du choix rationnel ou du public choice qui ont pour base l’intérêt personnel. Premièrement, une définition doit aller au-delà de l’intérêt d’une personne ou d’une organisation. Son cadre de référence est plus large que l’individu seul, où l’organisation qui l’englobe (cela démontre également que ce qui est dans l’intérêt de l’organisation publique, le ministère de la défense par exemple, est différent de ce qui est d’intérêt public). Cela ne signifie pas que les intérêts individuels ou collectifs n’aient aucun point de convergence avec l’intérêt public. Néanmoins, s’ils sont en conflit, l’intérêt public doit prévaloir, sinon on ne peut pas parler de motivation à l’égard du service public. Deuxièmement, selon Rainey et Steinbauer[19] [19] Rainey (Hal G. ) et Steinbauer (Paula), 1999, op. cit. ...
suite, la motivation à l’égard du service public peut se retrouver à l’échelon d’une collectivité locale, d’une région, d’une nation ou de l’humanité tout entière. La taille de l’entité importe peu, seul compte le fait qu’elle soit de nature politique. Cela induit que le lien principal entre ceux qui appartiennent à cette entité est situé au sein d’un système politique. Il exclut toute relation sentimentale, religieuse ou amicale comme base de la motivation (toutefois, en raison de l’interaction entre différents systèmes, il est possible que des entités politiques soient d’inspiration religieuse).
9 Pour la dernière partie de notre définition générale, nous devons faire appel à la théorie de la motivation. Selon Heckhausen[20] [20] Heckhausen (Heinz), Motivation and Action, Berlin, Springer-Verlag,...
suite, la motivation est le terme général qui englobe tout le processus dont l’élément central est l’accomplissement d’une conduite définie. La motivation existe seulement s’il existe une interaction entre des valeurs individuelles et une situation réelle qui permet à un individu de pratiquer ces valeurs (conduite définie). C’est en fait une variable intermédiaire entre, d’une part, l’interaction des valeurs prônées par un individu et l’opportunité de les exercer et, d’autre part, une conduite à tenir. Dans le cas de la motivation à l’égard du service public, cette interaction doit évidemment être de nature publique (située au sein d’institutions publiques). Les comportements qui en résultent sont donc à la fois intentionnels et au service de la collectivité.
10 Si nous intégrons ces notions dans une définition, on peut dire de la motivation à l’égard du service public qu’elle est « une conviction, des valeurs et des attitudes[21] [21] En utilisant les termes « convictions, valeurs et attitudes »,...
suite qui dépassent l’intérêt personnel ou celui d’une organisation pour prendre en compte l’intérêt d’une entité politique plus vaste et qui induisent, dans une interaction publique, une motivation pour tenir une conduite définie ». Grâce à cette définition, nous espérons couvrir tous les aspects possibles du débat sur la motivation à l’égard du service public.
ANALYSE COMPARATIVE : LA FRANCE ET LES PAYS-BAS
11 Une définition aussi générale constitue un outil fondamental pour évaluer de manière systématique les aspects qui relèvent, ou non, de la motivation à l’égard du service public. Cela nous ramène à la question initiale de notre recherche : quelles différences, au niveau du contenu de la motivation, peut-on observer dans divers services publics ?
Le développement d’un cadre d’analyse
12 Dans cet article, nous explorons les différences observées entre le concept original américain et ses variantes hollandaise et française. Nous étudions le concept américain car il est prédominant dans la littérature administrative internationale. En raison de son approche originale, il a un impact fort sur l’évolution des pratiques et des théories relatives à l’administration publique. Une analyse comparative sur la motivation à l’égard du service public ne peut donc pas l’ignorer. Toutefois, nous ne le considérons pas comme un troisième cas mais comme un cadre d’analyse qui nous permet de situer les modèles français et hollandais. Nous avons étudié le modèle néerlandais car l’une des caractéristiques importantes de l’administration publique des Pays-Bas est d’essayer de se « normaliser » autant que possible. La normalisation dans ce contexte est l’alignement du secteur public sur le privé, pour aboutir à des différences aussi minimes que possible. En France, au contraire, prévaut une approche distincte de l’administration publique, des rôles de l’État et du fonctionnaire en particulier. Dans ce pays, il existe une différence importante entre les secteurs public et privé.
13 Le modèle de Perry est, sur le plan de la méthodologie, solide et bien documenté. La nature et l’impact de la motivation à l’égard du service public aux États-Unis ont été largement étudiés. Ce n’est pas le cas en France et aux Pays-Bas. Ici, notre définition générale nous aidera dans l’analyse. En nous appuyant sur des « convictions, des valeurs et des attitudes », nous avons élargi notre horizon à tous les déterminants comportementaux porteurs de valeurs. Chacun de ces déterminants peut agir de manière motivante dès que l’opportunité de mettre ces valeurs en application se présente. En étudiant les déterminants vecteurs de valeurs publiques, on peut obtenir une image claire de ce qui pourrait être l’essence de la motivation à l’égard du service public dans ces pays. Néanmoins, comme aucune hypothèse ne sera testée, notre étude reste une recherche exploratoire.
14 Notre principale source est constituée par les études concernant les valeurs, l’éthique et les attitudes dès lors qu’on y trouve un déterminant porteur de valeurs. Toutefois, ces études peuvent être de type normatif ou empirique. Comme il n’est pas possible d’établir une distinction nette entre ces deux niveaux, ils seront intégrés à l’analyse tels quels. En effet, une approche normative peut être considérée comme porteuse de valeurs et par conséquent comme un indicateur empirique de la présence de ces dernières au sein d’une institution[22] [22] Scott (W. Richard), Institutions and Organizations, Thousand...
suite.
15 Afin d’être à la fois cohérente et exhaustive, l’analyse exposée dans cet article comporte trois étapes. Premièrement, nous avons examiné le contenu de chaque item des quatre dimensions évoquées par Perry (24 items) construisant ainsi le cadre de notre analyse[23] [23] Cette approche correspond à la méthodologie de Yin qui...
suite. Deuxièmement, nous avons recherché les écrits concernant la motivation et les valeurs qui lui sont associées. Dans ce but, nous avons d’abord rassemblé les études récentes des principales revues scientifiques dans chacun des pays ainsi que d’autres publications scientifiques ou gouvernementales sur le sujet (récentes ou plus anciennes). Les conclusions ont été débattues avec des spécialistes français et néerlandais pour identifier d’éventuelles lacunes dans ces recherches préalables. Le but principal était d’obtenir autant d’informations que possible sur les déterminants comportementaux porteurs de valeurs, présents dans les services publics français et néerlandais[24] [24] Dans le cas de la France, la plupart des articles étudiés...
suite. Pour obtenir une description, en termes similaires, cette information a été classée à l’aide de notre cadre d’analyse, et selon la définition proposée au début de notre exposé. Comme on s’en doutait, d’autres dimensions que celles du modèle de Perry sont apparues au cours de cette investigation. Elles ont été ajoutées à notre cadre d’analyse quand elles se prêtaient à la comparaison. Au final, il en a résulté une comparaison systématique et minutieuse des deux pays étudiés.
