Revue française de gestion
Lavoisier

I.S.B.N.9782746219670
216 pages

p. 7 à 8
doi: en cours

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Editorial

n° 176 2007/7

2007 Revue française de gestion Editorial

Chronique de l’antimanagement

Jean-marie Doublet
Régulièrement paraissent, ici ou là, dans des revues ou dans des livres de sévères critiques du management. Les attaques proviennent de diffé rents angles. Pour certains auteurs, la gestion ne serait qu’un instrument d’exploitation, au service du capitalisme et des lois sauvages du marché. Pour d’autres, le management n’obéirait à aucun critère scientifique communément admis pour les sciences économiques et les sciences de l’ingénieur. Restent enfin ceux qui ne voient dans la gestion qu’un ensemble de recettes, faisant appel le plus souvent au bon sens, qui par hasard peuvent faire fonctionner le mieux possible des organisations. Ces mises en cause ne sont pas exclusives et peuvent même se cumuler. Bien que souvent répétitives, elles ne sont pas pour autant inintéressantes.
On peut trouver une sorte de catalogue de l’antimanagement dans le numéro de l’été 2007 de l’excellente revue Commentaire [1]. Il s’agit de la version française d’un article intitulé « Le mythe du management » par un consultant américain Matthew Stewart « qui est allé de la philosophie au management et qui en est revenu ». Le texte prend appui sur la démarche du père fondateur du management scientifique, Taylor, qui en 1899 s’est efforcé de répondre à la question « Combien de tonnes de gueuses de fonte un travailleur peut-il charger dans un wagonnet en une journée ? ». Taylor montre que la masse transportée est fonction du montant du salaire.
Pour Matthew Stewart « c’est ainsi que naquit l’idée que le management était une science, masse de connaissances assemblées et nourries par des experts selon des normes neutres, objectives et universelles. Ainsi naissent les gestionnaires et la division hiérarchique du travail, car selon Taylor « la science de la manipulation de la gueuse est si vaste qu’il est impossible pour un homme fait pour ce type de travail d’en comprendre les principes ou même de travailler selon ces principes sans l’aide d’un homme mieux éduqué que lui. »
L’auteur n’a pas de mal à démontrer que les calculs de Taylor sont approximatifs et font prendre en compte des « ajustements » suspects et que les résultats escomptés dans les entreprises adeptes du taylorisme n’étaient pas au rendez-vous. Il ajoute « le cĹ“ur du taylorisme, comme celui de la plupart des théories du management qui lui succéderont, consiste en collection d’incantations sur l’avantage d’être bon dans ce que vous faites ».
Stewart dans une seconde partie de son article se livre à la rédaction d’une véritable anthologie grinçante des modes du management « entreprise de l’information », « organisation en créativité permanente », organisation organique, « organisation horizontale » j’en passe et des meilleures. Ce qui frappe dans cette énumération c’est la répétition périodique de ces recettes alors qu’elles se proclament des nouveautés inégalées.
Il ne faudrait pas conclure que l’auteur est complètement critique à l’égard de toute réflexion sur le fonctionnement des organisations. Il indique en effet « qu’à son meilleur, la théorie du management est partie intégrante de la promesse démocratique de l’Amérique. Elle vise à remplacer le despotisme des anciens patrons par le règne de la science. Elle promet le pouvoir économique à ceux qui ont le talent et l’énergie de s’en saisir ». Une bouffée d’optimisme.
 
NOTES
 
[1]M. Stewart, Commentaire, vol. 30, n° 118,2007 p. 337.
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