Revue française de gestion
Lavoisier

I.S.B.N.sans
274 pages

p. 247 à 258
doi: 10.3166/rfg.147.247-258

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Benchmarking

no 147 2003/6

2003 Revue française de gestion Benchmarking

Utiliser l’audit par benchmarkingpour améliorer les performances

Xavier Mesnard Jean-claude Tarondeau
L’audit par benchmarking est un outil d’amélioration des performances par comparaison des pratiques d’entreprises ou par transfert d’innovations d’une industrie à une autre. Ce texte analyse les méthodes d’audit utilisées par A.T. Kearney et évalue les conditions à remplir pour que le benchmarking débouche effectivement sur des actions d’amélioration.
L’audit externe évoque le contrôle par des tiers des performances financières de l’entreprise et de la conformité de ses pratiques par rapport à la réglementation ou aux règles couram ment admises. Or les performances financières ne s’obtiennent pas ex nihilo. Elles naissent de la plus ou moins bonne gestion du portefeuille produits ou services et de leur positionnement sur le marché, du niveau de performance des principaux processus stratégiques tels que processus de R&D ou processus logistique, de la qualité des ressources mises en œuvre, du talent de son personnel et de ses aptitudes pour identifier et mettre en œuvre les meilleures pratiques de management.
L’identification et l’évaluation de ces facteurs de performance exigent de disposer de cadres de références. On les obtient généralement en exploitant des comparaisons systématiques et organisées de performances et des facteurs explicatifs correspondants au sein d’un échantillon d’entreprises choisies pour offrir un spectre suffisant de situations exploitables. Ces méthodes, dites de « benchmarking » [1] ou étalonnage concurrentiel, permettent de réaliser des audits de performances et non des audits de conformité à des règles juridiques ou à des pratiques communément admises.
De telles méthodes ont également des limites d’application. Dans tout exercice de benchmarking traditionnel se pose la question de la comparabilité des situations et de l’applicabilité des niveaux de performance « étalons » à diverses organisations présentant chacune leurs spécificités. Il ne faut pas se tromper, ces techniques permettent généralement de répondre à la question du « quoi ? », parfois du « combien ? » mais plus rarement ou moins directement du « comment ? » de l’atteinte de l’excellence opérationnelle. Leur utilité principale réside dans le fait qu’elles permettent d’identifier rapidement et de faire prendre conscience d’écarts de performance.
Après un bref rappel des pratiques d’étalonnage concurrentiel, nous présenterons certains des outils et méthodes développés récemment au sein d’A.T. Kearney et les résultats que ces outils ou méthodes ont permis d’atteindre. Dans la discussion, nous montrerons également les limites d’utilisation du benchmarking et les conditions à remplir pour garantir la qualité des résultats étalonnés. Nous aborderons ensuite le sujet de l’utilisation du benchmarking dans les processus de management pour « passer à l’action » afin d’améliorer la performance opérationnelle, puis les « meilleures pratiques » à mettre en œuvre pour tendre vers l’excellence opérationnelle.
 
