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Revue française d’études américaines

2007/3 (n° 113)

  • Pages : 132
  • ISBN : 2701147123
  • Éditeur : Belin


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Le débat sur « l’impérialisme » des États-Unis n’est pas récent, et du fait de la polysémie du terme, il n’est pas prêt de prendre fin. Pour certains, la république fédérale a toujours été impérialiste et le sera toujours, bien que peut-être de différentes manières. Pour d’autres, elle ne l’a au contraire jamais été et ne le sera jamais, en raison de l’incompatibilité de ses principes politiques et de ses institutions avec l’impérialisme. À l’évidence, le flou et l’élasticité de la notion donnent des arguments aux uns comme aux autres. Quoi qu’il en soit, la fin de la Guerre froide et du système bipolaire change la donne et renouvelle la problématique. Le regain de l’activisme et la volonté quasi-générale dans le milieu politique américain de pérenniser l’hégémonie des États-Unis sont inséparables du contexte dans lequel ils ont vu le jour, c’est-à-dire de la disparition du Grand Ennemi soviétique d’une part, et des attentats terroristes de septembre 2001 d’autre part.

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Le but de cet article est de montrer qu’un des sous-produits de ces deux événements majeurs, le déclin du « réalisme politique », est directement lié au renouveau d’une pensée impérialiste. Cette affirmation paraîtra curieuse à ceux qui considèrent la Realpolitik de Nixon et de Kissinger comme l’emblème de l’impérialisme américain durant la Guerre froide, mais mon propos vise justement à montrer qu’impérialisme et réalisme ne font pas bon ménage : issu d’un environnement européen caractérisé par la pluralité étatique et par l’équilibre des puissances, le réalisme politique est en effet étranger aux situations d’hégémonie et aux prétentions impériales. La Realpolitik à la Kissinger avait pour but de tirer le meilleur parti de la multipolarité et du jeu des alliances, elle n’avait pas la prétention d’y mettre fin. Ce qui, de tout temps, a constitué la particularité de l’impérialisme américain, que ce soit dans sa version continentale (expansion vers l’Ouest) ou extra-continentale (acquisition de territoires d’outremer en 1898), c’est son association avec l’exceptionnalisme, c’est-à-dire avec l’idée que les États-Unis pouvaient se soustraire aux lois politiques qui gouvernaient les autres nations. Le réalisme politique, qui postule au contraire que tous les États sont soumis aux mêmes lois, a longtemps constitué un rempart contre la toute puissance de l’exceptionnalisme, et était pour cette raison même peu compatible avec la pensée impérialiste. Pour la raison inverse, le néo-conservatisme, en vertu de ses liens avec l’exceptionnalisme, se confond souvent avec le néo-impérialisme et s’oppose tout autant au réalisme.

Le rôle du réalisme politique durant la Guerre froide

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Le réalisme politique a une longue histoire qui remonterait à Thucydide et à son interprétation des guerres du Péloponnèse [1]  Cette interprétation fait de la montée en puissance... [1] . Il est fondé sur l’idée que les relations internationales sont forcément anarchiques puisque dénuées d’une autorité suprême, et que, dans un tel milieu, la politique étrangère des États doit être basée sur l’intérêt national et sur le maintien d’un équilibre des puissances, seuls à même d’instiller un semblant d’ordre et de rationalité dans un domaine où l’irrationnel a toujours tendance à prendre le dessus.

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Pour les pays européens, l’état de guerre décrit par Hobbes et par les autres réalistes a longtemps été la norme, et les préceptes de ces derniers ont, jusqu’à récemment, souvent servi de cadre général à leur politique étrangère [2]  L’unification de l’Europe et la création de l’Union... [2] . Aux États-Unis, leur validité a par contre toujours fait l’objet de débats quasi-incessants, du fait notamment de la situation géographique du pays et de sa position dominante dans le nouveau continent. Ces deux paramètres ont rendu la plupart du temps la description de l’état de guerre assez abstraite [3]  Il serait pourtant faux de penser que les préceptes... [3] . Il est cependant une période, celle de la Guerre froide, où ces débats ont perdu de leur virulence, et où la tradition réaliste s’est imposée aux responsables (Carter étant l’exception qui confirme la règle) dans un relatif consensus. Les dangers du nouvel environnement, les responsabilités écrasantes des États-Unis sur la scène internationale et l’impossibilité de s’y dérober ont obligé ces derniers à rompre avec ce que Stanley Hoffmann a appelé le « syndrome de Wilson », c’est-à-dire avec l’oscillation, depuis la fin de la Première Guerre mondiale, entre activisme et repli. Étant donné que le communisme et l’Union soviétique ne pouvaient être vaincus du jour au lendemain, les États-Unis devaient désormais apprendre à penser leur action dans le monde sur le long terme, et par conséquent à la rendre plus rationnelle.

