Revue française de gestion
Lavoisier

I.S.B.N.sans
218 pages

p. 83 à 103
doi: en cours

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Stratégie

no 144 2003/3

2003 Revue française de gestion Stratégie

L’organisation créatrice de contrainte paradoxale

Corinne Grenier
La contrainte à l’action stratégique de l’organisation qui, par définition, réduit la latitude d’action de l’organisation, constitue un champ important de la recherche en management stratégique. La gestion de la contrainte, souvent étudiée à travers des stratégies d’ajustement de l’action aux contraintes rencontrées, prend place dans un paradigme où la contrainte, même si elle permet l’action, la restreint tout de même et explique l’écart entre stratégie voulue et stratégie réalisée. À travers une étude de cas menée en profondeur, l’auteur met en évidence que l’action se construit également par des contraintes que l’organisation aura stratégiquement et intentionnellement provoquées à sa propre action. Cette logique de renforcement de l’action par la contrainte permet de remettre en cause la place et le rôle qui sont habituellement reconnus à la contrainte dans la dialectique actioncontrainte. La contrainte appelée paradoxale devient un outil stratégique de construction de l’action qui permet à l’organisation d’affirmer ses intentions stratégiques et de contraindre ses partenaires à y adhérer.
Peu après sa réélection en 1988, le président de la portuaire) s’interroge sur le sous-dimensionnement chambre de commerce et d’industrie de Lille- Tourcoing-Roubaix (CCI ou gestionnaire aéromanifeste de l’aéroport de Lille. Le trafic 1987 s’élevait à 750000 passagers par an (pax/an) pour une aérogare aménagée au début des années 1960 pour traiter 350000 pax/an. Il appartient à la CCI de remédier au plus vite à ce décalage, préjudiciable à la qualité de traitement des passagers et des avions, et posant des risques de sécurité sérieux. Mais elle ne peut décider et agir sans un grand nombre d’organisations externes (État, collectivités locales, compagnies aériennes) et d’acteurs consulaires internes (élus et permanents) qui doivent lui apporter un accord politique et une participation financière importante [1]. Toutes ces parties sont rapidement convaincues que l’aéroport doit être dimensionné au trafic actuel, sans toutefois aller au-delà. D’aucun n’accorde des possibilités de développement plus importantes à cet aéroport, situé dans une région économiquement sinistrée et « coincé » entre deux plates-formes à dimension internationale (Paris-Roissy et Bruxelles). Or le président consulaire va présenter un programme très ambitieux de développement [2] de l’aéroport basé sur un niveau de trafic de 1,2 million pax/an. En dépit de nombreuses difficultés, d’objections et d’oppositions virulentes, d’un contexte d’interdépendance incertain, complexe, l’investissement est réalisé, certes avec deux ans de retard, mais largement inspiré par le gestionnaire.
Nous voulons comprendre comment l’organisation a pu agir, en dépit de contraintes nombreuses que la situation d’interdépendance révélait; ce qui amène à explorer la notion et le rôle de la contrainte dans la capacité d’une organisation à restaurer sa marge de manœuvre. Puisque l’essence du stratégique consiste en la restauration de la marge de manœuvre de l’organisation. Définissons ici, de manière générale, la contrainte par le fait qu’une action dite contrainte (ou encore une action sous contrainte) n’est jamais une réponse aléatoire à un événement, mais au contraire une réponse canalisée : « une contrainte se définit par le fait qu’une réponse dans une situation donnée n’est pas aléatoire, qu’elle est plus probable que n’importe quelle autre quelle que soit l’action à laquelle elle répond » (Rojot et Bergman, 1989).
Cet article s’appuie sur une étude de cas dont l’histoire sera peu à peu comprise au fur et à mesure de la présentation de notre résultat principal de recherche : l’action se construit également par des contraintes que l’organisation aura stratégiquement et intentionnellement provoquées (ou ignorées) à sa propre action. Nous appellerons ce comportement paradoxal une logique de renforcement de l’action par la contrainte.
L’article s’appuie sur l’étude qualitative (Miles et Huberman, 1984) d’un cas (Yin, 1991). Le plan de l’article vise à rendre compte de l’analyse inductive (Glaser et Strauss, 1967) du cas pour faire émerger du terrain la notion de contrainte paradoxale. Une première partie présente le contexte dans lequel le gestionnaire lance son programme ambitieux d’investissement. Dans un second temps, la grande variété de contraintes que le gestionnaire a rencontrées sera décrite et le concept de contrainte étudié. Une troisième partie présentera les principales manœuvres de gestion des contraintes habituellement proposées par la littérature. Nous en montrerons leur insuffisance partielle pour comprendre le cas dans sa totalité. La mise en évidence et la signification de la logique de renforcement de l’action par la contrainte seront développées dans une dernière partie. L’action possible, grâce à la contrainte, nous conduira à revisiter l’apport théorique de Crozier et Friedberg (1977) sur les jeux politiques de négociation des organisations avec leurs environnements au profit des situations d’enjeux étudiées par Schelling (1986) où l’acteur se dévoile pour agir.
 
I. – ÉTUDE DE CAS ET LATITUDE D’ACTION STRATÉGIQUE DE L’ORGANISATION
 
 
L’action stratégique étudiée raconte le difficile parcours du gestionnaire aéroportuaire de Lille à élaborer, faire accepter et faire financer par des acteurs internes (élus consulaires et permanents) et externes (ministères des Finances et de l’Aviation civile, compagnies aériennes et collectivités locales) le projet d’investissement d’une nouvelle aérogare passager (NAP) sur la plate-forme aéroportuaire de Lille. Cette action stratégique s’est déroulée en quatre périodes(voir tableau 1).
Cette histoire heurtée, retardée, parfois bloquée a tout de même été possible. Mais l’écart entre la stratégie initialement voulue et la stratégie finalement possible (Mintzberg et Waters, 1985) rend compte du décalage important entre l’intention stratégique du gestionnaire et l’environnement dans lequel elle a pris place.
1. Une stratégie volontaire clairement affirmée…
Le programme NAP repose tout d’abord sur une certaine conception du rôle et du devenir de l’aéroport dans sa région. Le gestionnaire ne voulait pas seulement agrandir une aérogare sous-dimensionnée. Il voulait surtout donner une nouvelle ambition à l’aéroport en s’appuyant sur la certitude que Lille avait un rôle important à jouer dans le développement économique et social de sa région.
Mais le volontarisme du gestionnaire se heurte rapidement à un environnement complexe et incertain.
2. … à mener dans un environnement complexe et incertain
La complexité de l’environnement découle de la grande diversité des parties avec lesquelles le gestionnaire devra négocier. Cette diversité découle du mode de gestion de l’aéroport (voir encadré).
Or, en dépit de cette grande diversité, les acteurs sont très peu substituables entre eux, chacun ayant son rôle propre; sa participation au projet est quasi obligatoire pour que ce dernier aboutisse. De plus, la diversité des acteurs rend à la fois complexe la situation à gérer et incertaine, pour le gestionnaire, l’issue de tout processus de négociation (Avenier, 1997).
Le contexte de l’action NAP est également prégnant d’un point de vue politique, économique, juridique et financier. Le manque chronique de ressources propres des aéroports oblige ces derniers (et celui de Lille en particulier) à négocier avec les différentes parties de l’environnement.
Mais, dans le cas de Lille, cet environnement ne constitue pas un contexte homogène ni même facilement repérable au moment du démarrage de l’histoire du programme NAP. En effet, la plate-forme n’avait connu, depuis sa création en 1960, aucun investissement majeur pouvant expliquer l’intervention d’acteurs externes. Elle n’est pas perçue comme un investissement structurant pour la région; elle n’a pas d’identité stratégique propre et les partenaires possibles du gestionnaire n’ont pas encore élaboré un discours, une position, aussi divers soient-ils, sur cet aéroport [3]. Le contexte d’action est éclaté, il n’est que virtuel. Par exemple, l’événement que représente les élections régionale et générale de mars 1992 [4] a stoppé

Tableau 1
FAITS PRINCIPAUX ET INCIDENTS CRITIQUES (IC [5] )
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FAITS PRINCIPAUX ET INCID...IMGIMF
Tableau 1 FAITS PRINCIPAUX ET INCIDENTS CRITIQUES (IC5 ) Périodes Faits pricipaux et IC Un nouveau président consulaire est élu, qui veut dynamiser le développement de l’aéroport de Lille. Il rencontre des oppositions d’acteurs internes de la CCI et ne peut 1re faire avancer son projet (1e IC). Réélu en 1988, il conforte son assise politique interne en modifiant la composition de quelques commissions. Il convainc davantage sur son projet et peut dès lors faire approuver, en interne, un premier projet très ambitieux de construction d’une nouvelle aérogare d’un montant de 327 mFrs. Il doit encore obtenir le soutien technique, politique et financier (pour environ 80 % du montant de l’investissement) de parties externes. En vue de ces soutiens, le président présente son projet à ses partenaires État, compagnies aériennes et collectivités locales mais sans discussion et consultation réelles préalables, et leur demande en fait une approbation immédiate. Ces parties s’y opposent violemment (2e IC). Des thèmes tels que « Faut-il un aéroport à Lille? » resurgissent du passé et le président n’arrive pas à instaurer un dialogue autour d’un aéroport peu porteur d’ambition, dans une période économique soudainement dégradée (crise d’août 1990). Certaines parties (État, 2e compagnies aériennes) se montrent réticentes devant l’ampleur financière du projet qui dépasse de beaucoup les capacités de financement de la CCI, ce qui inquiète les collectivités locales et favorise dans le même temps leur non soutien au projet NAP (3e IC). Les élections cantonale et régionale de mars 1992 se préparent et aucune collectivité ne veut se prononcer en faveur du projet NAP. En fait, la compétence du gestionnaire et de la chambre de commerce à gérer une plateforme ainsi que la légitimité stratégique de l’aéroport dans sa région sont mises en cause; d’autant plus qu’un projet national de refonte du mode de gestion des platesformes aéroportuaires est en préparation, qui devrait associer plus étroitement les collectivités à la gestion des aéroports. Des ambitions naissent… Le président fait un geste en diminuant sensiblement le volume de son programme; mais les éléments qui manifestent son intention stratégique demeurent intacts. Il restaure le dialogue avec quelques personnalités mais pose en même temps à ces 3e partenaires une sorte d’ultimatum visant à éviter toute discussion sur le contenu du projet afin d’aboutir à un accord global. Après quelques difficultés, le financement par les compagnies aériennes et les collectivités est accepté. Il reste au gestionnaire à recevoir du ministère des Finances l’autorisation d’emprunter le complément financier. Contre toute attente, le ministère va refuser par deux fois (avec révision successive du projet faite par le gestionnaire) l’autorisation d’emprunter (et empêche de facto les travaux de commencer) (4e et 5e IC). Il demande des compléments d’information, que le gestionnaire lui fournit mais semble décider au regard de critères que le gestionnaire 4e ne comprend pas. Ce dernier modifie le projet NAP pour un montant de 231 mFrs (35 m d’euros), tout en maintenant certains éléments centraux conformément à son intention stratégique, et que pourtant le ministère réfutait. Le gestionnaire fait savoir qu’un nouveau refus conduirait à l’abandon définitif du programme. Le ministère des Finances donne son accord en juin 1993 et les travaux peuvent débuter.

LE MODE DE GESTION DE L’AÉROPORT
L’aéroport commercial civil de Lille-Lesquin appartient à l’État mais est géré (sous la forme d’un service sans personnalité juridique) par la CCI de Lille depuis 1960 (concession). Le gestionnaire (CCI) est chargé d’établir, d’aménager, d’entretenir et d’exploiter divers ouvrages, bâtiments (aérogares, hangars, etc.), installations et matériels, de mettre en place et de faire fonctionner les services liés à l’accueil et au traitement des avions et des passagers.
Le gestionnaire perçoit des compagnies aériennes et des commerçants (présents dans toute aérogare) des redevances dites aéronautiques et extra-aéronautiques. Il peut également faire appel en complément à des subventions (collectivités locales) et à des emprunts.
Pour ce faire, l’aéroport est placé sous une double tutelle administrative :
  • tutelle du ministère des Transports (DGAC): approbation des programmes d’équipement, des augmentations annuelles des redevances, et avis sur son programme d’emprunt;
  • tutelle du ministère des Finances (FDES) : autorisation de l’emprunt.
L’aéroport doit respecter des procédures de concertation et de consultation préalables à toute décision d’investissement et de demande de financement :
  1. consultation pour avis des services locaux et nationaux de l’État et des usagers en CCE (voir plus loin) qui se tient de manière très irrégulière sur l’aéroport de Lille, plus régulièrement durant la période du cas ;
  2. pour un emprunt, obtention d’un avis favorable du FDES, année par année, qui examine le bien fondé, en nature et en volume, du programme d’investissement aéroportuaire.
Différentes commissions consultatives sont mises en place, dont la plus importante est la CCE (Commission consultative économique), qui réunit autour du gestionnaire aéroportuaire, les principales compagnies (françaises) desservant la plate-forme, les collectivités locales (conseils régional et général, la communauté urbaine et la ville) ainsi que des représentants techniques de l’État (services locaux divers, DDE, etc.). L’aéroport de Lille a mis en place au sein de la chambre de commerce une commission spécialisée, la Commission aéroport, qui lors de réunions biannuelles prépare (ou décide) les grandes orientations de l’aéroport. L’aéroport a également mis en place un conseil d’administration aéroport, organe consultatif qui permet de réunir les principales collectivités locales en dehors de la CCE, à savoir sans discussion obligatoire sur les redevances, mais plutôt sur les orientations pour l’aéroport. Ce conseil se réunit de manière irrégulière; mais c’est cet organe qui, au lendemain des élections de mars 1992, a permis de réunir autour d’une même table les nouveaux partenaires politiques.
Le gestionnaire n’est pas une entité solidaire et soudée; il existe au sein des CCI une dichotomie entre les acteurs permanents, dont le directeur aéroportuaire, et les acteurs élus (le président) dont les intérêts varient.
les discussions sur le programme NAP entre le gestionnaire et les collectivités locales car aucun candidat ne voulait prendre position sur l’aéroport de Lille.
Nous allons recourir au concept de contrainte pour rendre compte de faits et comportements, d’événements et incidents, de règles ou de structures qui ont effectivement gêné le gestionnaire dans son intention stratégique de mener l’action NAP.
 
II. – LA NOTION DE CONTRAINTE À L’ACTION STRATÉGIQUE
 
 
Nous adoptons la perspective de la latitude d’action stratégique de l’organisation dans son environnement pour étudier la notion de contrainte qui est par nature très large.
La richesse du cas nous a naturellement conduit à adopter une perspective syncrétique, plurithéorique, pour étudier le concept de contrainte. De cette position épistémologique découlent trois axes pour étudier ce concept (Grenier, 1997).
D’une part, dire que l’acteur a pleine capacité à agir ne signifie pas que nous nions le poids des contraintes à l’action « les intentions (des acteurs dans leurs actions) sont incompréhensibles si on ne tient pas compte des contraintes structurelles qui dérivent de la position sociale de l’individu » (Boudon, 1977).
Admettre le postulat de la liberté de l’acteur ne signifie pas prôner celui de la liberté totale. Il consiste à reconnaître les contraintes qui limitent l’action et, dans le même temps, la capacité de l’acteur à agir en dépit de celles-ci, à les gérer.
De même, nous savons que l’individu perçoit (Daft et Weick, 1984) ou encore met en scène (Weick, 1979) son environnement. Cela ne signifie pas qu’il a la faculté à « se faufiler » entre des pressions extérieures inévitables. S’il convient de faire la distinction entre : « les pressions contextuelles qui influencent la structuration en fonction de la manière dont elles sont perçues et celles qui ont un impact indépendamment de toute perception » (Ranson et al., 1980), c’est pour signifier que cet acteur mettra en œuvre des modes de conduite de son action qui dépendront de la manière dont il aura reçu (perspective objective) ou dont il aura perçu ou construit (perspective interprétative ou constructiviste) son environnement et les contraintes qui pèsent sur son action stratégique. Nous rappelons ainsi que la perception ou la construction de l’environnement sont de l’ordre de sa connaissance et non pas de son contrôle.
Le second axe de notre positionnement de recherche consiste à réfuter les dichotomies entre les deux pôles des dualités appelées action structure, acteur système (plus généralement action contrainte), qui n’aboutissent qu’à une représentation dévaluée (Giordano, 1997) du problème de la latitude d’action dans l’environnement. La question n’est pas dans la véracité relative de ces deux pôles mais davantage dans la manière de les réconcilier. Nous considérons que la contrainte s’oppose à l’action en ce sens qu’elle la limite; mais dans le même temps, cette contrainte facilite l’action car elle la canalise : « Les contraintes au comportement sont souvent considérées comme non désirables, qui restreignent la créativité et l’adaptation. Pourtant, dans beaucoup de cas, l’action n’est pas possible sans contraintes, qui facilitent les processus de choix et de décision. » (Pfeffer et Salancik, 1978).
Si on prend cette représentation dans le temps, la causalité entre action et contrainte n’est plus linéaire mais double et récursive : la contrainte s’impose à l’action stratégique parce que l’action modifie un état d’interdépendance structuré peu à peu dans le temps, mais dans le même temps, elle émerge de l’action (Benson, 1977; Ford et Ford, 1994; Giddens, 1987).
Enfin, la lecture conjointe de différentes perspectives théoriques permet d’enrichir la nature même du concept de contrainte. Trois perspectives dites du choix contraint, des choix stratégiques et du choix approprié (Asthley et Van de Ven, 1983; Burrell et Morgan, 1979) rendent compte de la latitude d’action stratégique des organisations. La perspective du choix contraint ou déterministe (Hannan et Freeman, 1989; Tushman et Romanelli, 1985) explique que l’organisation ne peut s’adapter à un changement de l’environnement, rapidement ou de manière radicale, en raison des tendances à l’inertie et des résistances au changement de ces organisations. Ainsi, l’histoire de l’organisation (Boeker, 1989) et son contexte (DiMaggio et Powell, 1983) s’imposent à l’organisation comme une donnée, extérieure à elle, à laquelle elle doit se conformer. Durkheim définissait la notion de contrainte en ce sens : « Tout ce qui est réel a une nature définie qui s’impose avec laquelle il faut compter et qui, alors même que l’on parvient à la neutraliser, n’est jamais complètement vaincue. Et au fond, c’est là ce qu’il y a de plus essentiel dans la notion de contrainte sociale. Car tout ce qu’elle implique, c’est que les manières collectives d’agir ou de penser ont une réalité en dehors des individus qui, à chaque moment, s’y conforment. Ce sont des choses qui ont leur existence propre. » (Durkheim, 1967).
À l’inverse, la perspective du choix stratégique (Child, 1972) ou de la planification stratégique (Johnson, 1987) envisage l’action stratégique comme une démarche rationnelle, perfectible, qui vise à réduire l’incertitude et la complexité. Les contraintes extérieures existent mais sont perçues (Daft et Weick, 1984) ou encore mises en scène (Weick, 1979), comme lues, à la lumière des valeurs et préférences des dirigeants.
Enfin, la perspective du choix contingent envisage de manière moins radicale les limitations à l’action stratégique. Le rôle de l’organisation est ici de savoir bien s’adapter aux contingences présentes à l’action afin de poursuivre au mieux ses activités. Les exigences politiques, technologiques, concurrentielles…de l’environnement disent à l’organisation comment agir.
Pourtant, ces processus stratégiques ne sont pas exempts de limitations qui découlent de la rationalité limitée des acteurs (March et Simon, 1974), des schémas cognitifs qui agissent comme autant de routines ou paradigmes cognitifs (Koenig, 1990) poussant davantage à un processus d’adaptation qu’à un processus de changement radical. Les représentations sociales qui sont mobilisées dans l’action (Laroche et Nioche, 1994; Schwenk, 1988) deviennent une réalité de second ordre (Watzlawick et al., 1975) qui finit par aller de soi et joue le rôle de frein au changement.
En fait, ces différentes perspectives évoquent tous la problématique de la limitation de l’action stratégique en recourant à différents vocables (inertie, Hannan et Freeman, 1989 ; résistances, Fredickson et Iaquinto, 1989 ; logiques dominantes, Prahalad et Bettis, 1984 ; momentum, Tushman et Romanelli 1985 ; voire menace). Elles précisent, ensemble, que la contrainte peut être exogène ou endogène à l’action et de nature variée (contraintes structurelles, sociales, politiques, cognitives, etc.).
Nous pouvons définir la contrainte comme « un facteur de nature variée, qui émerge ou qui s’impose à l’action stratégique, à travers le filtre interprétatif des acteurs, et a pour effet de limiter cette action stratégique ». La contrainte est en fait un « facteur » qu’un individu utilise pour freiner, gêner, empêcher l’action quand il estime que l’action contredit d’autres facteurs ou quand cette action entre en conflit avec ses propres intérêts, idées, intentions.