La motivation à l’égard du service public selon Perry
16 Dans une série d’articles publiés sur le sujet, Perry, adoptant une démarche typiquement américaine, a cherché la meilleure échelle de mesure possible. Le fait qu’il avait précédemment établit un lien explicite entre la motivation à l’égard du service public et le système américain[25] [25] Perry (James) et Wise (Lois Recascino), 1990, op. cit. ...
suite complique cependant notre tentative de comparaison car les concepts typiquement américains peuvent se révéler difficiles à transposer.
17 Perry et Wise[26] [26] Ibid. , p. 368. ...
suite définissent la motivation à l’égard du service public comme « la prédisposition d’un individu à adhérer aux objectifs principaux ou uniques des institutions publiques ». Perry[27] [27] Perry (James L. ), 1996, op. cit. ...
suite en liste six : l’attirance pour la politique et la formulation des politiques publiques ; la défense de l’intérêt public; le sens civique; le sens de la justice sociale; la compassion née de la solidarité patriotique (« un amour immodéré de ceux qui vivent à l’intérieur de nos frontières politiques et la nécessité de protéger les droits fondamentaux qui leur sont garantis[28] [28] Frederickson (H. George) et Hart (David K. ), 1985, op. cit. ,...
suite »); enfin, l’esprit de sacrifice, l’envie de rendre du service aux autres sans récompense personnelle tangible. Quand Perry a développé son échelle de mesure, la conception de la motivation à l’égard du service public a été réduite à quatre dimensions au lieu de six. Seules subsistent l’attirance pour l’élaboration des politiques publiques, la défense de l’intérêt public et le sens civique, la compassion et l’esprit de sacrifice.
18 Grâce au sérieux de son approche méthodologique, l’article de Perry sur la motivation à l’égard du service public est devenu, dès sa parution, un classique de la science administrative américaine. Son échelle de mesure est généralement acceptée comme modèle d’évaluation de la motivation à l’égard du service public aux États-Unis[29] [29] Quand bien même certains chercheurs ont pu développer...
suite. Bien qu’il soit possible que d’autres motifs prévalent dans ce pays, le modèle de Perry sert de point de départ à notre analyse. Par souci de clarté, aucun autre élément ne sera ajouté.
Les études de cas
19 Comme nous l’avons déjà mentionné, les situations française et néerlandaise ne sont pas clairement déterminés. Dans notre recherche des valeurs qui prévalent dans l’administration, il faut compter sur le caractère spécifique de l’État concerné ainsi que sur le rôle et les attentes de ses fonctionnaires. L’ensemble de valeurs dans lesquelles ils baignent peut être un facteur de motivation et donner par conséquent un éclairage à notre recherche.
20 L’histoire de l’État français est un véritable manuel de science politique. Pratiquement tous les types de régimes imaginables ont été adoptés depuis la révolution de 1789. Au cours de cette succession rapide (les régimes ne durant parfois pas plus d’une décade), la fonction publique était le seul facteur constant de la vie politique et compensait l’instabilité des autres acteurs. Le vide relatif dans lequel la fonction publique française opérait lui a permis de se bâtir une position forte au sein de la société française et constitue par conséquent un facteur de continuité[30] [30] Rouban (Luc), Les fonctionnaires, Paris, Éditions Le Cavalier...
suite. On peut même parler de consolidation, tant sa position était déjà forte avant la révolution[31] [31] De Tocqueville (Alexis), Over De Franse Revolutie, Kampen...
suite.
21 Cela a également permis le développement d’une autre composante du service public français : les grands corps administratifs et techniques. Ces corps rassemblent les hauts fonctionnaires des services les plus importants et permettent de protéger les positions et les privilèges de leurs membres[32] [32] Kessler (Marie-Christine), Les grands corps de l’État,...
suite. L’accès au corps, et par là-même aux plus hautes fonctions, est limité grâce à une sélection opérée au niveau de la formation. Son caractère élitiste est renforcé par le rôle de l’éducation et sa transmission à travers les générations[33] [33] Vigouroux (Christian), « Ce que l’on apprend, ce que...
suite. Les niveaux inférieurs de gouvernement ont beaucoup de mal à infiltrer ces corps. Il en résulte une division au sein du service public et dans la perpétuation des valeurs qui sont les siennes. Bien qu’ils partagent un certain nombre de pratiques, la haute administration et le reste du service public sont très différents[34] [34] Schmid (Lucile), « L’État est-il malade ses hauts fonctionnaires ? »...
suite. Alors que les corps et particulièrement les grands corps de l’administration occupent une place considérable, l’influence directe de l’administration de base sur le service public est mineure.
22 L’établissement de l’Union européenne a également ébranlé la fonction publique dans ses fondations. L’approche néo-libérale du service public s’est révélée en contradiction avec la conception française[35] [35] Rouban (Luc), « Les cadres du public : un univers...
suite. Néanmoins, en dépit de nombreux défis[36] [36] Rouban (Luc), La fonction publique, Paris, La Découverte,...
suite au cours des dix dernières années, les valeurs classiques du service public semblent survivre[37] [37] Foucher (Dominique), « La motivation des collaborateurs...
suite.
23 Contrairement à la France, les Pays-Bas sont de manière stable sous le régime d’une monarchie constitutionnelle depuis un siècle. Comme la plupart des pays occidentaux, les Pays-Bas ont vu la taille de leur administration régulièrement augmenter. Depuis les années 1870, l’État, d’abord envisagé comme un simple gardien, s’est transformé en État providence. Les mouvements sociaux et religieux ont contribué à l’expansion de l’administration et, en conséquence, à celui du nombre de fonctionnaires. Au XXe siècle, les guerres et d’autres crises ont encore favorisé son accroissement[38] [38] Van Der Meer (Frits M. ) et Dijkstra, (Gerrit S. A. ), « The...
suite. Cette complexité grandissante n’a pas, pour autant, engendré une meilleure capacité d’intégration et de coordination. Afin d’y faire face, les différents ministères se sont au contraire repliés un peu plus sur eux-mêmes. En conséquence de cette compartimentation, la coordination s’est encore plus affaiblie. Il en résulte un éclatement de l’intérêt public entre différents ministères et une fragmentation de la fonction publique.
24 Bien que l’administration occupe une place prééminente dans la société hollandaise, les pratiques du secteur public aujourd’hui sont très semblables à celles du secteur privé. Cela s’explique en partie par la pression du marché du travail. Le gouvernement, en concurrence féroce avec le secteur privé pour l’embauche de personnel, tente de relever le défien adoptant les méthodes du secteur privé. De leur côté, les employés du secteur public et les syndicats tentent d’obtenir un traitement équivalent à celui du privé en négociant autant que possible. Cette tendance est appelée « normalisation » en ce sens que la situation tend vers l’application intégrale du droit privé aux relations de travail[39] [39] Vandermeulen (Filip) et Hondeghem (Annie), Perspectieven...
suite. Toutefois, des éléments empiriques, anciens et récents, démontrent que la motivation à l’égard du service public demeure toujours vivace dans l’administration néerlandaise[40] [40] Van Raaij (W. F. ) Vinken (H. ) et Van Dun (L. P. M. ), Het...
suite.
