Revue française d’études américaines
Belin

I.S.B.N.2701129176
128 pages

p. 54 à 69
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

no89 2001/3

2001 Revue française d’études américaines

Clichés d’Amérique, ou les États-Unis idéalisés à des fins de propagande (1945-1960)

Annick Cizel Université Paris III – Sorbonne nouvelle
In the post-1945 Cold War framework, “psychological warfare” became central to the worldwide competition for “the minds and wills of men”. Thus the Truman and Eisenhower cultural offensive relied on information networks, oftentimes CIA-funded and relaying State Department policy, which projected abroad a carefully designed image of the United States. Cast against the shortcomings of the Soviet model, this myth-creating reflection of America alternately glorified People’s Capitalism and the American Way of Life, mass culture and scientific achievements, “Atoms for Peace” or the American Revolution.
La prise en compte de la dimension culturelle des relations internationales a ouvert depuis une quinzaine d’années de nouvelles perspectives aux historiens de la guerre froide. Au-delà de la face visible de la diplomatie qui durant un demi-siècle scinda les hémisphères nord puis sud en deux blocs antagonistes et rivaux, il existe une dimension psychologique qui se décline en termes d’imaginaires sociaux, de rêves, d’aspirations, de styles de vie et de sensibilités, « qui plongent à la fois dans le passé lointain et dans l’inconscient, mais qui se réfèrent aussi à l’avenir sous la forme de projets » (Frank 5), d’espoirs et d’attentes. Ce volet de la diplomatie internationale se traduit généralement par la construction d’un système d’images, images d’un pays qui prévalent dans l’imaginaire de ses interlocuteurs, de l’homme de la rue ou de ses gouvernants, et qui participent de la position de ce pays sur l’échiquier mondial. « Petite » ou « grande » puissance dans la psychologie collective régionale ou mondiale dès lors qu’elle entre dans un réseau d’échanges, l’affirmation de son identité passe par une modélisation des représentations de la réalité la concernant, qui peut aller jusqu’à l’instrumentalisation de ses productions culturelles et intellectuelles à des fins politiques. La frontière entre politique concertée d’information et sélection orientée à des fins de propagande s’affine alors.
La formidable expansion économique des États-Unis à la fin du xix e siècle avait presque naturellement ouvert la brèche de son corollaire culturel. Ce n’est qu’en 1938 cependant, en réaction à la politique de contrôle culturel des régimes allemand et italien, que s’amorça le débat sur la place à accorder à la politique culturelle comme corollaire des autres dimensions de la politique étrangère. La jeune Division des Relations culturelles du département d’État ne savait pas encore si un éventuel programme destiné à « raconter l’histoire de l’Amérique au monde entier » (Richmond 8) – voire, pour reprendre les termes du sénateur Homer Capeheart, à « vendre les États-Unis au reste du monde » (Bogart xvii) – se contenterait d’être un instrument d’information ou irait jusqu’à se faire « propagande », bien que ce terme niât la fibre démocratique de la nation américaine qu’il était censé représenter. Ce paradoxe, fondamental dans la politique étrangère américaine, chargée pour l’occasion de concilier prêche démocratique et contrôle de l’information distillée à son encontre, s’exprima sans ambages dans les textes instituant la United States Information Agency (USIA) en 1953 :
This goes back to the American people’s expectations. They want a propaganda agency to be a real propaganda agency, a con man outsmarting people and moving the shell faster than the foreigner can see the hand, a Goebbels approach. On the other hand, they have a distaste and distrust for poisoning the wells of thought, and we want it to be a clean, upright “American-boy” kind of agency.
(Bogart 34)
L’entrée en guerre des États-Unis donna le signal du développement exponentiel des activités à la fois d’information et de propagande, alors essentiellement confiées aux services secrets de l’Office of Strategic Services (OSS) ou à l’Office of War Information (OWI), institué dans le but d’expliquer la politique gouvernementale aux médias et à l’opinion publique, américaine ou étrangère. Malgré la fin attendue du conflit mondial toutefois, et alors que l’incertitude demeurait quant à l’avenir des relations américano-soviétiques, la fonction de secrétaire d’État adjoint aux Affaires culturelles et publiques, créée en décembre 1944, laissa supposer qu’information et propagande se poursuivraient en temps de paix : on espérait ainsi, affirmait-on à l’automne 1945, « faire progresser la cause de la paix en améliorant la compréhension réciproque entre le peuple des États-Unis et ceux des autres nations » (Nouailhat 90). C’est sans doute ce qu’entendait l’ancien administrateur du Plan Marshall, Paul Hoffman, lorsqu’il expliquait l’expression « guerre psychologique » par l’oxymore qui allait donner son titre au deuxième volume des Mémoires du président Eisenhower : « Waging Peace » (Saunders 139).
Les États-Unis entendaient donc contrer l’Union soviétique sur son terrain de prédilection, et s’assurer ainsi le contrôle des « cœurs et des esprits » et une victoire par anticipation lors du troisième conflit mondial peut-être en gestation. C.D. Jackson, ancien directeur de la Psychological Warfare Division sous les ordres du général Eisenhower (1943-45) et désormais vice-président de Time-Life, Inc. et conseiller ès-guerre psychologique du candidat Eisenhower, en était convaincu lorsqu’il écrivit en mars 1952 : « World War Three can literally be won without fighting it if Psywar is used intelligently and boldly » (Hixson PC 23). USIA serait le premier fleuron de ce conflit d’un nouveau genre, avec le relais d’agences « privées » chargées de propager de par le monde les idéaux démocratiques et capitalistes de la première puissance mondiale, curieusement sur la défensive, et de réfléchir à l’infini ce jeu de miroirs antithétiques américano-soviétiques d’où l’image-modèle de l’Amérique sortirait rehaussée.
 
Formulations politiques de la guerre psychologique
 
 
Dans l’espoir de diminuer les risques de conflagration nucléaire mondiale, l’arme culturelle, cet « outil de persuasion politique » (Saunders 17), trouva naturellement sa place dans la réévaluation des forces stratégiques et de la sécurité nationale des États-Unis effectuée par l’administration Truman à la fin des années quarante. La réponse américaine à l’offensive culturelle du Cominform soviétique s’ancra dans un consensus bipartite généré par la paranoïa de ces débuts de guerre froide. Outre une extension du cadre de la loi Fulbright de 1946 régissant les programmes d’échanges, la loi Smith-Mundt de janvier 1948 (Public Law 402) officialisa le projet de « promouvoir une meilleure compréhension des États-Unis dans les autres pays, et d’augmenter la compréhension réciproque entre le peuple des États-Unis et celui des autres pays », en présentant « “une image complète et fidèle” des États-Unis au reste du monde », tout en interdisant que de tels actes de propagande prennent pour cible le peuple américain (Bogart xiv ; Hixson PC 11). L’Office of Special Projects de la CIA, établi par la déclaration de politique étrangère NSC 10/2 en juin 1948, fut chargé de financer ces exportations culturelles américaines, relayé par des organisations-paravents comme le Congress for Cultural Freedom qui, de 1950 à 1967, véhicula via ses bureaux disséminés dans les principales capitales d’Europe de l’Ouest, une image contrôlée de l’Amérique, à l’aide d’un arsenal culturel tentaculaire : expositions internationales, revues littéraires, sélection de livres et de fonds de bibliothèques, conférences et séminaires, expositions de tableaux, remises de prix, concerts exceptionnels ou encore tournées théâtrales et musicales.
Même si à la CIA comme au département d’État l’efficacité de telles actions était encore sujette à caution, un Psychological Strategy Board fut institué en 1951. Appendice du Conseil national de Sécurité censé devenir le « centre nerveux des opérations psychologiques stratégiques » et regrouper toutes les activités destinées à « influencer les opinions, les attitudes, les émotions et le comportement des groupes étrangers », il fut rebaptisé en septembre 1953 du nom plus sibyllin de Operations Coordinating Board, et chargé plus généralement de « coordonner les opérations secrètes et les activités du programme d’information à l’étranger » (Hixson PC 17-18, 25). USIA avait pris son envol en août, dotée d’une éthique prônant l’utilisation d’informations factuelles soumises à une interprétation responsable des politiques et des actions des États-Unis. Entité symboliquement indépendante du département d’État, sa profession de foi d’apparente neutralité suivait les principes de crédibilité de la « campagne de vérité » (Campaign of Truth) lancée par Harry Truman le 20 avril 1950. Comme le rappelait Dwight Eisenhower en mai 1953, seul « un souci constant de vérité » garantirait « respect et confiance de par le monde » pour USIA et son alter ego radiophonique Voice of America (Parry-Giles 269). Un mois avant son élection pourtant, il avait semblé prêt à concéder une possible inflexion de la vérité historique :
Our aim in the Cold War is not conquering of territory or subjugation by force. Our aim is more subtle, more pervasive, more complete. We are trying to get the world, by peaceful means, to believe the truth. That truth is that Americans want a world at peace, a world in which all people shall have the opportunity for maximum individual development. The means we shall employ to spread this truth are often called “psychological”. Don’t be afraid of that term just because it’s a five-dollar, five-syllable word. “Psychological warfare” is the struggle for the minds and wills of men.
(Saunders 148)
Envisagée dès la déclaration de politique étrangère NSC 68 comme une offensive mondiale et à long terme, la projection des deux côtés du Rideau de Fer et dans le tiers-monde émergent d’une image officielle de l’Amérique comme modèle du « monde libre » allait donc devenir une priorité politique. Enraciné dans une rhétorique binaire (« us » vs. « them ») forgeant le nationalisme américain sur le socle du Mal soviétique, NSC 68 consacra un jeu de miroirs manichéen hérité des Pères fondateurs [1], substituant à la dichotomie originelle « souveraineté populaire / tyrannie » le paradigme bipolaire « monde libre démocratique / totalitarisme(s) ». Se basant sur le rejet de représentations communistes nécessairement négatives, dans le reflet desquelles les vertus américaines apparaissaient tel un positif photographique, les politologues américains produisirent des séries de doubles antithétiques stéréotypés, ancrés dans une vision chrétienne du Bien et du Mal : communisme étatique / capitalisme et libre entreprise, totalitarisme / démocratie respectueuse des libertés individuelles et garante du « droit au bonheur », diable (the evil empire dans la terminologie reaganienne) / Bon Dieu, prospérité économique pour tous / austérité pour le peuple et enrichissement des gouvernants dus à l’économie planifiée, pour ne citer que les clichés les plus récurrents.
En opposition à ces schémas dichotomiques souvent caricaturaux, Washington construisit un modèle états-unien pragmatique et adaptable, destiné à être exporté puis copié : stéréotypes didactiques ou tranches de vie instantanées, il s’agissait de (dé)montrer comment le progrès technologique rendait les biens de consommation et le confort matériel accessibles à chacun, et de réécrire les canons du matérialisme marxiste à l’aune d’un capitalisme éclairé, générateur d’un nouveau modèle de société.
 
Réfléchir l’Amérique
 
 
Dans ce jeu de miroirs en positif / négatif, l’élaboration de l’image de l’Amérique à l’attention des pays amis, présents et à venir, « neutralistes » émergents ou satellites communistes à libérer, se déclina selon quatre grands axes de réflexion à la base de la construction d’une image-hommage à l’exceptionnel parangon américain, selon l’idée que tout être humain « aime bien ce qu’il connaît bien » (Bogart 88). Pour les « jeunes nations » du tiers-monde en marche vers leur indépendance à partir de 1947, les États-Unis s’érigèrent en modèle triomphant de décolonisation et de construction d’une identité nationale, institutionnelle, économique, politique et culturelle. Quinze ans plus tard, à la faveur des avancées technologiques qui avaient permis aux Américains d’envoyer dans l’espace six satellites étrangers, Walt Rostow, conseiller du président Kennedy, estimait qu’on trouverait bientôt un poste de télévision dans les huttes du monde entier (Manzione 53). Les bases de l’extension planétaire de l’hégémonie culturelle américaine étaient jetées.