Tableau 2
CONTRAINTES OBSERVÉES SUR LE CAS NAP
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Tableau 2 CONTRAINTES OBSERVÉES SUR LE CAS NAP Nature 1 – Contraintes relatives au programme NAP et à l’aéroport C1 – le contenu du programme NAP; C2 – le mode de financement du programme NAP; C3 – la situation financière de la concession; C4 – absence dans le passé de vision stratégique pour l’aéroport de Lesquin; C5 – la légitimité et le rôle de la plate-forme dans et pour sa région; C6 – les possibilités de développement de l’aéroport; C7 – le type de trafic (passager ou fret) à développer sur Lesquin. Nature 2 – Contraintes relatives au gestionnaire aéroportuaire C8 – les compétences du gestionnaire à développer Lesquin; C9 – le mode de portage du programme NAPpar le président consulaire. Nature 3 – Contraintes relatives aux autres acteurs C10 – les compétences des nouveaux élus sur le dossier « plate-forme »; C11a – réserve émise par certains membres de la CCI sur le développement de Lesquin et le programme NAP; C11b – réserve émise par Air Inter sur ....... ; C11c – réserve émise par la tutelle Aviation civile sur ..... ; C11d – réserve émise par la tutelle FDES sur .... ; C11e – réserve émise par le département sur ... ; C11f – réserve émise par la région sur .... ; C11g – réserve émise par la Communauté urbaine sur ... Nature 4 – Contraintes relatives aux règles, structures et situation économiques et réglementaires C12 – les règles de décision du ministère des Finances (FDES); C13 – la situation économique de la région de Lille; C14 – le nombre et la diversité des acteurs impliqués dans le programme NAP. Nature 5 – Contraintes relatives aux événements et faits divers indépendants des acteurs C15 – les élections régionale et cantonale de mars 1992; C16 – le projet de révision du mode de gestion des aéroports.

Les contraintes ont été repérées à partir de l’analyse qualitative (opérations de centration et de codage ; Miles et Huberman, 1984) des entretiens réalisés et la reconstitution de l’histoire du programme NAP (voir tableau 1). Le déroulement heurté de cette histoire a permis de repérer des moments particuliers (appelés incidents critiques, voir note 3) où l’action a été ralentie, stoppée ou son contenu modifié. La survenance de ces incidents révèle à un moment l’ensemble des facteurs qui contraignent l’action. Un regroupement thématique de ces facteurs a permis de mettre en évidence 16 contraintes de 5 natures différentes (voir tableau 2).
Ces contraintes sont survenues ou ont été soulevées par les acteurs tout au long du cas, au fur et à mesure que le gestionnaire devait négocier son programme d’investissement avec des acteurs. Pour autant, l’action stratégique a tout de même été possible : le soutien de quelques acteurs importants à des moments clés de l’histoire, une révision du programme pour tenir compte de quelques exigences ou souhaits de ces acteurs, et finalement la réalisation de la nouvelle aérogare passager. Nous allons décrypter comment les contraintes repérées ont été gérées.
 