Les dimensions de la motivation à l’égard du service public
Tableau 1 - L’attirance pour la politique et la formulation des politiques publiques
25 La première dimension du modèle de Perry fait surtout référence à l’impact et au statut de la politique et de l’action politique (Néanmoins, Selden et Brewer[41] [41] Brewer (Gene A. ), Selden (Sally Coleman) et Facer (Rex L. ...
suite estiment que l’attirance pour la politique n’est pas un facteur de motivation aux États-Unis).
26 Les fonctionnaires français détiennent une place importante au sein des institutions politiques[42] [42] Gournay (Bernard), Kesler (Jean-François) et Siwek-Pouydessau...
suite. Ils sont intéressés par la politique[43] [43] Rouban (Luc), La Fin Des Technocrate, Paris, Presses de...
suite et le rôle qu’ils y jouent est source de motivation[44] [44] Lhomme (Jean), Pouvoir et société économique, Paris,...
suite. En même temps, il existe une primauté évidente de la politique sur l’administration. Depuis la Révolution, on considère que l’administration doit être placée sous l’autorité de politiciens élus[45] [45] Kessler (Marie-Christine), « La psychologie des hauts...
suite. Toutefois, cette suprématie du politique ne se traduit pas en termes de véritable loyauté à l’égard des politiciens, en raison de la mauvaise opinion dont ces derniers sont parfois l’objet. Sans aller jusqu’à affirmer l’existence d’un comportement déloyal, les fonctionnaires ont bien moins de considération pour les politiciens que pour leurs pairs technocrates[46] [46] Rouban (Luc), 2001, op. cit. ...
suite. Il est à noter également que les fonctionnaires français sont sensiblement plus à gauche que les employés du secteur privé[47] [47] Rouban (Luc), Les attitudes politiques des fonctionnaires...
suite.
27 Aux Pays-Bas, les hauts fonctionnaires sont attirés par l’élaboration des politiques publiques. Pourtant, ils font preuve à son égard d’une certaine réserve[48] [48] Van Braam (Aris), « Opleiding van hogere bestuursambtenaren...
suite. Là aussi la primauté de la politique joue un rôle important. Contrairement à la France, cette prééminence engendre une véritable loyauté à l’égard des politiciens. En raison de la compartimentation du gouvernement, cette loyauté se manifeste en particulier à l’égard de l’homme politique en charge du ministère dont ils relèvent[49] [49] Ibid. ; Noordegraaf (Mirko), « Publiek ondernemen, maar...
suite.
Tableau 2 - L’intérêt public
28 Trois composantes sont définies par Perry : la satisfaction de l’intérêt public, rendue opérationelle par la délivrance d’un véritable service public; le caractère civique du service public à l’égard de tous les citoyens ; enfin, la référence à la communauté (par opposition au niveau national).
29 En France, en revanche, l’intérêt public se réfère clairement à l’échelon national qui est celui de l’État[50] [50] Chevallier (Jacques), « La place du service public dans...
suite. Thoenig[51] [51] Thoenig (Jean-Claude), 1988, op. cit. ...
suite parle même de « canonisation » de l’État, alors que Kessler[52] [52] Kessler (Marie-Christine), 1986, op. cit. ...
suite évoque le « patriotisme ». Ces références à la nation et à l’échelon national sont remarquables, les autres niveaux n’étant pas pris en considération, en raison du rôle de l’État[53] [53] Long (Marcel), « La fonction publique républicaine »,...
suite et de la tradition centralisatrice[54] [54] De Tocqueville (Alexis), 1988, op. cit. ...
suite (bien qu’aujourd’hui on note une nette tendance à la décentralisation)[55] [55] Denis (Jean Michel) et Jeannot (Gilles), « France :...
suite. Parallèlement, pour Kessler[56] [56] Kessler (Marie-Christine), 1986, op. cit. ...
suite l’intérêt public est en relation avec le « sens du bien public ».
30 La situation est identique aux Pays-Bas où l’échelon national est le cadre de référence de l’intérêt public[57] [57] Hoetjes (B. J. , S. ), 2000, op. cit. ...
suite et où les fonctionnaires sont soucieux du bien-être social[58] [58] Van Poelje (Gerrit A. ), De ambtenaar als ambtenaar — zijn...
suite. Les études montrent que les fonctionnaires sont particulièrement soucieux d’offrir un véritable service public[59] [59] Van Raaij (W. F. ), Vinken (H. ), Van Dun (L. P. M. ), 2002,...
suite. Tout comme aux États-Unis, la préoccupation pour l’intérêt public est considérée comme partie intégrante de la culture et du devoir citoyens[60] [60] Bovens (Mark A. P. ), Verantwoordelijkheid En Organisatie...
suite. Toutefois, en France, la satisfaction de l’intérêt public semble davantage à la charge des pouvoirs publics.
Tableau 3 - La compassion
31 Celle-ci comporte deux niveaux, selon Perry : un niveau individuel qui se conçoit sur un plan émotionnel ou humaniste, et un niveau de compassion plus global qui se réfère davantage à la responsabilité du gouvernement et à la politique sociale.
32 La fonction publique française possède également des valeurs humanistes telles que la solidarité sociale ou d’autres valeurs sociales progressistes[61] [61] Chevallier (Jacques), 2000, op. cit. ; Bellier (Irène),...
suite. À l’origine, celles-ci résultent de la mission d’éducation que le gouvernement s’est imposée durant la IIIe république[62] [62] Rosanvallon (Pierre), 1992, op. cit. ...
suite. Avec le temps, cet objectif s’est déplacé vers un concept plus large de solidarité. Toutefois, comparé aux États-Unis, le rôle du gouvernement est plus important. D’une part, la constitution française fait référence à la valeur de fraternité; d’autre part, le gouvernement a depuis longtemps attaché de l’importance à la dimension sociale[63] [63] Rainaud (Jean-Marie), La crise du service public français,...
suite. Dans ces conditions, il existe une tendance à l’interventionnisme[64] [64] Kesler (Jean-Francois), « La “première” école nationale...
suite et l’embauche de fonctionnaires est considérée comme l’une des composantes de la politique sociale[65] [65] Gournay (Bernard), Kesler (Jean-François) et Siwek-Pouydessau...
suite. De surcroît, l’accès au service public est considéré comme capital sur le plan social[66] [66] Thoenig (Jean-Claude), 1988, op. cit. ...
suite.
33 Dans le modèle néerlandais, l’aspect humaniste a totalement disparu. On peut seulement évoquer l’engagement social (voir aussi le tableau no 2) pour démontrer l’importance de cet aspect. Le niveau individuel de compassion est toutefois absent.
Tableau 4 - L’abnégation
34 L’abnégation dans le modèle de Perry est une dimension qui se concentre principalement sur le sacrifice personnel au profit du bien supérieur. Cette caractéristique est également en relation avec la dimension « intérêt public » (du tableau no 2). On peut en faire la démonstration en étudiant la corrélation entre les deux dimensions qui est de 0,86.
35 L’aspect essentiel dans le modèle français est le refus d’un comportement égoïste et la promotion de l’intérêt public[67] [67] Gournay (Bernard), Kesler (Jean-François) et Siwek-Pouydessau...
suite (voir aussi tableau no 2). La défense des intérets non établis est très bien considérée[68] [68] Jean-Pierre (Didier), « Reaffirming ethics and professionalism...
suite. Certains corps considèrent ceux de leurs membres qui sont morts durant leur service comme des héros[69] [69] Kessler (Marie-Christine), 1986, op. cit. ...
suite.
36 Cette dimension est moins forte aux Pays-Bas, même si Bovens[70] [70] Bovens (Mark), 1996, op. cit. ...
suite considère le service public comme une vocation au profit de laquelle les autres intérêts doivent être mis de côté. On peut faire le même constat concernant l’engagement des fonctionnaires en faveur des intérêts non établis[71] [71] Van Raaij (W. F. ), Vinken (H. ) et Van Dun (L. P. M. ), 2002,...
suite. La corrélation avec l’intérêt public en fait néanmoins une dimension importante (voir aussi tableau no 2).
Les autres composantes de la motivation à l’égard du service public
37 Le concept américain développé par Perry ne comporte que quatre dimensions. Pourtant l’observation des valeurs qui concourent à cette motivation en France et aux Pays-Bas fait apparaître d’autres déterminants tels que la religion, l’égalité, le service du public, les compétences techniques, des valeurs proprement bureaucratiques ou encore des valeurs spécifiques à chaque pays.
Tableau 5 - La religion
38 La morale religieuse qui prévaut dans les deux pays est un élément important. La France est un pays de tradition catholique[72] [72] Bodiguel (Jean-Luc), 1989, op. cit. ; Sheriff (Peta), « Sociology...
suite profondément enracinée dans l’histoire bien avant la Révolution. Les Pays-Bas sont depuis longtemps l’exemple même du pays protestant. Cela se traduit par des morales totalement différentes. Dans le cas des Pays-Bas on peut parler d’une éthique protestante du travail, lié à l’individu. En France, la morale se concentre plutôt sur les valeurs catholiques telles que la délivrance, l’obéissance et la compassion (voir également le tableau no 2). Il faut toutefois noter que si ces valeurs ont toujours cours, la connotation religieuse qui y est associée a disparu sous la pression des mouvements laïcs et anti-cléricaux (la religion ayant été étroitement associée au passé non républicain).
Tableau 6 - L’égalité
39 L’égalité est également un facteur important. Les Français ont une longue tradition de l’égalité, qui date d’avant même la révolution. Crozier[73] [73] Bovens (Mark), 1996, op. cit. ...
suite explique comment la France a été une société égalitaire, bien avant la période révolutionnaire. Cela a imprégné largement le service public : l’égalité étant, par l’entremise des « lois Rolland[74] [74] Crozier (Michel), The Bureaucratic Phenomenon, Chicago,...
suite », un de ses principes. Un autre de ses fondements, la neutralité[75] [75] Pisier (Évelyne), 1989, op. cit. ; Auby (Jean-François)...
suite, contribue également au développement d’une société égalitaire. Les principes de laïcité et de démocratie constitutionnelle témoignent aussi de cette volonté égalitaire.
40 Aux Pays-Bas, l’égalité n’est pas fondée sur une tradition ancienne. La théorie protestante de la prédestination promeut au contraire l’individualisme. Mais l’apparition des valeurs démocratiques[76] [76] Meininger (Marie-Christine), « The development and current...
suite et bureaucratiques (voir infra) a favorisé l’objectivité, la neutralité et un service public exempt de valeurs partisanes[77] [77] Van Poelje (Gerrit A. ), 1957, op. cit. ; Bovens (Mark A. ...
suite.
Tableau 7 - Le service du public
41 La France et les Pays-Bas ont tous deux une forte tradition de service aux citoyens, et ceci bien avant l’apparition de la nouvelle gestion publique. Cependant, on doit noter que le contenu et l’origine de cette tradition diffèrent de manière substantielle. En France, la tradition est préservée par « l’École nationale d’administration » où les fonctionnaires sont imprégnés de l’importance du service au public[78] [78] Seidel (Jelle), 1987, op. cit. ...
suite. C’est aussi le cas de « l’École polytechnique », établissement militaire qui forme les membres des corps techniques. Le service au public est par conséquent considéré comme un facteur de motivation à part entière[79] [79] Thoenig (Jean-Claude), 1988, op. cit. ; Bellier (Irene),...
suite.
42 Aux Pays-Bas, Van Braam[80] [80] Bodiguel (Jean-Luc), 1989, op. cit. ...
suite considérait que le service aux citoyens comme une des composantes fondamentales du rôle des fonctionnaires, leur procurant un sentiment de légitimité. Aujourd’hui, il s’agit d’une valeur importante, comme Van den Heuvel et ses associés l’ont démontré de manière empirique[81] [81] Van Braam (Aris), 1974, op. cit. ...
suite.
Tableau 8 - Les compétences techniques
43 Un autre thème commun à la France et aux Pays-Bas est le débat sur les compétences techniques que les fonctionnaires doivent posséder. Ce débat dépasse un cadre purement technique et englobe les valeurs qui ont cours dans le service public.
44 Dans la fonction publique française, la rationalité est une valeur importante[82] [82] Hoetjes (B. J. S. ), 2000, op. cit. ...
suite. La capacité de gestion et la compétence des fonctionnaires[83] [83] Rouban (Luc), 2001, op. cit. ...
suite y sont étroitement associées. De surcroît, les aptitudes intellectuelles et le discernement des fonctionnaires sont l’objet de beaucoup de considération[84] [84] Lhomme (Jean), 1966, op. cit. ; Vigouroux (Christian), 1997,...
suite. Cela procure une certaine aura élitiste au service public.
45 Les néerlandais sont eux aussi très sensibles aux connaissances[85] [85] Kessler (Marie-Christine), 1986, op. cit. ...
suite. Une majorité de fonctionnaires considèrent qu’un savoir spécialisé est une valeur essentielle[86] [86] Van Poelje (Gerrit A. ), 1957, op. cit. ; Van Braam (Aris. ),...
suite. Leur intérêt pour les techniques de management puise ses origines dans la mouvance favorable à la nouvelle gestion publique[87] [87] Van Den Heuvel (J. H. J. ), Huberts (L. W. J. C. ), Verberk...
suite. Contrairement à ce qu’on observe en France, cet intérêt a permis à l’efficacité de devenir une valeur à part entière[88] [88] Hupe (Peter), « Klerk noch koopman — zakelijkheid en...
suite, comme en témoignent les nouveaux modes d’organisation[89] [89] Noordegraaf (Mirko), 1999, op. cit. ; Bovens (Mark A. P. ),...
suite.
