Revue française d’études américaines
Belin

I.S.B.N.270113739X
160 pages

p. 51 à 51
doi: en cours

Veille sur la revue
Vous consultez

no100 2004/2

2004 Revue française d'études américaines

Frédéric Dumas

Université Stendhal - Grenoble III

«Rien à voir avec moi. Tarzan dans The Jungle et cochon dans Slaughter-house 5 ? On ne s’y retrouve plus. C’est pourquoi chers confrères, en vérité je vous le dis, l’empathie a vécu. Moi, je n’y crois plus.
Fallait pourtant voir l’admirable Nelson : Papa déjà froid sur son cargo taïwanais, c’est de moi qu’il a accouché, clandestin en mal de mère dans l’outre-mots. Bien sûr, au début, il y avait eu la lumière verte et son contre-courant, les cours Beat de non-conformisme à neuf heures précises chez Francis aux Œufs de Colomb. J’ai même monté les deux, trois marches, poussé le battant qui grince, traversé le hall et parlé jet lag au gardien du Temple. Le Chelsea c’était trop cher. Restait le Y d’en face : un pourquoi géant et bétonné, lapidaire. Une blessure ouverte à toute heure de la nuit pour dix-huit dollars, cafard garanti – et à six pattes. Il attendait sa réponse en mangeant mon passeport. En face, on recrutait Yvan de Manhattan pour porter le gospel aux steppes russes. On Prométhée le feu de l’action – ATT, ITT, GM, IBM, MMM. Le bonheur, au pied de la lettre.
Et la Route : je l’ai lue, je l’ai vue, je me suis raté de peu. Gonzo à la manque la nuit du chasseur Thompson, j’ai bien cru voir sous le ciel de Needles Dolores et Humbert en métaphore filée, mais ce fut une erreur de trope. La Lo-lee-ta de Sourian, le professeur souriant, s’appelait Sandra. Et puis je prenais du volume. Il était temps de perdre quelques livres.
Alors me voici devant vous, chers confrères de l’AFRE, pour sceller la fin de l’Amérique. Ayons, chers confrères, le courage de dire foin des Feuilles d’herbe et de la Prairie, plein les bottes de ces lieux communs. Car après la mort de Dieu, la mort du sujet et la mort de l’auteur – la nôtre ? Les tours déjà s’écroulent sous le feu de Montag, qui nous libérera bientôt du Y et de la tyrannie introspective. Ayons le courage de nos cous rouges ; abandonnons la recherche et entamons la poursuite impitoyable du bonheur, réglons-lui son conte, mangeons et buvons et jouissons, ici et maintenant, et nous serons libres enfin et pour toujours, libres – affranchis de la lettre. Non ? »
© Cairn.info 2009 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
Cairn.info | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis