2004
Revue française d'études américaines
Bénédicte Robert
Doctorante, Institut d’Études Politiques de Paris
A city upon a
hill…
Ren à dire, ce n’est pas la préparation de l’agrégation qui m’a
convertie aux études américaines, question de programme sans doute. Ce ne sont
pas non plus mes études d’anglais, tant elles étaient sous hégémonie
britannique. La Grande-Bretagne se reconstruit un empire dans les UFR d’anglais
de France (et de Navarre !), avec comme arme de conquête un accent – ah ! ceux
qui feignent de ne pas comprendre l’accent américain – mais aussi Margaret –
tellement agréable de pouvoir se sentir de gauche –, le New Labour – et si en
fait c’était d’extrême gauche ? –, et, last but
not least, Oxbridge. Donc il y a des études américaines en France
?
Faisons court : il y a des études américaines en France, parce
qu’il y a l’Amérique. La Palice n’aurait pas dit mieux, et de ramener une
expérience de vie à une tautologie ne manque pas de m’embarrasser – les limites
de la concision vraisemblablement. C’est donc un séjour d’études, bref mais
intense, couplé avec une recherche de terrain, qui débuta une vocation, après
avoir suscité une admiration toute aussi excessive que l’antipathie profonde à
laquelle elle succédait. « Anti-américaine » vous dites ? Mais allez donc voir
avant de critiquer…
Et me voilà ascensionnant la colline de Brown. Providence, un
nom qui laissait rêveur… Il fallait bien cela pour faire oublier l’anxiété que
j’éprouvais à l’égard de ce fameux « campus américain », moi qui n’avais jamais
arpenté que les couloirs de la Sorbonne et de Sciences Po. Le couloir remplacé
par le « green », c’était un changement plutôt positif. Le « shopping »
académique ? Pourquoi pas. L’ouverture disciplinaire ? Bien sûr. L’opulence du
savoir ? Soyons polémique à l’heure du LMD… De mon statut d’étudiante je
scrutais mes professeurs et je m’imaginais déjà parmi eux. L’université
américaine, version Ivy League certes, faisait germer en moi une ambition
professionnelle que je n’aurais pas soupçonnée auparavant.
Avec mon terrain, j’étais comblée. Sociologue-politiste je
partais en campagne d’entretiens et m’immisçais dans les pores de la société
américaine version « les Américains pensent que ». Rien à voir avec Brown, et
si peu à voir avec les données des instituts de sondage français. J’étais
fascinée par cette Amérique-là aussi, et quelques mois plus tard, j’inscrivais
au fichier central des thèses un sujet comparatif de science politique sur la
France et les États-Unis.
Affaire à suivre…