Des mythes fondateurs pour les « jeunes nations »
Pour les jeunes nations de l’après-guerre, l’exportation des mythes fondateurs de la nation américaine, à l’universalisme proclamé dans la ferveur raisonnée du xviii e siècle, allait fournir un cadre fondamental d’images politiques, voire philosophiques, présentant une Amérique affirmée – par le biais d’une réécriture de l’histoire européenne, notamment britannique – berceau des démocraties occidentales. Ce modèle originel était donc appelé à inspirer les jeunes nations en voie de décolonisation : ainsi la Révolution de 1776 – ou sa réécriture à la lumière des idéaux nationalistes et neutralistes, donc isolationnistes, des premières années des Indépendances au xx e siècle – fut-elle érigée en contre-modèle démocratique et républicain face aux modèles « populaires » bolchevique et chinois, contre-modèle non plus seulement proche du peuple mais se faisant à la fois son représentant et défenseur, protecteur de la propriété privée et des libertés individuelles garanties dans les premier et quatrième amendements à la Constitution. Cette entreprise idéologique fut dans une certaine mesure couronnée de succès, et le modèle états-unien fit effectivement quelques émules chez certains alliés du tiers-monde à la recherche des structures institutionnelles de leur indépendance (ré)affirmée [2].
Dans cette compétition de la vertu contre les suppôts communistes de Satan, Dieu (re)devint l’allié des Américains. À la suite des sermons patriotiques de Billy Graham, le Juge William O’Douglas rappela au peuple américain, dans Zorach v. Clauson (1952), qu’il était fondamentalement « un peuple religieux dont les institutions présuppos[aient] un Être suprême » ; la foi religieuse allait devenir une foi dans « la valeur de la religion », et surtout dans son pouvoir symbolique à attester la supériorité morale des États-Unis d’Amérique, seuls dotés de l’« arme spirituelle », « la ressource la plus puissante de notre pays, en temps de paix comme en temps de guerre » (Whitfield 86, 87, 90). Deux décisions à la fois politiques et religieuses allaient réaffirmer l’existence de cette « relation spéciale » avec Dieu instituée par les Puritains trois siècles auparavant : le 14 juin 1954, la mention « one nation under God » fut ajoutée dans le serment d’allégeance présidentiel, et deux ans plus tard l’expression « In God We Trust » élevée au rang de devise nationale. Il n’avait manqué jusqu’alors au cérémonial patriotique que la marque de l’exceptionnalisme américain, rappelée par le Rev. George M. Docherty, pasteur presbytérien du président Eisenhower :
That which was missing was the characteristic and definitive factor in the American way of life. Indeed, apart from the mention of the phrase “the United States of America,” it could be the pledge of any republic. In fact, I could hear little Moscovites repeat a similar pledge to their hammer-and-sickle flag in Moscow with equal solemnity. Russia is also a republic that claims to have overthrown the tyranny of kingship. Russia also claims to be indivisible.
(Whitfield 89)
Ainsi placée sous la protection divine, la république américaine pouvait laisser s’épanouir son peuple, au nom duquel elle avait été fondée. Le principe de la souveraineté populaire était central à l’expérience américaine, et ce peuple devint lui aussi une arme de la guerre psychologique, au propre comme au figuré. C’est aux Américains qu’il appartenait, par exemple, de venir en aide directement aux peuples amis. Ainsi le président Eisenhower imagina-t-il en 1956 des programmes d’échanges « People to People », destinés à « montrer l’Amérique sous son meilleur jour, en prenant un échantillon de jeunes Américains issus de tous les milieux raciaux, religieux et sociaux, et de toutes les catégories économiques. La composition même du groupe, pensait-on, serait l’argument le plus convaincant et le plus incisif pour refléter le potentiel et la puissance de la démocratie américaine » [3]. En outre, cette tradition américaine de respect des peuples donnait le droit à Washington d’édicter un code de conduite pour les puissances coloniales européennes ; par exemple, le vice-président Richard Nixon ne cachait pas sa fierté patriotique en déclarant le 4 juillet 1956 aux Philippines « libérées » par les États-Unis dix ans plus tôt :
The spirit of the newly independent Asian nations is the spirit of the signers of the American Declaration of Independence 180 years ago, who proclaimed to the world: “We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain unalienable rights, that among these are Life, Liberty and the Pursuit of Happiness. That to secure these rights, Governments are instituted among Men, deriving their just powers from the consent of the governed.” [4]
Corollaire de ces préceptes jeffersoniens, le « bonheur » capitaliste semblait être désormais à la portée du peuple américain tout entier : tandis que des exemples de réussite sociale de minorités ethniques soigneusement sélectionnés et élaborés tentaient maladroitement d’occulter les pratiques répandues de ségrégation raciale, le mythe de la « société d’abondance » popularisé par John Kenneth Galbraith en 1958 offrait l’image rassurante d’un « capitalisme du peuple » bienveillant.
« Capitalisme du peuple » et « American Way of Life »
Face à une propagande soviétique réduisant l’Amérique au capitalisme sauvage des « robber barons » de la fin du xix e siècle et à la Dépression des années trente (Hixson, PC 195), l’insolente prospérité économique américaine des années cinquante fut placée au centre d’une campagne médiatique martelant la concrétisation du Rêve américain pour une large classe moyenne suburbaine. Fruit de la réussite manifeste du système capitaliste, la société de consommation mise au service de la famille américaine allait décliner cet American Way of Life en une série d’instantanés quasi photographiques de l’Amérique d’après-guerre, ancrées désormais dans les mémoires du monde entier, réconciliant idéalisme et matérialisme et glorifiant les principes des Pères fondateurs :
“People’s capitalism” has […] the great virtue of truth. […] We have reached that status by zealously preserving and developing precisely the principles which the nation’s founders laid down for us 180 years ago. The climate of freedom established in the eighteenth century is the vehicle which has transported us this far. […] The slogan “People’s Capitalism” reduces the American Way of Life to its basic common denominator, something Americans abroad have long found it [sic] difficult to do. It means competition. […] It means the washing machine, the tractor and the power mower that give us time to take part in civic affairs, to think and dissent. […] “People’s Capitalism” means the highest standard of living in the world: social security, Porgy and Bess, hospitalization benefits, Robert Montgomery Presents… and the Saturday Review. […] It means better universities, automation and new businesses. It means security and challenge in the same breath.