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Tout cela demandait une rupture assez nette avec la diplomatie traditionnelle américaine, qui reposait largement sur une philosophie du choix (intervenir ou ne pas intervenir dans les relations internationales, s’isoler ou pas), ainsi qu’un rapprochement avec la tradition européenne, qui reposait par contre sur une philosophie de la nécessité. Ce rapprochement fut grandement facilité par l’immigration d’universitaires européens, notamment allemands, qui eurent un rôle déterminant dans l’essor de l’étude théorique des relations internationales dans les universités américaines. Un de ces immigrés allemands, Hans Morgenthau, eut une influence considérable sur toute une génération de spécialistes des relations internationales (Hoffmann, 1977) qui prirent ensuite le relais pour convaincre les citoyens américains et leurs dirigeants que la puissance comptait davantage que les idéaux dans les relations entre États et que la sécurité des États-Unis passait par un engagement continu sur la scène diplomatique.

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L’essor de cette discipline universitaire, qui pour la première fois analysait les relations internationales telles qu’elles étaient et non pas telles qu’elles auraient dû être, fournit aux responsables politiques une boussole dont ils se servirent bon gré mal gré pendant toute la Guerre froide. Des Américains familiers du monde extérieur, tels que le diplomate et historien George Kennan, père de la doctrine de l’endiguement, et le journaliste Walter Lippmann, contribuèrent eux aussi grandement à dissiper les illusions sur les possibilités de s’isoler du monde ou de le transformer, et à répandre l’orthodoxie réaliste dans les milieux avertis comme dans l’opinion publique (Smith ; Thompson ; Rosenthal). Ce que l’on peut appeler la « normalisation » de la politique étrangère américaine au sortir de la Seconde Guerre mondiale tient aussi à l’influence d’un petit groupe d’hommes politiques sur le président Truman (des amis de Kennan, appelés ensuite « the Wise Men »), qui unirent leurs efforts pour engager les États-Unis dans une voie internationaliste favorable à l’engagement des États-Unis dans un réseau d’institutions multilatérales tels que l’ONU et l’OTAN (Isaacson et Thomas) [4]  Le livre d’Isaacson et de Thomas se réfère à Robert... [4] .

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Le cadre conceptuel qui servit de base à la transformation de la politique étrangère américaine au début de la Guerre froide était compatible avec la tradition réaliste dans la mesure où les tenants du changement partaient du principe que les États-Unis devaient accorder plus d’attention à la politique étrangère et aux questions de sécurité, et cela en temps de paix (une paix qui était certes fondamentalement conçue comme un état de guerre). D’autre part, il était admis que la constitution d’un réseau d’alliances visant à préserver un équilibre global des forces était nécessaire pour faire face au dilemme de sécurité, et que celui-ci ne pouvait être résolu ni en s’isolant du monde extérieur ni en s’engageant dans une lutte à mort avec le nouvel ennemi, ni enfin par des incantations pacifistes destinées à « apaiser » l’Union soviétique. À lui seul, l’engagement des États-Unis dans un réseau d’alliances conçues comme quasi-permanentes était une révolution de grande ampleur, contraire au sacro-saint principe de « non entangling alliance » défini par George Washington, le très vénéré Père de la nation. Par là même, cette transformation engageait les États-Unis dans la voie de la diplomatie à l’européenne, notamment parce que les alliances contractées étaient avant tout basées sur l’intérêt. Cela renvoyait en outre implicitement à l’idée d’une éthique propre aux relations internationales, idée longtemps anathème aux États-Unis.