I. – QU’EST-CE QUE LE BENCHMARKING ?
 
 
Le benchmarking est un ensemble d’outils et de méthodes d’évaluation des produits, des services, des méthodes, des processus d’une entreprise par comparaison à un référentiel issu de l’étude d’autres entreprises dans le but d’étalonner les performances par rapport aux concurrents ou de découvrir des pratiques nouvelles susceptibles de les améliorer. C’est une méthode d’accompagnement et d’incitation au changement : « Le benchmarking est une méthodologie qui consiste à rechercher en permanence les meilleures pratiques afin d’adapter ou d’adopter leurs aspects positifs et de les mettre en œuvre pour devenir le meilleur des meilleurs » [2].
Le benchmarking peut se pratiquer au sein de l’entreprise par comparaison de différents sites ou fonctions pour mettre en évidence ceux qui obtiennent les meilleurs résultats et pour transposer leurs facteurs de succès sur les moins performants. La presse fait état de telles pratiques au sein du ministère de l’Intérieur pour comparer les résultats de la lutte contre la délinquance département par département. Évidemment, cette démarche s’apparente à de l’audit interne. Elle présente cependant en général l’avantage d’un bon niveau de comparabilité des entités « benchmarkées » et donc d’une meilleure acceptation des résultats par les parties prenantes. L’accès facilité, car au sein de la même entreprise, aux facteurs explicatifs de cette performance permet également d’accélérer le travail d’analyse des différences, d’identifier les facteurs de succès correspondants et, le cas échéant, de prendre les mesures pour remédier aux écarts de performance constatés Dans le cadre de cet article, nous limiterons notre propos à l’audit externe et traiterons donc uniquement du benchmarking s’appuyant sur des évaluations interentreprises. Selon la composition de l’échantillon d’entreprises retenues pour la comparaison, on distingue le benchmarking concurrentiel ou étalonnage, du benchmarking exploratoire ou générique.
Dans le benchmarking concurrentiel ou étalonnage, on se compare à des entreprises concurrentes appartenant à la même industrie, voire à la même région ou au même groupe stratégique, en s’attachant à retenir celles qui réalisent les meilleures performances. Philips se compare à General Electric, General Motors à Toyota, l’Essec à l’Insead. Le but de la démarche est de mesurer l’écart de performance par rapport au meilleur de la classe et tenter de mettre en évidence les principaux facteurs explicatifs de cet écart. C’est le point de départ du processus de fixation des objectifs à atteindre pour rivaliser avec les meilleurs. En conséquence, les changements réalisés le sont par mimétisme. On s’aligne sur les meilleurs. En adoptant cette démarche, toutes les entreprises de la même industrie tendraient à se ressembler, les meilleures pratiques de management à se banaliser, à devenir des « commodités ».
Dans le benchmarking exploratoire ou générique, on est, au contraire, à la recherche d’idées nouvelles, de solutions ou de pratiques novatrices pour réaliser des sauts qualitatifs et se différencier de ses concurrents. On s’attache à identifier les entreprises leaders dans une fonction ou un processus déterminé pour tirer parti de leurs expériences. On compare le processus logistique de Renault avec le processus « 48 heures chrono » de La Redoute, l’organisation des achats d’Alcatel avec celui de Carrefour, la logistique des Vins de Moselle avec celle de Dell. Ce processus vise à être un catalyseur d’innovation. Il débouche sur des objectifs qualitatifs dont l’atteinte nécessite la mise en œuvre de programmes d’apprentissage par expérimentation. En effet, les pratiques sur lesquelles reposent les performances des entreprises leaders ne se prêtent pas à de simples adoptions puisque les contextes sont différents. Elles doivent être transformées, adaptées, enrichies pour que l’adoptant se les approprie et bénéficie totalement de leur potentiel de progrès.
Figure 1
POTENTIEL DES DIFFÉRENTS TYPES DE BENCHMARKING
IMGIMGPOTENTIEL DES DIFFÉRENTS TYPES DE BENCHMARKINGIMGIMF
Les démarches de benchmarking sont de quatre types : l’audit interne, le recours à des outils et standards d’étalonnage concurrentiel, l’audit externe concurrentiel spécifique à une entreprise ou à une fonction ou activité particulière, l’audit spécifique appuyé sur des outils d’étalonnage concurrentiel. Dans la suite du texte, nous traiterons des outils puis des processus d’étalonnage concurrentiel avant de développer leurs limites et conditions d’utilisation.
 
II. – OUTILS D’ÉTALONNAGE CONCURRENTIEL
 
 
De nombreux outils ont été développés pour faciliter l’étalonnage concurrentiel. Beaucoup de ces outils font appel aux technologies de l’information et de la communication. Le site de TBE (The Benchmarking Exchange) propose des outils d’étalonnage par rapport à des standards de qualité du management comme SelfAssessor [3] ou des outils d’études spécifiques comme Surveyor [4].
La qualité des services rendus par ces outils dépend de nombreux facteurs parmi lesquels la structure du modèle d’entreprise sur laquelle repose l’analyse, les variables de performances, les processus et les pratiques retenues pour les expliquer, les méthodes de collecte et d’analyse des informations. Pour concrétiser la discussion de ces facteurs, nous présenterons un outil d’étalonnage développé par A.T. Kearney et baptisé GEO (Global Excellence in Operations) [5].
Au-delà d’une base de l’étalonnage des principaux indicateurs de la performance dans les opérations, GEO est un véritable programme de benchmarking des pratiques et d’identification de ce qui peut permettre à l’entreprise de tendre vers l’excellence opérationnelle ; il vise par conséquent à cumuler les avantages de l’étalonnage concurrentiel et du benchmarking exploratoire, en particulier en ce qui concerne les pratiques de management.
1. La structure du modèle GEO
Comme tous les outils de ce type, GEO est fondé sur un modèle d’entreprise, des hypothèses explicatives des performances, des formules de « scoring » et sur un processus formalisé de collecte et d’analyse des données d’entreprises.
Pour les besoins de l’analyse, l’entreprise est décomposée en onze domaines structurés en trois niveaux. Le domaine « stratégie et orientations générales », en haut de la pyramide, est celui où se définit la vision à long terme dans laquelle s’inscrit la stratégie opérationnelle. Le controle de la mise en œuvre de cette stratégie exige des indicateurs de performances et des outils de mesure des résultats atteints. L’action est menée dans des processus intégrant des moyens, ressources et compétences. Les principaux processus concernent le développement des produits et processus industriels et logistiques et l’intégration des clients et fournisseurs. Ces processus consomment des ressources financières, humaines et techniques qui constituent la base de la pyramide modèle d’entreprise.
Les observations de pratiques et les mesures de performances réalisées dans ces onze domaines sont agrégées pour déterminer des scores d’excellence.
Les mesures et analyses de l’excellence sont fondées sur les hypothèses suivantes :
  • le recours aux meilleures pratiques, best practices, et l’obtention de niveaux de performances élevés traduisent l’excellence de l’entreprise ;
  • les pratiques et niveaux de performance fondant l’excellence, sont regroupés en cinq agrégats : satisfaction clients, qualité, performances économiques, « agilité » et innovation, qui sont, dans le concept GEO, les fondements de la création de valeur.
Figure 2
LA STRUCTURE FORMELLE DE L’OUTIL GEO
IMGIMGLA STRUCTURE FORMELLE DE L’OUTIL GEOIMGIMF
Ces hypothèses font l’objet de nombreuses vérifications. Ainsi à titre d’exemple, les cinq meilleures entreprises du programme GEO 2001 créent 2,5 fois plus de valeur économique que la moyenne de l’échantillon des firmes participantes et elles sont significativement plus performantes que la moyenne sur ces cinq indicateurs agrégés.
2. Le processus de collecte et traitement de données de GEO