(Collier’s 74)
Cette « quête du bonheur » étant destinée au plus grand nombre, la généreuse et altruiste Amérique se devait dès lors de partager les fruits de cette félicité avec les nations, jeunes et vieilles, en (re)construction : « We must develop a more integrated program of economic, military and do-it-yourself aid to foreign nations » (Collier’s 74).
La vitrine de l’Amérique présentée au fil de multiples expositions internationales devint ainsi celle d’une formidable machine économique alliant humanisme et technologie. En moins de deux siècles, la jeune nation américaine, à peine émancipée elle-même du joug colonial, mais armée de sa foi dans le progrès scientifique d’envergure face à la moyen-âgeuse Union soviétique, était devenue le pays de la modernité éclairée face à l’archaïsme et à l’obscurantisme, mettant de surcroît ce progrès technologique au service de tous. Comme dans une prophétie biblique vérifiée, les petits fermiers blancs au fondement de la république jeffersonienne étaient désormais capables, par exemple, d’étendre la réussite de l’expérience américaine au monde entier : à la suite du Plan Marshall, image-façade d’une Amérique charitable dans l’imaginaire des peuples récipiendaires à l’époque, l’Agricultural Trade Development and Assistance Act de 1954 se donna pour mission de nourrir les peuples affamés, puisque « l’agriculture américaine, avec sa technologie et son potentiel productif, [pouvait] fournir une contribution substantielle à la cause de la paix et du progrès » [5]. Surnommée « Des Vivres pour la Paix » (Food for Peace), Public Law 480 devint l’arme alimentaire de cette « guerre pour la paix » [6].
Le complexe « intello-militaro-industriel » [7] au service de la paix
Cette foi en la technologie comme vecteur de progrès social universel avait été ébranlée après le réveil des consciences intellectuelles dans les cendres de l’Holocauste et d’Hiroshima. Même si les années d’immédiat après-guerre ressuscitèrent une image d’œcuménisme scientifique bienfaisant, leur utopisme fut bientôt tempéré par l’exacerbation de la guerre froide. En juillet 1945 déjà, Edward Teller se demandait si œuvrer au développement de la bombe à hydrogène « était un crime » ; en octobre, il n’était plus sûr que ce ne fût pas « un crime perpétré sous la pression d’une situation d’urgence, au nom du nationalisme et de la puissance » (Manzione 31-32). Même si la realpolitik militaro-gouvernementale exigea bientôt une nouvelle course aux armements antisoviétique, la fin de la guerre de Corée vit naître de cet équilibre de la terreur un projet de désarmement multilatéral visant à faire des États-Unis les champions de la paix, « Des Atomes pour la Paix » (Atoms for Peace).
Fruit de l’alliance de chercheurs universitaires ou militaires et de conseillers diplomatiques spécialisés dans les programmes de guerre psychologique, le rapport issu de l’opération « Franchise » (Operation Candor) donna naissance au discours historique prononcé par le président Eisenhower devant l’Assemblée générale des Nations Unies le 8 décembre 1953. Spectaculaire main tendue à l’Union soviétique, dont les discours pacifistes, relayés par les Partis communistes autochtones, stigmatisaient jusqu’en Europe de l’Ouest la guerrière Amérique, le discours d’Eisenhower invitait Moscou, à la suite des États-Unis, à confier une partie de son stock de matières fissiles à une réserve internationale à des fins pacifiques. Il représentait surtout, dans l’esprit de C.D. Jackson, une réponse hyper-médiatisée « au quasi-monopole soviétique de la propagande pour la paix » ; pour Lewis Strauss, directeur de l’Atomic Energy Commission (AEC), l’offre donnait à Washington le bénéfice de l’initiative et de l’innovation, et pouvait à ce titre « avoir une certaine valeur à des fins de propagande ». Elle présentait toutefois « une valeur discutable d’un point de vue pratique », et semblait en fait destinée en priorité à « influencer l’attitude de l’opinion publique mondiale » (Osgood 430-31). Pour Dwight Eisenhower et Foster Dulles, les discussions à l’ONU seraient « au moins de la bonne propagande » ; pour Richard Nixon s’exprimant devant le NSC le 25 février 1953, « Opération Franchise » constituerait : « Some kind of sensational offer on the disarmament side, which the Soviets would of course not accept, and which would therefore put them on the spot. If it were possible to make such an offer […] the effect on world opinion would be very favorable to the United States » (Osgood 427). La « forme » précédant donc bien la « substance » dans l’esprit des décideurs américains, Kenneth Osgood conclut qu’en définitive, cette offensive psychologique « n’avait rien fait pour ralentir la course aux armements » (Osgood 431) [8].
Issu des mêmes idéaux, le programme « Open Skies », esquissé en 1955, suggéra que les deux Grands « ouvrent » leur espace aérien l’un à l’autre, y autorisant les missions de reconnaissance aérienne (le projet U-2 prenait déjà forme dans les ateliers de Lockheed), mais ne connut guère plus de succès. L’échec des négociations avec l’URSS et, surtout, l’angoisse de l’opinion publique américaine suite à la mise en orbite réussie de Spoutnik, le 1er octobre 1957, exigèrent pourtant la fin de l’idéalisme pacifique et un retour brutal au pragmatisme militaro-industriel. Avant la fin de la décennie, la NASA était instituée, le département de la Défense réorganisé, le programme de missiles Minutemen lancé ; l’Amérique pouvait se projeter de nouveau dans le regard des autres comme une nation à la pointe de la haute technologie, éternellement victorieuse devant l’ennemi soviétique. Les vertus attachées à l’American Way of Life – dynamisme, organisation, modernité et efficacité (Kuisel 511), mais également capacité à se régénérer dans un environnement hostile – et la volonté acharnée de contrer Moscou sur tous les fronts, y compris peut-être et surtout sur son propre terrain, allaient conduire le gouvernement fédéral à élaborer (à la hâte) les canons d’une Culture typiquement américaine, dans l’espoir de réfuter l’adage (populaire en Europe, de l’Ouest comme de l’Est) selon lequel Amérique et Culture étaient antinomiques.