Tableau 9 - Les valeurs bureaucratiques
46 Les valeurs bureaucratiques sont le dernier des thèmes communs à la France et aux Pays-Bas. En France, celles-ci sont incorporées dans « les lois Rolland ». Continuité, égalité, neutralité et adaptabilité sont les principes les plus importants du service public[90] [90] Smit (N. ), Van Thiel (S. ), « De zakelijke overheid —...
suite. Si on y ajoute la centralisation (voir tableau no 2) et la primauté de la politique (voir tableau no 1), on est en présence des traits caractéristiques de la bureaucratie selon Weber[91] [91] Pisier (Évelyne), 1989, op. cit. ; Auby (Jean-François)...
suite qui s’applique parfaitement à la France.
47 Les Pays-Bas s’inscrivent dans un cadre légèrement différent de bureaucratie weberienne. Les principes du service public n’y sont pas autant institutionnalisés qu’en France. La fonction publique favorise plutôt les arrangements pratiques et les modes opérationnels, tels que l’instrumentalisme, la continuité, la neutralité et la primauté du politique (être loyal au ministre en place). L’évitement des conflits démontre l’orientation pragmatique de la bureaucratie néerlandaise[92] [92] Hoetjes (B. J. S. ), 2000, op. cit. ; Van Braam (Aris), 1974,...
suite. La capacité à rendre compte semble plus importante au Pays-Bas qu’en France[93] [93] Van Braam (Aris), 1974, op. cit. ...
suite. En cela, on est plus proche de la conception originale de la bureaucratie selon Weber.
Tableau 10 - Les valeurs administratives spécifiques
48 Outre leurs points communs, la France et les Pays-Bas ont néanmoins des valeurs spécifiques à leur service public. Celles-ci engendrent des différences majeures dans les motivations inhérentes à leur fonction publique respective. En France, le trait le plus frappant concernant le service public, et particulièrement la haute fonction publique, est le mépris de l’argent et du profit. Les avantages financiers sont l’objet de peu d’attention car ils servent uniquement à assumer le train de vie relatif à son rang. À cette attitude, on peut associer le sens du mérite et de l’honneur[94] [94] Bovens (Mark), 1996, op. cit. ...
suite. L’intérêt pour l’argent n’est certainement pas une motivation pour entrer dans le service public[95] [95] Vigouroux (Christian), 1997, op. cit. ...
suite. Sheriff l’explique par la sécularisation de la morale catholique[96] [96] Kessler (Marie-Christine), 1985, op. cit. ; Bodiguel (Jean-Luc),...
suite. Rouban y voit un signe de moindre motivation des fonctionnaires[97] [97] Sheriff (Peta), 1976, op. cit. ...
suite.
49 Récemment, avec la nouvelle gestion publique, les néerlandais ont introduit comme valeur la flexibilité[98] [98] Rouban (Luc), 2004, op. cit. ...
suite. Il s’agissait d’une réaction plutôt pragmatique au modèle bureaucratique; tandis qu’en France, la bureaucratie continue de se situer à un niveau idéologique. Une autre caractéristique essentielle est la notion d’État de droit (Rechtsstaat). Les principes de la responsabilité, les règlements, la légalité, la précision, l’exactitude, le caractère public sont importants[99] [99] Hupe (Peter), 1992, op. cit. ; Hammecher (D. M. ) et Den Dunnen...
suite et sont tous liés au système bureaucratique. Le principe d’État de droit tend à prévaloir sur la légalité administrative et bureaucratique pour devenir une valeur en tant que telle. En cela, il est un contrepoids à la primauté du politique; les fonctionnaires néerlandais ont ainsi la possibilité de tirer la sonnette d’alarme lorsque l’État de droit l’exige[100] [100] Bovens (Mark), 1996, op. cit. ; Van Den Heuvel (J. H. J. ),...
suite.
50 Jusqu’à un certain point, notre comparaison démontre que la motivation à l’égard du service public est une notion universelle. Les quatre dimensions de Perry apparaissent lors de l’examen des cas français et néerlandais. Toutefois, quand on y regarde de plus près, plusieurs différences se manifestent. Par exemple, l’estime portée aux politiciens et la loyauté à leur égard diffèrent. Le niveau de référence à l’intérêt public est également variable. Tandis que le modèle original — américain — est centré sur la communauté, la France et les Pays-Bas s’intéressent plus au niveau national. Le rôle de l’individu et celui du gouvernement concernant l’aide aux plus défavorisés — compassion humaniste contre politique sociale — sont différents dans les trois cas. Le modèle américain de Perry s’intéresse surtout au plan individuel et ne se tourne vers les autorités publiques que pour soulager des besoins vitaux. Aux Pays-Bas, ce niveau individuel est absent du service public. C’est au gouvernement de poursuivre une politique sociale et de répondre aux besoins sociaux. On peut penser que si les fonctionnaires néerlandais n’ont pas à se préoccuper des besoins individuels, c’est en raison de la neutralité qui a cours dans le pays. La France se situe dans une position intermédiaire et offre une réponse politique aux préoccupations à la fois individuelles et sociales. Enfin, l’ancrage du dévouement dans les institutions est également l’objet de différences : il existe en France une connotation héroïque attachée au service public plus forte qu’aux Pays-Bas.
51 Une comparaison plus poussée entre les modèles français et néerlandais montre que la motivation à l’égard du service public dépasse les dimensions définies par Perry. Plusieurs éléments additionnels apparaissent.
52 Premièrement la religion, dont l’impact est majeur sur les valeurs administratives d’un pays : aux États-Unis, Gawthrop[101] [101] Bovens (Mark A. P. ), 1990, op. cit. ...
suite établit un lien entre la bible et les valeurs administratives et Perry[102] [102] Gawthrop (Louis C. ), Public Service and Democracy — Ethical...
suite le confirme indirectement quand il déclare que la socialisation religieuse est un des préalables à la motivation à l’égard du service public. En tout cas, comme on l’observe dans notre comparaison entre la France et les Pays-Bas, la religion peut avoir un impact significatif.
53 Deuxièmement, les valeurs démocratiques et bureaucratiques sont des éléments importants. Partout où ces valeurs sont institutionnalisées, elles déterminent la manière de gouverner dans un environnement donné. Toutefois, l’influence d’autres éléments relatifs à cet environnement aboutit à des modèles particuliers régionaux ou nationaux de démocratie et de bureaucratie. La façon dont la structure égalitaire de la société française a façonné le mode opératoire du service public est exemplaire à cet égard. En définitive, c’est grâce à la mise en application de valeurs bureaucratiques que la société française se soumet plus facilement à l’autorité. Si l’on en croit Crozier, la mentalité française a en effet du mal à supporter les relations de dépendance dans le cadre d’un face à face. Un cadre bureaucratique et impersonnel offre un moyen plus souple de se soumettre à l’autorité[103] [103] Perry (James L. ), 1997, op. cit. ...
suite.
54 Troisièmement, les traditions de service au public occupent une part importante. Les compétences techniques exigées pour les fonctionnaires jouent un rôle similaire en France et aux Pays-Bas. Le très haut niveau requis en France, comparé aux Pays-Bas, explique la conception élitiste de la fonction publique dans le pays.
