2008
Revue française de gestion
Éditorial
Gérer le changement
Jean-Marie Doublet
On a vu, ces derniers mois, opérer dans la sphère
du politique un type de management que l’on
ne connaît que trop sur le terrain des entreprises. Un dirigeant, qui a sans cesse des idées, que
du politique un type de management que l’on
ne connaît que trop sur le terrain des entre-celles-ci soient directement de son fait, ou proviennent
de proches qui l’inspirent, ne change rien à l’affaire.
Pour lui il importe d’étonner. Il faut être avant tout
rapide. On doit voir dans l’autre même si il s’agit d’un
subordonné, un adversaire. Il importe de le désarçonner, de le surprendre et de le prendre à revers. On ne
dialogue pas. On ne cherche pas la concertation. On ne
délègue pas. On est partout présent. On fait jouer la surprise. On est sans cesse tenté de monter les uns contre
les autres. D’où une impression de guérilla sans fin
dans l’entourage proche du patron. Mais, on communique, on communique.
Reprenons les différents traits du dirigeant tel qu’il apparaît dans ce portrait. Il est évidemment appréciable
d’avoir des idées. En avoir beaucoup n’est pas une faute,
mais peut paraître comme un atout lorsque l’on est aux
affaires. Mais là où il y a danger c’est lorsque l’on croit
avoir une sorte de monopole des idées sans que celles-ci
ne soient confrontées au réel. Grâce à son pouvoir, le dirigeant croit détenir la vérité. Il est entouré de flatteurs qui
se gardent bien de mettre en doute le discours patronal.
Après c’est autre chose. L’idée se heurte à l’organisation,
à l’administration, à l’entreprise. Elle passera d’autant
plus mal que son cheminement n’aura pas
été préparé et son utilité démontrée. Son
opportunité est moins évidente. Alors on fait
un pas en arrière, puis deux. Puis on l’oublie. Le dirigeant rendra responsable telle ou
telle équipe pour son inertie, mais ne se
remettra pas en cause.
Il est un domaine où ce processus est particulièrement vrai, c’est celui de l’innovation.
Dans combien d’entreprises, le grand mot
d’ordre est l’innovation. « Innovons, innovons » dit-on. Contrairement à une opinion
répandue, ce n’est pas l’innovation qui présente le plus de difficultés, c’est la gestion
de l’innovation avec son rythme bien particulier ni trop rapide pour capoter, ni trop
long pour échouer en accumulant des coûts
exorbitants.
Il en va de la réforme dans l’État comme de
l’innovation dans l’entreprise. Ce n’est pas
ici qu’il est nécessaire de rappeler la
réflexion de Michel Crozier notamment
dans son livre « On ne réforme pas par
décret », mais on peut souhaiter que nos
dirigeants puissent s’y ressourcer. Ils y
apprendront que les décisions qui tombent
du ciel accompagnées par une grande communication ont peu de chance de succès.
Vaste est le cimetière des innovations et des
réformes morts-nées.