III. – DE L’INSUFFISANCE DES STRATÉGIES D’AJUSTEMENT DE L’ACTION AUX CONTRAINTES
 
 
1. Les stratégies de gestion des contraintes au programme NAP…
La gestion de la contrainte est un processus stratégique par lequel une organisation agit de telle sorte que la contrainte qui pèse sur son action stratégique ne soit plus une limitation au déroulement ultérieur de cette action (Grenier, 1997). Il s’agit pour l’organisation de restaurer sa marge de manœuvre. De nombreuses manœuvres stratégiques ont été mises en évidence par la littérature, qui visent soit à la contrainte à l’action, soit à gérer l’action (ou le problème au sens de Callon, 1986 et Latour, 1989) elle-même.
Les manœuvres de gestion des contraintes ressortent essentiellement de stratégie d’affrontement, de compromis ou d’évitement. L’affrontement entre acteurs aboutit souvent à une résolution destructrice des conflits; c’est une manœuvre délicate puisqu’une des parties a le sentiment d’avoir cédé de manière unilatérale. C’est également une manœuvre difficile à utiliser quand l’environnement est restreint et peu substituable (Crozier et Friedberg, 1977) ce qui est la caractéristique du contexte du programme NAP. L’issue d’un affrontement se fait à l’encontre d’une partie qu’il est difficile de remobiliser pour continuer à porter le projet toujours en cours. Ainsi, l’annonce soudaine du programme d’investissement (action) a suscité des critiques virulentes d’acteurs internes à la CCI et de partenaires divers tels que, les compagnies aériennes ou les collectivités locales (réactions), qui n’ont abouti qu’à cristalliser chacun des participants sur leur position initiale (première période en particulier, et apparition des IC1 et 2, voir tableau 1). Or, le gestionnaire a-t-il compris la nécessité d’attendre l’après élection régionale et cantonale de mars 1992 (contrainte C15) pour relancer les discussions autour de son programme dans un contexte au moins apaisé, en dehors de tout enjeu électoraliste sur le contexte social de la région lilloise.
Par contre en dernière période, le gestionnaire a affronté par deux fois le ministère des Finances quand ce dernier refusait les autorisations d’emprunt (C11d) nécessaires à un démarrage des travaux. La situation de contrainte était différente puisqu’à ce moment-là, le gestionnaire avait enfin réussi à former autour de son projet une coalition cohérente qui réunissait les principales parties prenantes d’un investissement aéroportuaire (compagnie aérienne, collectivités locales, direction de l’aviation civile).
Les solutions de compromis, bien qu’aboutissant à un accord qui peut dénaturer profondément le projet, peuvent être préférables car elles ne contribuent pas à disloquer le tissu relationnel autour de ce projet. C’est ainsi que le gestionnaire a mis en place des structures (ou relais organisationnels au sens de Crozier et Friedberg, 1977) comme lieu de négociation pour parvenir à des accords et diminuer de fait les pressions contraignantes entre les parties. Ainsi, deux supports formels (une équipe de trois élus et un conseil d’administration) ont été mis en place par le gestionnaire aéroportuaire dans le but de porter et de légitimer sa démarche stratégique en interne (C10) et en externe [6]. Le conseil d’administration a permis au gestionnaire d’entrer en relation soutenue avec les collectivités locales et ainsi de les intéresser, ou tout au moins de les réunir autour d’un dossier aéroportuaire dont elles avaient eu peu l’habitude d’entendre parler dans le passé. En particulier, cette structure a joué un rôle important peu après les élections régionale et cantonale de mars 1992. Alors qu’aucun acteur local ne voulait plus se prononcer en faveur du dossier NAP pour des raisons économiques et politiques (électorales), le gestionnaire se trouvait bloqué dans sa démarche stratégique. Pourtant, le paysage politique issu des élections apparaissait tout aussi défavorable; des majorités changeaient et des acteurs nouveaux que le gestionnaire ne connaissait pas siégeaient. Qui plus est, la présidente du nouveau conseil régional élu était d’obédience écologique, obédience traditionnellement opposée aux extensions des plates-formes aéroportuaires. Dans ce contexte défavorable car inconnu et incertain, le conseil d’administration (organe consulaire interne) fut le moyen de réunir tous ces nouveaux acteurs après mars 1992 et de relancer le processus de discussion autour du programme d’investissement.
La compétence du gestionnaire était moins objet de discussion (C8) puisqu’il menait les débats dans un climat relationnellement maîtrisé et le projet de révision du mode de gestion des aéroports en France (C16) n’était plus l’occasion de donner des velléités à certains acteurs de gérer en propre le site Lesquin [7]. De même, la diversité des parties devenait une contrainte moins prégnante (C14), en particulier quand, par un exercice de traduction du programme NAP (Callon, 1986; Latour, 1989), elles ont permis de passer de la controverse au compromis (Herreros et Bernoux, 1993).
C’est dans ce contexte que le problème même de l’action stratégique NAPa pu être discuté globalement. Le gestionnaire a fait en sorte que les parties discutent au titre de leur rôle général de développeur d’une région, sans se poser la question (voir la contrainte) du passé de l’aéroport (C4, C6, C7, C11g).
En négociant certaines contraintes ou en discutant sur le problème NAP, le gestionnaire a pu réunir autour de lui les collectivités locales et les compagnies aériennes, de telle sorte qu’il était plus facile de trouver ensemble des ajustements quand, par deux fois, le FDES a émis des réserves sur le projet NAP, bloquant de facto le lancement des travaux (C11d). C’est seulement vers la fin de l’histoire que le gestionnaire a dû réviser le programme NAP (sur des aspects mineurs) pour satisfaire les exigences du FDES qu’il ne comprenait pas (C12).
Finalement, la gestion de la situation contraignante a paru reposer sur un cadrage (Watzlawick et al., 1975) progressif de cette situation articulée autour des discussions et des lieux de rencontres entre acteurs.
Les difficultés ont ainsi pu être discutées et négociées, à travers quelques compromis, en particulier quand le gestionnaire a consenti à diminuer le volume financier du programme. Des compromis surtout politiques (« Il serait dommageable qu’une collectivité s’oppose à un programme structurant qui puisse relancer l’économie locale. ») ont été trouvés, moins de nature économique. La non évocation de ces aspects économiques relève de manœuvres d’évitement (Koenig, 1990) pour parvenir à un accord.
2. …qui reposent sur une logique d’ajustement entre action, contrainte et contexte insuffisante pour comprendre l’histoire NAP
À travers ces trois modes de gestion, le projet NAP a sinué autour de l’idée initiale du gestionnaire aéroportuaire et il a évolué au gré des tensions entre organisation et environnement et des solutions qui sont apportées à ces contraintes après négociation. Mais le projet a aussi été rendu possible par certaines contraintes rencontrées puis gérées. Par exemple, le gestionnaire aéroportuaire a constitué une équipe de trois élus chargés du dossier NAP (réaction) pour faire front (affrontement) aux oppositions émises par des membres consulaires au projet aéroportuaire (contrainte). Cette équipe d’élus s’est révélée être, par la suite, un élément important sur lequel le gestionnaire s’est appuyé pour renforcer la légitimité et la crédibilité de son projet. L’action NAP s’est parfois trouvée facilitée par des contraintes (Rojot et Bergman, 1989) quand les organisations loin d’être figées sur leurs métiers, leurs structures, les envisagent comme autant d’opportunités à saisir pour changer et évoluer. L’idée que la contrainte participe à la réalisation de l’action se traduit par un processus de coconstruction entre l’organisation et les acteurs de son environnement (Joffre et Koenig, 1992). Mais cette coproduction entre action et contrainte, si elle rend tout de même possible l’action, aboutit inéluctablement à une réévaluation de l’action initialement voulue, à savoir à un écart important entre le souhaité et le possible. Nous restons donc dans un même paradigme où la contrainte restreint l’action stratégique, puisque cette dernière ou le cadre dans lequel elle prend place se trouvent modifiés. Pour décrire ces modes de gestion, nous parlons d’une logique d’ajustement entre action et contrainte.
Or ces manœuvres d’ajustement entre action et contraintes sont insuffisantes pour donner une lecture explicative claire du cas. Certes, le volume financier du programme avait diminué, quelques infrastructures n’ont pas été réalisées, mais la même ambition stratégique de développement de la plate-forme sous-tend l’action finalement réalisée. Les manœuvres d’ajustement de l’action à la contrainte ne nous permettent pas de comprendre comment le gestionnaire a pu malgré tout maintenir les quatre éléments centraux du programme NAP déjà cités (légitimer la plate-forme de Lille, donner une ambition forte de développement et donc réaliser un programme d’investissement ambitieux, orienter ce développement sur le trafic de passagers et non le fret).
Il nous a fallu interroger et comprendre le comportement paradoxal du gestionnaire aéroportuaire à certaines étapes du projet. Pourquoi, par exemple, le gestionnaire a-t-il expressément et fermement invité ses partenaires à financer un programme ambitieux et volumineux sans leur permettre une discussion sur le fond du dossier ? Cette attitude pouvait surprendre en 1989 et 1990 alors que l’aéroport n’avait jamais connu depuis sa création de politique d’investissement important. Également, ce comportement du gestionnaire s’oppose à la pratique habituelle des négociations de programme d’investissement qui repose sur la négociation ou, tout au moins, sur la présentation en commissions mixte (gestionnaire et partenaires du gestionnaire) de tels programmes qui sont alors présentés et discutés.
De même, nous avons voulu savoir pourquoi en 1990, dans un environnement économiquement défavorable, ce même gestionnaire a tout de même présenté un premier projet qui, de l’avis de tous (y compris d’ailleurs de celui-ci) correspondait à une aérogare « idéale » et qui, logiquement, allait être opposé par l’ensemble des acteurs avec qui le gestionnaire devait discuter.
L’action NAP était assise sur un certain volume financier et a été portée et présentée d’une certaine manière et ces deux éléments, que le gestionnaire a clairement voulus, ont perturbé tout le déroulement de l’action. Cette difficile et parfois paradoxale histoire du programme d’investissement nous a ainsi amenés non seulement à redéfinir le concept de contrainte à l’action stratégique mais également le rôle de la contrainte dans la gestion d’une action stratégique.
 