55 Enfin, la motivation à l’égard du service public comporte quelques caractéristiques spécifiques. Aux Pays-Bas, la référence à l’État de droit et, récemment, la flexibilité introduite par la nouvelle gestion publique ont changé le visage de la fonction publique néerlandaise et par conséquent sa capacité de motivation. D’un autre côté, le dédain affiché par la fonction publique française pour toute forme de profit est un caractère qui lui est propre.
56 Tous ces éléments jouent en faveur du cadre explicatif du néo-institutionalisme. Les institutions sont définies comme des phénomènes formels ou informels, structurels, sociaux ou politiques qui dépassent le niveau individuel et qui ont pour socles des valeurs plus ou moins partagées. Elles sont relativement stables et elles influencent les comportements[104] [104] Crozier (Michel), 1963, op. cit. ...
suite. Contrairement aux théories du choix rationnel et du public choice, le néo-institutionalisme considère les valeurs de motivation comme endogènes et non pas exogènes[105] [105] Peters (B. Guy), Institutional Theory : Problems and...
suite. Alors que pour les théories du choix rationnel, la motivation découle toujours de l’intérêt personnel, les théories institutionnalistes affirment qu’elle se forge au sein même des institutions. Cette analyse est parfaitement conforme à notre observation : la motivation à l’égard du service public varie selon les pays ou les régions. Les institutions et l’histoire administrative expliquent la plupart des caractéristiques attachées aux différents concepts de motivation. Cela explique également l’apparence multidimentionnelle de la motivation à l’égard du service public; ces institutions font partie d’un système et sont en relations les unes avec les autres. Quand on étudie la motivation à l’égard du service public, on doit prendre ces institutions en considération au risque, si on les ignore, d’invalider le concept.
57 Finalement, il faut garder à l’esprit les limites de notre étude. Tout d’abord, cette recherche a été conçue comme un exercice exploratoire fondé sur des études publiées. Aucune hypothèse n’a fait l’objet d’une recherche empirique et par conséquent les résultats doivent être interprétés avec beaucoup de prudence. Pour autant, cela ne rend pas ces résultats inutiles puisque notre recherche est fondée sur des sources issues de la littérature scientifique. Ils donnent par conséquent une vision en profondeur des valeurs administratives en vigueur en France et aux Pays-Bas. Toutefois, le rôle de ces valeurs n’est démontré qu’en théorie et nécessite d’être testé plus avant. Il n’est pas souhaitable de généraliser les conclusions ; les généralisations peuvent néanmoins enrichir la théorie, et ouvrir de nouvelles perspectives pour d’autres études de cas. Ensuite, il faut également garder à l’esprit le caractère généraliste de cette comparaison. Bien évidemment, certains exemples de comportement au sein du service public sont plus induits par ces valeurs que d’autres, en fonction de leur ancrage au sein des organismes publics. Certains groupes peuvent être plus enclins à ces valeurs que d’autres. Pratchet et Wingfield démontrent, par exemple, que ceux qui sont proches des mécanismes du secteur privé ont une moindre culture de service public, même s’ils ne s’en éloignent pas[106] [106] Pratchett (Lawrence) et Wingfield (Melvin), 1996, op. cit. ...
suite. Toutefois, comme nous l’avons déjà dit, les valeurs classiques restent, pour une large part, fortement implantées[107] [107] Foucher (Dominique), 2001, op. cit. ...
suite.
58 Cette étude étant largement exploratoire, il existe de nombreuses voies pour des recherches futures. Premièrement, les caractéristiques des concepts français et néerlandais de la motivation à l’égard du secteur public devraient être étudiées de manière empirique afin qu’on puisse établir avec une certitude relative la nature de ces deux concepts. Des questionnaires ainsi que des entretiens peuvent offrir des éclairages supplémentaires. Les origines de la motivation à l’égard du service public peuvent être retracées grâce à des hypothèses fondées sur les théories néo-institutionalistes. La gestion des ressources humaines peut s’extraire des idées qui prévalent dans le secteur privé et s’établir davantage dans le champ de l’administration publique. Enfin, l’impact de la motivation à l’égard du service public sur la gestion des ressources humaines dans le secteur public devrait être étudié, afin d’élargir le fondement théorique de cette dernière et de renforcer ses liens avec l’administration publique.
Notes
[ *] Traduit de l’anglais par T. Simon.
[ 1] Nous remercions Roger Depré et Jeroen Maesschalck pour leur aide significative en conceptualisant notre recherche. Nous voudrions également remercier Gilles Jeannot, Jean-Luc Bodiguel, Luc Rouban, Peter Leisink, Peter Hupe, Leo Huberts, Mirko Noordegraaf et Bram Steijn.
[ 2] Perry (James L.), « Measuring public service motivation : an assessment of construct reliability and validity », Journal of Public Administration Research and Theory, Vol. 6 (1), 1996, pp. 5-23.
[ 3] Dunleavy (Patrick) et Hood (Christopher), « From old public administration to new public management », Public Money and Management, Vol. 14 (3), 1994, pp. 9-16; Greuning (Gernod), « Origin and theoretical basis of new public management », International Public Management Journal, Vol. 4,2001, pp. 1-25; Mae Kelly (Rita), « An inclusive democratic polity, representative bureaucracies and the new public management », Public Administration Review, Vol. 58 (3), 1998, pp. 201-208.
[ 4] Di Iulio (John D.), « Principled agents : the cultural bases of behavior in a federal government bureaucracy », Journal of Public Administration Research and Theory, Vol. 4 (3), 1994, pp. 277-217.
[ 5] Frederickson (H. George), The Spirit of Public Administration, San Francisco, Jossey-Bass, 2001; Perry (James) et Wise (Lois Recascino), « The motivational bases of public service », Public Administration Review, Vol. 50,1990, pp. 367-373; Di Iulio (John D.), 1994, op. cit.
[ 6] Perry (James) et Wise (Lois Recascino), 1990, op. cit.; Perry (James L.), 1996, op. cit.; Perry (James L.), « Antecendents of public service motivation », Journal of Public Administration Research & Theory, Vol. 7 (2), 1997, pp. 181-197; Perry (James L), « Bringing society in : toward a theory of public service motivation », Journal of Public Administration Research & Theory, Vol. 10 (2), 2000, pp. 471-488.
[ 7] Houston (David J.), « Public service motivation : a multivariate test », Journal of Public Administration Research & Theory, Vol. 10 (4), 2000, pp. 713-727; Brewer (Gene A.), Selden (Sally Coleman) and Facer II (Rex L.), « Individual conceptions of public service motivation », Public Administration Review, Vol. 60 (3), 2000, pp. 254-264; Lewis (Gregory B.) and Alonso (Pablo) « Public service motivation and job performance — Evidence from the federal sector », American Review of Public Administration, Vol. 31 (4), 2001, pp. 363-380; Lewis (Gregory B.) et Frank (Sue A.), « Who wants to work for government ? », Public Administration Review, Vol. 62 (4), 2002, pp. 395-404; Naff (Katherine C.) et Crum (John) « Working for America-Does public service motivation make a difference ? », Review of Public Personnel Administration, Vol. 19 (4), 1999, pp. 5-16.
[ 8] Perry (James L.), 1996, op. cit.
