2003
Revue française de gestion
Production
La normalisation technique
Vincent Giard
Les normes techniques,
élaborées par les
principaux acteurs
économiques, sont
d’application facultative.
Leur adoption par les
entreprises s’explique
par les garanties qu’elles
fournissent. Le commerce
intracommunautaire
et, dans une moindre
mesure, le commerce
international sont régis
par un ensemble de normes
produites par des
organismes nationaux,
communautaires
et internationaux selon
des procédures précises,
encadrées par les pouvoirs
publics.
L'intérêt de la normalisation est évident pour
quiconque voyage à l’étranger. La variété des
prises de courant l’oblige à se munir d’adap
tateurs pour pouvoir recharger son ordinateur portable
ou son téléphone mobile, mais il n’aura sans doute pas
conscience qu’il a pu tirer de l’argent avec sa carte bancaire, opération autrement plus complexe techniquement, qu’en raison de l’aboutissement d’efforts de normalisation.
Le courant de la normalisation est relativement récent et
son importance s’est considérablement accrue au cours
de ces dernières années. Après un examen des mécanismes de production de ces normes, nous étudierons
pourquoi ce mouvement de la normalisation est amené à
s’amplifier.
Le mouvement de la normalisation s’inscrit dans le prolongement de celui de la standardisation. Les définitions
de la norme mettent en avant des caractéristiques qui la
différencient de celles de la règle de droit qui peut s’appuyer sur la norme.
1. De la standardisation à la normalisation
À l’époque où l’artisanat prévalait, le principal effort de
standardisation était un effort d’étalonnage. Il portait sur
l’établissement de mesures (monétaire, de
poids, de longueur, etc.) permettant d’établir les échanges de biens et prestations sur
des bases comparables et de fonder progressivement les sciences de la matière. Il
faut attendre la révolution industrielle, rendue possible par l’évolution des connaissances, pour que l’usage de processus standardisés autorise la fabrication de produits
substituables, permettant l’élaboration de
produits finis de complexité croissante réalisés à partir de constituants identiques
fabriqués sur des machines, elles aussi, de
plus en plus sophistiquées. Cette standardisation des produits est compatible avec une
production systématique de composants
« sur mesure » souvent utilisés par un seul
produit fini. La rationalisation de la conception d’une gamme de produits homogènes
partiellement interchangeables, destinée à
couvrir un ensemble de besoins, que l’on
peut considérer comme la définition
moderne de la standardisation des produits,
se généralise rapidement, pose des problèmes méthodologiques peu évidents
(Giard, 2003) et obéit surtout à des préoccupations de rationalisation de la production d’une entreprise.
Dès la fin du XIXe siècle, les échanges entre
entreprises des secteurs mécaniques et électriques vont conduire à reprendre cette préoccupation de rationalisation à un niveau
plus collectif (Igalens et Penan, 1994).
L’établissement de référentiels partagés par
plusieurs entreprises et définissant un certain nombre de spécifications techniques
pour des composants vendus va permettre
de réduire une diversité sans valeur ajoutée,
d’atteindre des économies d’échelle sub-stantielles et d’ouvrir la porte à la production de masse de produits variés. Ce processus d’organisation collective repose souvent
plus sur des rapports de force que sur de la
consultation et est parfois utilisé pour brider la concurrence. Des principes de production de ces référentiels vont progressivement s’imposer et conduire à la
normalisation moderne dont les objectifs
dépassent la seule rationalisation de la production, en intégrant des préoccupations
d’ordre public.
2. Norme et règle de droit
Plusieurs définitions de la norme existent :
- L’ISO (ISO, 2001) définit la norme
comme « document, établi par consensus et
approuvé par un organisme reconnu, qui
fournit, pour des usages communs et répétés, des règles, des lignes directrices ou des
caractéristiques, pour des activités ou leurs
résultats, garantissant un niveau d’ordre
optimal dans un contexte donné » et ajoute
- il convient que les normes soient fondées
sur les acquis conjugués de la science, de la
technique et de l’expérience et visent à
l’avantage optimal de la communauté ».
- Plusieurs textes de la Commission européenne définissent la norme comme « une
spécification technique approuvée par un
organisme reconnu à l’activité normative
pour application répétée ou continue dont
l’observation n’est pas obligatoire ».
- Le décret du 26 janvier 1984 fixant le statut de la normalisation (JORF, 1999) précise que « la normalisation a pour objet de
fournir des documents de référence comportant des solutions à des problèmes techniques et commerciaux concernant les produits, biens et services qui se posent de
façon répétée dans des relations entre partenaires économiques, scientifiques, techniques et sociaux ». Dans un texte plus
récent, la tutelle de la normalisation en
France définit celle-ci comme « l’ensemble
des techniques qui ont pour objet de définir
les produits d’une part, comme l’ensemble
des méthodes de fabrication, d’analyse ou
d’essai de ces mêmes produits, d’autre
part » (SEI, 1999).
Ces définitions, qui se recouvrent largement, précisent plus ou moins les acteurs et
le champ de la normalisation. Le consensus
est en fait total sur le caractère facultatif de
l’application d’une norme, son élaboration
collective et concertée et sur le fait que son
application doit permettre une évaluation de
conformité exempte d’ambiguïté. Elles sont
adoptées par des entreprises pour gérer certains aspects de leurs relations contractuelles avec leurs clients (entreprises ou
particuliers) en facilitant les transactions
(harmonisation, interopérabilité, meilleure
gestion des risques). Un contrat ou un appel
d’offres peut explicitement faire référence à
une norme, liant volontairement sur ce
point les deux parties. Cette référence peut
être plus insidieuse ; par exemple, certains
grands donneurs d’ordre n’examinent pas
les offres de fournisseurs non certifiés
9001, sur la base de la norme NF/EN/ISO
9001 (relative au système de management
de la qualité).
Ce que ces définitions n’évoquent pas c’est
que ces normes reflètent un compromis daté
se traduisant par une certaine répartition des
risques techniques et économiques entre les
parties qui échangent un produit ou une
prestation, dans un contexte où ces
échanges peuvent avoir une influence sur
d’autres acteurs présents et à venir (externalisation de certains coûts…). L’évolution
de l’environnement technico-économique,
mais aussi socio-politique, conduit inéluctablement à des adaptations périodiques des
normes, à l’abandon de certaines et à la
création d’autres.