Une infiltration culturelle graduelle
La culture de masse représentée par le consumérisme, pour typiquement américaine qu’elle fût, ne pouvait résister aux accusations de décadence matérialiste lancées par l’ennemi soviétique (et nombre d’Américains conservateurs). Lors de l’exposition américaine à Moscou en 1959, par exemple, Nikita Khrouchtchev ne retint pas ses sarcasmes devant l’automatisation chaplinesque de la cuisine modèle dans laquelle il entama son bras de fer mémorable avec Richard Nixon (« The Kitchen Debate »), demandant à ce dernier : « Vous n’avez pas une machine pour vous enfoncer la nourriture directement dans la bouche ? » (Time 15). Les États-Unis engagèrent donc une bataille contre eux-mêmes pour faire face à une longue tradition européenne, russe notamment, qui stigmatisait le retard américain en matière de Culture, tout spécialement artistique.
Au xix e siècle déjà, des revues partisanes avaient conjugué discours nationalistes et appels à une littérature typiquement américaine, loin du modèle anglais, et lors de l’exposition universelle de 1900, les Américains avaient eu à cœur d’« affirmer leur autonomie » en matière artistique : « Paysages, portraits, gravures et sculptures n’[étaient] plus seulement cette « branche de l’art français » que déplorait Picard en 1889 ». Même « le public commen[çait] à acheter des œuvres américaines ! » (Trocmé 41), bien que l’architecture des pavillons fût trop souvent encore perçue comme européenne. Le gouvernement fédéral, relayé par des fondations privées, entreprit donc de façonner une Culture typiquement américaine, puisée en partie dans une tradition littéraire ou picturale vieille d’à peine un siècle, ou dans une tradition musicale noire désormais paradoxalement représentative de l’« universalité » de la Culture américaine – les émissions de jazz furent un des grands succès de Voice Of America (Poiger 55) [9].
Surtout, Washington encouragea toute forme d’expérimentation avant-gardiste, voire futuriste, brandissant l’étendard de la modernité américaine. La rhétorique officielle de USIA ne manquait pas d’assurance et conjuguait aisément héritage du passé et construction de l’avenir : « The U.S. has art, ballet, and a creative cultural life ; there are serious books available here at prices that people can afford ; we have writers of noted achievement and a young but developing literary tradition » (Bogart 90). Les exemples se multiplièrent à l’envi : en 1951-1952, l’architecte Frank Lloyd Wright effectua une tournée mondiale sous l’égide du Congress for Cultural Freedom ; les expressionnistes abstraits, pourtant rebelles à toute forme d’autorité, furent au centre de nombreuses expositions culturelles à l’étranger. Ignorant l’ironie de formes artistiques le plus souvent puisées dans le fonds européen, importé aux États-Unis par des artistes immigrés que l’on envoyait ensuite représenter l’américanité en Europe [10], le Boston Symphony Orchestra ou le Metropolitan Opera espérèrent rivaliser avec les meilleures productions soviétiques, extrêmement populaires aux États-Unis [11].
L’offensive culturelle de la guerre froide fut peut-être le domaine où les limites de cet effort de construction artificielle d’une image officielle de l’Amérique se firent le plus cruellement sentir. Les critiques étrangers qui ridiculisèrent l’avant-garde picturale new-yorkaise trouvèrent un écho d’aussi parfaite incompréhension auprès d’une large partie du public américain lui-même. Même les quelques flamboyantes réussites (au moins commerciales) parmi les exportations culturelles américaines après la guerre se révélèrent souvent d’une grande ambiguïté : Douglas Dillon, ambassadeur en France en 1954, n’était pas seul à penser que les excès de la censure maccarthyste à Hollywood « jouaient le jeu des communistes et des neutralistes » et tendaient à prouver que « le fascisme américain [était] aussi néfaste que le communisme totalitaire », offrant la possibilité aux ennemis de l’Amérique d’une « extraordinaire victoire en matière de propagande » (Kaenel 164-66). Certaines tournées de musiciens de jazz noirs déclenchèrent des campagnes de presse stigmatisant la ségrégation raciale ; USIA déplorait de même que certaines productions hollywoodiennes renforcent en définitive l’image de décadence véhiculée par la presse communiste :
Hollywood films are harmful, and wipe out much of USIA’s effectiveness. They give a distorted picture of the U.S. Gangster films and bedroom farces have inspired the idea that Americans are all millionaires—“a bunch of rich boors”—and that American women are all gold diggers or career women. If these negative views are accepted, it follows that USIA must counteract unfavorable impressions created by Hollywood. […] It is difficult for USIA output on American life and its “cultural side” to correct the dramatic stereotypes of Hollywood movies.
(Bogart 95-96)
En 1955, C.D. Jackson lui-même avait mis en garde le directeur de USIA, Theodore Streibert, contre ce risque de surextension des réseaux et matériaux de propagande américains, susceptible en définitive d’avoir un effet inverse en estompant la frontière entre culture éclairée pour les masses et culture de masse de bas étage :
The United States engages in many activities designed to project the correct image of the U.S. abroad. Sometimes we are successful, sometimes not. It is admittedly a nebulous and imprecise business. But the one area which is as close to sure-fire as any that have been tried, is the cultural projection of America—provided, of course, that the selection of what constitutes American culture is intelligently made and that nothing is sent over except highest quality.
(Saunders 225)
L’infiltration graduelle dans la fibre des pays étrangers de tous ces éléments de la culture américaine – de la mémoire, de l’idéologie, des émotions, des façons de vivre et des œuvres artistiques et intellectuelles – qui caractérisaient la première démocratie mondiale (Iriye 1991 215), semblait rendre possible la transformation imperceptible, mais à long terme, des aspirations des peuples et l’avènement en douceur de (r)évolutions à visée démocratique. C’est dans cet espoir qu’en 1956 le Conseil National de Sécurité recommanda la mise en place d’un programme d’échanges est-ouest [12] :
The US first aim must be “to create a set of conditions to which the Soviet Union will have to adjust its conduct” And one modest means toward that goal was exchanging information, for such exchanges acted to “open up the communist world to ideas and influences from abroad and to strengthen the forces for change within”.
