Revue française de gestion
Lavoisier

I.S.B.N.9782746221741
200 pages

p. 7 à 8
doi: en cours

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Éditorial

n° 182 2008/2

2008 Revue française de gestion Éditorial

Gérer le changement

Jean-Marie Doublet
On a vu, ces derniers mois, opérer dans la sphère du politique un type de management que l’on ne connaît que trop sur le terrain des entreprises. Un dirigeant, qui a sans cesse des idées, que du politique un type de management que l’on ne connaît que trop sur le terrain des entre-celles-ci soient directement de son fait, ou proviennent de proches qui l’inspirent, ne change rien à l’affaire. Pour lui il importe d’étonner. Il faut être avant tout rapide. On doit voir dans l’autre même si il s’agit d’un subordonné, un adversaire. Il importe de le désarçonner, de le surprendre et de le prendre à revers. On ne dialogue pas. On ne cherche pas la concertation. On ne délègue pas. On est partout présent. On fait jouer la surprise. On est sans cesse tenté de monter les uns contre les autres. D’où une impression de guérilla sans fin dans l’entourage proche du patron. Mais, on communique, on communique.
Reprenons les différents traits du dirigeant tel qu’il apparaît dans ce portrait. Il est évidemment appréciable d’avoir des idées. En avoir beaucoup n’est pas une faute, mais peut paraître comme un atout lorsque l’on est aux affaires. Mais là où il y a danger c’est lorsque l’on croit avoir une sorte de monopole des idées sans que celles-ci ne soient confrontées au réel. Grâce à son pouvoir, le dirigeant croit détenir la vérité. Il est entouré de flatteurs qui se gardent bien de mettre en doute le discours patronal. Après c’est autre chose. L’idée se heurte à l’organisation, à l’administration, à l’entreprise. Elle passera d’autant plus mal que son cheminement n’aura pas été préparé et son utilité démontrée. Son opportunité est moins évidente. Alors on fait un pas en arrière, puis deux. Puis on l’oublie. Le dirigeant rendra responsable telle ou telle équipe pour son inertie, mais ne se remettra pas en cause.
Il est un domaine où ce processus est particulièrement vrai, c’est celui de l’innovation. Dans combien d’entreprises, le grand mot d’ordre est l’innovation. « Innovons, innovons » dit-on. Contrairement à une opinion répandue, ce n’est pas l’innovation qui présente le plus de difficultés, c’est la gestion de l’innovation avec son rythme bien particulier ni trop rapide pour capoter, ni trop long pour échouer en accumulant des coûts exorbitants.
Il en va de la réforme dans l’État comme de l’innovation dans l’entreprise. Ce n’est pas ici qu’il est nécessaire de rappeler la réflexion de Michel Crozier notamment dans son livre « On ne réforme pas par décret », mais on peut souhaiter que nos dirigeants puissent s’y ressourcer. Ils y apprendront que les décisions qui tombent du ciel accompagnées par une grande communication ont peu de chance de succès. Vaste est le cimetière des innovations et des réformes morts-nées.
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