La règle de droit portant sur des spécifications techniques émane du pouvoir exécutif
ou législatif et son application est obligatoire. Ces règles, édictées le plus souvent
dans l’intérêt public, ont parfois été utilisées pour protéger les entreprises nationales
de la concurrence étrangère. En France,
depuis 1984 (SEI, 1999), il est demandé
que, dans l’élaboration de règlements et circulaires, soit fait référence à des normes,
pour éviter la possible contradiction de
textes réglementaires et parce que la
concertation préalable donne de plus
grandes chances aux textes d’être appliqués. Cette référence peut, à titre exceptionnel (voir JORF, 1984,1992 et 1999)
rendre obligatoire l’application de la
norme : au 20 décembre 2003,237 normes
françaises ou étrangères considérées
comme équivalentes sont dans ce cas. Cette
possibilité est amenée progressivement à
disparaître parce que ces normes peuvent
toujours être suspectées de constituer une
entrave technique aux échanges.
La référence à des normes non obligatoires
peut être vivement encouragée. C’est le cas
des appels d’offres qui émanent des administrations et établissements publics de la
Communauté européenne (JORF, 1994) et
l’un des objectifs de la normalisation pour
l’ISO (ISO, 2002). En France, dans les
appels d’offres de marchés publics (JORF,
1984), il est obligatoire de faire référence
aux normes européennes et, si nécessaire,
aux normes nationales ou autres normes
reconnues équivalentes ; on peut cependant
ne pas en imposer le respect si les exigences
techniques correspondantes sont « surdimensionnées » par rapport aux besoins
réels.
Historiquement la normalisation a d’abord
porté sur les activités de la mécanique et de
l’électricité. La liste du catalogue AFNOR
répertorie 39 domaines qui recouvrent des
activités de production de biens et services
dans différents secteurs. L’analyse des
contenus (SEI, 1999) montre qu’à la fin de
l’année 2003,40 % des normes portent sur
des spécifications ou caractéristiques de
produits, 30 %, sur les méthodes d’analyse
et d’essai qui mesurent les caractéristiques
de ces produits, 27 %, sur la terminologie,
métrologie, signes et symboles et 3 % sur
les règles d’organisation et les grandes
fonctions de l’entreprise.
Au 20 décembre 2003, trois types de document, représentant 98,6 % des 27939 documents produits, doivent être distingués
sachant que, dans tous les cas, les documents diffusés reflètent un large consensus
sur des pratiques amenées à se propager
rapidement :
- la norme homologuée (22 413 normes) est
codée NF en France, EN au niveau européen et ISO au niveau international ;
- la norme expérimentale (2 469 normes),
codée EXP au niveau français et ENV au
niveau européen (mais en voie de disparition), correspond à une sorte d’avant-projet
que l’on souhaite valider pendant un certain
temps pour s’assurer de son bien-fondé
avant de l’homologuer, éventuellement
après modification; au niveau international,
les TS (Technical Specifications) jouent un
rôle similaire ;
- le fascicule documentaire (2652 fascicules) est codé FD en France et HD au
niveau européen (repris au niveau national, sans obligation d’éliminer une norme
en conflit) et ISP au niveau international
- adopté en raison d’un consensus suffisant pour publication sans vote préalable).
Cette prolifération de documents nécessairement interdépendants pose des problèmes
de cohérence, AFNOR (2002) :
- entre la normalisation appliquée aux produits, et celles concernant les processus, les
services, les compétences,
- transversale entre les documents normatifs issus des différentes filières, concernant
différents secteurs d’activités et différents
types d’acteurs,
- entre les niveaux français, européen et
international.
La recherche de cette cohérence suppose de
promouvoir la synergie entre les différentes
filières de normalisation. Ce souci de cohérence est également l’une des préoccupations récemment exprimée par la Commission de la CE (CCE, 2003).
II. – LA PRODUCTION DE NORMES
Cette production de normes s’effectue dans
le cadre de structures spécifiques mobilisant des acteurs variés et utilisant des procédures particulières.
1. Les structures
On assiste à un partage des rôles et une
synergie croissante entre les structures
nationales, européennes et internationales,
les mêmes acteurs pouvant intervenir à ces
trois niveaux.
Les structures nationales
Les acteurs de la normalisation travaillent
dans des structures françaises, européennes et
internationales. Au niveau national français,
trois organismes ont une activité de normalisation reconnue, chacun dans un domaine différent : l’AFNOR, l’UTE et le CF/ETSI, les
deux premières publiant des normes élaborées dans des groupes de travail.
L’
AFNOR, Association française de normalisation, est une association loi 1901,
fondée en 1926. En décembre 2002, elle
comportait environ 2 400 membres associés
et titulaires. Les cotisations sont fonction de
leur importance économique mais, en 2003,
elles représentent seulement 4,46 % des
recettes du groupe AFNOR. Reconnue
d’utilité publique et subventionnée
(19,76 % du budget du groupe AFNOR en
2003) elle est placée sous tutelle du ministère chargée de l’industrie selon des modalités définies par le décret du 26 janvier
1984 (JORF, 1993). Ses missions, définies
[1]
par l’article 5 de ce décret, sont « de recenser les besoins de normalisation, d’élaborer
des stratégies normatives, d’animer l’ensemble du système d’élaboration des
normes et de coordonner les programmes
de normalisation des bureaux de normalisation, d’homologuer les normes et de diffuser et promouvoir les normes nationales ».
L’article 1 des nouveaux statuts de l’AF-NOR adoptés en 2001
[2], avec l’accord de la
tutelle détaille ces objectifs, en particulier
ceux d’animation et de promotion et y
ajoute un rôle de représentation des intérêts
français dans les instances européennes et
internationales non gouvernementales de
normalisation, conséquence directe de la
« nouvelle approche » européenne en
matière de directives (voir ci-après).
Le domaine électrotechnique est géré par
une autre association, l’UTE (Union technique de l’électricité), historiquement plus
ancienne, qui agit par délégation de l’AF-NOR. Enfin, le secteur des télécommunications est pris en charge par le CF/ETSI
(Comité français de l’ETSI), rattaché institutionnellement à l’AFNOR ; il ne publie
pas de normes et n’a qu’un rôle de coordination.
