Revue française de gestion
Lavoisier

I.S.B.N.sans
274 pages

p. 87 à 103
doi: en cours

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Audit

no 147 2003/6

2003 Revue française de gestion Audit

Les enjeux du marché de l’audit

Benoît Pigé
Pour obtenir une meilleure adéquation entre le prix acquitté par les entreprises et le service fourni par les auditeurs, une étude du processus d’audit montre que deux solutions sont envisageables. La première vise à favoriser le développement d’agences de notation des réseaux et des cabinets d’audit sur le modèle des agences de notation financière. La seconde solution vise à définir des outils pour permettre aux administrateurs membres du comité d’audit d’évaluer la qualité de la mission d’audit en cours de réalisation.
Le rôle essentiel de l’audit, à travers la certifi cation des comptes qui permet de « fiabiliser » certaines informations, est de réduire l’asymétrie d’information entre les détenteurs de l’information [1], qui sont en fait les décideurs, et les actionnaires ou les tiers contractants qui dépendent de cette information pour prendre leurs décisions propres. On pourrait ainsi penser que la tendance naturelle devrait être de favoriser les meilleurs. La disparition du réseau d’audit Arthur Andersen (liée à l’affaire Enron) indique que la relation n’est pas si évidente.
Arthur Andersen était le premier réseau d’audit. À certaines époques il le fut par son chiffre d’affaires mais, surtout, il l’a toujours été par sa « qualité », ou autrement dit par sa renommée [2]. Comment dès lors expliquer que le meilleur de la classe (appréciation qui n’était pas seulement subjective mais qui reposait également sur un certain nombre de facteurs objectifs) ait été défaillant ?
Les réponses à cette question sont le plus souvent techniques et liées à l’affaire Enron. Dans le processus d’audit des comptes d’Enron, les auditeurs d’Arthur Andersen n’ont pas respecté, ou fait respecter, toutes les normes comptables. L’associé signataire de la certification des comptes a accepté des mécanismes de déconsolidation discutables. Il y a eu une confusion entre les différentes missions assurées par le cabinet chez Enron (audit, conseil en organisation, optimisation fiscale, missions de contrôle interne, etc.). Certains responsables du cabinet d’audit ont fait détruire des documents de travail susceptibles de fournir des indications sur la qualité de l’audit.
Mais, en réalité, la question doit être posée différemment : quelles sont les évolutions du marché de l’audit qui ont permis cette disparition si rapide du réseau Arthur Andersen et cette réduction de cinq à quatre du nombre de grands réseaux internationaux ? Ce sera l’objet de notre première partie.
Notre seconde partie traitera de la modélisation de la qualité de l’audit et de la relation entre les ressources déployées par l’auditeur et la qualité de l’audit obtenue. Il semble évident de considérer l’audit comme une prestation uniforme qui pourrait être modélisée et s’appuyer sur un corpus de normes à respecter. En réalité, cette vision est très réductrice et ne rend pas compte de la richesse de l’audit. L’audit est une production humaine et, à ce titre, elle s’apparente davantage à un continuum de prestations possibles qu’à un domaine étroitement délimité. La qualité de l’audit n’est pas un élément unique, c’est une appréciation subjective qui dépend des attentes que chacun y place.
Notre troisième et dernière partie portera sur les solutions originales à apporter au problème de l’évaluation de la qualité de l’audit. Les actionnaires, et de manière générale tous les tiers qui contractent avec l’entreprise, souhaitent disposer d’une certaine confiance sur la sincérité des états financiers présentés. Comment le conseil d’administration peut-il évaluer la qualité de l’audit qui lui est fourni ? Quelles sont les solutions économiques qui pourraient être mises en œuvre pour aboutir à une meilleure adéquation entre les besoins de l’entreprise, en matière de réduction de l’asymétrie d’information, et les prestations offertes par les différents cabinets d’audit ?
 
I. – LES ÉVOLUTIONS DU MARCHÉ DE L’AUDIT
 
 
Les vingt dernières années montrent deux grandes évolutions (figure 1). La première est la concentration des grands réseaux d’audit, passés de huit à quatre, et la réduction de la concurrence qui en résulte. La seconde est la polarisation sur la question de l’indépendance comme facteur essentiel d’appréciation de la qualité de l’audit. Une conséquence directe de cette focalisation sur la question de l’indépendance est la pression des institutions pour inciter les cabinets à séparer de plus en plus fortement les activités d’audit de celles de conseil.
1. Une réduction de la concurrence
Parler de mondialisation de l’économie est devenue une banalité. Il apparaît tout aussi évident d’expliquer que les cabinets d’audit ont besoin de s’organiser en réseaux pour suivre leurs clients tout autour de la planète quand ces derniers ouvrent une filiale en Chine ou en Argentine. Le fait marquant de la dernière décennie est, sans doute, la généralisation de cette mondialisation à tout un tissu d’entreprises moyennes. Or, comme dans la plupart des autres secteurs d’activité économiques, on a assisté au cours des vingt dernières années à une réduction du nombre des acteurs majeurs. Par le biais des fusions, les grands réseaux d’audit, susceptibles d’offrir une prestation d’audit à peu près uniforme dans le monde entier, sont passés de huit à quatre. L’écart, en termes de chiffre d’affaires, entre le quatrième réseau international et le cinquième est de un à quatre (tableau 1). Si l’on retient le principal réseau français indépendant (RSM International, c’est-à-dire le cabinet Salustro-Reydel), l’écart de chiffre d’affaires est de un à cinq. De surcroît, cette différence de taille est sans doute accentuée par une intégration plus forte des quatre grands réseaux, par rapport aux réseaux concurrents de plus petite taille qui revêtent souvent davantage le caractère d’une fédération ou d’une association de cabinets d’audit. Il ne manque pas d’observateurs pour s’inquiéter de cet état de fait [3]. Pourtant, dans le domaine de l’acier, de l’aluminium, de l’alimentation, on observe une évolution similaire.
Figure 1
LES INTERROGATIONS SOULEVÉES PAR L’ÉVOLUTION DU MARCHÉ DE L’AUDIT
IMGIMGLES INTERROGATIONS SOULEVÉES PAR L’ÉVOLUTION 
DU M...IMGIMF
L’évolution de l’activité entre 2001 et 2002 s’explique, pour certains cabinets, par des changements de périmètre. PricewaterhouseCoopers a ainsi vendu à IBM son activité de conseil, ce qui a entraîné une baisse mécanique de son chiffre d’affaires consolidé (tableau 1). De même, KPMG s’est séparé d’une partie de sa branche conseil.
2. Une polarisation sur la question de l’indépendance
Il nous semble que cette réduction de la concurrence ne peut pas s’appréhender indépendamment d’un problème spécifique au marché de l’audit qui est la difficulté à évaluer la qualité de l’audit réalisé. Le marché de l’audit est marqué par une très forte asymétrie d’information entre le prestataire de service et le commanditaire. La question majeure apparaît alors de déterminer si l’entreprise cliente bénéficie d’un audit dont la qualité est en rapport avec les honoraires qu’elle verse (figure 1). De surcroît, cette question est rendue encore plus complexe par l’absence actuelle de publicité sur les honoraires d’audit versés [4].

Tableau 1
CHIFFRE D’AFFAIRES DES PRINCIPAUX RÉSEAUX INTERNATIONAUX (exercices 2000/2001 et 2001/2002)
IMGIMGTableau 1 
CHIFFRE D’AFFAIRES DES PR...IMGIMF
Tableau 1 CHIFFRE D’AFFAIRES DES PRINCIPAUX RÉSEAUX INTERNATIONAUX (exercices 2000/2001 et 2001/2002) Réseaux CA CA Évolution CA audit en 2000 (a) 2001/2002 2000/2001 % % PricewaterhouseCoopers 13 800’M$ 22 300’M$ – 38 % 39 % Deloitte Touche Tohmatsu 12 500’M$ 12 400’M$ 1 % 35 % KPMG 10 700’M$ 11 700’M$ – 9 % 50 % Ernst & Young International 10 100’M$ 9 900’M$ 2 % 57 % BDO International 2 395’M$ 2 203’M$ 9 % Grant Rhornton International 1 843’M$ 1 789’M$ 3 % RSM International 1 829’M$ 1 632’M$ 12 % (a) Cette information provient de Option Finance, n° 672, janvier 2002, p. 17. Source : La Profession comptable, n° 242, mars 2003, p. 30-31.
La Profession comptable, n° 242, mars 2003, p. 30-31.

Les problèmes d’évaluation de la qualité de l’audit ne sont cependant pas récents, même si l’actualité a braqué les projecteurs sur la dichotomie entre les attentes du public et la réalité de l’audit. Depuis DeAngelo (1981), on considère que : « la qualité de l’audit est l’évaluation par le marché de la probabilité jointe que l’auditeur va tout à la fois (a) découvrir une défaillance dans le système d’information comptable du client, et (b) mentionner cette défaillance ». Autrement dit, deux facteurs apparaissent comme essentiels pour la qualité de l’audit, il s’agit de la compétence (qui comprend la technique et la technologie d’audit mises en œuvre) et de l’indépendance (qui correspond à la capacité de révéler les anomalies relevées). Mais, un troisième élément apparaît également déterminant, c’est que la qualité de l’audit ne dépend pas seulement de ses qualités intrinsèques (qui sont difficilement observables par quiconque autre que l’auditeur), mais également de son évaluation par le marché. L’apparence apparaît au moins aussi importante que la réalité.
 
II. – LES DIFFÉRENTES APPROCHES DE LA QUALITÉ DE L’AUDIT
 
 
La définition de la qualité de l’audit repose donc sur deux piliers : la compétence et l’indépendance. Dans ces deux domaines il existe une forte asymétrie d’information entre l’auditeur et les utilisateurs des états financiers. Tant la compétence que l’indépendance sont des attributs difficiles à évaluer car ils reposent sur des facteurs propres à l’auditeur mais aussi sur des facteurs spécifiques à chaque mission. Dès lors, deux hypothèses se sont progressivement imposées. Selon la première, on n’évalue plus directement la compétence du cabinet mais sa capacité à mettre en œuvre les diligences estimées nécessaires. On se réfère ainsi au volume des heures de travail de l’auditeur. Selon la seconde hypothèse, on considère que l’indépendance de l’auditeur dépend étroitement de sa réputation, telle qu’elle se reflète à travers la taille du réseau, c’est-à-dire le volume des honoraires facturés.
Ces deux hypothèses tendent à s’avérer insuffisantes, voire même inadaptées, au regard des besoins variés de réduction de l’asymétrie d’information. Il apparaît ainsi nécessaire d’identifier de façon plus précise les différents types de prestations d’audit que les cabinets sont susceptibles de proposer.
1. La modélisation de la qualité et du coût de l’audit : la taille de l’entreprise cliente comme déterminant du volume de travail de l’auditeur
Selon cette hypothèse, plus le cabinet d’audit consacrerait de temps à la réalisation de l’audit et plus la probabilité de déceler des erreurs serait élevée. En France, le modèle de facturation de la Compagnie des commissaires aux comptes repose sur cette hypothèse : le volume des heures travaillées dépend de la taille de l’organisation (figure 2) [5].
Figure 2
NOMBRE NORMAL D’HEURES DE TRAVAIL EN FONCTION DE LA TAILLE DE L’ORGANISATION [6] (décret du 3 juillet 1985)
IMGIMGNOMBRE NORMAL D’HEURES DE TRAVAIL EN FONCTION 
DE ...IMGIMF
La figure 2 fait apparaître une zone de négociation entre les deux lignes. En effet, le nombre d’heures de travail correspond à une fourchette. De plus, chaque cabinet reste libre de négocier avec l’entreprise cliente le taux horaire de facturation qui sera appliqué (figure 3).
Le développement des organisations, et surtout la place croissante des nouvelles technologies de l’information et de la communication, ont rendu le modèle précédent en partie obsolète. En effet, le volume de temps passé n’est plus une garantie de la qualité technique de l’audit. L’utilisation d’outils informatiques permettant de faire des extractions, ou de réaliser des rapprochements entre des sources distinctes, rend parfois la notion de temps passé peu pertinente. Une très bonne maîtrise des requêtes informatiques, ainsi qu’une connaissance et une compréhension des systèmes de traitement de l’information de l’entreprise cliente, sont souvent des facteurs-clés pour obtenir une qualité technique de l’audit. Les coûts du cabinet d’audit, et par conséquent sa facturation ne peuvent plus, dès lors, être appréhendés uniquement en fonction du temps passé, mais ils doivent faire référence aux moyens techniques mis en œuvre, qu’il s’agisse d’outils informatiques ou de moyens humains très spécifiques intervenant à l’occasion de certains contrôles.
Figure 3
CHIFFRE D’AFFAIRES MOYEN PAR EMPLOYÉ SELON LES CABINETS COMPTABLES Exercice 2001/2002 (en millier d’euros)
IMGIMGCHIFFRE D’AFFAIRES MOYEN PAR EMPLOYÉ 
SELON LES CA...IMGIMF
la Profession comptable, n° 242, mars 2003, p. 20-21.
Le coût de l’audit n’est plus une fonction linéaire continue de la taille de l’organisation (figure 4). On observe des sauts technologiques impliquant un accroissement par palier du coût des ressources déployées autour de la mise en œuvre de l’audit. Ces sauts technologiques peuvent résulter de la complexité organisationnelle des entreprises auditées ou de la spécificité de leur environnement. Dans les deux cas, la prise en compte d’une dimension technologique supplémentaire s’impose pour répondre aux risques d’audit.
Figure 4
UNE MODÉLISATION DU COÛT DE RÉALISATION DE L’AUDIT
IMGIMGUNE MODÉLISATION DU COÛT DE RÉALISATION DE L’AUDITIMGIMF
Ainsi, dans une petite entreprise de distribution, le contrôle des fournisseurs peut se faire par un tri sur le volume des facturations effectuées ou sur le montant des dettes restant dues à la clôture, l’auditeur pouvant ensuite recourir à une sélection manuelle (éventuellement d’ailleurs en appliquant une procédure d’échantillonnage). Dans une entreprise de distribution plus importante, le travail de contrôle des fournisseurs, c’est-à-dire de l’enregistrement des achats devra reposer sur des tris informatiques [7] pour permettre de détecter les risques les plus significatifs. De surcroît, des contrôles renforcés devront porter sur la chaîne de contrôle interne conduisant à l’enregistrement comptable des factures fournisseurs. À partir du moment où le cabinet d’audit estimera qu’il ne peut plus recourir aux procédures de contrôle « manuelles » antérieures, il devra allouer un niveau de ressources plus important pour franchir un cap technologique.
2. Les faux enjeux de l’indépendance : la taille du réseau d’audit comme facteur déterminant de son indépendance
Cette seconde hypothèse porte sur l’indépendance des auditeurs et, plus spécifiquement, sur les facteurs représentatifs de cette indépendance. Aux critiques récurrentes faisant valoir qu’il n’existe pas de différence de qualité d’audit selon la taille du cabinet (critiques qui s’appuient parfois sur la comparaison avec d’autres secteurs économiques), DeAngelo (1981) a clairement expliqué que, si la taille n’était pas en soi un indicateur de compétence, elle n’en constituait pas moins une variable estimative de l’indépendance de l’auditeur, et donc de la qualité de l’audit. En effet, un cabinet d’audit offrant des prestations à un grand nombre d’entreprises clientes a plus à perdre en acceptant certaines compromissions [8] qu’un petit cabinet n’ayant que quelques clients et pour lequel la perte de l’un d’entre eux se traduirait par une catastrophe financière.
En fait, cette hypothèse repose elle-même sur une autre hypothèse qui est celle d’homogénéité interne de chaque cabinet d’audit. Autrement dit, l’approche en termes de réseaux d’audit n’est pertinente que s’il existe une très forte homogénéité des méthodes de travail et des pratiques de certification au sein de chaque réseau. Si cette hypothèse n’est pas respectée, c’est-à-dire si un réseau d’audit n’est que la consolidation de cabinets d’audit nationaux ou régionaux ne partageant (dans le cas extrême) qu’un logo commun, l’hypothèse de corrélation entre la taille du réseau et l’indépendance du réseau n’a plus de sens.
En effet si, pour un réseau, un client donné peut ne représenter que 1 % de son chiffre d’affaires, pour un cabinet local, cela peut représenter 20 % ou 30 %. Il est bien évident que si les règles de contrôle interne du réseau ne sont pas suffisamment développées, il existe un risque significatif de perte d’indépendance du réseau local. Ce cas de figure est apparu dans le cas d’Enron. L’associé signataire a perdu, de fait, son indépendance vis-à-vis de son client. Mais les procédures de contrôle interne n’ont pas permis de mettre en place les procédures de contrôle qualité qui auraient dû conduire à une certification avec réserves des comptes de l’entreprise.
En France, le même problème s’est posé lors de la certification des comptes de Vivendi Universal (printemps 2002). Les deux commissaires aux comptes étaient les cabinets Arthur Andersen et Salustro Reydel. Dans ces deux cabinets, l’associé signataire a accepté des principes comptables contestables. Mais, à la différence du réseau Arthur Andersen, les procédures de contrôle qualité en vigueur au sein du cabinet Salustro-Reydel ont conduit l’associé responsable de la doctrine comptable à s’opposer à l’associé signataire et à l’entreprise cliente. Le différend s’est tranché devant la COB (Commission des opérations de Bourse) qui a soutenu la position du responsable de la doctrine comptable. Vivendi Universal a donc été contraint d’adopter la position défendue par l’associé responsable de la doctrine comptable sous peine de voir ses comptes non certifiés.
3. L’arbitrage activités directes/activités support
Les deux hypothèses sur les moyens alternatifs de mesure de la qualité de l’audit, supposent qu’il existe une relative homogénéité dans la conduite d’une mission d’audit. Autrement dit, si l’auditeur applique scrupuleusement les normes édictées par la Compagnie des commissaires aux comptes (ou son équivalent dans les autres pays), l’audit atteindra son objectif sous réserve d’y avoir consacré le nombre d’heures prescrites et de conserver son indépendance vis-à-vis du client. En réalité, ce n’est pas si clair. Un auditeur peut appliquer les standards d’audit et ignorer complètement les réels risques d’audit de l’entreprise contrôlée. En effet, si les normes prévoient cette identification des risques, elles supposent implicitement que l’auditeur les a bien appréhendés. Or, cette identification des risques est justement le talon d’Achille de toute procédure standardisée car elle suppose que l’auditeur soit cultivé (qu’il comprenne le secteur d’activité de l’entreprise) et qu’il dispose de suffisamment de recul pour appréhender les conséquences de décisions en apparence bénignes. Ainsi, dans le cas Enron, la principale faute formelle reprochée à Andersen par rapport à l’application des principes comptables américains (les GAAP américains) a été le non respect d’un seuil de 3 % pour la SPE Chewco, une entité ad hoc non consolidée. Et pourtant, les malversations majeures n’ont pas eu lieu par rapport à cette entité mais par rapport à d’autres entités où les règles formelles étaient respectées (Power’s Report, 2002 ; Pigé, 2002).
Notre conclusion est donc que la qualité de l’audit est multiple et qu’elle dépend de facteurs annexes aux missions de contrôle proprement dits. Dans l’industrie, la performance d’une entreprise dépend souvent davantage de la qualité de ses activités support que de la productivité de ses activités de production (Lardy et Pigé, 2001). Il en est de même dans le domaine de l’audit. Mais quelles sont ces activités support ?
Elles sont de deux ordres :
  • Elles peuvent porter sur la compétence : il s’agit alors des activités de prestations spécifiques permettant à l’auditeur d’analyser le système informatique du client, ou de passer en revue les principaux contrats et leurs clauses spécifiques. Dans ces deux cas, l’auditeur dépend de compétences spéci-
  • ques en conseil informatique ou en conseil juridique et fiscal. Ces compétences ne sont pas mobilisées en permanence pour la réalisation des audits mais elles s’avèrent nécessaires pour approfondir un certain nombre de points sujets à des risques d’audit.
  • Elles peuvent porter sur l’indépendance : il s’agit alors des activités de contrôle internes au réseau d’audit. Dans toutes les grandes entreprises, la fonction d’audit interne tend à prendre une influence grandissante. Dans les réseaux d’audit, il s’agit d’une fonction critique, puisque c’est elle qui conditionne la survie du réseau et sa réputation vis-à-vis des clients.
Ces deux types d’activité support ne sont pas également réparties dans tous les cabinets d’audit. Elles coûtent cher, tant au moment de leur utilisation qu’en termes de mobilisation. L’auditeur ne peut pas nécessairement attendre que ces ressources soient disponibles pour y faire appel. Au contraire, ces ressources doivent être disponibles pour s’intégrer à la mission d’audit au moment où l’auditeur associé l’estimera nécessaire. Le niveau même de compétence de ces ressources n’est pas uniforme à travers les cabinets. Certains cabinets d’audit recruteront des auditeurs polyvalents, c’est-à-dire capables d’aborder certains aspects informatiques ou au contraire certains problèmes juridiques. D’autres cabinets, au contraire, feront appel à des spécialistes de ces différents domaines. Le coût des ressources déployées n’est pas le même, et par conséquent la facturation, correspondant à la valeur créée pour le client, ne pourra pas être identique.
La conséquence directe de cette approche en termes d’activité support concerne le débat sur la séparation des activités d’audit et de conseil. L’étude de la répartition par nature des honoraires des grands réseaux internationaux en France révèle, pour 2002, la pratique d’une certaine pluridisciplinarité (tableau 2). La part de l’audit évolue ainsi entre 33 % et 72 % du total des honoraires perçus par ces cabinets.

Tableau 2
CHIFFRE D’AFFAIRES PAR ACTIVITÉ DES PRINCIPAUX RÉSEAUX INTERNATIONAUX EN FRANCE
IMGIMGTableau 2 
CHIFFRE D’AFFAIRES PAR AC...IMGIMF
Tableau 2 CHIFFRE D’AFFAIRES PAR ACTIVITÉ DES PRINCIPAUX RÉSEAUX INTERNATIONAUX EN FRANCE exercice 2001/2002 Réseaux CA Expertise Audit Juridique Conseil % Audit 2001/2002 comptable PricewaterhouseCoopers 592 M Û 82 M Û 340 M Û 146 M Û 24 M Û 57 % Deloitte Touche Tohmatsu 497 M Û 89 M Û 217 M Û 50 M Û 141 M Û 44 % KPMG 751 M Û 255 M Û 250 M Û 235 M Û 11 M Û 33 % Ernst & Young 750 M Û 520 M Û 180 M Û 50 M Û 69 % BDO Gendrot 51 M Û 21 M Û 20 M Û 4 M Û 6 M Û 39 % Grant Thornton 78 M Û 31 M Û 39 M Û 5 M Û 3 M Û 50 % Salustro Reydel 136 M Û 24 M Û 98 M Û 6 M Û 8 M Û 72 % Source : La Profession comptable, n° 242, mars 2003, p. 18-19.
La Profession comptable, n° 242, mars 2003, p. 18-19.

Depuis 2002, aux États-Unis, le Sarbanes-Oxley Act prévoit l’interdiction du cumul de prestations d’audit et de conseil pour un même client, avec cependant certaines possibilités d’exemptions concernant notamment le conseil juridique et fiscal sous réserve de l’accord du comité d’audit. En France, la séparation tend à être beaucoup plus stricte. Certains réseaux envisagent de se scinder. C’est notamment le cas pour la partie juridique de KPMG qui représente un volume d’honoraires quasiment identique à celui de l’audit (tableau2). Le précurseur en la matière fut Arthur Andersen avec la création d’Accenture (correspondant à la partie conseil en informatique et en organisation d’Arthur Andersen). Et pourtant, cela n’a pas empêché la partie audit (restée Athur Andersen) de recréer des activités de conseil après la scission.
La mise en place de séparations strictes, entre les activités de conseil et celles d’audit, peut parfois s’avérer nécessaire. Mais elle comporte un coût non négligeable en termes de difficulté de mobilisation des compétences annexes. L’enjeu essentiel du marché de l’audit est plutôt d’envisager de nouvelles formes d’évaluation de la qualité de l’audit que de recourir à de nouvelles formes d’interdictions.
 
III. – L’ÉVALUATION DE LA QUALITÉ DE L’AUDIT
 
 
Pour résoudre les conflits, nés de l’asymétrie d’information entre les dirigeants de l’entreprise et les actionnaires ou même, de manière générale, tous les autres tiers (créanciers, clients, fournisseurs, salariés, collectivités publiques), l’audit exerce un rôle essentiel. Il est un moyen pour les dirigeants de se dédouaner vis-à-vis de leurs administrateurs et de leurs actionnaires (Jensen et Meckling, 1976). C’est également un moyen pour ces derniers de s’assurer que les comptes financiers présentés offrent une image fidèle de l’entreprise. L’audit n’est cependant pas une fonction binaire qui donnerait un risque 0 si les comptes présentent une image fidèle et 1 en sens inverse. L’audit est plutôt un continuum permettant d’obtenir une certitude plus ou moins grande sur l’image fidèle des comptes. Comme toute prestation de services, il existe deux phases essentielles pour évaluer la qualité du service que l’on souhaite obtenir.
La première phase est celle de sélection du cabinet d’audit. Toutes les entreprises n’attendent pas nécessairement une qualité maximale de l’audit. De surcroît, cette notion même de qualité « maximale » est sans fondement dans la mesure où, s’il n’est pas possible d’obtenir un risque 0 (ou une certitude à 100 %), il est toujours possible de s’en approcher davantage en consacrant des ressources plus importantes. La phase de sélection de l’auditeur correspond donc à une phase d’adéquation entre les attentes de l’entreprise, et notamment de ses administrateurs et de ses actionnaires, et l’offre des différents cabinets d’audit.
La seconde phase est celle du contrôle de l’adéquation de la prestation fournie par le cabinet d’audit par rapport au cahier des charges initial. Comment les administrateurs et les actionnaires peuvent-ils avoir la garantie que l’audit réalisé correspond à la prestation de services initialement négociée ? Cette phase de contrôle de la mission d’audit implique la définition d’indicateurs susceptibles d’être utilisés par les administrateurs membres du comité d’audit pour vérifier la pertinence de la démarche d’audit mise en place.
1. La qualité de l’acteur : le cabinet ou le réseau d’audit
La sélection d’un cabinet d’audit, c’est-à-dire le choix d’une adéquation entre les besoins de réduction de l’asymétrie d’information de l’entreprise et la prestation que propose l’auditeur, comporte en fait deux paramètres. Le premier, le plus évident, est celui du choix de l’auditeur par les acteurs ad hoc de l’entreprise. Se pose néanmoins la question de la détermination de ces acteurs exerçant la fonction cruciale de choix de l’auditeur. Le second, est celui du contrôle de cette décision.
L’arbitrage qualité/prix, le choix de l’auditeur par l’entreprise cliente
Selon l’article 223 de la loi du 1er mars 1984, les commissaires aux comptes sont désignés par l’assemblée générale ordinaire. Mais, comme toute décision du ressort de l’assemblée générale, c’est davantage la préparation de cette décision que son approbation, qui est déterminante dans le choix des auditeurs. C’est donc le conseil d’administration ou, plus fréquemment encore, les dirigeants, qui exercent réellement la fonction de sélection des auditeurs. Selon la théorie économique, et notamment l’approche de Jensen et Meckling (1976), on peut supposer que, pour chaque situation d’asymétrie d’information, il existe un optimum dans le choix d’une qualité de service et d’un montant d’honoraires. On peut ainsi estimer que, dans le cas d’une société propriété de son dirigeant principal, le travail des auditeurs consistera principalement à se prononcer sur les risques de cessation de paiement encourus par les tiers contractants avec l’entreprise. À l’inverse, dans le cas d’une entreprise cotée en Bourse, les problèmes d’asymétrie d’information peuvent être beaucoup plus complexes et concerner les conventions passées directement ou indirectement avec les dirigeants ou les principaux actionnaires (Geniteau, 1999). De manière générale, l’audit est un moyen d’identifier et de mettre en évidence les décisions discrétionnaires et les avantages que certains dirigeants peuvent être susceptibles de s’accorder au détriment des actionnaires (Jensen et Meckling, 1976).
Figure 5
L’ARBITRAGE QUALITÉ/PRIX
IMGIMGL’ARBITRAGE QUALITÉ/PRIXIMGIMF
On peut supposer que la courbe d’arbitrage entre la qualité de la prestation fournie par l’auditeur (telle qu’elle apparaît à travers la réduction de l’asymétrie d’information ou la couverture du risque d’audit) n’est pas une droite (figure 5). Pour obtenir une garantie minimale d’audit il est nécessaire de mettre en œuvre un certain volume de prestations ; en France, c’est l’objet des recommandations de la Compagnie des commissaires aux comptes. Par contre, à partir d’un certain niveau de couverture du risque, pour réduire encore le degré d’incertitude, il est nécessaire d’aller au-delà du respect formel des principes comptables et, par conséquent, de consacrer des ressources technologiques plus importantes.
La mise en place d’une instance de régulation et de contrôle
Les actionnaires désignent les auditeurs, mais disposent-ils de l’information pertinente ? Aux États-Unis, le Sarbanes-Oxley Act (2002) prévoit la création d’un organisme (le Public Company Accounting Oversight Board : Comité de surveillance comptable des entreprises cotées) chargé de contrôler les cabinets d’audit et d’assurer des inspections sur la comptabilité des entreprises cotées (indirectement il s’agit donc d’une forme de contrôle de la qualité de l’audit). Ce contrôle était déjà en partie assuré par la SEC (Securities Exchange Commission) qui est d’ailleurs l’organisme chargé de chapeauter le Public Company Accounting Oversight Board.
En France, la COB exerçait déjà un contrôle similaire pour les entreprises cotées, et la commission bancaire exigeait, pour les banques et les assurances, que l’auditeur dispose de références suffisamment sérieuses pour pouvoir être désigné.
En France, comme aux États-Unis, il existe une tendance à évoluer vers un organisme de supervision et de contrôle des auditeurs. Cet organisme aura ainsi pour fonction de s’assurer de l’adéquation entre les besoins des actionnaires et des tiers contractants avec l’entreprise par rapport aux capacités du cabinet d’audit. Mais, cette information et ce contrôle apparaissent a posteriori. Les décideurs de l’entreprise cliente (les administrateurs membres du comité d’audit) ne disposent pas de ces paramètres d’information et ils ne peuvent donc pas les intégrer dans le processus de sélection de l’auditeur. De surcroît, il est possible qu’il existe des biais de sélection entre certains cabinets d’audit et l’organisme de contrôle. En France, le contrôle exercé par la Compagnie des commissaires aux comptes n’est pas considéré comme réellement fiable, dans la mesure où ce sont des commissaires aux comptes de cabinets concurrent qui viennent contrôler leurs confrères mais qui, en sens inverse, sont également contrôlés par d’autres confrères. Il n’est de l’intérêt de personne de déclencher des hostilités en mettant en évidence les déficiences de tel ou tel auditeur contrôlé.
Le problème s’est d’ailleurs posé aux États-Unis pour l’affaire Enron, dans la mesure où Arthur Andersen était lui-même contrôlé par Deloitte & Touche [9] qui n’a pas formulé de remarques montrant une déliquescence des procédures d’audit.
Il nous semble ainsi, et c’est une des conclusions de cet article qui donnera lieu à des recherches ultérieures, qu’il serait judicieux d’introduire un système de notation a priori des cabinets d’audit.
La notation des cabinets d’audit
La notation d’entreprises se développe sur un marché quand cette notation permet d’éviter une duplication inutile d’efforts individuels pour accéder à une information sur la qualité d’un cocontractant. Ainsi, pour les émissions de dettes, la crise boursière des années 2001-2002 a révélé l’importance de la notation pour évaluer la solvabilité de grandes entreprises internationales auparavant considérées comme n’offrant aucun risque (pour la France, il suffit d’étudier les cas de France Télécom, Vivendi Universal, ou même Alstom).
Que pourrait apporter une notation des cabinets d’audit et comment se déroulerait-elle ? Selon les modèles d’appréhension de l’asymétrie d’information, les dirigeants ou les conseils d’administration peuvent déterminer le niveau de qualité d’audit qu’ils souhaitent atteindre. Par contre, pour identifier les cabinets d’audit susceptibles de leur offrir la prestation demandée à moindre coût, les entreprises sont réduites à procéder par appel d’offres ou par négociation, en prenant comme critère indirect de la qualité de l’audit la taille du cabinet, ou en essayant de collecter de l’information de manière plus ou moins informelle.
La taille du cabinet d’audit apparaît comme un bon déterminant de la qualité de l’audit principalement au regard de la notion d’indépendance. Les études universitaires ont ainsi montré que plus un cabinet a une clientèle importante et plus il est sensible au risque de réputation et de mise en cause judiciaire (Lennox, 1999) et, par conséquent, plus il est susceptible de faire connaître ses réserves éventuelles sur les comptes qui sont présentés.
La mise en place d’agences de notation permettrait d’affiner la mesure a priori de la qualité de l’audit. En effet, il est vraisemblable que l’effet réputation ne soit pas nécessairement le même selon les pays où l’on intervient, voire même selon les domaines d’activité. Certains cabinets d’audit disposent d’une réputation d’excellence dans certains domaines et, au contraire, d’une réputation moins nette dans d’autres secteurs d’activités.
2. La qualité de la mission : la certification des comptes
Si l’entreprise réussit à obtenir une adéquation entre la qualité espérée de l’audit et le prix qu’elle devra acquitter, elle ne dispose pas néanmoins d’une garantie sur la réalité de la qualité de l’audit. Autrement dit, qu’est-ce qui garantit à l’entreprise que cette adéquation, qui apparaît réalisée a priori, le sera également a posteriori. Il existe une forte asymétrie d’information sur les travaux mêmes de l’auditeur.
Si le travail d’audit est standardisé, on peut estimer qu’une revue réalisée par des professionnels compétents sous la tutelle d’un organisme indépendant devrait permettre de garantir la qualité minimale de l’audit. Mais, qu’en est-il si l’entreprise souhaite accéder à une qualité d’audit supérieure. Comment les administrateurs, en tant que représentants des actionnaires, disposent-ils des moyens pour évaluer la pertinence des travaux d’audit réalisés ? Deux questions apparaissent en fait sous-jacentes. La première concerne la nature ou la qualité des personnes assurant ce contrôle de l’audit pour le compte des actionnaires. La seconde porte sur le processus d’évaluation à mettre en place.
Le rôle du comité d’audit
De nombreuses contributions ont souligné, au cours des dernières années, le rôle croissant du comité d’audit (Saada, 1998). Ce comité est donc constitué d’administrateurs. Ces derniers doivent être indépendants des dirigeants de l’entreprise mais ils doivent également disposer de compétence en matière de contrôle et de compréhension des activités. Ces deux conditions sont nécessaires mais non suffisantes. Le comité d’audit d’Enron était constitué d’administrateurs réunissant ces deux caractéristiques. Pourtant, il manquait une condition complémentaire qui est l’implication des administrateurs et l’accès à l’information.
En sus de la relation directe avec les auditeurs (le processus de sélection des auditeurs doit dépendre directement du comité d’audit et les auditeurs doivent rapporter leurs travaux devant ce même comité d’audit), les administrateurs doivent disposer d’un outil leur permettant d’évaluer la qualité de la mission réalisée par les auditeurs.
Le processus d’évaluation de la qualité de l’audit
La notion française d’image fidèle des comptes constitue vraisemblablement la référence la plus avancée en matière d’audit. Les normes et les procédures ne constituent que des moyens pour aboutir à cette image fidèle. Les méthodes d’audit ont ainsi évolué d’une approche plus comptable, correspondant à un processus de révision des comptes, vers une approche par les risques. L’auditeur est ainsi amené à évaluer les risques d’audit de l’entreprise. Ces risques sont évalués à partir d’une connaissance du secteur d’activité de l’entreprise, d’une analyse des forces et faiblesses de l’entreprise (y compris au niveau stratégique), et d’une compréhension des procédures de contrôle interne de l’entreprise.
À partir de cette évaluation des risques d’audit, l’auditeur construit la mission d’audit et définit les outils qu’il utilisera pour cerner au mieux les risques d’audit concernés.
Pour les administrateurs, le risque de qualité insuffisante d’un audit porte donc sur deux aspects principaux :
  • la compréhension de l’entreprise et l’identification des risques d’audit spéci-
  • ques à l’entreprise ;
  • la mise en place effective d’un programme de travail permettant d’aboutir à une opinion sur chacun des risques identifié.
Le second risque peut être appréhendé par tout professionnel de l’audit examinant dans quelle mesure les outils utilisés répondent à l’objectif d’audit défini. Par contre, les administrateurs peuvent attendre de leur auditeur une couverture du risque plus élevée que celle habituellement retenue. Il est donc nécessaire de disposer d’un état indiquant le degré de certitude obtenu par l’auditeur sur chacun des risques identifié.
Le premier risque est beaucoup plus complexe. Il implique particulièrement les administrateurs dans la mesure où, pour identifier correctement les risques d’audit, il faut avoir une profonde compréhension de l’entreprise. Pour évaluer la pertinence de la première approche de l’auditeur, les administrateurs devraient exiger de la part de l’auditeur un état recensant l’identification des principaux risques d’audit, en lien avec les caractéristiques de l’entreprise, de son environnement, etc. Les administrateurs pourraient suivre l’évolution de cette appréhension des risques d’audit au cours des années et la confronter avec leur connaissance de l’entreprise, telle qu’elle ressort des conseils d’administration, des entretiens avec les dirigeants et des documents internes collectés.
La forme exacte de cette appréhension de la qualité de la mission d’audit constitue un axe de recherche important, susceptible d’application dans les grandes entreprises cotées, mais aussi dans toute entreprise où il existe des actionnaires minoritaires soucieux de disposer d’une information financière donnant une image fidèle de leur entreprise.
 
CONCLUSION
 
 
Quelles sont les risques que courent l’audit ? À nos yeux, le risque principal est celui d’un repli sur des normes et des principes d’audit visant à standardiser la prestation offerte. Dans la mesure où il subsistera nécessairement une diversité [10] dans les différentes offres d’audit, mais que cette diversité ne sera pas appréhendée, le marché de l’audit pourrait connaître le sort peu enviable du marché des véhicules d’occasion tel qu’il est décrit par Akerlof dans son article de 1970 sur les « tacots », c’est-à-dire que la mauvaise qualité chasse la bonne dans la mesure où il n’est pas possible d’identifier cette meilleure qualité. À l’inverse, l’appréhension de cette diversité de l’audit pourrait permettre une meilleure adéquation des prestations offertes par rapport aux attentes diverses des utilisateurs des états financiers. Deux axes apparaissent ainsi comme devant être privilégiés dans un proche avenir.
Le premier est celui de la mise en place d’une agence de notation des cabinets d’audit. Aux États-Unis, le Public Company Accounting Oversight Board prévu par le Sarbanes-Oxley Act devrait en partie remplir ce rôle. Il serait alors nécessaire que son évaluation des réseaux d’audit soit rendue publique et sous une forme qui soit accessible aux administrateurs et aux actionnaires soucieux de sélectionner leur auditeur en fonction des besoins de réduction de l’asymétrie d’information qu’ils auront identifiés.
Le second est celui de la conception d’outils ou de systèmes d’évaluation de la qualité de la mission d’audit. Ces outils seraient à la disposition des administrateurs, et notamment des membres du comité d’audit, pour évaluer la réalité de la qualité de l’audit pour la mission en cours de réalisation au sein de leur entreprise.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  G.A. Akerlof, “The Market for ‘Lemons’: Quality Uncertainty and the Market Mechanism”,
·  Quarterly Journal of Economics, vol. 84, n°3, août 1970, p. 488-500.
·  A.T. Craswell et J.R. Francis, “Pricing Initial Audit Engagements : A Test of Competing
·  Theories”, The Accounting Review, vol. 74, n° 2, avril 1999, p. 201-216.
·  L.E. DeAngelo, “Auditor Size and Audit Quality”, Journal of Accounting and Economics, vol. 3,1981, p. 183-199.
·  A. Geniteau, « Les besoins d’information des actionnaires et de la communauté financière »,
·  Forum régional des commissaires aux comptes de la compagnie de Versailles, n° 43, octobre1999, p. 8-15.
·  M.C. Jensen et W.H. Meckling, “Theory of the Firm : Managerial Behavior, Agency
·  Costs and Ownership Structure”, Journal of Financial Economics, vol. 3, octobre 1976, p. 305-360.
·  P. Lardy et B. Pigé, La gestion stratégique des coûts. Consommation de ressources et création de valeur, éditions EMS, « Management & Société », 2001.
·  C.S. Lennox, “Audit Quality and Auditor Size :An Evaluation of Reputation and Deep Pockets Hypotheses », Journal of Business Finance & Accounting, vol. 26, n° 7-8, octobre 1999, p. 779-805, .
·  M. Parkash et C.F. Venable, “Auditee Incentives for Auditor Independence : The Case of
·  Nonaudit Services”, The Accounting Review, vol. 68, n° 1, janvier 1993, p. 113-133.
·  B. Pigé, “ÂComptes Enron : de quoi s’agit-il ? », Revue française de comptabilité, n° 343, avril 2002, p. 26-31.
·  Power’s Report, Enron, Report of the Special Investigation Committee, 2002.
·  T. Saada,« Les comités d’audit en France : un an après le rapport Viénot », Finance Contrôle
·  Stratégie, vol. 1, n° 3, septembre 1998, p. 159-184.
·  Sarbanes Oxley Act, 107e Congrès des États-Unis d’Amérique, 2002.
 
NOTES
 
[1]En France, les problèmes de communication soulevés par l’affaire Alstom au début de 2003 ont montré combien l’asymétrie d’information pouvait être importante et pouvait léser les intérêts des parties prenantes à la vie de l’entreprise. Après le rachat des turbines à gaz d’ABB (juin 2000), Alstom a été confronté à un certain nombre de dysfonctionnements des turbines de très forte puissance. Lors de l’assemblée générale du 5 septembre 2000, Pierre Bilger, le P-DG, déclarait que les problèmes étaient en cours de résolution et que les provisions nécessaires avaient été constatées. En janvier 2003, son successeur Patrick Kron annonçait une provision complémentaire de 1 milliard d’euros et l’action atteignait un plus bas de 1 euro alors que dix huit mois auparavant elle atteignait 30 euros et qu’Alstom est, par ailleurs, assis sur des métiers relativement stables avec des marges récurrentes (notamment la construction des TGV et des TER).
[2]La quasi-totalité des études universitaires distinguent les cabinets d’audit selon leur appartenance ou non à l’un des Big Five (les cinq plus grands réseaux d’audit). Mais, dans certaines études (notamment Parkash et Venable, 1993), une variable spécifique était également ajoutée si l’auditeur était membre du réseau Arthur Andersen.
[3]Au point de baptiser les nouveaux « big four » de « fat four » (en français : les quatre gros, ou gras, au lieu des quatre grands).
[4]Il s’agit d’une situation en cours d’évolution et on peut estimer que, d’ici quelques années, la publicité des honoraires d’audit sera rendue obligatoire dans la plupart des pays à l’image de ce que l’on observe en Australie (Craswell et Francis, 1999).
[5]Décret n°85-665 du 3 juillet 1985 : « Les diligences estimées nécessaires à l’exécution du programme de travail doivent comporter, pour un exercice, en fonction du montant du bilan de la personne morale, augmenté du montant des produits d’exploitation et des produits financiers, hors TVA, un nombre d’heures de travail normalement compris entre les chiffres suivants : […]», suit un tableau donnant les fourchettes d’heures de travail.
[6]L’abscisse correspond au logarithme du montant total du bilan et des produits d’exploitation et des produits financiers. L’ordonnée correspond au logarithme du volume des heures de travail recommandé par la Compagnie. L’utilisation du logarithme permet de mieux appréhender visuellement l’impact d’un doublement de la taille de l’organisation. Les courbes étant approximativement des droites, l’hypothèse sous-jacente au modèle de la Compagnie des commissaires aux comptes est que le nombre d’heures de travail doit doubler quand la taille de l’organisation double.
[7]Ces tris permettent d’associer le montant de la dette, son ancienneté, le volume des achats réalisés avec le fournisseur, etc. pour déterminer les dettes à contrôler et le mode de contrôle à adopter.
[8]La révélation des compromissions passées affecte l’image de marque du cabinet auprès des investisseurs. Cela peut conduire certaines entreprises clientes, soucieuses d’affirmer la fiabilité de leurs comptes, à changer d’auditeur. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit pour Arthur Andersen à la suite des malversations révélées pour Enron.
[9]Communiqué d’Arthur Andersen du 30 novembre 2001.
[10]Cette diversité provient en majeure partie des activités support déployées autour de l’activité centrale d’audit et de contrôle des comptes.
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