IV. – NOTIONS DE CONTRAINTE PARADOXALE ET DE LOGIQUE DE RENFORCEMENT DE L’ACTION
 
 
1. Mise en évidence des notions
Comme nous le suggérions plus haut, nous avons interrogé le comportement paradoxal du gestionnaire aéroportuaire à certains moments du cas qui a consisté à favoriser l’apparition de certaines contraintes. L’analyse des données collectées sur le terrain nous a permis de faire émerger deux nouvelles variétés de contraintes : les notions de contrainte provoquée et de contrainte ignorée (ou encore appelées ensembles contrainte paradoxale). Prenons tout d’abord l’exemple suivant pour comprendre le sens de la « contrainte provoquée » quant à la contrainte C9 (le mode de portage du programme NAP par le président consulaire [8] ).
L’exemple étudié ici raconte l’histoire de l’opposition de deux visions relatives à un même site : le site aéroportuaire de Lesquin peut-il avoir un avenir stratégique ? Une telle question pouvait amener les sceptiques ou les opposants aux possibilités de développement de la plate-forme à, soit rejeter en bloc le projet NAP, soit, par compromis, accepter un projet considérablement réduit en volume et donc en besoin de financement externe. Le gestionnaire craignait davantage cette seconde alternative (débat sans fin sur quoi réduire dans un projet qui aurait peu à peu perdu de sa consistance et de sa cohérence); l’acteur craignant moins la première alternative car, « politiquement et économiquement », son raisonnement à vouloir investir dans une région Nord sinistrée pour favoriser son renouveau paraissait davantage défendable. Dès lors, il a joué la politique du fait accompli, sachant qu’une présentation brusque d’un projet très important allait soulever des contraintes; mais il s’agissait pour lui d’éviter d’entrer dans un débat « quoi réduire de ce programme », et d’amener les parties à se prononcer « oui ou non » (et donc oui pour des raisons politiques et économiques) sur son projet. La capacité du gestionnaire à faire avancer son projet NAP s’est ainsi trouvée renforcée par cette contrainte provoquée qui a consisté à jouer la politique du fait accompli.
Tout se passe comme si l’acteur stratégique avait sciemment, intentionnellement provoqué une contrainte à sa propre action stratégique. Nous ne parlons pas là des conséquences non prévisibles d’actions intentionnelles, puisque le gestionnaire sait que les collectivités peuvent réclamer un débat sur un projet pour lequel leur financement est sollicité. La situation ainsi décrite était paradoxale puisque le gestionnaire assoit sa politique sur un élément (mode de portage) dont il sait raisonnablement qu’il lui sera opposé par les acteurs de son contexte, ceux avec qui l’action doit être menée.
Cette contrainte provoquée est l’expression du comportement volontariste du gestionnaire aéroportuaire qui assoit ainsi son action en dépit des exigences ou des attentes de son contexte. La contrainte n’est plus simplement induite en raison d’un contexte en contradiction avec l’action menée; elle est provoquée volontairement par l’organisation. Nous parlons ainsi d’une contrainte provoquée pour définir une contrainte endogène (voir dont l’occurrence découle stratégiquement de l’action stratégique menée par l’acteur stratégique) à l’action stratégique, qui en limite le déroulement et dont l’effet de contrainte a été raisonnablement anticipé par cet acteur. De même, nous avons repéré que le comportement du gestionnaire prenait appui sur des contraintes qui s’imposent à un moment donné à son action, qui s’en trouve ainsi limitée, dont le gestionnaire a parfaitement connaissance (il n’en ignore ni les effets, ni l’origine) mais que pourtant il décide volontairement, stratégiquement, de ne pas gérer. Il ne révise donc pas son action pour tenir compte de telles contraintes, action qui demeure limitée puisqu’aucune solution n’a été trouvée, refusant en fait de tenir compte des facteurs contraignants que l’environnement déclenche sur son action. Nous parlons dans ce cas d’une contrainte ignorée pour définir une contrainte qui n’est volontairement pas pris en compte et donc non gérée par l’organisation et qui, en conséquence, continue de limiter l’action.
Nous appelons contrainte paradoxale la contrainte provoquée ou la contrainte ignorée et logique de renforcement de l’action par la contrainte paradoxale le fait de s’appuyer intentionnellement sur des contraintes pour imposer une action stratégique à un environnement complexe et incertain.
L’encadré ci-dessous présente les contraintes qui ont limité l’action NAP et qui relèvent d’une logique de renforcement.
2. Agir stratégiquement par la contrainte paradoxale
La contrainte paradoxale révèle la manière dont l’organisation entend agir dans son environnement. Il s’agit pour cette organisation d’imposer sa démarche à l’environnement et de le forcer à modifier ses intérêts et ses modes de représentation et de raisonnement par rapport à l’action stratégique en cours.
La contrainte paradoxale qui repose sur le double message suivant est l’outil qui permet cette démarche :
  • le premier message repose sur la contrainte explicite, celle que l’organisation pose à sa propre action; par ce comportement, l’organisation borne ses possibilités d’action mais surtout ses possibilités de réaction face à un contexte : son action existe avec ses contraintes apparentes, qui ne sont effectivement activées que si le contexte s’y oppose;
  • le second message repose sur une contrainte de second ordre, qui prendrait la forme d’un message caché, implicite, l’organisation signifiant à son contexte : « n’intervenez pas sur mon action stratégique »; cette contrainte signifiante limite et donc clôture les possibilités d’action des acteurs du contexte.
La contrainte paradoxale est une double contrainte au sens de Kets de Vries et Miller (1985) ou de Watzlawick (1988).
LES CONTRAINTES RELEVANT D’UNE LOGIQUE DE RENFORCEMENT
  • L’absence dans le passé de vision stratégique pour la plate-forme de Lesquin explique la position « radicale » du gestionnaire de l’aéroport sur le contenu et le mode de financement par le gestionnaire du projet NAP(C1, C2) ainsi que sa manière de porter le programme (C9); parce que le gestionnaire veut affirmer la légitimité de la plate-forme dans la région de Lesquin (C5);
  • l’action du gestionnaire aéroportuaire bouscule la manière de prendre en compte certaines données économiques ou financières du contexte de l’aéroport (C3, C13);
  • dès lors, le gestionnaire provoque la réserve d’acteurs sur le développement de la plate-forme et le projet NAP (C11a, C11b, C11c, C11e, C11f).
La mise en scène de l’action par la contrainte paradoxale
La contrainte paradoxale renforce l’action stratégique car elle la construit, la met en scène (Weick, 1979). Cette notion de construction prend ici deux dimensions, une dimension signifiante (ou symbolique) et une dimension politique.
Dans sa dimension signifiante, la mise en scène du programme d’investissement par la contrainte paradoxale permet au gestionnaire de donner du sens stratégique à son action, de clarifier auprès de ses partenaires adversaires le volontarisme de sa démarche, voire de le révéler. En effet, l’organisation doit agir avec une grande diversité d’acteurs qui disent leurs propres conceptions de l’action en cours. Il y a diffusion du sens de l’action entre eux, mais aussi oubli, déformation, transformation, plus ou moins volontaire. De plus, l’action n’est pas un bloc homogène qui est donné à la lecture et à la discussion des acteurs du contexte. Chaque acteur va en comprendre une partie, en extraire ce qui l’intéresse ou le heurte… pour le mettre en évidence, une importance que l’organisation n’avait peut-être pas voulue donner à cet élément de son action. Ainsi, le découpage que nous avons opéré entre les éléments dits stratégiques de l’action (qui rendent compte de l’intention stratégique de l’organisation) et les autres éléments est avant tout analytique et ne correspond à aucune présentation administrative du programme NAP. Ce programme prend la forme d’un document long, souvent compliqué, de présentation d’éléments chiffrés d’infrastructures aéroportuaires à réaliser, compte tenu d’un argumentaire technique pas toujours explicite. Certes, ces documents parlent explicitement du développement spéculé du trafic aérien fort pour justifier l’action stratégique, mais il est difficile d’y déceler « à froid » l’intention stratégique du gestionnaire.