[ 9] Brewer (Gene A.) et Selden (Sally Coleman), « Whistle blowers in the federal civil service : new evidence of the public service ethic », Journal of Public Administration Research and Theory, Vol. 8 (3), 1998, pp. 413-439.
[ 10] Rainey (Hal G.) et Steinbauer (Paula), « Galloping elephants : developing elements of a theory of effective government organizations », Journal of Public Administration Research and Theory, Vol. 9 (1), 1999, pp. 1-32.
[ 11] Chanlat (Jean-François), « Le managerialisme et l’éthique du bien commun : la gestion de la motivation au travail dans les services publics », in T. Duvillier, J.-L. Genard et A. Pireaux, La motivation au travail dans les services publics, Paris, L’Harmattan, 2003, pp. 51-64.
[ 12] Brereton (Michael) et Temple (Michael), « The new public service ethos : an ethical environment for governance », Public Administration, Vol. 77 (3), 1999, pp. 455-474; Pratchett (Lawrence) et Wingfield, (Melvin), « Petty bureaucracy and woolly-minden liberalism ? The changing ethos of local government officers », Public administration, Vol. 74,1996, pp. 639-656.
[ 13] Norris (Pippa), « Is there still a public service ethos ? Work values, experience, and job satisfaction among government workers » in J. D. Donahue, J. S. Jr. Nye, For the People — Can We Fix Public Service ?, Washington DC, Brookings Institution Press, 2003, pp. 72-89.
[ 14] Vandenabeele (Wouter) et Hondeghem (Annie), « L’appel de la fonction publique : la motivation à l’égard du service public (Public service motivation) en tant que facteur décisif d’engagement dans la fonction publique, à l’ère de la nouvelle gestion publique », Revue économique et sociale, Vol. 62 (4), 2004, pp. 91-102.
[ 15] Perry (James L.), 1997, op. cit.
[ 16] Hart (David K.), « Administration and the ethics of virtue : in all things, choose first for good character and then for technical expertise » in T.L. Cooper, Handbook of Administrative Ethics, New York. Marcel Dekker, 1994, pp. 107-123
[ 17] Frederickson (H. George) et Hart (David K.), « The public service and the patriotism of benevolence », Public Administration Review, Vol. 45 (5), 1985, pp. 547-553.
[ 18] Perry (James) et Wise (Lois Recascino), 1990, op. cit.
[ 19] Rainey (Hal G.) et Steinbauer (Paula), 1999, op. cit.
[ 20] Heckhausen (Heinz), Motivation and Action, Berlin, Springer-Verlag, 1991.
[ 21] En utilisant les termes « convictions, valeurs et attitudes », nous essayons de couvrir autant que possible les déterminants comportementaux porteurs de valeurs en évitant de laisser de côté des concepts tels que la culture nationale, l’éthique, l’attitude etc., porteurs eux aussi de valeurs.
[ 22] Scott (W. Richard), Institutions and Organizations, Thousand Oaks, Sage, 2001.
[ 23] Cette approche correspond à la méthodologie de Yin qui utilise ce schéma pour élaborer des recherches comparatives : Yin (Robert K.), « The case study crisis : some answers », Administrative Science Quarterly, Vol. 26 (1), 1981, pp. 58-65; Yin (Robert K.), Case Study Research — Design and Methods, Thousand Oaks, Sage, 1994.
[ 24] Dans le cas de la France, la plupart des articles étudiés se concentrait sur la haute fonction publique, alors qu’on sait qu’il existe une distinction claire entre la haute fonction publique et « les petits fonctionnaires ». Toutefois cette distinction est moins stricte aujourd’hui et l’on peut affirmer que les valeurs de la haute fonction publique sont, par mimétisme, l’essence du service public en général.
[ 25] Perry (James) et Wise (Lois Recascino), 1990, op. cit.
[ 26] Ibid., p. 368.
[ 27] Perry (James L.), 1996, op. cit.
[ 28] Frederickson (H. George) et Hart (David K.), 1985, op. cit., p. 549.
[ 29] Quand bien même certains chercheurs ont pu développer des aspects propres — à défaut peut-être de ressources suffisantes pour utiliser l’échelle de Perry dans son intégralité — ceux-ci ne s’écartent cependant pas réellement de la voie tracée par cet auteur.
[ 30] Rouban (Luc), Les fonctionnaires, Paris, Éditions Le Cavalier Bleu, 2001.
[ 31] De Tocqueville (Alexis), Over De Franse Revolutie, Kampen Kok, Agora, 1988.
[ 32] Kessler (Marie-Christine), Les grands corps de l’État, Paris, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 1986.
[ 33] Vigouroux (Christian), « Ce que l’on apprend, ce que l’on n’apprend pas à l’école », Pouvoirs, Vol. 80,1997, pp. 57-65.
[ 34] Schmid (Lucile), « L’État est-il malade ses hauts fonctionnaires ? » in R. Faroux et B. Spitz, Notre État, Paris, Robert Laffont, 2000, pp. 45-79.
[ 35] Rouban (Luc), « Les cadres du public : un univers éclaté » in A. Karvar et L. Rouban, Les cadres au travail — Les nouvelles règles du jeu, Paris, La Découverte, 2004, pp. 231-258.
[ 36] Rouban (Luc), La fonction publique, Paris, La Découverte, 2004; Bodiguel (Jean-Luc), « Les fonctionnaires en periode de décroissance : moral, motivation et image », Revue politiques et management public, Vol. 7 (2), 1989, pp. 37-58.
[ 37] Foucher (Dominique), « La motivation des collaborateurs dans la fonction publique française », Pyramides, Vol. 4,2001, pp. 93-105.
[ 38] Van Der Meer (Frits M.) et Dijkstra, (Gerrit S. A.), « The development and current features of the dutch civil service system » in H. A. G. M. Bekke et F. M. Van Der Meer, Civil Service Systems in Western Europe, Cheltenham, Elgar, 2000, pp. 148-187.
[ 39] Vandermeulen (Filip) et Hondeghem (Annie), Perspectieven Voor Het Human Resource Management in De Vlaamse Overheid, Brugge, Die keure, 2000.
[ 40] Van Raaij (W. F.) Vinken (H.) et Van Dun (L. P. M.), Het imago van de overheid als werkgever, Tilburg, OSA, 2002.
[ 41] Brewer (Gene A.), Selden (Sally Coleman) et Facer (Rex L. II), 2000, op. cit.
[ 42] Gournay (Bernard), Kesler (Jean-François) et Siwek-Pouydessau (Jeanne), Administration Publique, Paris, Presses universitaires de France, 1967.
[ 43] Rouban (Luc), La Fin Des Technocrate, Paris, Presses de sciences po., 1998.
[ 44] Lhomme (Jean), Pouvoir et société économique, Paris, Cujas, 1966.