L’AFNOR est donc le pivot de la normalisation et forme avec les 27 bureaux de normalisation (fin 2003), le système français
de normalisation. Ces bureaux de normalisation, la plupart rattachés à des organismes
adhérant à l’AFNOR, sont agréés par l’État
pour un champ de compétences spécifique,
participent à la production de normes et,
depuis quelques années, sont obligatoirement engagés dans une démarche qualité.
La collection française est importante :
27939 documents normatifs répertoriés au
20 décembre 2003. À cette date, sur un total
de 22 413 normes homologuées nationales,
32,35 % viennent de l’AFNOR et 4,3 %, de
l’UTE, sans être proposées par une instance
supranationale. L’AFNOR, l’UTE et
CF/ETSI sont des acteurs importants des
instances européennes et internationales qui
jouent un rôle majeur dans cette production
de normes puisqu’elles sont à l’origine de
63,35 % des normes homologuées en
France. Cet « instantané » doit être complété par le fait qu’actuellement en un an, le
ratio 2002-2003 des « créations - annulations » de normes homologuées d’origine
exclusivement françaises est négatif et
représente une diminution de 2 % du stock
et que 86 % des nouvelles entrées viennent
du niveau européen (avec ou sans l’homologation ISO) et 6 % viennent directement
de l’ISO.
L’AFNOR est une personne de droit privé
qui, dans son activité d’homologation,
exerce une prérogative de puissance
publique assurant une mission d’intérêt
général, même si les normes ne sont que
d’application facultative. Cette délégation
garantit la prise en compte de la variété des
points de vue et une mobilisation d’expertises techniques qu’il n’appartient pas à l’État
de mettre en œuvre. L’usage de normes non
obligatoires mais considérées comme souhaitables, parce que leur adoption progressive structure les relations économiques au
même titre que les textes qui s’imposent à
tous, structure la vie économique en assurant des conditions de sécurité, d’interopérabilité des produits, mais aussi en structurant les échanges d’informations qui jouent
un rôle majeur dans l’économie moderne.
On est en présence d’une application du
principe de subsidiarité : la régulation par
l’État est sans objet si les acteurs sont
capables de s’auto-réguler d’eux-mêmes
dans des conditions conformes à l’intérêt
public. Pour s’en assurer, l’État encadre
fortement cette délégation.
- Le groupe interministériel des normes
est chargé d’assister le ministre chargé de
l’industrie dans la définition des orientations de la politique nationale et internationale des pouvoirs publics en matière de
normes et dans l’évaluation des résultats de
cette politique. C’est un lieu de discussion
et de réflexion interministériel qui choisit
les sujets sur lesquels l’État doit prendre
position (exemple : référence aux normes
dans les marchés publics, utilisation des
normes dans le cadre réglementaire, rôle de
l’État en matière de qualité, etc.). Le délégué interministériel aux normes, placé
auprès du ministre chargé de l’industrie,
exerce les fonctions de rapporteur général
du groupe interministériel des normes et de
commissaire du gouvernement auprès de
l’AFNOR. L’État est représenté au conseil
d’administration par six fonctionnaires
venant des ministères plus particulièrement
concernés par la normalisation et a un droit
de regard sur la nomination du DG de
l’AFNOR.
- Le programme général des travaux de
normalisation est arrêté chaque année par
l’Association française de normalisation en
fonction des besoins recensés par elle
auprès des partenaires économiques et
sociaux et des bureaux de normalisation. Il
tient compte des priorités nationales, exprimées notamment dans le Plan. Les avantprojets peuvent faire l’objet d’une instruction impliquant une publication au JO et au
BON (Bulletin officiel de la normalisation),
afin de contrôler leur conformité à l’intérêt
général et de vérifier qu’ils ne soulèvent
aucune objection de nature à en empêcher
l’adoption. Certaines observations, difficiles à prendre en compte, conduisent à la
saisine du délégué interministériel aux
normes, lequel peut s’opposer à l’homologation d’un projet de norme. En tout état de
cause, ce droit de veto est effectivement utilisé lorsqu’un texte proposé n’est pas
acceptable pour l’administration, notamment lorsqu’il y a tout lieu de penser que les
conditions du consensus n’ont pas été respectées par le système (c’est-à-dire, souvent, dans ce cas, sur intervention d’un
acteur privé). S’il s’agit de normes adoptées
par les organismes européens, la clause de
sauvegarde est parfois invoquée et,
généralement, le texte litigieux fait rapidement l’objet d’une révision. En 2001, cette
clause a été invoquée 530 fois par l’ensemble des pays de l’UE (dont 501 en
application des directives « Basse tension »
et « Compatibilité électromagnétique »),
mais les efforts entrepris par la Commission
pour améliorer l’application des directives
« nouvelle approche » devrait limiter ce
type de restrictions, CCE (2003), sauf sans
doute chez les nouveaux membres de l’UE.
Les structures européennes
Le
CEN, Comité européen de normalisation, créé en 1961, regroupe 22 pays européens
[3] et 8 organisations européennes
affiliées (comme l’European Chemical
Industry Council). Il a a publié
8878normes (au 30 juin 2003) et est à
l’origine de 24,2 % des normes homologuées par l’AFNOR, sans être en même
temps homologuées par l’ISO
[4]. Le travail
de normalisation y est effectué dans
279 comités techniques (en 2003, dont
54présidés par des Français), subdivisé en
groupes et sous-groupes de travail dont le
secrétariat est assuré par l’un des instituts
nationaux de normalisation. Les normes
EN, adoptées à l’issue d’une procédure de
vote pondéré, sont obligatoirement reprises
immédiatement dans les pays membres,
sauf cas d’incompatibilité avec la réglementation nationale ou de demande de délai
pour faciliter la transition ou de clause de
sauvegarde mobilisée si certains aspects
importants de sécurité ont été oubliés. En
conséquence, les normes nationales contradictoires sont éliminées. Si le consensus est
jugé insuffisant, c’est un document d’harmonisation intégrant des dispositions particulières à chaque état qui est proposé au
vote et non une norme.
Le CENELEC, Comité européen de
normalisation électrotechnique (http ://
wwww. cenelec. org),créé en 1972 par
fusion des organismes créés en 1958
et 1960 par la CEE (devenu CE à la suite
du traité de Maastricht) et l’AELE (Association européenne de libre échange) a la
représentation de 23 pays européens (ceux
déjà membres du CEN + la Lithuatnie)
auxquels s’ajoute celle de 12 pays d’Europe de l’Est avec le statut d’affilié. Le
travail de normalisation y est effectué dans
70 comités techniques (en 2002, dont 15
présidés par des Français), subdivisé en
sous-comités et groupes de travail. Il est
financé à 70 % par ses membres et a
publié près de 4 537 documents normatifs
(au 30 juin 2003). Il est à l’origine de
2,0 % des normes homologuées par l’AF-NOR, sans être en même temps homologuées par le CEI (instance étudiée ultérieurement). Le CENELEC et le CEN
utilisent maintenant les mêmes locaux,
partagent un certain nombre de collaborateurs et ont le même règlement intérieur.
L’ESTI (European Telecommunications
Standards Institute) créé en 1988, reconnu
comme un organisme européen de normalisation en 1992, a publié plus de 2878 normes
(au 30 juin 2003). Il regroupe un millier de
membres représentant une cinquantaine de
pays (ce qui montre que son influence
dépasse largement le cadre de l’Europe). Le
travail de normalisation y est effectué dans
23 comités techniques (dont 15 présidés par
des Français). L’ESTI est à l’origine de
3,6 % des normes homologuées par
l’AFNOR.
L’Union européenne fait de la normalisation une pièce maîtresse de son dispositif de
régulation économique et la mise en
conformité du système de normalisation est
une condition préalable à toute nouvelle
entrée dans l’UE. La directive européenne
98/34 (JOCE, 1998) définit le rôle de ces
instances européennes de normalisation ;
elle est complétée par l’accord d’orientation signé le 13 novembre 1984 entre la
CEE (plus l’AELE, sauf la Suisse), le CEN
et le CENELEC. Une nouvelle version de
cet accord a été signée le 28 mars 2003 intégrant l’ESTI qui n’existait pas alors. La
confection des normes européennes est
confiée à ces organismes qui peuvent être
mandatés pour établir une nouvelle norme.
Ces mandats définissent la demande de la
Commission et peuvent faire l’objet d’un
financement spécifique (représentant plus
de la moitié du budget). Ces organismes de
normalisation doivent transmettre annuellement leur programme de normalisation. En
contrepartie, la commission s’engage à
faire référence aux normes européennes le
plus souvent possible. Une collaboration
existe entre le CEN, le CENELEC et
l’ESTI (groupe conjoint des présidents)
pour éviter omissions et, surtout, les
doubles emplois (par exemple au niveau des
technologies de l’information qui, par certains aspects, relèvent de ces trois organismes).
Les structures internationales
L’ISO (International Standard Organisation, hhttp :// www. iso. ch/ iso)regroupe
97comités membres, qui sont les organismes de normalisation les plus représentatifs (dont l’AFNOR qui siège au Conseil
de l’ISO jusqu’en 2004), 37 membres correspondants et 15 membres abonnés, ces
dernières catégories correspondant en général à des petits pays en voie de développement. L’ISO définit sa mission (ISO, 2002)
comme étant « d’établir une base solide et
équitable pour l’échange mondial de biens
et de services, incorporant tous les principaux éléments qu’exigent les forces du
marché et de la société : rationalité, applicabilité pratique, protection de l’environnement pour un développement durable, protection de la sécurité et de la santé et égalité
des chances dans le commerce mondial ».
Le CEN a signé plusieurs accords de coordination avec l’ISO, en particulier, l’accord
de Vienne en 1991.
Sa production de normes, (18), est organisée comme celle du CEN avec 188 comités
techniques (dont 19 présidés par des
Français, en 2003), 550 sous-comités
et 2 175 groupes de travail. Sur les
1 736 normes ISO publiées au
31 décembre 2002, environ 40 % portent
sur des produits finis, 26 % sur les matériaux de base, 11 % sur le transport. Les
normes publiées par l’ISO et reprises aux
catalogues du CEN et de l’AFNOR représentent 12,2 % de l’ensemble des normes
homologuées par l’AFNOR (s’ajoutant
donc aux 24,2 % de normes homologuées
par l’AFNOR ayant une origine exclusivement communautaire). Les différences par
rapport au CEN portent sur le mode d’adoption (majorité des trois quarts) et leur application (les organismes nationaux sont libres
de ne pas les adopter). L’obligation de révision quinquennale est commune à l’ensemble des organismes de normalisation
(nationaux, européens et internationaux).
La CEI (Commission électrotechnique
internationale) regroupe les comités
nationaux représentatifs du secteur :
47membres titulaires (dont l’UTE et le
CENELEC) plus des membres associés.
C’est la source principale des normes
homologuées de l’AFNOR pour le secteur
électrique, avec 11,9 % du total des normes
homologuées (tous secteurs confondus), à
comparer avec les 6,3 % de normes de
source française ou européenne.
L’influence française ne se limite pas aux
présidences de comités. Elle passe aussi
par la réponse aux appels d’offres lancés
par le CEN, le CENELEC, l’ESTI et l’ISO
et par la défense de la langue française sous
différentes formes ayant généralement un
impact financier (aides à la traduction,
etc.).
2. Les acteurs
On examinera le cas français, étant entendu
que l’on retrouve ces mêmes catégories
d’acteurs au niveau européen et international.
L’AFNOR est une structure d’accueil dans
laquelle de nombreux acteurs interviennent.
Les quelque 30000 experts des commissions de normalisation sont listés nominativement dans chaque document normatif
homologué. Cette information permet de
repérer les organisations qui se mobilisent
pour établir ces normes puisque ces
membres, choisis en raison de leur réputation bien établie dans le domaine couvert
par la commission, sont missionnés dans ce
travail par une organisation adhérente.
- On trouve d’abord des représentants de
grandes entreprises dont l’intérêt est d’anticiper l’évolution de contraintes techniques reprises dans le dispositif de libre
circulation des biens (voir ci-après), la
réduction de l’incertitude étant fondamentale dans l’élaboration des stratégies. Ces
grandes entreprises y trouvent la possibilité de peser sur les orientations retenues
dans un sens qui ne détériore pas leur
positionnement concurrentiel, ce qui ne
signifie pas que des compromis collectifs
ne puissent être trouvés, permettant à tous
d’être gagnants. On peut ajouter que la
participation d’une entreprise à une commission rejaillit sur l’image de l’entreprise et qu’elle peut, au sein de ces entreprises, renforcer ou préserver ses
avantages compétitifs.
- De tout temps ont existé des organisations regroupant les acteurs d’une même
branche d’activité ou exerçant le même
métier (corporations, guildes, ordres, etc.)
à des fins de régulation, de défense ou
d’adaptation aux évolutions techniques et
économiques. De nos jours, ces besoins
sont couverts par des organismes variés,
auxquels peuvent être adossés des bureaux
de normalisation (détenteurs de l’agrément) : centres techniques comme le
CETIM (Centre d’études techniques des
industries mécaniques), syndicats professionnels comme le FNTR (Fédération
nationale des transporteurs routiers), organisation professionnelle ou associations,
comme l’AFB (Association française des
banques). Ces organisations, dans lesquelles les grandes entreprises sont représentées, donnent aux PME la possibilité de
se faire entendre. La représentativité de ces
organisations fait qu’elles jouent un rôle
important dans l’émergence de nouvelles
normes à la fois parce que ce sont des
canaux crédibles de l’expression de nouveaux besoins à couvrir mais aussi parce
qu’elles sont en mesure d’apporter des
moyens techniques à leur élaboration.
- Des représentants de l’État siègent souvent dans les commissions et le délégué
interministériel a un représentant dans tous
les comités d’orientation stratégique de
l’AFNOR, pour les raisons évoquées cidessus.
- Certaines commissions comportent des
universitaires, généralement à la demande
des pouvoirs publics; ceux-ci apportent des
connaissances fondamentales et les garanties scientifiques indispensables à l’établissement de certaines normes.
- Pour terminer, on peut signaler que certaines commissions accueillent, à titre gratuit, des représentants d’organismes représentatifs des intérêts à dimension sociale
prépondérante : associations d’organisation
de consommateurs ou de protection de l’environnement.
Cette énumération montre que toutes les
composantes de la vie économique sont
parties prenantes de ce courant de normalisation, l’importance relative de la représentation de ces différents acteurs variant
selon la mission assignée aux commissions.
Le conseil d’administration de l’AFNOR
est composé de 26 à 38 membres : 18 à
30 membres élus (pouvant aller jusqu’à
25 représentants des professions et
5 représentants des intérêts des consommateurs, des partenaires sociaux et des
collectivités territoriales), 2 représentants
du personnel de l’AFNOR et 6 fonctionnaires représentant des ministères
[5]. Le
président est normalement choisi parmi les
professionnels qui représentent 60 % des
membres. La nomination du président et
du directeur général par le conseil d’administration est prononcée avec l’approbation des pouvoirs publics. Le délégué
interministériel aux normes participe aux
séances du conseil d’administration, ainsi
que le contrôleur d’État, le premier en tant
que commissaire du gouvernement et le
second en raison des financements spécifiques de cette association.
Selon les statuts de l’AFNOR, le COP
(Comité d’orientation et de programmation) est rattaché au conseil d’administration, comporte six représentants des professions au sein desquels sera choisi son
président, deux représentants de l’État et
quatre personnalités, joue un rôle important. Il est chargé de préparer les objectifs et
les priorités générales des programmes de
normalisation, d’en assurer la cohérence
par rapport aux politiques nationales, européennes et internationales, de proposer des
recommandations sur les moyens qui leur
sont affectés et d’en mesurer les résultats.
Une quinzaine de COS (Comités d’orientation stratégiques) gèrent et orientent chacun
un grand programme de normalisation
[6] qui
rassemble l’état des travaux aux niveaux
international, européen ou national, pour un
secteur déterminé ou pour un domaine
transversal.
3. les procédures
La création de la Comunauté européenne,
par le traité de Rome de 1957, s’est fondée
sur l’idée d’une constitution préalable d’un
marché unique, reposant sur le principe de
libre circulation des marchandises
(articles 9 à 37), avant d’aller plus loin sur
le plan politique. Les obstacles à cette libre
circulation sont les droits de douanes qui
rendent moins attractifs financièrement les
produits importés, les contingentements qui
limitent les importations de certains produits et les dispositions d’ordre législatif ou
réglementaire limitant la liberté de vente de
produits et services dans un pays. Ces interdictions et restrictions peuvent se justifier
selon l’article 36 du traité par des considérations « de moralité publique, d’ordre
public, de sécurité publique, de protection
des personnes et des animaux ou de préservation des végétaux, de protection des trésors nationaux ayant une valeur artistique,
historique ou archéologique ou de protection de la propriété industrielle et commerciale » qui ajoute « ces interdictions ou restrictions ne doivent constituer ni un moyen
de discrimination arbitraire, ni une restriction déguisée dans le commerce entre États
membres ». Ce dernier point vise les
mesures prises pour protéger les entreprises
nationales de la concurrence internationale,
souvent qualifiées d’entraves non tarifaires.
Si les considérations de moralité publique
et d’ordre public sont largement de nature
socio-culturelle, celles relatives à la protection des personnes ont des fondements plus
objectifs qui n’empêchent pas une part
importante d’arbitraire pouvant limiter la
libre circulation des biens. En effet, cette
sécurité est atteinte en imposant aux biens
et aux prestations de service, le respect de
spécifications fonctionnelles minimales.
L’appréciation des seuils souhaitables porte
sur des grandeurs variant de manière continue (température, intensité, résistance, etc.
en matière de sécurité électrique) et les
impératifs de sécurité sont respectés pour
des plages de valeurs de paramètres, alors
qu’un seuil sera généralement retenu dans
un texte réglementaire (température maximale, par exemple). Le consensus assez
facile à obtenir sur les plages de valeur ne
peut se faire, sans concertation sur les
seuils. Cette volonté de créer le marché
commun impliquait donc non seulement
l’élimination de pratiques contestables mais
aussi un effort majeur d’harmonisation.
Jusqu’à la fin des années soixante-dix, la
CEE utilise massivement l’arme de la directive européenne pour réduire les entraves à
la libre circulation des biens. Des dispositions nationales sont alors remplacées par
des dispositions communautaires acceptées
par tous. Cette approche, conduisant à
recréer un environnement réglementaire
complet, sur la base de consensus, a connu
rapidement des limites, puisque quelques
centaines de directives seulement ont pu
voir le jour au début des années quatrevingt (exhaustivité difficile à atteindre,
consensus difficile à obtenir, absence de
prise en compte de spécificités régionales,
importance croissante du contentieux).
L’objectif du marché unique avant le
31 décembre 1992 conduit à un changement radical de méthode de travail. La
reconnaissance mutuelle, l’harmonisation,
puis la publicité de nouvelles réglementations, sont les dispositifs complémentaires
qui fondent aujourd’hui la libre circulation
des biens dans l’UE.
Le principe de reconnaissance mutuelle
des législations nationales, adopté en 1999
(JOCE, 2000) conduit à accepter l’importation d’un produit fabriqué et commercialisé
dans un autre état membre dont il respecte
la réglementation, éventuellement en s’appuyant sur une norme nationale, même s’il
ne respecte pas la réglementation du pays
importateur. Autrement dit, si les moyens
techniques mis en œuvre diffèrent selon les
pays, ces réglementations sont équivalentes
dans l’atteinte des exigences impératives
d’intérêt général tenant, notamment, à la
protection de la santé publique, à la loyauté
des transactions commerciales et à la
défense des consommateurs. Une réglementation qui ne se justifierait pas par les
considérations de l’article 36, d’interprétation restrictive, ne peut alors être opposable. Cette approche autorise une certaine
variété des produits qui serait plus limitée
avec une norme unique.
L’harmonisation par voie de directives
subsiste mais change radicalement de
nature. En 1985, une résolution du Conseil,
(JOCE, 1985, et CCE, 2000), met en place
une « nouvelle approche » en matière
d’harmonisation technique et de normalisation en réduisant le contenu des directives
aux seules « exigences essentielles » assurant la protection de l’intérêt public en
fixant les résultats à atteindre ou les dangers
à traiter – sans spécifier de solution technique pour y parvenir – que doivent respecter les produits mis sur le marché pour
bénéficier de la libre circulation dans la
Communauté. Les spécifications techniques font l’objet de normes européennes
harmonisées ; on parle encore de normes
mandatées. L’application de ces normes ou
d’autres normes est laissée à la discrétion
du fabricant qui garde la possibilité d’appliquer d’autres spécifications techniques pour
satisfaire aux exigences essentielles. Les
produits fabriqués conformément aux
normes harmonisées sont présumés
conformes aux exigences essentielles correspondantes. Vingt-cinq directives « nouvelle approche » ont été prises et la Commission européenne envisage de mettre au
point rapidement une « directive de base
commune », pour harmoniser les contenus
de ces directives et limiter les risques d’incohérences pour les produits relevant de
plusieurs directives (CCE, 2003).
L’évaluation de la conformité se fonde sur
l’« approche globale » définie par une
résolution du Conseil de 1989 (JOCE,
1989) et une décision du Conseil de 1993
(JOCE, 1993). Une approche cohérente est
développée dans la législation communautaire par l’établissement des modules relatifs aux différentes phases des procédures
d’évaluation de la conformité (conception,
production) ainsi que des critères relatifs à
leur utilisation, à la désignation et à la notification d’organismes devant intervenir
dans ces procédures et à l’utilisation du
marquage CE. L’utilisation des normes
européennes relatives à l’assurance de la
qualité (série EN ISO 9000) et aux exigences auxquelles doivent répondre les
organismes d’évaluation de la conformité
devant intervenir dans l’assurance de la
qualité (série EN 45000) est généralisée, ce
qui implique la création de systèmes
d’accréditation. Diverses mesures d’accompagnement facilitant la convergence des
pratiques nationales sont également retenues. L’évaluation de la conformité d’un
produit, conditionnant sa première mise sur
le marché européen, repose sur l’audit des
techniques de contrôle interne de la conception et de la production d’un produit permettant de s’assurer du respect des exigences essentielles du produit. Il est
effectué par un organisme tiers, qualifié
d’organisme notifié (1015 organismes
notifiés à la Commission, au 30 octobre
2002, CCE (2003)). Le choix de ces organismes certificateurs relève de la compétence de chaque état et implique une évaluation pour déterminer sa compétence
technique, sa capacité à assurer les procédures d’évaluation de la conformité et ses
qualités d’indépendance, d’impartialité et
d’intégrité. En France, le COFRAC
(Comité français d’accréditation), chargé
de cette accréditation, a reconnu une quarantaine d’organismes et participe aux
accords de reconnaissance des rapports et
certificats émis sous le couvert d’accréditation d’un rapport étranger. La compétence
de l’organisme notifié fait l’objet d’une surveillance, assurée à intervalles réguliers et
répondant à la pratique établie par les organismes d’accréditation. Pour l’industriel, ce
dispositif implique une grande rigueur dans
la documentation technique relative aux
produits et aux procédures et l’intervention
d’organismes tiers. Le développement des
certifications ISO 9000 est très lié à ce dispositif.
Les instituts européens de normalisation,
regroupés dans le CEN, le CENELEC et,
ultérieurement, l’ESTI sont chargés d’élaborer les spécifications techniques sous
forme de normes nécessaires à la législation
communautaire (sans tutelle directe de la
CEE sur ces instituts ou même représentation dans les organes de décision). Ces
normes conservent leur caractère facultatif;
la normalisation européenne devient le
complément indispensable de la réglementation. La technique du renvoi aux normes
instaure une complémentarité entre les
cadres réglementaire et volontaire. Les
normes européennes respectent les « exigences essentielles » définies par les directives de la « nouvelle approche » ; les produits qui les respectent (le plus souvent par
une attestation délivrée par un organisme
accrédité) bénéficient d’une présomption de
conformité aux « exigences essentielles »
définies par les directives tandis que ceux
qui ne les respectent pas doivent établir la
preuve de cette conformité pour pouvoir
librement circuler entre états (marquage
« CE »). Bien évidemment, en l’absence
d’une norme européenne, c’est le principe
de reconnaissance mutuelle qui s’applique
pour permettre la libre circulation des
biens.
Un dernier dispositif, de type préventif, parachève l’édifice. La directive 98/34/CE fixe
une procédure permettant d’éviter les nouvelles entraves aux échanges, qui résultent
de l’adoption de normes et de réglementations techniques nationales divergentes. Les
États membres sont obligés de notifier leurs
projets de réglementations et de normes
techniques à la Commission et aux autres
États membres. Un délai de trois mois, sauf
impératifs liés à la santé publique ou la protection des animaux ou des plantes, est mis
à profit pour éviter l’adoption de réglementations contestables et, en cas de problème,
une concertation est requise.
Pour compléter ce panorama, il faut indiquer qu’au niveau international, le GATT
(General Agreement on Tarifs and Trade,
institué en 1947), remplacé par l’OMC
(Organisation mondiale du commerce) en
1994 vise, lui aussi toutes les mesures protectionnistes et cherche à éliminer les
entraves tarifaires et non tarifaires existantes. L’AOTC (Accord sur les obstacles
techniques au commerce) envisage des
moyens permettant d’éliminer les obstacles
techniques au commerce en cherchant à
obtenir l’abolition des normes essentiellement protectionnistes.
L’identification du besoin de création d’une
norme technique européenne peut avoir
quatre origines : un document homologué
par l’ISO ou le CEI est présenté au CEN
pour homologation ; un besoin est détecté
par un groupe de travail travaillant dans un
domaine connexe; un besoin est détecté par
un organisme national de normalisation
membre du CEN; une demande de création
de norme est formulée par la CEE (ou de
l’AELE). La proposition est présentée à un
bureau technique du CEN/CENELEC qui
décide de la suite à donner dans les trois
premiers cas, le quatrième conduisant
nécessairement à l’établissement d’un devis
et d’un calendrier. Trois méthodes de création de cette nouvelle norme sont
possibles :
- l’ISO ou le CEI, obligatoirement informé
du projet, peut prendre en charge la création
de la norme à établir ;
- il existe déjà une norme nationale ou
internationale considérée comme pertinente ; un questionnaire est alors envoyé
aux organismes membres qui ont trois mois
pour faire parvenir leurs observations ; il y
aura ensuite un vote formel qui conduira à
son adoption ou à son renvoi à un comité
technique pour aménagement ;
- comité technique est chargé de l’élaboration de la norme, souvent en partant de
normes existantes servant de base de travail.
On a vu qu’une partie des normes est d’origine nationale. Ceci s’explique par les arbitrages qui, au niveau européen, ne permettent pas de tout mettre en chantier. En
France, les besoins nationaux non couverts
au niveau européen conduisent à mettre en
production de nouvelles normes qui font
alors partie du programme général des travaux de normalisation arrêté par le conseil
d’administration de l’AFNOR. En France,
la certification des produits et service est
encadrée par le code de la consommation
(articles L. 115-27 L. 115-33 et R. 115-1 à
R. 115-12) ; elle se fait sur la base d’un
référentiel normatif ou non, définissant un
ensemble de caractéristiques à garantir pour
le client final et s’inscrit le plus souvent
dans le cadre d’une démarche qualité.
III. – L’AVENIR
DE LA NORMALISATION
Les justifications de la normalisation sont
multiples. L’ISO avance quatre familles
d’arguments qui semblent bien résumer
l’opinion des promoteurs de la normalisation :
- contribuer à rehausser les niveaux de qualité, de sécurité, de fiabilité, d’efficacité et
d’interchangeabilité et procurer ces prestations à un coût économique,
- contribuer à un développement, une production et une livraison des produits et services plus efficaces, plus sûrs et plus
propres,
– rendre les échanges commerciaux entre
les pays plus aisés et plus équitables,
– protéger les consommateurs et plus généralement les utilisateurs des produits et des
services et leur simplifier la vie.
L’accord d’orientation du 28 mars 2003
signé entre la CEE, l’AELE (http ://
w
www. efta. int)et les trois organisations
européennes de normalisation (CEN,
CENELEC et ESTI) reprend ces arguments. Des considérations européennes s’y
ajoutent : marché unique, intégration technique européenne, promotion des intérêts
européens. Des préoccupations supplémentaires et plus récentes sont évoquées protection de l’environnement, développement
durable
[7], influence accrue des organisations
non gouvernementales. Ces objectifs sont
considérés comme des fondements de cet
accord d’orientation.
Dans leurs documents décrivant leurs stratégies, l’ISO (ISO, 2002) et l’AFNOR
(AFNOR, 2002) pointent plusieurs facteurs
jouant un rôle important dans l’évolution du
contexte normatif et laisse penser que le
courant de la normalisation est appelé à
jouer un rôle croissant dans les années à
venir.
- Les problèmes répétitifs qui se posent aux
entreprises et qui sont à l’origine de leurs
besoins de normalisation se sont mondialisés : vieillissement démographique des
populations des pays développés, tertiarisation de l’économie (ce qui inclut les services associés à un produit tout au long de
son utilisation (soutien logistique intégré),
la gestion des compétences et des connaissances), convergence des technologies des
secteurs sous l’effet de la numérisation
estompant ou complexifiant les frontières
traditionnelles entre secteurs, libéralisation
accrue conduisant à de nouvelles modalités
de régulation économique, montée en puissance du commerce électronique, mondialisation des marchés conduisant à des préoccupations accrues de sécurité, qualité,
traçabilité, développement durable et équitable.
- Le renforcement et l’internationalisation
des organisations de consommateurs, de
défense de l’environnement et de divers
droits fondamentaux pèse sur l’orientation
normative par des exigences plus marquées
en matière de sécurité et de préservation de
l’environnement qui conduisent à la mise
au point de règlements nouveaux et plus
contraignants, susceptibles de constituer
des obstacles au commerce en l’absence de
coordination.
- La création de nouvelles zones économiques comme l’Ansea (Association des
nations du Sud-Est asiatique) ou l’Alena
(Accord de libre échange nord américain)
introduit de nouveaux niveaux de négociation portant sur l’ouverture des marchés, la
régulation et la loyauté des transactions.
- Les pouvoirs publics français et européens privilégient une articulation
norme/règlement mais ce point de vue n’est
pas partagé par tous, de même que le type
d’articulation à privilégier. Certaines organisations internationales maintiennent une
activité productrice de normes (Codex Alimentarius, CEE-ONU, etc.).
- Plusieurs évolutions technologiques
transforment le contexte économique et
déplacent les enjeux, en particulier les technologies de l’information et de la communication, celles de l’énergie (renouvelées
par les préoccupations relatives à l’effet de
serre et au changement climatique) et celles
du vivant.