Les contraintes qui ont été gérées de manière paradoxale (voir encadré sur les contraintes) rendent compte de la manière dont le gestionnaire entendait rendre cohérente son action et la mener de manière globale.
Dans sa dimension politique, la contrainte paradoxale permet au gestionnaire de délimiter une zone de non discussion autour de certains éléments de l’action stratégique et de dire clairement ce sur quoi il accepte d’ajuster sa démarche et ce sur quoi il n’entend pas tenir compte des exigences de l’environnement. Pour ce faire, l’organisation entend clôturer le champ des possibles des acteurs, canaliser les exigences de l’environnement, focaliser leur attention et leur compréhension de l’action NAP sur l’essentiel auquel cette organisation veut parvenir. Et l’action stratégique, dans ses éléments dits stratégiques, doit apparaître comme la seule solution à l’ensemble des partenaires, comme un passage obligé (Callon, 1986).
La capacité stratégique de l’organisation n’est pas ici liée à sa faculté à s’adapter rapidement à l’environnement selon un processus d’action/réaction (Chen et al., 1992) mais à le construire (Prahalad et Hamel, 1994). La réaction devient alors un choix (Véran, 1991) et non pas une action par défaut et l’organisation doit s’attacher à maîtriser cette capacité de non réaction ou de réaction différée. Se pose alors la question de l’urgence de l’action à mener. Dans le cas NAP, le délai imparti était souple (l’ancienne aérogare pouvait continuer à accueillir ses passagers). Le gestionnaire a pu même tantôt créer un sentiment d’urgence (période 4), tantôt savoir attendre (période 2) pour réunir les partenaires autour de son programme d’investissement.
Renforcer l’action en se dévoilant ou « que dire quand on négocie ? »
Le projet NAP repose sur un processus politique de négociation, dont le déroulement et l’issue dépendent notamment du pouvoir relatif des acteurs. Une relation de pouvoir met en jeu des possibilités d’action (et non pas le seul fait de gagner sur une partie) et donc la capacité à modifier le comportement des parties prenantes. Selon Crozier et Friedberg (1977), le pouvoir dont dispose un acteur repose sur sa capacité à garder son comportement imprévisible, à ne pas dévoiler toutes les informations de telle sorte à laisser les acteurs dans l’incertitude sur sa propre marge réelle de négociation. Le pouvoir sociologique de négociation repose donc sur la rétention d’information.
Ce schéma ne rend pas compte du comportement paradoxal du gestionnaire aéroportuaire de Lille. En posant des contraintes paradoxales sur certains éléments de la discussion, le gestionnaire s’interdisait de modifier ultérieurement son comportement sur ces points-là. Il rendait prévisible son comportement en énonçant, à travers les contraintes paradoxales, ce vers quoi il voulait aboutir au cours de la négociation. Ce type de comportement est similaire à celui évoqué par la théorie du conflit de Schelling (1986) dans des situations de conflit et de négociation très spécifiques. Nous verrons que si le cas NAP correspond à ces spécificités, il offre également une nouvelle piste pour mobiliser les travaux de Schelling.
Schelling a en particulier étudié les situations de négociation internationale entre pays (États-Unis et URSS par exemple) qui sont caractérisées par un faible degré de substitution entre partenaires, et un pouvoir fort ou extrême de chaque côté.
Ces spécificités illustrent le cas NAP (voir tableau 1). Les partenaires avec qui le gestionnaire doit négocier sont désignés d’avance, compte tenu du mode de gestion des plates-formes aéroportuaires et de leur insertion dans le tissu local économique et politique. Mais en plus de ce mode de gestion particulier, la situation politique et financière de la plate-forme est telle que le gestionnaire a un besoin impératif, urgent, de se coordonner et de s’arranger avec d’autres parties. De plus, ces partenaires à la négociation représentent des institutions, des collectivités ou des entreprises dont les intérêts et les positions sont forts et dépassent bien souvent (au moins au début de l’histoire que nous avons analysée) l’enjeu de l’aéroport de Lille.
Une autre spécificité du cas NAP, mais envisagée différemment par Schelling, rend compte du rôle de la contrainte paradoxale pour agir en se dévoilant : le degré de couplage d’un système d’interdépendance. Les situations de relations internationales entre grandes puissances examinées par Schelling forment des systèmes fortement couplés. C’est cet état de couplage prégnant qui est générateur de contrainte (Benson, 1977) et la restauration de la marge de manœuvre de l’acteur suppose le relâchement de cette interdépendance systémique (Orton et Weick, 1990).
Or, les difficultés du gestionnaire à mener le projet NAP découlent au contraire du besoin à créer cette interdépendance, à créer un intérêt autour de l’action stratégique, au sein même de la chambre de commerce, puis avec les collectivités locales et les compagnies aériennes. C’est donc la situation de faible couplage qui était problématique et l’enjeu pour le gestionnaire aéroportuaire a été de créer cette interdépendance autour de l’aéroport. Le gestionnaire a utilisé la contrainte dans un sens paradoxal pour se dévoiler et rendre explicite les raisons du programme NAP tout autant que pour forcer les différentes parties à soutenir sa démarche.
Le processus de pilotage de l’action par la contrainte paradoxale
Le cas NAP nous permet de montrer que l’action en milieu complexe ne relève pas toujours d’une logique de projets coconçus et de tâtonnements entre délibéré et émergent (Avenier, 1997; Mintzberg et Waters, 1985), de coconstruction ou copilotage de cette action. L’action en milieu complexe peut également se faire par le pilotage balistique, au sens où le pilote (voir l’organisation) sert de guide et montre la voie vers la nouveauté. La contrainte paradoxale est l’outil stratégique qui permet cela, un gouvernail pour se frayer un chemin à travers les multiples rationalités de l’environnement de telle sorte à réduire le gap stratégique entre action souhaitée et action finalement possible.
Le gestionnaire se situait dans un environnement à ce point divers qu’il a craint de devoir sans cesse naviguer, osciller d’un avis à un autre, d’un compromis à un autre, pour parvenir à un accord entre tous les partenaires. Le pilotage par la contrainte paradoxale apparaît comme une manœuvre alternative, qui repose sur l’affirmation du rôle central du gestionnaire aéroportuaire entre tous les acteurs à faire avancer son action stratégique (et non à la faire coavancer dans une logique de copilotage ou d’ajustement).
Nous avons finalement dégagé (Grenier, 1997) trois règles à respecter pour qu’une contrainte puisse jouer le rôle paradoxal de construction de l’action en milieu complexe :
Règle 1 : la contrainte doit permettre de révéler les intentions stratégiques que l’organisation veut imposer à son contexte, en dehors de toute négociation ;
Règle 2 : la contrainte doit être ressentie comme une double contrainte par les acteurs : refuser cette contrainte les conduirait à porter la responsabilité de l’échec de l’action en cours ; or, parce qu’ils appartiennent à la même situation d’action, ils sont en partie intéressés par le fait que l’action se réalise tout de même !
Règle 3 : la contrainte doit permettre une discussion pas à pas avec les différents acteurs de l’environnement, de telle sorte que l’organisation puisse imposer à chaque étape des discussions son action et sa rationalité. C’est à cette condition que l’organisation peut soutenir une position de « tout ou rien » sur les éléments stratégiques de l’action face à l’ensemble de ses partenaires et ne pas admettre quelques aménagements avec certains d’entre eux.
Ainsi, le gestionnaire a tout d’abord imposé son action à la chambre de commerce. Cette position a servi de référentiel quand il s’est agi d’imposer l’action NAP à un premier groupe d’acteurs constitué de partenaires surtout locaux (collectivités locales, représentants locaux des compagnies aériennes). Cette nouvelle position a, à nouveau, servi de référentiel quand le gestionnaire a dû se tourner vers l’État (ministère des Finances) pour obtenir l’autorisation d’emprunt, lui permettant ainsi, de démarrer les travaux sur l’aéroport.
 
