2004
Revue française d'études américaines
Michel Bandry
Université Montpellier III
RÉSOLUTION… oui, je vais dire comment je suis « tombé dans la marmite », pour faire plaisir à ces jeunes femmes qui n’étaient pas nées quand j’ai vu pour la première fois des Noirs. C’était à la Libération : ces GI (il y avait des Blancs aussi) me paraissaient grands, ils nous donnaient du chewing-gum et du chocolat du haut de leur GMC et nos cousines plus âgées dessinaient soigneusement la raie de bas virtuels sur leurs jolies jambes pour aller danser avec ces boys dégingandés tout prêts à faire admirer la photo de leur maman ou de leur girl-friend. Et puis il y eut les films que l’on nous montrait à l’école où de longs trains traversaient un continent que l’on devinait immense et ces héros de bandes dessinées qui faisaient triompher le bien contre les Japonais. Souvenirs d’enfance, culture dormante, désir d’Amérique latent, mais l’Angleterre du début des années soixante était tellement attirante pour qui aimait sa langue et sa littérature que l’on était tenté d’y prolonger indéfiniment un long séjour.
FULBRIGHT. L’occasion de vivre aux États-Unis après un premier voyage, la découverte de l’espace américain. Surtout, la vie en université américaine, Wabash College, Emory University, l’euphorie des moments passés dans les rayons des bibliothèques, les longues conversations avec des collègues ouverts et disponibles, la tentation qui devint vite obligation évidente de faire de la recherche, la relecture d’Erskine Caldwell qui, plus tard, m’honorera de son amitié. Pour le passionné que j’étais d’histoire sociale, Tobacco Road a fait de moi, un citadin, un expert de la culture du coton, des conditions de vie des share-croppers et de toute une littérature (injustement oubliée). C’est ainsi que je suis entré par la petite porte dans l’univers de Yoknapatawpha.
ÉMOTION. Je ne peux pas lire le monologue de Benjy ni celui de Quentin sans avoir la gorge nouée. Si j’étais sur une île déserte… la fiction de Faulkner me suffirait. J’admire André, François, Michel et les autres pour ce qu’ils écrivent sur Faulkner, j’aime faire découvrir Faulkner à mes étudiants, mais mon plaisir c’est d’ouvrir un de mes vieux volumes de la Modern Library et de suivre Ratliff avec sa guimbarde, de guetter la lumière d’un crépuscule du mois d’août avec Hightower ou d’observer les Guthries avec Chick. Sans vergogne aucune, j’avoue connaître alors un plaisir jubilatoire.
AMOS, puisqu’il faut un A. Héros du deuxième roman d’Elizabeth Spencer. Ici encore, la chance d’une amitié avec une grande dame longtemps admirée avant de la connaître, une voix de ce Sud que j’essaie de connaître sous tous ses aspects depuis longtemps.