Les données sont collectées et traitées en trois temps. Dans un premier temps, les entreprises participantes rassemblent leurs informations sur la base d’un questionnaire (sous la forme d’un CD-ROM). Dans un second temps, ces données sont exploitées pour calculer des scores d’excellence qui permettent de sélectionner les entreprises « finalistes » par région :Amérique du Nord et du Sud, Europe, Asie. Enfin, les finalistes sont visités par des équipes mixtes composées de consultants d’A.T. Kearney et d’experts académiques qui s’attachent à compléter l’analyse, à vérifier la cohérence des données et à les enrichir par une meilleure compréhension des mécanismes conduisant à l’excellence. Ces visites sont l’occasion d’identifier les pratiques innovantes (baptisées next practices), qu’un questionnaire préétabli et fermé ne peut permettre de repérer directement.
À l’issue de ce processus, le comité GEO, composé de consultants expérimentés et d’experts académiques, sélectionne les vainqueurs par région puis le vainqueur global. Cette sélection donne lieu à un certain nombre de forums de rencontre ouverts aux participants et à d’autres entreprises, et permettant d’échanger sur les niveaux de performance, facteurs explicatifs et meilleures partiques. Chaque entreprise participante reçoit un rapport indiquant sa position par rapport aux cinq entreprises leaders et par rapport à la moyenne des participants ainsi que des hypothèses d’explication de ces positions et des recommandations de domaines d’amélioration et de types d’actions.
3. Les facteurs de qualité de l’étalonnage concurrentiel
En tant qu’outil d’étalonnage concurrentiel, GEO présente des qualités que n’ont pas la plupart des outils standards offerts en libre service. Ces qualités sont au nombre de cinq.
Un objet bien défini, l’unité productive
GEO compare des entreprises appartenant à des industries différentes et, par conséquent, soumises à des facteurs de succès différents. Parmi les dernières entreprises reconnues pour leur niveau d’excellence, on trouve des firmes de l’automobile, du papier, de la chimie, de l’électronique, des systèmes médicaux, etc. L’échantillon des participants est cependant suffisamment homogène pour permettre de procéder à des comparaisons car l’objet d’observation n’est pas l’entreprise mais l’unité productive au sens d’Abernathy [6]. Le concept d’unité productive associe les produits et les processus qui leur donnent vie au sein d’une entité dont les frontières ne coincident pas avec celles de l’entreprise et ne sont pas contraintes par son organisation. Ne prenant en compte qu’un ensemble homogène de produits-processus, l’unité productive est une partie de l’entreprise parfois assimilable à une division dans une structure multidivisionnelle. Mais associant clients, fournisseurs et autres partenaires des processus opératoires, l’unité productive déborde les frontières juridiques de l’entreprise. L’unité productive met en œuvre des processus, consomme des ressources, développe des compétences dans un ensemble ordonné et intégré d’opérations défini et géré pour atteindre des objectifs stratégiques. Mais ces objectifs sont définis en dehors d’elle. Le choix de l’unité productive comme objet de comparaison centre donc les analyses de performance sur les opérations plutôt que sur les stratégies et permet de faire abstraction des conditions d’environnement pour ne considérer que les conditions d’excellence dans la gestion des opérations. Le modèle de la figure 2 illustre ces choix.
Un échantillon de taille suffisante
Les analyses comparatives menées annuellement portent sur des échantillons de taille suffisante pour obtenir des résultats significatifs dans les tests d’hypothèses sur lesquelles repose le modèle explicatif des performances.
