2004
Revue française d'études américaines
Nathalie Dessens
Université de Toulouse - Le Mirail
Exotisme, quand tu nous tiens
!
Revenir sur son passé de « Sudiste » n’est pas chose aisée !
Tout commence par un cours de civilisation américaine du programme
d’agrégation. Preuve est ainsi donnée que l’agrégation peut ouvrir beaucoup de
portes, même celles d’une passion, celles des mystères insondables du sud des
États-Unis, région honnie, haïe, encensée, adorée, mythifiée, mais toujours
originale, aux fantômes plus terrifiants qu’un soir d’Halloween, mais aux
beautés fascinantes et inoubliables. Un amphithéâtre parisien ou la naissance
d’une vocation de Sudiste !
Faire l’anatomie de ce Sud, pour le moins exceptionnel, m’a
conduite de la Floride aux Carolines, de la Géorgie au Texas. Puis cette
exploration est passée par les tropiques, par les Antilles, ce chapelet d’îles
inondées de soleil, à l’histoire heurtée, au destin particulier. Esclavage,
sucre, rhum, créolité, outremer… que d’images exotiques qui m’ont permis, par
comparaison et contraste, de mieux comprendre le Sud, celui de Jefferson,
Calhoun ou Davis, tout comme celui de Simms, Cable, Faulkner, ou Conroy ! Des
mois de recherche, au pied des cocotiers, la Caraïbe pour tout horizon, on peut
imaginer travail plus austère !
En chemin, je suis passée par la Louisiane, la plus caribéenne
des régions du Sud. La Nouvelle-Orléans (qu’Ernest Gaines m’a déclaré retrouver
à Fort-de-France), cette ville d’influences et de mélanges, laboratoire
incomparable des migrations et de la créolisation, où des races, des ethnies se
sont rencontrées pour mêler leurs cultures en un tissu délicat, en les adaptant
au cours changeant du Mississippi et à l’eau calme des bayous. La
Nouvelle-Orléans tout à la fois française, africaine, espagnole, acadienne et
américaine, cette terre à part, unique et fascinante.
Après, me direz-vous ? On s’est souvent moqué de mes sujets
d’étude dans les lieux les plus exotiques et les plus magiques… Quel enfer : un
sabbatique en Martinique, les archives de Santo Domingo et de La
Nouvelle-Orléans, des congrès à Biloxi, Pensacola, Charleston, un livre en
Floride, un voyage d’étude à Cuba, Baracoa, Santiago, La Havane, sur les traces
des réfugiés de Saint-Domingue ! Il faudrait aussi, quel supplice, que j’aille
poursuivre ces exilés jusqu’en Jamaïque ! On m’a dit un jour, un rire au coin
des yeux, qu’il ne me restait plus qu’à aller étudier les coutumes des Maoris à
Tahiti, celles des Hawaïens à Honolulu, histoire de comparer…
Tiens, pourquoi pas ?