[ 45] Kessler (Marie-Christine), « La psychologie des hauts fonctionnaires — les directeurs d’administrations centrales » in R. Drai, Psychologie et science administrative, Paris, Presses universitaires de France, 1985, pp. 157-175; Pisier (Évelyne), « Fonctionnaires : des personnels dépersonalisés », Revue française d’administration publique, Vol. 49 (spec.), 1989, pp. 35-41; Thoenig (Jean-Claude), « Serviteur de l’État ou manager public : le débat en France », Revue politiques et management public, Vol. 6 (2), 1988, pp. 81-92; Rosanvallon (Pierre), L’État en France, Paris, Seuil, 1992.
[ 46] Rouban (Luc), 2001, op. cit.
[ 47] Rouban (Luc), Les attitudes politiques des fonctionnaires — vingt ans d’évolution, Paris, CEVIPOF, 1999.
[ 48] Van Braam (Aris), « Opleiding van hogere bestuursambtenaren in Nederland — overzicht en evaluatie », Bestuurswetenschappen, Vol. 28 (special issue), 1974, pp. 191-233.
[ 49] Ibid.; Noordegraaf (Mirko), « Publiek ondernemen, maar zonder ondernemen ? — de verticale reflex », Bestuurswetenschappen, Vol. 53 (5), 1999, pp. 371-391; Hoetjes (B. J. S.), De Kreukbare Overheid — Essays Over Integriteit in Nederland, Utrecht, Lemma, 2000.
[ 50] Chevallier (Jacques), « La place du service public dans l’univers juridique contemporain » in L. Rouban, Le service public en devenir, Paris, L’Harmattan, 2000, pp. 21-35.
[ 51] Thoenig (Jean-Claude), 1988, op. cit.
[ 52] Kessler (Marie-Christine), 1986, op. cit.
[ 53] Long (Marcel), « La fonction publique républicaine », Pouvoirs, Vol. 100,2002, pp. 67-85.
[ 54] De Tocqueville (Alexis), 1988, op. cit.
[ 55] Denis (Jean Michel) et Jeannot (Gilles), « France : from direct to indirect participation to where ? » in D. Farnham, A. Hondeghem, S. Horton, Staff Participation an Public Management Reform — some International Comparisons, Houndmills, Palgrave, 2005, pp. 156-167.
[ 56] Kessler (Marie-Christine), 1986, op. cit.
[ 57] Hoetjes (B. J., S.), 2000, op. cit.
[ 58] Van Poelje (Gerrit A.), De ambtenaar als ambtenaar — zijn verantwoordelijkheid en vorming, Alphen aan den Rijn, Samsom, 1957; Seidel (Jelle), « Hoe sterk is de ’nieuwe’ambtenaar ? — de maatschappelijk geëngageerde ambtenaar in tijden van ’afslanking’», Wetenschap en samenleving, 1987, pp. 20-27; Van Braam (Aris), 1974, op. cit.
[ 59] Van Raaij (W. F.), Vinken (H.), Van Dun (L. P. M.), 2002, op. cit.
[ 60] Bovens (Mark A. P.), Verantwoordelijkheid En Organisatie — Beschouwingen Over Aansprakelijkheid, Institutioneel Burgerschap En Ambtelijke Ongehoorzaamheid, Zwolle. Tjeenk Willink, 1990; Bovens (Mark), « The integrity of the managerial state », Journal of Contigencies and Crisis Management, Vol. 4 (3), 1996, pp. 125-132.
[ 61] Chevallier (Jacques), 2000, op. cit.; Bellier (Irène), « Les élèves entre eux : une tribu, un corps, un esprit ? », Pouvoirs, Vol. 80,1997, pp. 43-55; Lhomme (Jean), 1966, op. cit.
[ 62] Rosanvallon (Pierre), 1992, op. cit.
[ 63] Rainaud (Jean-Marie), La crise du service public français, Paris, Presses universitaires de France, 1999.
[ 64] Kesler (Jean-Francois), « La “première” école nationale d’administration », Revue francaise d’administration publique, Vol. 108,2003, pp. 543-550.
[ 65] Gournay (Bernard), Kesler (Jean-François) et Siwek-Pouydessau (Jeanne), 1967, op. cit.
[ 66] Thoenig (Jean-Claude), 1988, op. cit.
[ 67] Gournay (Bernard), Kesler (Jean-François) et Siwek-Pouydessau (Jeanne), 1967, op. cit.
[ 68] Jean-Pierre (Didier), « Reaffirming ethics and professionalism in the french public service », International Review of Administrative Sciences, Vol. 64 (4), 1997, pp. 565-581.
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[ 78] Seidel (Jelle), 1987, op. cit.
[ 79] Thoenig (Jean-Claude), 1988, op. cit.; Bellier (Irene), 1997, op. cit.
[ 80] Bodiguel (Jean-Luc), 1989, op. cit.
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[ 92] Hoetjes (B. J. S.), 2000, op. cit.; Van Braam (Aris), 1974, op. cit.
[ 93] Van Braam (Aris), 1974, op. cit.
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[ 97] Sheriff (Peta), 1976, op. cit.
[ 98] Rouban (Luc), 2004, op. cit.
[ 99] Hupe (Peter), 1992, op. cit.; Hammecher (D. M.) et Den Dunnen (R.), 1997, op. cit.
[ 100] Bovens (Mark), 1996, op. cit.; Van Den Heuvel (J. H. J.), Huberts (L. W. J. C.) et Verberk (S.), 2002, op. cit.
[ 101] Bovens (Mark A. P.), 1990, op. cit.
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[ 104] Crozier (Michel), 1963, op. cit.
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[ 106] Pratchett (Lawrence) et Wingfield (Melvin), 1996, op. cit.
[ 107] Foucher (Dominique), 2001, op. cit.
Résumé
Values and Motivation in Public Administration : Public Service Motivation in an International Comparative Perspective Public service motivation (PSM) is an important variable within contemporary public administration, as it has been linked to various human resources processes in a public environment (eg. recruitment, performance, preference for incentives). It refers to motivational factors that are specific for government. It has been originally conceived as an American concept and therefore there are some difficulties in applying it to other (national) contexts. This article compares the original model of PSM by Perry to two other cases : France and the Netherlands. Next to the original dimensions of PSM (attraction to politics and policy-making, public interest, compassion and self-sacrifice), the authors distinguish five other dimensions (religion, equality, tradition in service delivery, technical competences and bureaucracy). These dimensions are presented in an extensive and comparative way. Although PSM proves to be a universal concept, both the French and the Dutch case display different elements. These observations provide support for a new institutionalist approach to public service motivation and to motivation in general. As such, they refute the narrow self-interested motivational bases of rational and public choice theories applied within new public management.
PLAN DE L'ARTICLE
- LA MOTIVATION À L’ÉGARD DU SERVICE PUBLIC
- À LA RECHERCHE D’UNE DÉFINITION
- ANALYSE COMPARATIVE : LA FRANCE ET LES PAYS-BAS
POUR CITER CET ARTICLE
Annie Hondeghem et Wouter Vandenabeele « Valeurs et motivations dans le service public », Revue française d'administration publique 3/2005 (no115), p. 463-479.
URL : www.cairn.info/revue-francaise-d-administration-publique-2005-3-page-463.htm.
DOI : 10.3917/rfap.115.0463.
