La prise en compte du qualitatif
La démarche de comparaison ne se limite pas à l’analyse de variables quantitatives ou formalisées et de données obtenues par administration de questionnaires fermés. Le qualitatif, l’expérience et l’innovation sont pris en compte, en particulier dans la phase de visite des finalistes par les équipes d’évaluation. Le vainqueur de GEO 2000 fut une division médicale du groupe Siemens qui avait développé un système mondial de webcam sur internet permettant la gestion visuelle des sites où sont installés les équipements qu’elle livre à ses clients. Cette entreprise était excellente à tous points de vue sur les aspects classiques de la gestion des opérations comme le montraient les résultats de l’analyse menée en première phase mais fut distinguée en deuxième phase grâce au flair et au questionnement ouvert des équipes de visite. On observe d’ailleurs qu’un grand nombre d’entreprises participantes atteignent des niveaux d’excellence élevés sur les pratiques et les variables de performances « classiques ». C’est en quelque sorte le prix à payer, ou le ticket d’entrée, pour avoir le droit de participer au jeu concurrentiel. Le benchmarking concurrentiel aide à la dissémination de ces facteurs de performances et à l’alignement sur les meilleurs. Mais, pour sortir du lot, il faut inventer de nouvelles pratiques et faire des sauts qualitatifs que le benchmarking générique poussé et les analyses qualitatives approfondies peuvent seuls identifier et proposer.
Des équipes conjointes d’experts et d’analystes
Le benchmarking repose sur des analyses qui se doivent d’être menées scientifiquement. Mais le benchmarking est également une industrie où cohabitent des firmes qui n’ont pas toujours pour seul objectif de fournir l’information de la meilleure qualité possible. On cherche trop souvent à maximiser le nombre d’accès à des sites spécialisés ou attirer des prospects pour des actions de conseil. La démarche GEO se distingue également des nombreuses autres propositions, par le fait qu’elle associe compétences d’analyse et expertise industrielle au travers d’équipes mixtes consultants - experts académiques. Ces derniers sont pleinement intégrés dans l’équipe et contribuent à la conception des modèles, variables et instruments de mesure. Ils participent aux investigations sur les terrains sélectionnés et aux décisions finales distinguant les entreprises les plus performantes. Ils sont garants de la rigueur et de l’indépendance dans la construction de l’outil, de l’objectivité dans l’appréciation des résultats. Ils contribuent également à faire de GEO un véritable programme de recherche sur les facteurs de succès en matière de management des opérations.
La recherche de l’explication de la performance
La qualité des hypothèses explicatives des performances et la richesse des observations de terrain permettent de dépasser le simple calcul de scores et le classement des entreprises participantes. Les écarts observés entre firmes sont attribuables à des différences observées dans des pratiques ou dans les niveaux de performances. Il en résulte des recommandations d’actions qui sont susceptibles d’enrichissement lors des visites d’entreprises.
Ces caractéristiques font de l’approche GEO, non seulement un outil d’audit et de scoring des performances, mais aussi un véritable moyen d’identification des bonnes pratiques et des pratiques innovantes. Ainsi, ce type d’approche peut être à l’origine des sauts qualitatifs et de l’amélioration accélérée de la performance opérationnelle.
 
III. – DE L’ÉTALONNAGE CONCURRENTIEL À L’AMÉLIORATION DES PERFORMANCES OPÉRATIONNELLES
 
 
La notion de benchmark est très largement répandue dans le domaine de l’entreprise. Toute discussion, tout rapport sur les performances opérationnelles d’une entreprise fait référence aux meilleures pratiques des concurrents et à leurs résultats. Cependant cette notion est souvent utilisée de façon déconnectée de la décision de management car appliquée à des objets et indicateurs trop globaux. Dans le meilleur des cas, cette utilisation de l’étalonnage par benchmark permet de créer le sentiment d’urgence. Ainsi, les efforts intenses de réduction des délais de développement d’un nouveau véhicule chez les constructeurs automobiles au cours de la dernière décennie ont été succités par l’exemple largement communiqué du « benchmark 24 mois et moins » de Toyota. Cependant elle ne permet pas de passer directement à l’action en prenant les décisions et en effectuant les changement qui améliorent les performances opérationnelles. Savoir qu’un concurrent donné ou que la moyenne des entreprises d’un secteur fonctionne avec un TRS (taux de rendement synthétique, indicateur de productivité d’un équipement) supérieur peut permettre de fixer des objectifs de haut niveau et de mobiliser les énergies mais n’est en aucun cas suffisant pour définir le plan d’action permettant de l’améliorer. Le TRS est influencé par de très nombreux facteurs explicatifs qui vont de la capacité installée et du rendement instantané, au temps de changement de produit, au taux de rebut, à la durée de fonctionnement, à la taille des lots, etc. Ceux-ci sont influencés par la politique d’investissement, la stratégie de maintenance, la performance des équipes de production, l’offre de service, etc. Sur quel domaine focaliser ses efforts ?
Pour dépasser la notion d’audit et jouer pleinement son rôle de déclencheur de l’action visant à améliorer la performance opérationnelle, l’exercice de benchmarking ou d’étalonnage concurentiel doit présenter les caractéristiques suivantes :
Rigueur des définitions
Il est impératif d’avoir des définitions claires et rigoureuses des domaines et indicateurs étalonnés. Par exemple, définir clairement si le TRS, dont plusieures définitions coexistent dans le monde industriel, comprend ou non le temps d’ouverture des capacités concernées. Sans définitions précises et partagées, les résultats de l’étalonnage seront remis en cause par les opérationnels et le débat se portera sur la comparabilité plutôt que sur les enseignements du benchmark.
Profondeur d’analyse et représentativité
Il est nécessaire de pousser l’analyse jusqu’au facteur explicatif « élémentaire », qui permet d’identifier les meilleures pratiques correspondantes et devient alors comparable et indiscutable. L’étalonnage concurrentiel ne saurait se résumer uniquement à la valeur d’un indicateur étalon. C’est l’analyse détaillée des pratiques associées qui en garantie la mise en œuvre. À titre d’illustration, un TRS étalon dans un secteur donné peut se décomposer en facteurs explicatifs comprennant, par exemple, la procédure de changement d’outil, elle-même optimisée par une pratique de type « mise en place d’un système de barillet ».
Sélectivité des domaines à analyser
C’est le corrolaire de la profondeur d’analyse. Il s’agit de focaliser l’analyse sur les domaines qui font vraiment la différence plutôt que de rechercher l’exhaustivité au détriment de la pertinence. Pour une entreprise, l’exercice d’étalonnage concurentiel devra donc être précédé ou accompagné d’une analyse des leviers de performance et de sélection des plus importants dans son contexte propre. L’approche GEO vise à permettre de faire le lien entre étalonnage et amélioration de performance. Ainsi elle comprend un lexique détaillé décrivant chacun des indicateurs, et associe questionaires et interactions sur site pour vérifier le bon respect des définitions. De même, l’analyse sélective et en profondeur des éléments-clés est facilitée par le référentiel GEO de bonnes pratiques et de pratiques innovantes pour chacun des domaines de l’entreprise. Pour chacune des entreprises participantes, elle donne lieu à un retour personalisé mettant en avant les écarts par rapport aux meilleures pratiques et les pistes prioritaires d’amélioration de performance.
 