Pour toutes ces raisons, le mouvement de
normalisation ne peut que prospérer et
orienter le fonctionnement de l’économie
et, en particulier, celle de l’Union européenne car, si l’application des normes est
volontaire, pour accéder au marché européen, les entreprises doivent se plier aux
procédures d’évaluation de la conformité
aux normes européennes. Cela étant, la
faiblesse du financement public du système de normalisation le conduit à chercher des moyens complémentaires. Au
niveau européen, cela se traduit par une
ouverture, jugée parfois excessive, d’ateliers à des participants pas toujours européens mais capables d’amener ces financements. Le biais qui en peut en résulter
(adoption de documents d’origine parfois
purement privée) constitue un risque à ne
pas sous- évaluer.
Cette réglementation européenne, à fort
effet particulièrement structurant sur l’organisation de la production et du commerce, constitue un fait majeur trop souvent méconnu dans les enseignements de
gestion.
·
AFNOR, La stratégie du système français de normalisation 2002-2005 face à la mondialisation et pour un développement durable, AFNOR, Paris, 2002.
·
CEE, Commission des communautés européennes, « Guide relatif à la mise en application
des directives élaborées sur la base des dispositions de la nouvelle approche et de l’approche
globale », 2000.
·
CEE, Commission des communautés européennes, Communication de la Commission au
·
Conseil et au Parlement européen, « Améliorer l’application des directives “nouvelle
approche”», COM(2003) 240 final, 7 mai 2003.
·
Giard V., Gestion de la production et des flux, 3e édition, Economica, 2003.
·
Igalens J. et Penan H., La normalisation, PUF, 1994
·
ISO, Stratégies de l’ISO 2002-2004 ((http :// www. iso. org/ iso/ fr/ aboutiso/ strategies/isostrate-gies2002-F.pdf).
ISO, ISO in figures, janvier 2003.
·
ISO, Directives ISO/CEI, partie I – Procédures pour les travaux techniques et partie II –
·
Règles de structure et de rédaction des normes internationales, 2001.
·
JOCE, Journal officiel des communautés européennes, Résolution du conseil du 7 mai 1985
concernant une nouvelle approche en matière d’harmonisation technique et de normalisation,
85/C 136/01.
·
JOCE, Journal officiel des communautés européennes, Résolution du conseil du
21décembre 1989 concernant une approche globale en matière d’évaluation de la conformité, 90/C 10/01.
·
JOCE, Journal officiel des communautés européennes, Décision du conseil du 22 juillet 1993
concernant les modules relatifs aux différentes phases des procédures d’évaluation de la
conformité et des règles d’apposition et d’utilisation du marquage « CE » de conformité destinés à être utilisé dans les directives d’harmonisation technique, 93/465/CEE.
·
JOCE, Journal officiel des communautés européennes, Directive du Parlement européen et
du Conseil prévoyant une procédure d’information dans le domaine des normes et réglementations techniques et des règles au service de la société de l’information, 98/34/CE modifiée par la directive 98/48/CE (qui donne la version consolidée des dispositifs adoptés).
·
JOCE, Journal officiel des communautés européennes, Résolution du conseil du 28 octobre
1999 sur la reconnaissance mutuelle, 2000/C 141/02.
·
JORF, Journal officiel de la République Française, Décret n° 84-74 du 26janvier 1984 fixant
le statut de la normalisation, modifié par les décrets n° 90-653 du 18 juillet 1990, n° 91-283
du 19 mars 1991 et n° 93-1235 du 15 novembre 1993.
·
JORF, Journal officiel de la République Française, circulaire du 5 juillet 1994, relative à la
référence aux normes dans les marchés publics et les contrats soumis à certaines procédures
communautaires.
·
JORF, Journal officiel de la République Française, circulaire du 26 janvier 1984 sur la référence aux normes dans les marchés publics et la réglementation
·
JORF, Journal officiel de la République Française, Arrêté du 20 octobre 1984, modifié par
les arrêtés du 10 janvier 1985 et du 15 janvier 1992, portant mise en application obligatoire
de normes.
·
SEI, Secrétariat d’État à l’industrie, 100 normes clés pour la France de l’an 2000, Édition
de l’industrie, 1999.
[1]
La formulation retenue ici, extraite d’un ouvrage récent de la tutelle de l’AFNOR, diffère légèrement de l’article 5 du décret et reflète un renforcement de certaines missions. La mise en place, postérieurement à ce décret,
d’une « nouvelle approche » des directives européenne renforçant considérablement le rôle des organismes de normalisation explique ce changement de formulation.
[2]
Dans ces statuts, l’AFNOR a pour buts :
– d’exercer une mission générale de recensement des besoins en normes nouvelles, de coordination des travaux de
normalisation, de centralisation et d’examen des projets de normes, d’approbation des projets en vue de leur publication, de diffusion des normes, de promotion de la normalisation, de formation aux techniques de normalisation,
ainsi qu’au contenu des normes, de représentation des intérêts français dans les instances régionales (européennes
notamment) et internationales non gouvernementales de normalisation,
– d’unifier les règles sur lesquelles la normalisation doit être basée,
– d’élaborer des normes et développer des certifications,
– de coordonner les mesures destinées à faciliter l’application de la normalisation et, d’une façon générale, d’encourager son développement en France.
[3]
Les membres du CEN (
(http :// www. cenorm. be/ )regroupent les organisations venant des membres de l’Union
européenne et une partie de l’AELE (l’ensemble de ces pays, sauf la Suisse), forment l’espace économique européen créé au 1 janvier 1994. Il faut y ajouter des membres affiliés et des correspondants.
[4]
Les informations qui suivent sont celles de décembre 2003.
[5]
Ministères chargés de l’industrie, de l’agriculture, de la construction, de la défense, de la consommation et du
budget.
[6]
À la fin de l’année 2003, les 15 COS suivants fonctionnaient : agro-alimentaire, hygiène et sécurité du travail,
bâtiment et travaux publics, industrie pétrolière, construction mécanique, management et services, cycle de l’eau,
matériaux et leurs premières transformations, électrotechnique et électronique, santé, environnement, technologies
de l’information et de la communication, gaz, transport, habitat – sport/loisirs.
[7]
Décret du 21 février 2003 portant création du comité interministériel pour le développement durable, lequel se
définit comme « un développement qui s’efforce de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité
des générations futures à satisfaire les leurs » (rapport Brundtland établi pour l’ONU en 1987) et repose sur une plus
grande solidarité entre les générations et entre les peuples. Cette préoccupation est inscrite dans le Traité de
Maastricht.