(Parks 165)
La rupture des négociations après l’invasion de la Hongrie repoussa la signature des premiers accords culturels entre les deux superpuissances au 27 janvier 1958, date à laquelle furent établis des échanges réciproques d’émissions de radio et de télévision, de films de fiction et de documentaires, d’étudiants et de professeurs, d’artistes et d’écrivains, de scientifiques et d’experts agricoles, d’athlètes et, surtout, de jeunes gens [13]. Enfermée dans le portrait idéal qu’elle avait peint pour l’Étranger, l’Amérique oublia que sa réalité ressemblait fort peu à l’image édulcorée et aseptisée popularisée internationalement par le Reader’s Digest, et ces programmes d’échanges exposèrent les États-Unis à leur tour à la vérité de la ségrégation ou de la pauvreté.
Malgré toutes les tentatives, politiques, diplomatiques et financières, pour contrôler l’image des États-Unis projetée dans les pays étrangers afin de « faire naître un environnement mondial » dans lequel l’American Way of Life pourrait « survivre et s’épanouir » dans un monde libre (NSC 68 42), l’offensive psychologique des administrations Truman et Eisenhower eut un succès limité. L’idéalisme professé par USIA en 1953 fut tempéré par un retour brutal à la realpolitik : lorsque VOA déversa sur la Hongrie ses théories de « libération des peuples captifs », encourageant, en 1956, ses efforts de soulèvement contre l’occupant soviétique, la « forme » prit le pas une fois encore sur la « substance », et l’Amérique ne vint jamais au secours du peuple hongrois. De « guerrière », l’offensive psychologique se ferait désormais « gradualiste » (Hixson PC 227).
À l’inverse, il sembla que le choix de politiques intérieures à haute valeur symbolique pouvait avoir des répercussions diplomatiques positives, comme le prouvèrent les décisions judiciaires condamnant la discrimination raciale : Brown v. Topeka fut saluée dans la presse du monde entier, de l’Inde au continent africain. C’est ainsi que la déségrégation raciale devint, en partie, « un impératif de la guerre froide », les mesures d’intégration raciale s’adressant en priorité à la capitale fédérale : « As long as the seat of the federal government was segregated, […] any claims that segregation was not a widespread national practice seemed hollow. The District of Columbia was “the window through which the world looks into our house” » (Brown v. Topeka, Dudziak 84, 109).
La guerre des mots se substitua à celle de Corée mais ne fut guère plus concluante, et révéla ses limites avant même la fin de la décennie. Alors même que l’approche psychologique de la politique étrangère des États-Unis pénétrait tous les domaines concernés – Eisenhower confiait à Nelson Rockefeller le 5 août 1955 : « every economic, security, and political policy of the government manifestly is one of the weapons (or should be) in psychological warfare » (Osgood 417) – la mise en orbite du satellite soviétique Spoutnik sema un premier doute dans « les cœurs et les esprits » ; slogan de campagne de John F. Kennedy en 1960, l’imaginaire « missile gap » entre les deux Grands, suivi du désastre médiatique de la Baie des Cochons et de l’érection du Mur de Berlin, respectivement en avril et en août 1961, firent chuter l’image de l’Amérique « au plus bas » (Haefele 64). Déjà en 1958, le directeur de USIA George Allen annonçait le pragmatisme qui allait devoir caractériser l’administration Kennedy : «…USIA efforts are only a small factor. Our policies and actions and history are far more important. You can probably say that USIA could not have changed the image radically with twice the money it had » [14]. Le fossé entre « pouvoir réel » et « pouvoir perçu » se creusant alors que grandissait l’engagement américain au Vietnam, d’autres vecteurs et un renversement d’images s’imposaient donc : dans ce que Kennedy rebaptisa « la bataille pour les esprits et les âmes et les vies et les territoires » (Haefele 70-71), la puissance militaire américaine serait désormais prioritaire.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·   Bogart , Leo. Cool Words, Cold War: A New Look at USIA’s Premises for Propaganda. Washington: The American UP, 1995.
·   Cizel , Annick. « Food For Peace, l’arme alimentaire de la guerre froide ». QWERTY 5. Pau : Publications de l’Université de Pau, octobre 1995. 411-19 ; « L’exposition américaine de 1959 à Moscou : “Capitalisme du peuple” et projection raisonnée du Rêve américain ». La Consommation culturelle dans le monde anglophone. Eds. Liliane Kerjan & Renée Dickason, Rennes : PU de Rennes, 1999. 269-86 ; « Porgy and Bess à la conquête de l’Europe : mirages d’intégration raciale au cœur de la guerre froide ». Théâtres du Monde. Avignon : U. d’Avignon, 1999. 129-40.
·   Costigliola , Frank. Awkward Dominion: American Political, Economic, and Cultural Relations with Europe, 1919-1933. Ithaca, NY: Cornell UP, 1984.
·   Dudziak , Mary L. « Desegregation as a Cold War Imperative ». Stanford Law Review 41 61 (November 1988) : 61-120.
·  « Foreign Relations : “Better to See Once” ». Time (3 août 1959) : 15.
·   Frank , Robert, Ed., Images et imaginaire dans les relations internationales depuis 1938. Les Cahiers de l’Institut d’Histoire du Temps Présent 28 (juin 1994).
·   Gienow-Hecht , Jessica C.E. « Shame on US? Academics, Cultural Transfer, and the Cold War—A Critical Overview ». Diplomatic History 24 3 (Summer 2000): 465-94.
·   Haddow , Robert H. Pavilions of Plenty: Exhibiting American Culture Abroad in the 1950s. Washington, DC: Smithsonian Institution Press, 1997.
·   Haefele , Mark. « John F. Kennedy, USIA, and World Public Opinion ». Diplomatic History 25 1 (Winter 2001): 63-84.
·   Hixson , Walter L. Parting the Curtain: Propaganda, Culture and the Cold War. New York: St. Martin’s Griffin, 1998.
·   Iriye , Akira. « Culture and International History ». Explaining the History of American Foreign Relations. Eds. Michael J. Hogan & Thomas G. Paterson. Cambridge: Cambridge UP, 1991. 214-25.
·   Iriye , Akira. « Cultural History and International History—How They Have Connected, How They May Be Further Integrated ». Transmission des valeurs nationales : théories, individus, institutions. Barbara Karsky & Marie-Jeanne Rossignol, Eds. Cahiers Charles V 28 (juin 2000) : 13-31.
·   Kaenel , André Ed. Anti-Communism and McCarthyism in the United States (1946- 1954). Paris : Messene, 1995.
·   Krenn , Michael L. « Subtlety and Sophistication: American Art and Culture at the 1958 World’s Fair ». Transmission des valeurs nationales : théories, individus, institutions. Karsky & Rossignol. Cahiers Charles V 28 (juin 2000) : 109-24 ; « “Unfinished Business”: Segregation and the 1958 World’s Fair ». Diplomatic History 20 4 (Fall 1996) : 591-612.
·   Kuisel , Richard. « Americanization for Historians ». Diplomatic History 24 3 (Summer 2000): 509-15.
·   Kuklick , Bruce. « Commentary [on NSC 68] », American Cold War Strategy: Interpreting NSC 68. Ed. Ernest R. May. Boston: St. Martin’s Press, 1993. 156-59.
·   Manzione , Joseph. « “Amusing and Amazing and Practical and Military”: The Legacy of Scientific Internationalism in American Foreign Policy, 1945-1963 ». Diplomatic History 24 1 (Winter 2000) : 21-55.
·   Morin-Ollier , Priscilla. « Celebrating American Destiny: World’s Columbian Exposition of 1893 ». La « Destinée manifeste » aux États-Unis au xix e siècle : aspects idéologiques et politiques. Gérard Hugues, dir. Paris : Editions du Temps, 1999. 209-221.
·   Ninkovich , Frank A. « The Currents of Cultural Diplomacy: Art and the State Department, 1938-1947 ». Diplomatic History 1 (Summer 1977) ; The Diplomacy of Ideas: U.S. Foreign Policy and Cultural Relations, 1938-1950. Cambridge : Cambridge UP, 1981.
·   Nouailhat , Yves-Henri. « Aspects de la politique culturelle des États-Unis à l’égard de la France de 1945 à 1950 ». Relations internationales 25 (printemps 1981) : 87-111.
·  « NSC 68: United States Objectives and Programs for National Security ». American Cold War Strategy: Interpreting NSC 68. Ed. Ernest R. May, Boston: St. Martin’s Press, 1993. 23-81.
·   Osgood , Kenneth A. « Form before Substance: Eisenhower’s Commitment to Psychological Warfare and Negotiations with the Enemy ». Diplomatic History 24 3 (Summer 2000) : 405-33.
·   Parks , J.D. Culture, Conflict and Coexistence: American-Soviet Cultural Relations, 1917-1958. Jefferson, NC: McFarland, 1983.
·   Parry-Giles , Shawn J. « The Eisenhower Administration’s Conceptualization of the USIA: The Development of Overt and Covert Propaganda Strategies». Presidential Studies Quarterly XXIV 2 (Spring 1994) : 263-73.
·  « People’s Capitalism—This IS America ». Collier’s January 6, 1956, 74.
·   Poiger , Uta G. « Beyond “Modernization” and “Colonization” ». Diplomatic History 23 1 (Winter 1999) : 45-56.
·   Richmond , Yale. U.S.-Soviet Cultural Exhanges, 1958-1986: Who Wins? Boulder, CO: Westview, 1987.
·   Rosenberg , Emily S. « Commentary [on NSC 68] ». American Cold War Strategy: Interpreting NSC 68. Ed. Ernest R. May. Boston: St. Martin’s Press, 1993. 160-64 ; Spreading the American Dream: American Economic and Cultural Expansion, 1898-1945. New York : Hill & Wang, 1982 ; « Walking the Borders ». Explaining the History of American Foreign Relations. Eds. Michael J. Hogan & Thomas G. Paterson. Cambridge: Cambridge UP, 1991. 24-35.
·   Stonor Saunders , Frances. Who Paid the Piper? The CIA and the Cultural Cold War. London: Granta, 1999.
·   Trocmé , Hélène. « 1900 : Les Américains à l’exposition universelle de Paris ». Revue Française d’Études Américaines 59 (février 1994) : 35-43.
·   Wagnleitner , Reinhold. Coca-Colonization and the Cold War: The Cultural Mission of the United States in Austria After the Second World War. Chapel Hill, NC: North Carolina UP, 1994.
·   Whitfield , Stephen J. The Culture of the Cold War. Baltimore: The Johns Hopkins UP, 1991.
 
NOTES
 
[1] Bruce Kuklick a recherché dans NSC 68 les références, explicites et implicites, aux textes fondateurs de la nation américaine, et au-delà : outre des références appuyées à la Bible, à la déclaration d’Indépendance, à la Constitution et aux Federalist Papers, cette déclaration de guerre froide s’appuie, selon lui, sur le sermon de John Winthrop à bord de l’Arabella (1630), le second discours d’investiture d’Abraham Lincoln (1865), la déclaration de guerre à l’Allemagne de Woodrow Wilson (1917), l’article signé «X» de George Kennan dans Foreign Affairs (1947). Elle influencera à son tour le discours d’investiture de J.F. Kennedy (1961) et la rhétorique de George Bush contre l’Irak (1991). Kuklick 156-59.
