2007
Revue française de gestion
Introduction
L’externalisation : un choix stratégique
Jérôme Barthélemy
Carole Donada
Sujet stratégique et brûlant, l’externalisation (out-
sourcing) focalise l’attention des managers, des
consultants et des chercheurs. Rares sont les fonc
tions de l’entreprise qui ne sont pas touchées par ce phénomène. Depuis une dizaine d’années, l’externalisation
est considérée comme le moyen rapide d’améliorer la
performance des entreprises, de réduire les coûts et d’accroître la flexibilité. Sur le long terme, elle est vue
comme un choix stratégique majeur permettant aux
entreprises de se recentrer sur leur cÅ“ur de métier et de
redéfinir leurs frontières. Mais, qu’en est-il réellement ?
Quelles sont les motivations des dirigeants lorsqu’ils
décident d’externaliser (ou de réinternaliser) certaines de
leurs activités ? Comment gérer une opération d’externalisation ? Quels sont ses effets sur l’environnement des
entreprises ? Quels sont les liens entre externalisation et
délocalisation ? Ces questions interpellent de nombreux
chercheurs. Cinq de leurs contributions sont présentées
dans ce dossier.
L’article de Jérôme Barthélemy et Carole Donada ouvre
ce dossier en abordant les questions de la décision et de
la gestion d’une opération d’externalisation. Les auteurs
proposent un modèle faisant le lien entre les principaux
critères de décision d’une externalisation (les ressources
et les compétences, le risque d’opportunisme et la
recherche de flexibilité) et les modalités de sa gestion
(par le contrôle ou le relationalisme). L’argument central de l’article est qu’une externalisation ne se décrète pas et que sa gestion ne s’improvise pas. Il est également
souhaitable que les motivations orientent
les modalités du suivi. De nombreux extraits d’entretiens menés auprès de managers
d’entreprises externalisatrices, de fournisseurs et de prestataires externes illustrent
les propos des auteurs.
La recherche de Bertrand Quélin revient sur
la question de la décision d’externalisation.
L’auteur commence par dessiner les principales transformations stratégiques des
grands groupes français depuis les années
2000. Il présente ensuite les perceptions de
leurs dirigeants quant aux motivations et
freins à l’externalisation. La principale
contribution de cet article est la présentation détaillée d’une démarche d’aide à la
décision en cinq étapes. L’analyse stratégique appliquée à la problématique de l’externalisation constitue la première phase.
Elle est suivie d’une analyse des risques et
des choix organisationnels. Les résultats de
ces analyses doivent alors déboucher sur
une étude précise des conditions de collaboration avec les partenaires externes. L’auteur étaye ses propositions à l’aide de données issues d’une enquête menée avec
Orange Business Services.
L’article de Dominique Geyer attire l’attention sur le cas particulier de l’externalisation des systèmes d’information. Il aborde
ce sujet de manière originale en comparant
l’externalisation offshore et onshore des
systèmes d’information. L’auteur rappelle
les origines de l’externalisation offshore
des systèmes d’information et son importance pour les pays à main-d’Å“uvre très
qualifiée et peu coûteuse comme l’Inde.
L’intérêt majeur de cet article est de présenter les particularités et les motivations
d’une externalisation offshore des systèmes
d’information. Il met également en balance
ses avantages et ses risques. Sans surprise,
les principaux bénéfices sont la réduction
des coûts totaux, même si les coûts de transaction associés à l’offshore peuvent être
très élevés. Quant aux risques, ils sont
essentiellement techniques, comportementaux et légaux. L’auteur illustre ses propos à
l’aide de nombreux exemples et illustrations tirés de la presse professionnelle et de
recherches académiques.
La contribution de Charles-Albert Michalet
aborde la dimension macro-économique de
l’externalisation. L’auteur analyse l’externalisation comme une forme particulière et
nouvelle de délocalisation. Cet article nous
rappelle que la délocalisation n’est pas un
phénomène nouveau et qu’elle a évolué
dans le temps. Les motivations purement
commerciales ont cédé la place à des motivations industrielles et financières. Ces évolutions stratégiques se répercutent également sur les structures organisationnelles et
la gouvernance des entreprises. Elles font
émerger de nouvelles problématiques stratégiques comme les implications du transfert d’activités vers des pays émergents sur
l’avantage concurrentiel des entreprises.
Amit Jain et Raymond-Alain Thiétart s’intéressent également aux implications
concurrentielles de l’externalisation. Les
résultats qu’ils obtiennent à l’aide d’une
simulation sont particulièrement originaux.
Lorsqu’une entreprise recourt à l’externalisation, elle améliore sa performance par
rapport aux concurrents de son secteur.
Cette modification est à l’origine de nouvelles décisions d’externalisation, créant
ainsi des cascades d’externalisation. Simulées sur une longue période, ces cascades
peuvent conduire les entreprises à externaliser des activités qui font partie de leur
cÅ“ur de métier. Les conclusions des auteurs
renvoient aux travaux sur les notions
d’« entreprise creuse » et aux risques de
déclin des secteurs qui recourent très
(trop ?) fortement à l’externalisation.
L’article proposé de Frédéric Fréry et
Florence Law-Kheng porte sur la question
de la réinternalisation. Pour les auteurs, la
réinternalisation n’est pas forcément le
résultat d’une externalisation ratée mais
une manière pour les entreprises de reconfigurer leur chaîne de valeur. Une étude de
cinq cas de réinternalisation met en évidence l’intérêt stratégique de cette
démarche ainsi que ses bénéfices. La réinternalisation ne doit pas être subie car changer de structure de gouvernance est difficile
et coûteux. Par ailleurs, des problèmes de
réappropriation de compétences peuvent se
poser.