Revue française de gestion
Lavoisier

I.S.B.N.9782746217713
220 pages

p. 7 à 8
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Editorial

no 171 2007/2

2007 Revue française de gestion Editorial

De l’entreprise à l’entrepreneur

Jean-marie Doublet
La campagne électorale est partie. Pour la Revue française de gestion, c’est l’occasion d’examiner les programmes des candidats et la place qui dans ces documents est réservée à l’entreprise.
D’une manière générale, on ne note dans ces déclarations aucune réflexion sur l’entreprise, sur son évolution, sur les nouvelles méthodes d’organisation du travail. On relève même une certaine confusion. On parle de l’Entreprise avec un grand « E » et on amalgame allégrement les grandes entreprises inscrites au CAC 40 qui sont des entreprises mondialisées qui comme l’ont montré les résultats de 2006 font des profits éclatants, réalisent 90 % de leurs bénéfices à l’étranger et distribuent des super salaires et des dividendes considérables à leurs dirigeants et des moyennes entreprises, voire petites, qui subissent les contraintes françaises et permettent tant bien que mal de créer des emplois. Et qu’on ne vienne pas nous dire que la grande entreprise se gère comme une fédération de PME, c’est de la galéjade. Le patron de Lafarge n’aura jamais avec ses banquiers les mêmes rapports qu’un patron de PME avec le sien.
La seconde observation porte sur les changements dans les discours des candidats, Nicolas Sarkozy apparaissait en 2006 comme un chantre du libéralisme, puis dans les mois suivants, ses programmes sont, sous l’influence d’Henri Guainot, devenus plus dirigistes. Ils sont maintenant plus proches de la posture de Jacques Chirac, dont on sait aujourd’hui qu’il juge « le libéralisme aussi dangereux que le communisme ». Quant à Ségolène Royal après avoir dit tout le mal qu’elle pensait des grandes entreprises, se veut la candidate de la France qui entreprend. Comme chez Nicolas Sarkozy, on est passé de l’entreprise, organisation qui n’a pas toujours une bonne réputation à l’entrepreneur, figure quasiment héroïque, depuis Schumpeter, du développement et de l’innovation et du changement.
On en revient aux hommes. L’ennui, c’est qu’on ne sait pas quel est le coup de baguette magique qui va fabriquer massivement des entrepreneurs, dans les universités, et dans les grandes écoles; on ne sait pas non plus si l’entrepreneur est celui qui est doté d’un comportement individualiste susceptible de s’entourer d’une petite équipe ou capable avec son charisme de mobiliser des milliers de salariés. On aurait aimé que les candidats approfondissent davantage cette notion d’entrepreneur qui n’a pas toujours aussi populaire que l’on croit. Est-ce que Bernard Tapie était un entrepreneur ?
Enfin, il y a dans le programme de Madame Royal des propositions concernant la participation des citoyens à la vie politique, il y est même question de jurys citoyens qui pourraient noter en quelque sorte les élus. C’est un discours relativement étonnant de la part d’une candidate qui semble plutôt critique sur l’héritage de mai 68 en France. Mais il est par ailleurs dans le vent. On critique une démocratie dévoyée et on prône un monde où tout le monde a raison. L’entreprise a connu le management participatif avec les cercles du qualité, hérités dans les années 1970 des pratiques japonaises. Les innovations et les améliorations venaient d’en bas disait-on. En fait pour le patron, il s’agissait de renforcer la motivation du personnel. Mais les faits sont là, la démocratie directe dans l’entreprise n’a jamais marché bien longtemps et les responsables n’ont jamais abandonné réellement le pouvoir.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis