2004
Revue française d'études américaines
Claude Chastagner
Université Montpellier III
Rewind : Selsey
(Sussex), 67, les Rolling Stones, « Come On ». L’Amérique au bout du vinyl,
mais pas moyen de le savoir. L’Amérique, pour l’instant, c’est encore
l’Angleterre, et c’est déjà pas si mal. Paris, noir et blanc et poussières,
mais l’Angleterre, couleurs électriques et fun
fairs ! « Come On », une reprise de Chuck Berry, un disque noir
colère que je croyais rouge sexe, une erreur de jeunesse. Plus tard, je
saurai.
Fast Forward : Santa
Barbara, 93. Cours d’été. Quelques mémés, des ex-(danseuses) de Cab Calloway.
Elles veulent en savoir plus sur le rock. Je passe « Come On », version Stones,
version Berry. Des questions : pourquoi c’est si fort, si rapide, si violent,
si cru ? Parce que c’est l’Amérique ? Parce que c’est l’Amérique. Cette fois,
je le sais.
Eject : clichés, lieux
communs, phantasmes, mythes, on ne s’en sort pas. Mais que faire ? Même ceux
qui sont censés leur tordre le cou ne font pas leur boulot, Greil Marcus,
Lester Bangs, Nick Toshes, Nik Cohn… On les écoute, hébété, raconter la musique
de l’Amérique : « Son rythme maudit dévorait la jeunesse du pays. Il
ensanglantait les vierges et rappelait aux jeunes ménagères le souvenir des
choses dont elles ne parlaient jamais. Il donnait envie aux garçons de se
réinventer pour devenir de nouvelles créatures flamboyantes, et de se mettre
sans répit en quête de détumescence. » Victoire du mythe par KO.
Access All Areas : le
reste n’est qu’une longue marche à reculons, pour retrouver peut-être un jour,
quand j’aurai tout oublié, l’émotion et l’excitation de cette première écoute,
de cette première invitation : come on.