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Ces grandes orientations n’ont pas été remises en cause durant toute la longue période de la Guerre froide, même s’il y a eu beaucoup de divergences et de débats, et même si différents moyens ont été utilisés pour servir ces objectifs. La doctrine de l’endiguement a servi de boussole aux dirigeants américains, en dépit des changements de contexte et des aléas historiques bien naturels durant une aussi longue période, et malgré une certaine diversité dans les politiques menées en réaction à ces changements. Comme Stanley Hoffmann l’a souligné, l’endiguement était assez flexible pour intégrer des approches aussi différentes que la détente et le « rollback » (signifiant qu’il ne s’agissait plus d’endiguer mais de refouler l’ennemi) de la doctrine Reagan (Hoffmann, 1998, 90). Le réalisme sous-jacent à l’endiguement n’excluait pas la prise en compte ou l’utilisation d’autres courants idéologiques plus spécifiquement américains comme l’exceptionnalisme (même si, comme nous allons le voir, il constituait un rempart contre la toute puissance de ce dernier dogme), et seuls Nixon et Kissinger ont engagé les États-Unis dans une voie résolument cynique fondée sur le postulat que la fin justifiait tous les moyens. La plupart des dirigeants ont su réconcilier la dimension idéaliste de la nation américaine avec les préceptes réalistes en montrant qu’idéaux et valeurs nationales ne seraient préservés qu’en tenant compte des « leçons de Munich », c’est-à-dire en privilégiant la puissance et la fermeté dans la recherche de la paix.

Un rempart contre l’exceptionnalisme

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Mais ce que nous voudrions surtout montrer dans cet article, c’est que la domination des grands principes du réalisme politique était incompatible avec une posture vraiment impérialiste. Pour certains des commentateurs, la politique étrangère menée durant la Guerre froide constitue une illustration parmi d’autres de l’impérialisme américain, mais cette opinion est problématique car elle fait peu de cas de la différence fondamentale entre le contexte de la Guerre froide, qui a contraint les États-Unis à changer radicalement de politique étrangère, et celui d’aujourd’hui.

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Même si on admet l’existence d’une forme d’impérialisme durant la Guerre froide, il n’en reste pas moins vrai qu’elle s’exprimait alors selon des modalités et dans un discours radicalement différents de ceux qui prévalent depuis quelques années. L’hégémonie de la tradition réaliste, elle-même très dépendante du maintien de la structure bipolaire du système international, a eu pour conséquence de neutraliser une certaine façon de concevoir le rôle et les relations des États-Unis avec le reste du monde qui était pourtant profondément ancrée dans l’idéologie nationale. La « normalisation » de la politique étrangère (à savoir l’adoption d’une diplomatie plus classique basée sur l’intérêt national et sur les alliances) s’est ainsi accompagnée d’une normalisation de la manière dont ces relations étaient perçues et d’une mise à distance du messianisme et de l’exceptionnalisme qui avaient jusque-là constitué la matrice de l’action des États-Unis dans le monde.

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En effet, de George Kennan à Henry Kissinger, les principales figures du réalisme politique américain durant la Guerre froide se sont toujours opposées à l’idée que les États-Unis différaient des autres États ou des autres nations par leur pratique de la politique étrangère ou par leur expérience historique. Reinhold Niebuhr, théologien dont l’influence sur l’école réaliste américaine a été déterminante, a même contribué à saper les fondements de l’exceptionnalisme supposé de la nation américaine et de ses vertus en insistant sur l’ubiquité de l’intérêt dans les motivations des individus comme des nations (mais chez ces dernières plus encore que chez les premiers), et sur leur tendance commune à habiller leur égoïsme d’un discours idéaliste [5]  Sur ce point, voir son « Morality and Self-Righteousness »... [5] . « Tous les peuples chanceux ont du mal à résister à la tentation de conclure que leur chance et leur puissance doivent être considérées comme la récompense de leurs vertus », écrivait-il en 1947 dans un article intitulé « America’s Precarious Eminence » (Davis et Good 278).

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Dans les années 1950 et 1960, la dénonciation par Neibuhr du pharisaïsme des États-Unis avait une résonance qui peut être comparée, pour mieux apprécier le renversement qui s’est opéré dans la culture politique et religieuse d’aujourd’hui, à l’influence d’un Pat Buchanan sur la frange la plus nationaliste de la population américaine. Alors que ce dernier divise volontiers le monde en « bons » et en « méchants », Niebuhr insistait au contraire sur le caractère universel de l’ambivalence morale et de l’orgueil national. Plus généralement, les réalistes se sont attachés à saper les fondements de l’autosatisfaction nationale, comme de la caricature de l’histoire américaine comme reflet de sa supériorité morale ou de son statut supposé de peuple élu. Norman Graebner, historien qui se définit comme réaliste, a montré que le succès de la fantastique expansion territoriale des États-Unis au xixe siècle n’avait rien de providentiel mais s’expliquait avant tout par l’expertise des diplomates américains de la première moitié du siècle et par le caractère précis, limités et réalisable des objectifs territoriaux que s’étaient fixés les dirigeants de cette époque (Graebner).