V. – COMMENT S’ENGAGER STRATÉGIQUEMENT ?
 
 
Au terme de cette communication, deux idées essentielles et une ouverture de recherche ressortent de l’étude de cas menée sur l’aéroport de Lille.
Nous avons revisité la relation action/ contrainte. Ainsi, la contrainte ne se gère pas seulement, mais au contraire se provoque, s’utilise et devient un outil de construction stratégique pour un stratège manifestant sa rationalité à un environnement complexe. Notre étude de cas nous place dans un processus autoritaire et explicite de manœuvre stratégique de telle sorte à faire passer (« par la force » si nécessaire) une action dans un contexte d’acteurs multiples. L’action n’est plus dualement adossée à une contrainte, elle ne génère plus une contrainte. L’action stratégique est une contrainte.
Cette conclusion amène ainsi l’idée suivante. Nous ne sommes pas dans un schéma d’action où l’organisation attend de ses partenaires une participation réelle au processus de construction de l’action. Au contraire, le comportement de l’organisation créatrice de contraintes paradoxales, est révélateur d’une intention stratégique particulièrement forte. L’organisation sait où elle veut aboutir, ce vers quoi elle veut tendre. Cela suppose de la part de cette organisation une certaine habilité ou compétence stratégique pour créer une contrainte paradoxale qui réponde aux trois critères que nous avons identifiés plus haut de telle sorte que cette contrainte provoquée ou ignorée puisse réellement servir de levier d’action.
Dès lors, la contrainte paradoxale devient un outil de construction dans des situations d’interdépendance particulières, en particulier (pour ce que nous enseigne le cas étudié) dans des situations faiblement couplées, peu structurées historiquement. L’organisation sans visibilité et sans positionnement stratégiques clairs peut recourir à la contrainte paradoxale pour construire autour de son action un enjeu à intervenir au lieu de craindre l’émergence de rationalités locales multiples.
La conduite du gestionnaire aéroportuaire manifeste un fort engagement stratégique (Burgelman, 1983). Étudiant ce processus stratégique, Noda et Bower (1996) ont montré l’importance de relais auprès des dirigeants pour crédibiliser et porter opérationnellement l’action d’engagement. Le cas NAP permet de confirmer ce point important, en rappelant la difficulté du gestionnaire à faire avancer son idée alors qu’il n’avait pas encore réussi à faire entrer dans son jeu une première partie (la ville et la communauté urbaine en l’occurrence).
Pour autant, si l’engagement stratégique conduit à s’opposer aussi à des acteurs, il devient important de clore une dispute, de ne plus s’isoler de son contexte, au risque de voir l’action définitivement échouée (Koenig, 1990).
Clore une dispute consiste en un recouplage sur un système modifié (Bartenuk, 1988). Or cette phase devient délicate. Nous avons pu observer dans nos cas que la logique de renforcement prenait le pas sur une logique d’action (ou logique d’ajustement). Il y a un changement, une inversion de priorité et l’organisation paraît peu à peu s’enfermer dans sa propre logique de résistance au contexte, de renforcement de sa logique d’action au détriment de l’acceptation de compromis. Nous sommes là dans une configuration classique où l’action découplée de son environnement, s’autogénère et développe d’autant plus facilement ses propres déterminants (Whittington, 1988). Il y a risque d’escalade. Les situations prennent alors la forme de décisions de poursuite d’une action en dépit d’informations négatives justifiant son arrêt (Brockner, 1992). Cette interrogation constitue une voie d’approfondissement du rôle et du sens de la contrainte paradoxale, provoquée ou ignorée, pour construire une action stratégique en situation d’interdépendance.
 
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NOTES
 
[1]Les plans de développement des aéroports ne sont financés sur fonds propres de la CCI qu’à hauteur d’environ 30 %. Les 70 % restants sont apportés par l’État qui donne l’autorisation à la CCI d’emprunter sur les marchés financiers, par les collectivités locales sous forme de sub-ventions, par des compagnies aériennes qui acceptent une augmentation des redevances qu’elles paient habituellement au gestionnaire pour l’utilisation des diverses infrastructures aéroportuaires. Des fonds européens (FEDER) complètent parfois le plan de financement.
[2]Ce programme d’investissement précise et chiffre les travaux à réaliser, estime le planning de leur réalisation et prévoit le partage de financement entre les différents partenaires. Il contient également des éléments plus intangibles (l’argumentaire du programme, la description du contexte de ce programme) qui rendent compte de la position des différents acteurs.
[3]La plate-forme de Lille est située dans une zone économique et sociale sinistrée. Dès lors, deux discours s’opposaient : 1. celui du gestionnaire affirmant la nécessité d’entreprendre des travaux d’infrastructure d’envergure pour donner à cette région les moyens d’un redéploiement; 2. celui des opposants au programme affirmant que la région de Lille n’avait pas besoin d’un aéroport agrandi tant qu’un certain volume d’affaires ne pourrait être réalisé dans cette région sinistrée.
[4]Événements que nous appellerons par la suite une contrainte (voir la 2nd période du déroulement du programme NAP) sous le numéro C15 (tableau 2)
[5]La notion d’incident critique est d’ordre méthodologique. Elle permet de repérer des moments particuliers dans l’histoire de l’action NAP où cette dernière a été ralentie, modifiée, voire stoppée et d’accéder par codage aux contraintes repérées sur le cas.
[6]Notons qu’un troisième support doit être décrit, quoique de nature différente. Le gestionnaire a saisi l’occasion du départ à la retraite du directeur de l’aéroport pour nommer une personne nouvelle, en adéquation avec les idées de développement du gestionnaire, capable de discuter avec les compagnies aériennes, puisque issue de ce milieu aéroportuaire.
[7]De même, les nouveaux élus issus des élections, dont les compétences ont pu être contestées (contrainte C10), ont montré lors de ces réunions leur capacité à s’approprier le dossier NAPet à entrer dans le jeu de la discussion.
[8]La contrainte « mode de portage » du projet NAPtraduit et rend compte de la « brusquerie » avec laquelle le président consulaire a présenté comme un fait allant de soi son projet NAP à financer aux collectivités locales et aux compagnies aériennes; jouant ainsi une sorte de politique du fait accompli.
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La notion d’incident critique est d’ordre méthodologique. E...
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Notons qu’un troisième support doit être décrit, quoique de...
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