2004
Revue française d'études américaines
Anne Deysine
Université Paris X – Nanterre
Retour en arrière. Si les États-Unis sont devenus mon objectif, ma priorité, sans encore même envisager la profession qui me permettrait de satisfaire ce qui est petit à petit devenu une passion, pas nécessairement aveugle, c’est à ma grand-mère que je le dois. Diplômée de la première promotion HEC-JF, elle partit pour les États-Unis, en bateau, pendant la Première Guerre mondiale et sous les bombes, avant de travailler toute sa vie pour des structures américaines aux États-Unis ou en France. C’est ainsi que le virus frappa et que je pus, plus facilement que d’autres, faire ce qui n’était guère courant à l’époque : un stage dans l’équipe du Sénateur Weiker, républicain, mais indépendant, du Connecticut.
Familiarisée avec les institutions et la vie politique américaines, je l’étais sur le papier grâce au diplôme de Sciences-Po et à mes études de Droit. Mais c’est au Sénat, à Washington, dans la capitale américaine que j’ai pu toucher du doigt la réalité politique, en gravissant petit à petit l’échelle des tâches qui m’étaient confiées : ouverture du courrier des électeurs, puis utilisation de la « machine à signature » qui appose le paraphe du sénateur sur les lettres de réponse. Puis j’ai été amenée à lire les courriers des constituents et à sélectionner les paragraphes pré-écrits sur le traitement de texte destinés à être envoyés en réponse au courrier des électeurs. Et c’est en m’imprégnant des us et coutumes du Sénat et des pratiques politiques que j’ai compris le poids des lobbies et de l’argent aux États-Unis et, dans la foulée, perdu beaucoup d’illusions sur la politique.
Et c’est ainsi que j’ai choisi comme sujet de thèse le financement des élections aux États-Unis, et la période était parfaite : Watergate, démission de Nixon, vote de la première loi FECA en 1974, déclarée en partie inconstitutionnelle en 1976, par l’arrêt Buckley v. Valeo qui fut si longtemps la règle et est encore d’actualité malgré la décision récente de la Cour suprême dans McConnel v. FEC.
Alors bien sûr j’ai ensuite fait des choix : je me suis impliquée dans la vie de l’Université en tant que directeur de DESS ou vice-présidente puis j’ai accepté la présidence de la MICEFA, avec encore et toujours les États-Unis au centre de mes préoccupations. Et ma recherche est toujours américaniste ou au moins comparatiste…