[2] L’Ethiopie d’Hailé Sélassié offrait un exemple intéressant avec le transfert, paradoxal dans le cas de cet empire autoritaire, des grands principes de la Constitution des États-Unis, notamment du Bill of Rights, dans la Constitution éthiopienne révisée de 1955. Ce prosélytisme démocratique entrepris par l’Amérique victorieuse des totalitarismes et libératrice du « monde libre » eut son corollaire éducatif dans l’exportation – politiquement contrôlée et financée en ce début de guerre froide – des études américaines, en Europe de l’Ouest notamment.
[3] «The Report of Operation Crossroads—Africa», Africa Student Study—Work Camp Project, Administrative Officer, Special Projects, Box 3 : Stassen Budget, «Africa», Bibliothèque Eisenhower [EL], Abilene, Kansas, p. 8. Il semble que le projet des Peace Corps attaché à la mémoire de John F. Kennedy ait été, en fait, un prolongement de cette première expérience républicaine.
[4] (italiques de l’auteur). Richard M. Nixon, «Our Partnership in Creating a World of Peace», discours à l’occasion du 10e anniversaire de l’indépendance de la République des Philippines, Manille, 4 juillet 1956, Department of State Bulletin (16 juillet 1956) : 95.
[5] Council on Foreign Economic Policy, «Approved Minutes», 76th Meeting, 8 juillet 1958, USCFEP Records, 1954-61, Policy Papers Series, Box 13, EL.
[6] Bien qu’amendée à plusieurs reprises, la loi de 1954 régit toujours les dons d’aide alimentaire des États-Unis. Au-delà de ses ressorts économiques (la loi visait en priorité à se débarrasser d’excédents agricoles trop onéreux à stocker), la portée propagandiste de « Food For Peace » est incontestable : les sacs de blé, etc., sont ostensiblement estampillés « Don du Peuple des États-Unis d’Amérique », et la loi originelle fut placée sous le contrôle du département d’État et non de celui de l’Agriculture (cf. Cizel, « Food for Peace »). En 1960 une série d’affiches de propagande assurait que « les fermiers américains produisent cinq fois plus que les fermiers russes », et qu’« un fermier américain produit assez pour lui-même et 24 autres personnes », tandis qu’« un fermier russe produit assez pour lui-même et seulement 4 personnes ». « Minutes of Cabinet Meeting », 1er juillet 1960, AWF, Cabinet Series, Box 16, EL.
[7] D’après Stuart W. Leslie, The Cold War and American Science: The Military-Industrial-Academic Complex at MIT and Stanford (New York, 1993), Manzione 23.
[8] L’Agence internationale pour l’Énergie atomique ne sera finalement instituée qu’en 1957.
[9] Programmée à destination de l’URSS à partir de 1955, «Music USA» fut durant les 25 années de son existence « l’ambassadeur le plus influent du jazz américain en URSS et en Europe de l’Est », à la profonde « consternation » des dirigeants du Parti. Hixson PC 115.
[10] La Russie, devenue soviétique, ne brûla pas non plus l’intégralité de l’héritage des Tsars sur l’autel de la décadence impériale. L’opéra-ballet du Bolchoï, par exemple, demeura l’un des fleurons de la guerre froide culturelle, avec son lot de défections à l’Ouest au fil des tournées européennes, puis mondiales.
[11] La tournée américaine réunissant Emil Gilels (piano), David Oistrakh (violon) et Mtislav Rostropovitch (violoncelle) en 1955-56 eut « un énorme succès » et suscita une admiration non dénuée de conscience politique dans les magazines spécialisés américains : « Though it was unlikely that any listener left the concerts converted to communism […], audiences did leave aware that the Soviets loved and supported great music, and that fact both rehumanized them and made Americans aware that they were just “people like us.” […] It would show Americans that the Soviets, despite government innuendo, had neither horns nor tails ». « Russians, Music and Us », Musical America (14 décembre 1955), Parks 157. L’expression « politique artistique » prend tout son sens lorsque l’on sait que C.D. Jackson était un trustee du Boston Symphony.
[12] NSC 5607, « Statement of Policy by the National Security Council on East-West Exchanges », 29 juin 1956, Richmond 133-39.
[13] Ces échanges furent reconduits, bon an, mal an, tous les deux ans jusqu’à la chute du bloc de l’Est. Les accords culturels de 1958 furent les premiers accords USA / URSS ; leur action à long terme, et l’implosion de la fédération soviétique en définitive permettent de penser, comme Walter Hixson, que ce fut « l’une des initiatives les plus réussies de l’histoire diplomatique de la guerre froide ». Hixson PC 227.
[14] George Allen, 1er octobre 1958, Briefing Note for NSC Meeting of October 2, 1958, WHO, NSC Staff : Papers, 1952-61, Special Staff File Series, Box 8, «United States Information Program», EL, 3.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Bruce Kuklick a recherché dans NSC 68 les références, expli...
[suite] Suite de la note...
[2]
L’Ethiopie d’Hailé Sélassié offrait un exemple intéressant ...
[suite] Suite de la note...
[3]
«The Report of Operation Crossroads—Africa», Africa Student...
[suite] Suite de la note...
[4]
(italiques de l’auteur). Richard M. Nixon, «Our Partnership...
[suite] Suite de la note...
[5]
Council on Foreign Economic Policy, «Approved Minutes», 76t...
[suite] Suite de la note...
[6]
Bien qu’amendée à plusieurs reprises, la loi de 1954 régit ...
[suite] Suite de la note...
[7]
D’après Stuart W. Leslie, The Cold War and American Science...
[suite] Suite de la note...
[8]
L’Agence internationale pour l’Énergie atomique ne sera fin...
[suite] Suite de la note...
[9]
Programmée à destination de l’URSS à partir de 1955, «Music...
[suite] Suite de la note...
[10]
La Russie, devenue soviétique, ne brûla pas non plus l’inté...
[suite] Suite de la note...
[11]
La tournée américaine réunissant Emil Gilels (piano), David...
[suite] Suite de la note...
[12]
NSC 5607, « Statement of Policy by the National Security Co...
[suite] Suite de la note...
[13]
Ces échanges furent reconduits, bon an, mal an, tous les de...
[suite] Suite de la note...
[14]
George Allen, 1er octobre 1958, Briefing Note for NSC Meeti...
[suite] Suite de la note...