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Kennan, Morgenthau et Kissinger, parmi d’autres, ont souligné les facteurs historiques et géographiques particuliers ayant permis aux États-Unis de devenir ce qu’ils sont. Kennan a notamment dénoncé le moralisme et le légalisme qui portent la marque de ces facteurs contingents et sont à l’origine de l’esprit de croisade qui a souvent caractérisé la politique étrangère des États-Unis [6]  En ce qui concerne Morgenthau et sa critique de l’exceptionnalisme... [6] . Plaidant pour une approche intermédiaire basée sur la diplomatie, Kennan s’est efforcé de discréditer les deux pôles opposés de l’isolationnisme et de l’activisme messianique, tous deux fondés sur l’exceptionnalisme et sur une conception très manichéenne du monde qui sépare volontiers les bons et les méchants. Lorsqu’il écrit que les États-Unis doivent « être des jardiniers et non des mécaniciens dans [leur] manière d’aborder les affaires mondiales », il préconise une approche diplomatique mesurée et prudente qui suppose l’élimination de tout esprit de croisade, et par là même de toute posture impériale [7]  Kennan cite ici Raymond Aron dans Paix et guerres entre... [7] .

Le déclin de la tradition réaliste après la Guerre froide

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Ainsi, dans le contexte qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, les principes cardinaux de la tradition réaliste ont servi de boussole aux dirigeants américains et de fondement à la stratégie globale des États-Unis dans le monde. S’ils ont été largement dépendants d’un contexte international assez spécifique, ils n’ont pas été remis en question de façon soudaine aussitôt après la fin de la Guerre froide. Il faut d’ailleurs ajouter que la tradition à laquelle le réalisme s’opposait, celle du wilsonisme, n’avait pas été pour autant totalement discréditée ou abandonnée. Comme Tony Smith l’a montré, une certaine forme de wilsonisme caractérise la plupart des politiques menées pendant la Guerre froide, à l’exception notable de celle menée par Nixon et Kissinger (Smith Tony). Le réalisme pur et les réactions de rejet qu’il a suscitées ont d’autant plus poussé les dirigeants ultérieurs à teinter leur politique extérieure d’une dimension idéaliste. Celle de Carter, ouvertement moraliste et particulièrement transparente, a constitué une réaction à la diplomatie secrète de son prédécesseur. Celle de Reagan, lui aussi en réaction à son prédécesseur, a consisté en un mélange inédit de nationalisme militariste et d’esprit de croisade pro-démocratique tout à fait wilsonien, qui allait faire naître les espoirs et la vocation des fameux « néo-conservateurs ».

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La fin de la Guerre froide a donné à ces derniers l’occasion de peser davantage dans la définition de la politique étrangère, mais de façon très graduelle. La diplomatie de Bush père a été encore très largement fondée sur une vision réaliste des relations internationales et sur la stratégie héritée de la Guerre froide. Le « nouvel ordre mondial » du quarante et unième président était tout à fait compatible avec le réseau d’alliances créé par les États-Unis et le rôle de leader que s’est alors attribué les États-Unis n’excluait pas le recours au multilatéralisme. Les objectifs assignés à la première guerre du Golfe en 1991 reflètent encore la façon de penser héritée de la Guerre froide, dans l’ensemble caractérisée par la modération, la prudence et le maintien du statu quo. Il s’agissait en effet de contenir et de dissuader l’Irak, et non pas de se débarrasser une fois pour toutes d’un ennemi et de transformer le pays à l’image des États-Unis. Sans doute pouvons-nous également interpréter la modération des objectifs poursuivis comme l’illustration d’une volonté toujours présente de tenir compte de l’équilibre des puissances au Moyen-Orient et de ne pas éliminer un État qui contribuait grandement à garantir cet équilibre.

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D’un autre côté, il n’est pas moins vrai que cette guerre éclair au succès indiscutable permettait aux États-Unis de démontrer que leur puissance militaire n’était plus paralysée par le syndrome du Vietnam et qu’ils n’hésiteraient pas à intervenir pour garantir l’ordre international. Il n’en fallut pas plus pour que certains, comme Robert Tucker, y voient le premier signe d’une « tentation impériale » dans le nouvel environnement de l’après-Guerre froide. De fait, comme le montre le Defense Planning Guidance de 1992, la transformation de la stratégie des États-Unis dans le monde était déjà à l’œuvre, au moins au niveau conceptuel. Notamment rédigée par le très néo-conservateur Paul Wolfowitz, qui était alors secrétaire d’État à la Défense, et avalisée par le ministre de la Défense Dick Cheney, lui aussi très hostile aux réalistes gestionnaires, ce document, avant tout destiné à la hiérarchie militaire et aux fonctionnaires civils du ministère de la Défense, constitue la première remise en question de la doctrine de l’endiguement [8]  Voir l’article du New York Times du 8 mars 1992, qui... [8] . Trois grands principes chers aux néo-conservateurs y figurent déjà, à savoir le maintien de l’hégémonie militaire indiscutée des États-Unis, dont l’objectif numéro un doit être d’empêcher l’avènement d’un nouveau rival, la promotion de la démocratie dans le monde et la nécessité d’agir de façon unilatérale s’il le faut, en se libérant des contraintes imposées par les alliés et par les organisations internationales.

