2007
Revue française de gestion
Editorial
De l’entreprise à l’entrepreneur
Jean-marie Doublet
La campagne électorale est partie. Pour la Revue
française de gestion, c’est l’occasion d’examiner
les programmes des candidats et la place qui dans
ces documents est réservée à l’entreprise.
D’une manière générale, on ne note dans ces déclarations
aucune réflexion sur l’entreprise, sur son évolution, sur
les nouvelles méthodes d’organisation du travail. On
relève même une certaine confusion. On parle de l’Entreprise avec un grand « E » et on amalgame allégrement
les grandes entreprises inscrites au CAC 40 qui sont des
entreprises mondialisées qui comme l’ont montré les
résultats de 2006 font des profits éclatants, réalisent 90 %
de leurs bénéfices à l’étranger et distribuent des super
salaires et des dividendes considérables à leurs dirigeants
et des moyennes entreprises, voire petites, qui subissent
les contraintes françaises et permettent tant bien que mal
de créer des emplois. Et qu’on ne vienne pas nous dire
que la grande entreprise se gère comme une fédération de
PME, c’est de la galéjade. Le patron de Lafarge n’aura
jamais avec ses banquiers les mêmes rapports qu’un
patron de PME avec le sien.
La seconde observation porte sur les changements dans
les discours des candidats, Nicolas Sarkozy apparaissait
en 2006 comme un chantre du libéralisme, puis dans les
mois suivants, ses programmes sont, sous l’influence
d’Henri Guainot, devenus plus dirigistes. Ils sont maintenant plus proches de la posture de Jacques Chirac, dont
on sait aujourd’hui qu’il juge « le libéralisme aussi dangereux que le communisme ». Quant à Ségolène Royal
après avoir dit tout le mal qu’elle pensait
des grandes entreprises, se veut la candidate
de la France qui entreprend. Comme chez
Nicolas Sarkozy, on est passé de l’entreprise, organisation qui n’a pas toujours une
bonne réputation à l’entrepreneur, figure
quasiment héroïque, depuis Schumpeter, du
développement et de l’innovation et du
changement.
On en revient aux hommes. L’ennui, c’est
qu’on ne sait pas quel est le coup de
baguette magique qui va fabriquer massivement des entrepreneurs, dans les universités, et dans les grandes écoles; on ne sait
pas non plus si l’entrepreneur est celui qui
est doté d’un comportement individualiste
susceptible de s’entourer d’une petite
équipe ou capable avec son charisme de
mobiliser des milliers de salariés. On aurait
aimé que les candidats approfondissent
davantage cette notion d’entrepreneur qui
n’a pas toujours aussi populaire que l’on
croit. Est-ce que Bernard Tapie était un
entrepreneur ?
Enfin, il y a dans le programme de
Madame Royal des propositions concernant la participation des citoyens à la vie
politique, il y est même question de jurys
citoyens qui pourraient noter en quelque
sorte les élus. C’est un discours relativement étonnant de la part d’une candidate
qui semble plutôt critique sur l’héritage de
mai 68 en France. Mais il est par ailleurs
dans le vent. On critique une démocratie
dévoyée et on prône un monde où tout le
monde a raison. L’entreprise a connu le
management participatif avec les cercles
du qualité, hérités dans les années 1970
des pratiques japonaises. Les innovations
et les améliorations venaient d’en bas
disait-on. En fait pour le patron, il s’agissait de renforcer la motivation du personnel. Mais les faits sont là, la démocratie
directe dans l’entreprise n’a jamais marché bien longtemps et les responsables
n’ont jamais abandonné réellement le
pouvoir.