IV. – LES ENSEIGNEMENTS DES LEADERS OU « DE L’ATTEINTE DE L’EXCELLENCE OPÉRATIONNELLE »
 
 
Pour porter ses fruits et permettre de s’approcher de l’excellence, le benchmark par étalonnage concurrentiel ou exploratoire doit s’inscrire dans une véritable stratégie d’amélioration de la performance opérationnelle. Aussi efficace soit-il, il ne suffit malheureusement pas de participer au programme GEO pour améliorer durablement sa performance ! Les entreprises primées par GEO l’ont bien compris. Elles tendent vers l’excellence opérationnelle en mettant en œuvre une stratégie d’amélioration de performance qui peut se résumer à sept principes communs qui sont autant de bonnes pratiques :
  • le top management doit donner l’impulsion et gérer la diffusion des résultats dans l’ensemble de l’organisation ;
  • un effort continu s’appliquant à la chaine de valeur étendue ;
  • focalisé sur l’efficience, la réactivité et l’agilité des opérations ;
  • priviligiant les organisations en projets et équipes ;
  • basé sur une approche du capital humain proactive et adaptée à la culture ;
  • avec un programme formalisé de gestion de la performance ;
  • généralisant la gestion rigoureuse des connaissances et du savoir dans l’ensemble de l’organisation.
Cette analyse par benchmarking GEO des pratiques d’amélioaration de performance des leaders fait partie intégrante de la restitution faite aux participants. Outre la liste de bonnes pratiques, elle comprend des exemples illustratifs de leur mise en œuvre.
Impulsion du top management et diffusion dans l’organisation
Dans toutes les entreprises GEO leaders, le management est à la fois l’initiateur et le promoteur du programme d’amélioration de performance opérationnelle. Il définit la vision, fixe les objectifs globaux, s’implique dans la démarche, en commente les bénéfices et les résultats. Il s’assure que toute l’organisation est impliquée et évaluée en fonction de sa contribution à l’atteinte des résultats.
Chaîne de valeur étendue
Le programme GEO a identifié de nombreux exemples d’extension du rôle des leaders dans la chaîne de valeur. Ainsi, Brembo, une des entreprises primée à l’occasion du programme 2001, en pointe dans le domaine des systèmes de freinage de haute performance, s’est bâti une réputation mondiale en termes d’innovation et de leadership technologique dans la conception d’équipements de freinage et périphériques. Ceci permet à la société italienne d’étendre son rôle dans la chaîne de valeur de la production d’équipement de freins à la prise de responsabilité totale de la conception et la fourniture de systèmes complets.
Réactivité et agilité des opérations
Les leaders excellent en termes de coûts, de délais et de qualité. Au-delà de ces indicateurs de base de la performance opérationnelle, ils gèrent également leur capacité d’adaptation en termes de réactivité, c’est-à-dire de vitesse à laquelle ils s’adaptent à des changement de la demande et d’agilité, c’est-à-dire de vitesse à laquelle leurs opérations peuvent atteindre une perfomance coût-service optimale. À titre d’exemple, une filiale de Marconi à développé, dans le cadre de son approche 6-Sigma de conception à coût objectif, un système de modélisation de la performance du processus de production (utilisation, rebut, rendement) afin de prendre en compte les résultats durant la phase de conception et d’améliorer de la performance au niveau des produits et des processus de fabrication.
Organisations en projets et équipes
Le concept d’équipes multifonctionnelles, multicompétences et responsables de leurs résultats est très largement répandu chez les leaders. Ainsi Brembo a mis en place une approche intégrée basée sur des équipes dédiées à chaque client OEM et gérant la formalisation des besoins et la conception des plateformes ainsi que des cellules de production dédiées afin de privilégier réactivité et service client.
Gestion du capital humain
Dans ce domaine également, l’approche de benchmarking GEO a confirmé que les leaders font significativement plus d’efforts que la moyenne. À titre d’exemple, la société OTIS a mis en œuvre une stratégie proactive et adaptée à la culture locale de ses implantations, basée sur un mélange d’encouragement – y compris financiers – à la formation professionnelle, de rémunération en fonction des compétences, du recours à des experts renommés pour la formation au progrès continu, etc.
Programme formalisé de gestion de performance
L’institutionalisation de programmes d’amélioration est une des priorités clairement affichée par les leaders en termes d’excellence opérationnelle ; les plus renommés allant jusqu’à donner leur nom au concept qu’ils ont adopté. Ainsi on parle du programme « 5-axes Valeo », du « Delphi Manufacturing System » ou du « GE 6-Sigma ». Dans ce cadre et pour les plus avancés, le benchmark remplace l’historique comme référentiel de gestion de la performance.
Gestion rigoureuse des connaissances
Cette « meilleure pratique » est à la fois probablement la plus complexe et la moins bien maîtrisée. Elle pose notamment les problèmes de la structuration du savoir, de son accessibilité et de la nécessaire confidentialité pour les éléments les plus sensibles. GEO a identifié les efforts louables de certains leaders deployant des programmes visant par exemple à rassembler « des connaissances-clés accessibles en 60 secondes ». Des technologies permettent une certaine industrialisation (base de connaissance, recherche et classement sémantique, etc.). Mais, dans tous les cas, il faut d’abord investir dans les hommes et la capacité de donner du sens à la connaissance, par exemple en développant la compréhension fine des comportements des coûts ou l’intelligence concurrentielle.
 
CONCLUSION
 
 
À condition d’être conduit de façon rigoureuse et controlée, le benchmarking peut fournir la profondeur d’analyse qui fait souvent défaut aux pratiques d’audit financier. Il s’attache, en particulier à identifier les leviers de la performance et à mettre en place des moyens permettant de les actionner. Il ne se limite pas à des étalonnages par rapport à des « standards » mais recherche les pratiques innovantes.
Dans un monde de l’entreprise où l’innovation et la vitesse priment, l’imitation ne saurait tenir lieu de doctrine de management à long terme. L’audit de performance par étalonnage concurrentiel constitue une brique de base fondamentale de tout programme visant à l’atteinte de l’excellence opérationnelle. Il est en particulier utilisé comme moyen de fixer et de communiquer les objectifs d’amélioration de la performance. Fondé sur une approche structurée et rigoureuse visant à analyser les facteurs explicatifs à l’origine de l’excellence opérationnelle, le benchmarking et la recherche des meilleures pratiques peut également être à l’origine de l’amélioration effective de la performance financière.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Abernathy W. J., The Productivity Dilemma, Roadblock to Innovation in the Automobile
·  Industry, Johns Hopkins University Press, Baltimore, 1978.
·  Balm G. J., Évaluer et Améliorer ses Performance – le Benchmarking, AFNOR, Paris, 1994.
·  Bergemann D. et Hege U., The value of benchmarking, Les cahiers de recherche, Groupe
·  HEC, direction de la recherche, Jouy-en-Josas, 2002.
·  Camp R., Benchmarking : The Search for Industry Best Practices that Lead to Superior Performance, ASQC Quality Press, 1989, traduction française : Le benchmarking – Pour atteindre l’excellence et dépasser vos concurrents, Éditions d’Organisation, Paris, 1992.
·  Gautron J. et alii, Le guide du benchmarking, Eyrolles, Paris, 2003.
·  Karlof B., Pratiquer le benchmarking, Éditions d’Organisation, Paris, 1995.
·  Karlof B. et Ostblom S., Le benchmarking : un indicateur d’excellence en matière de qualité et de productivité, Masson, Paris, 1994.
·  Lorino P., Méthodes et Pratiques de la Performance, Éditions d’Organisation, Paris, 1997, nouvelle édition remaniée, 2000.
·  Lorino P., Cohendet P., Jacot J.H., Cohérence, pertinence et évaluation, Economica, Paris, 1996.
·  Lorino P., Comptes et récits de la performance. Essai sur le pilotage de l’entreprise, Éditions d’Organisation, Paris, 1995.
·  Ohinata Y., “Benchmarking : The Japanese Experience”, Long Range Planning, vol. 27, n° 4, 1994.
 
NOTES
 
[1]Pour traiter les problèmes de Xerox qui perd rapidement de sa compétitivité par rapport aux producteurs japonais de photocopieurs, R. Camp mène, au début des années 1980, une étude comparative approfondie des produits et processus de production de Xerox avec Fuji-Xerox et d’autres concurrents japonais. Cette première expérience de « benchmarking », qui permit à Xerox de redresser rapidement sa position, est relatée dans Camp (1989).
[2]Définition donnée sur un site internet spécialisé : www. stratenet. com
[3]SelfAssessor est un outil disponible sur internet qui permet à une organisation de s’étalonner en temps réel sur des échelles de performances telles que celle de l’EFQM (European Foundation for Quality Management), du MBNQA (Malcolm Baldrige National Quality Award) ou de l’AQA (Australian Quality Award). Pour plus d’information, voir : http :// www. benchnet. com/ selfassess/ index. htm.
[4]Surveyor est un outil d’enquête en ligne où les entreprises à la recherche d’informations peuvent administrer leurs propres questionnaires et obtenir les réponses par courrier électronique de façon quasi instantanée. Pour plus d’information, voir : http :// www. industrymetrics. com
[5]Les deux auteurs de ce texte ont directement participé à l’administration de GEO, l’un comme responsable du programme pour la France, l’autre comme membre du GEO Academic Advisory Board.
[6]Abernathy (1978).
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[1]
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[2]
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SelfAssessor est un outil disponible sur internet qui perme...
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[4]
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POTENTIEL DES DIFFÉRENTS TYPES DE BENCHMARKING
LA STRUCTURE FORMELLE DE L’OUTIL GEO