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La montée en puissance néo-conservatrice, avec pour corollaire le déclin du réalisme politique, s’est poursuivie lentement mais sûrement durant les deux mandats de Clinton. Les années 1993-2001 se caractérisent à la fois par un regain du wilsonisme dans le cercle du pouvoir et par la révolution conservatrice amenée par Newt Gingrich. Dans l’optique qui est la nôtre, il est intéressant de remarquer que ces deux tendances, bien qu’antithétiques sur le plan de la politique intérieure, sont toutes deux fondées sur un certain exceptionnalisme des États-Unis. La doctrine Clinton, appelée Democratic Enlargement ou Pragmatic Wilsonianism, bien que multilatéraliste, était en effet fondée sur l’idée que les États-Unis étaient la « nation indispensable » selon l’expression de Madeleine Albright. Quant à la révolution conservatrice, elle concerne essentiellement les valeurs sociétales et la politique intérieure, mais n’est pas exempte d’une tentation de repli isolationniste, l’objectif étant de mieux préserver l’exception américaine. Chacune à leur manière, ces deux tendances représentent un des visages traditionnels de l’exceptionnalisme américain, même si les efforts de Bill Clinton pour propager la démocratie sont restés très modérés. Toutes deux s’opposent à la vision réaliste des relations internationales, dont se réclamaient les critiques de l’intervention américaine en Somalie en 1992 et en Haïti en 1994. Les notions de « reluctant sheriff », de « benevolent empire » ou encore d’« indispensable nation » semblaient plus en accord avec l’air du temps parce que davantage compatibles avec l’exceptionnalisme et l’hégémonie des États-Unis.

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Et pourtant, l’élection de George W. Bush en novembre 2000 semblait sonner le glas du wilsonisme et consacrer le retour d’une conception très réaliste de la politique étrangère, recentrée sur l’intérêt national. C’est du moins ce que les arguments de campagne et la nomination de Colin Powell et de Condoleezza Rice laissaient penser, même si, comme au cours de la présidence de Bush père, des représentants d’autres écoles de pensée, y compris des néo-conservateurs, figuraient également en bonne place au sein du gouvernement. Sans doute, la lutte d’influence entre nationalistes (Rumsfeld, Cheney), réalistes et néo-conservateurs (Wolfowitz, Perle) aurait-elle été plus serrée si l’attentat du 11 septembre 2001 n’avait permis aux néo-conservateurs de l’emporter et de définir la politique étrangère des États-Unis durant tout le premier mandat de George W. Bush. La fonction des réalistes a été alors limitée aux relations publiques, comme l’illustre la prestation de Colin Powell aux Nations-Unies lorsqu’il lui a été demandé de convaincre l’opinion internationale du bien-fondé d’une guerre à laquelle il n’était pas lui-même favorable. Les attentats semblaient en effet prouver de façon définitive le caractère caduc de la stratégie de sécurité de la Guerre froide et des idées qui en constituaient le fondement. Le réalisme politique, centré sur les menaces étatiques et orienté vers les alliances et l’équilibre des puissances, n’était pas d’un grand secours pour guider le président Bush. Plus séduisants étaient les préceptes néo-conservateurs, qui bénéficiaient déjà d’une certaine crédibilité, et qui répondaient davantage à la nécessité politique d’agir au plus vite [9]  Lorsque les attentats terroristes surviennent, la pensée... [9] . Ce sont ces préceptes qui ont servi de base à la doctrine Bush, formulée en 2002.

Quand exceptionnalisme rime avec impérialisme

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Comme nous l’avons vu, l’exceptionnalisme supposé des États-Unis a toujours été plus ou moins étroitement lié au discours politique, et la critique réaliste a, au mieux, constitué un rempart permettant de modérer son impact sur la définition de la politique étrangère américaine. Son regain actuel, lié notamment à l’affaiblissement de ses critiques, n’est pas en lui-même la cause principale du renouveau du discours impérialiste. Pour expliquer celui-ci, il faut aller plus loin et évoquer la mutation que les néo-conservateurs font actuellement subir à l’exceptionnalisme, en l’éloignant de ses deux pôles traditionnels qu’étaient l’isolationnisme ou le wilsonisme, et en l’orientant vers l’activisme unilatéraliste et nationaliste. Comme Stanley Hoffmann l’a bien montré, la « nouvelle version de l’exceptionnalisme américain » diffère grandement de celles du passé (2003). L’isolationnisme étant exclu, pour le moment et probablement pour longtemps, c’est à l’activisme de type wilsonien qu’il faut la comparer pour souligner ses particularités. Alors que jusqu’ici, celui-ci avait pour objectif de mettre la puissance militaire américaine au service d’idéaux et de missions préalablement définis dans un cadre multilatéral, la prééminence militaire est aujourd’hui devenue un but en soi et quasiment une valeur, dont le seul objectif est, d’une part, de libérer les États-Unis des contraintes des alliances et du multilatéralisme, d’autre part, de permettre l’expression sans contrainte de l’hégémonie.

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La plupart des néo-conservateurs, notamment Kagan, ne voient pas de contradiction dans la volonté d’être à la fois, selon l’expression de Pierre Hassner, « le pape et l’empereur ». Ils légitiment cette ambition par la nature prétendument bienveillante de leur puissance et par la responsabilité particulière des États-Unis dans le monde qui les dispense de respecter les normes internationales si celles-ci sont incompatibles avec cette responsabilité (Kagan, Boot). Cet argument a été maintes fois avancé par l’administration de George W. Bush pour expliquer son opposition au Tribunal pénal international, de peur que des soldats américains, plus souvent exposés que d’autres en raison de l’hégémonie américaine, soient un jour traduits devant ce tribunal. Par ailleurs, les néo-conservateurs considèrent que la constitution des États-Unis et la volonté du peuple américain sont la seule source de légitimité, à l’exclusion du droit international, ce qui leur permet d’insister sur la souveraineté américaine tout en tenant celle des autres pour relative lorsqu’ils le jugent nécessaire (Hassner). De telles idées transforment la nature de l’exceptionnalisme américain jusqu’à en faire le fondement d’une idéologie impérialiste : parce que les États-Unis sont plus puissants que les autres États et parce qu’ils ont su se doter d’institutions supérieures, ils peuvent légitimement prétendre décider ce qui est bon pour les autres et s’efforcer de pérenniser leur domination.

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Il va sans dire qu’à lui seul le pharisaïsme sous-jacent à une telle conception aurait, en d’autres temps, suscité des critiques beaucoup plus radicales de la part des réalistes politiques. Avant son décès en mars 2005, George Kennan ne s’était pas privé de dénoncer les prétentions de son pays après la Guerre froide, et même de railler le discours dithyrambique des républicains sur leur prétendue victoire sur le communisme [10]  Voir son article « The GOP Won the Cold War ? Ridiculous »... [10] . Les derniers entretiens qu’il a accordés, en 1999 et 2002, attestent de sa désapprobation la plus totale de la nouvelle doctrine stratégique, des principes chers aux néo-conservateurs, comme du nouveau style diplomatique des États-Unis, que Walter Mead appelle « jacksonien » (Mead, 2001) et Michael Lind « l’esprit texan » (Lind) [11]  Outre l’entretien de 1999, mentionné dans la note précédente,... [11] . Kennan exprima également son opposition à la guerre en Irak, par des arguments très similaires à ceux utilisés par la France : « L’utilisation apparemment imminente des forces armées américaines pour forcer Saddam Hussein à quitter le pouvoir […] me paraît tout à fait disproportionnée par rapport aux dangers qu’il représente. Je ne vois aucun élément laissant penser que nous avons un quelconque plan réaliste pour gérer l’état de confusion des affaires irakiennes qui découlera de l’élimination du dictateur […]. Bien sûr, je ne suis pas particulièrement bien informé. Mais je crains que notre tentative de gérer la situation latente uniquement par des moyens militaires ne l’aggrave plutôt qu’elle ne l’améliore » [12]  Extrait de l’entretien de 2002 mentionné dans la note... [12] .

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Le fait que cet entretien du père du containment passa relativement inaperçu aux États-Unis en dit long sur le déclin de son école de pensée, conséquence indirecte des attentats de 2001 [13]  L’article de Ellsworth et Simes semble marquer un certain... [13] . Certains, comme John Lewis Gaddis et Walter Russell Mead, affirment que le néo-conservatisme, loin d’être une aberration momentanée, est ancré dans la culture politique américaine (Gaddis ; Mead 2004). La tendance actuelle, cependant, est à la désunion parmi les néo-conservateurs et la réhabilitation des principes comme des pratiques réalistes est assez manifeste depuis la réélection de George W. Bush en novembre 2004 [14]  Le départ de certaines figures néo-conservatrices emblématiques... [14] . Le néo-conservatisme apparaît désormais comme une nébuleuse hétérogène et divisée, dont l’une des lignes de fracture passe précisément par le réalisme politique. La scission entre néo-conservateurs réalistes et non-réalistes s’est produite durant l’été 2004, lorsque Francis Fukuyama a prononcé dans « The Neoconservative Moment » un réquisitoire sans appel contre Charles Krauthammer, autre figure emblématique du néo-conservatisme. La décision de Fukuyama de fonder sa propre revue, The American Interest, et la publication de America at the Crossroads en 2006 constituent deux autres étapes décisives de sa prise de distance avec le néo-conservatisme, qui se retrouve aujourd’hui privé d’un des plus brillants théoriciens politiques américains [15]  The American Interest, dont le premier numéro est paru... [15] .

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Le déclin néo-conservateur et le renouveau réaliste seront-ils suffisants pour tarir les sources du discours et des tentations impérialistes ? La perspective d’un maintien durable de l’hégémonie militaire américaine et la poussée du sentiment nationaliste, qui sera d’autant plus exacerbé que les États-Unis seront la cible des terroristes, laissent supposer que ces tentations vont perdurer. Dans un contexte international et national favorable, l’exceptionnalisme semble avoir de beaux jours devant lui et la critique réaliste du pharisaïsme demeurera nécessaire pour corriger les excès inhérents à l’ivresse de puissance qui caractérise la pensée néo-impérialiste américaine.


OUVRAGES CITÉS

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  • Smith, Tony. America’s Mission : The United States and the Worldwide Struggle for Democracy in the Twentieth Century. Princeton UP, 1995.
  • Thompson, Kenneth W. Political Realism and the Crisis of World Politics. New York : UP of America, 1960.
  • Tucker, Robert. The Imperial Temptation : The New World Order and America’s Purpose. New York : Council on Foreign Relations Press, 1992.

Notes

[1]

Cette interprétation fait de la montée en puissance d’Athènes et de la crainte que cela a inspiré aux autres cités grecques la principale cause des guerres du Péloponnèse. En postulant l’idée d’une intelligibilité de l’histoire, l’existence de causes profondes accessibles à la raison par une recherche empirique, et en caractérisant le milieu international comme le théâtre d’un état de guerre permanent où l’intérêt et la puissance président au déroulement de l’histoire, Thucydide a posé les bases de ce que l’on appellera bien plus tard le réalisme politique (M. Smith 4-10 ; Herz, 209-210).

[2]

L’unification de l’Europe et la création de l’Union européenne, qui semblent avoir définitivement aboli l’état de guerre en Europe, ont suscité une remise en cause des préceptes réalistes classiques, sans pour autant amener les États de l’UE à embrasser une vision angélique ou même idéaliste des relations internationales dans leur ensemble.

[3]

Il serait pourtant faux de penser que les préceptes réalistes sont étrangers à l’histoire des idées politiques des États-Unis, ou même à leur pratique. Ils ont au contraire souvent été au cœur des débats politiques depuis la création des États-Unis (Ruiz 201-215).

[4]

Le livre d’Isaacson et de Thomas se réfère à Robert Lovett, John Mc Cloy, Averell Harriman, Charles Bohlen, George Kennan et Dean Acheson. La plupart, à l’exception notable de Kennan, étaient issus de grandes familles de la côte Est économiquement et politiquement très influentes, et faisaient partie de ce que l’on peut appeler l’establishment

[5]

Sur ce point, voir son « Morality and Self-Righteousness » (Davis et Good 125-130). Ce passage est particulièrement significatif : « It is a significant fact, which probably refutes all simple hedonistic interpretations of the moral problem, that even the most consistently self-seeking man cannot pursue his own interests without pretending to himself and to others that his good is a part of a consistent total scheme of value. […] Napoleon was a fairly consistent egoist, but he never tired of assuring himself that his ambitions were in the service of the Revolution or of the honor of France » (125).

[6]

En ce qui concerne Morgenthau et sa critique de l’exceptionnalisme américain et de l’esprit de croisade, on peut par exemple se reporter à In Defense of the National Interest (7-13 ; 129-132), mais Kennan a surtout exprimé cette critique dans American Diplomacy. Pour ce qui est de Kissinger, voir Diplomacy (chapitre 38)

[7]

Kennan cite ici Raymond Aron dans Paix et guerres entre les nations (573)

[8]

Voir l’article du New York Times du 8 mars 1992, qui a révélé le contenu de ce document interne classé « secret défense ».

[9]

Lorsque les attentats terroristes surviennent, la pensée néo-conservatrice a déjà une certaine crédibilité et a eu le temps de se faire connaître. Sa diffusion et l’élaboration de ce que devait être la nouvelle stratégie des États-Unis dans le monde, déjà exprimés en 1992, sont assurées par des think-tanks, tels que Project for a New American Century, créé en 1996, ou le plus ancien American Enterprise Institute, ainsi que par des revues telles que The Weekly Standard ou plus récemment The National Interest. Pour plus de détails, voir Hassner et Vaïsse (39-40).

[10]

Voir son article « The GOP Won the Cold War ? Ridiculous » The New York Times, 28 octobre 1992. Pour ce qui est du nouveau rôle des États-Unis après la Guerre froide, voir son interview publiée par The New York Review of Books du 12 août 1999. Il y déclare notamment : « This whole tendency to see ourselves as the center of political enlightenment and as teachers to a great part of the rest of the world strikes me as unthought-through, vainglorious and undesirable ».

[11]

Outre l’entretien de 1999, mentionné dans la note précédente, celui de 2002 a été publié dans la revue du Congrès The Hill, le 25 septembre 2002. Il est frappant de constater l’opposition entre la diplomatie « jacksonienne » ou « texane », caractérisée par la brutalité, le messianisme religieux et une certaine ivresse de puissance, et la conception du containment jadis exposée par Kennan, et privilégiant le gradualisme, la patience, et la modération.

[12]

Extrait de l’entretien de 2002 mentionné dans la note précédente, et traduite par mes soins. Dans le même entretien, Kennan fustige l’aventurisme militaire et il suggère que les méthodes et les doctrines utilisées pour combattre Staline étaient très certainement suffisantes pour venir à bout de Saddam Hussein.

[13]

L’article de Ellsworth et Simes semble marquer un certain renouveau de l’école réaliste dans le milieu conservateur.

[14]

Le départ de certaines figures néo-conservatrices emblématiques du gouvernement Bush et la nomination de Condoleezza Rice au Secrétariat d’État constituent pour beaucoup un « tournant réaliste », qui se traduit aussi par une plus grande volonté de négocier (avec l’Iran ou la Corée du Nord) et par une politique moins unilatéraliste. Voir par exemple l’article de Gideon Rose, « The Bush Administration Gets Real » The New York Times, 19 août 2005. D’autres voient dans la doctrine Bush une synthèse entre idéalisme et réalisme qui ne reflète que très partiellement les idées des néo-conservateurs. Voir Adam Wolfson, « Between Idealism and Realism », The Claremont Institute, 18 juillet 2005 (accessible en ligne sur le site de l’institut).

[15]

The American Interest, dont le premier numéro est paru fin 2005, se veut moins nationaliste et plus réaliste que The National Interest, revue dont Fukuyama était jusque-là un des membres de la rédaction et qui avait publié en 1989 son célèbre article « La fin de l’histoire ».

Résumé

English

This article contends that the recent revival of imperialist thought in the US and the decline of political realism are related. The latter undermined self-righteousness and exceptionalism in the US during the Cold War. However, these two traditional American attributes regained legitimacy at the end of the Cold War. Furthermore, events of 9/11 secured the dominance of neo-conservatism, which in many ways runs counter to the tenets of political realism and has brought some change to the meaning of the word “exceptionalism”. There are reasons to believe that neo-imperialist thought will not disappear in the foreseeable future, thus making the current revival of the realist critique particularly significant.

Keywords

  • exceptionalism
  • neoconservatism
  • political realism
  • imperialism

Plan de l'article

  1. Le rôle du réalisme politique durant la Guerre froide
  2. Un rempart contre l’exceptionnalisme
  3. Le déclin de la tradition réaliste après la Guerre froide
  4. Quand exceptionnalisme rime avec impérialisme

Pour citer cet article

Ruiz Jean-Marie, « Le déclin du réalisme politique et son rôle dans le renouveau de la pensée impérialiste », Revue française d’études américaines 3/ 2007 (n° 113), p. 39-51
URL : www.cairn.info/revue-francaise-d-etudes-americaines-2007-3-page-39.htm.


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