2005
Revue Française de Linguistique Appliquée
Comptes rendus
Comptes rendus
CORMIER M.C., FRANCOEUR A. et BOULANGER J.-C. (sous la dir. de), Les dictionnaires Le Robert. Genèse et évolution. Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2003
Dans sa préface M. C. Cormier note la place importante des dictionnaires Le Robert au Québec, le rôle d’A. Rey et J. Rey-Debove dans l’élaboration de la politique linguistique québécoise et l’amitié qui en est née.
Diverses, les contributions donnent un sentiment d’unité et de cohérence. Des idées-forces se font écho et révèlent une convergence d’appréciation : les dictionnaires Le Robert sont ancrés dans leur époque et leurs innovations correspondent à des besoins des utilisateurs, d’où leur succès commercial. Sont loués l’introduction du principe analogique dans un dictionnaire de langue, la richesse des exemples, l’intérêt pour la francophonie, la précision et l’exactitude des définitions, les améliorations régulièrement apportées, l’importance accordée aux constructions, collocations et à la phraséologie, l’attention portée à la diversité des usages, l’adoption d’un classement arborescent et non linéaire des acceptions, l’intégration d’informations absentes de dictionnaires concurrents, etc. Des limites ou insuffisances sont aussi évoquées, comme des suggestions d’amélioration, dans la typographie qui manque parfois de clarté, la non-utilisation systématique d’encadrés, etc. Mais ce sont surtout les deux défis de la variété des usages du français et de l’informatisation que doit relever maintenant Le Robert.
J. Pruvost, dans ‘Paul Robert, de la passion des mots au grand architecte de la lexicographie’, trace un portrait chaleureux de Paul Robert. S’appuyant sur ‘trois autobiographies gigognes’, il explique la genèse, la réalisation et le succès de l’entreprise lexicographique de PR par son appartenance socio-culturelle, sa formation intellectuelle (juriste et scientifique), l’exercice précoce de responsabilités et son caractère.
A. Rey, dans ‘La renaissance du dictionnaire de langue française au milieu du XXe siècle : une révolution tranquille’, rappelle l’absence de dictionnaire de langue depuis un demi-siècle. L’originalité fut d’allier un dictionnaire de langue, doté d’exemples littéraires, avec un dictionnaire analogique. Précurseur, le Grand Robert a évolué et d’autres produits, plus innovants, mais s’inscrivant dans une tradition, ont vu le jour.
Dans ‘La philosophie des dictionnaires Le Robert ou les chemins de l’intelligible’, J. Rey-Debove montre comment la réflexion linguistique jointe à la pratique lexicographique a amélioré les dictionnaires. D’analogiques, ils sont devenus plus linguistiques, ont fait place au français parlé et ont pris en compte l’hétérogénéité du lexique (marques d’usage). L’exigence de P. Robert, juriste, dans les définitions a produit un raffinement de l’analyse sémantique (polysémie arborescente, avec justification des liens logiques et indication des synonymes, antonymes et locutions par acception). La rigueur préside au choix des exemples comme à l’utilisation du métalangage. JRD conclut en montrant l’originalité et la diversité des dictionnaires Le Robert.
D. Candel étudie la réception du PR dans ‘Une vision de la langue en 1967 : le premier Petit Robert et ses lecteurs’. Elle rappelle six particularités avouées du PR puis classe les jugements de l’époque autour de sept thèmes : son actualité, sa nomenclature satisfaisante, la richesse des données historiques, la pertinence des marques d’usage, l’abondance des citations, les commodités de son orientation analogique, la richesse de ses informations grammaticales et phonétiques. Elle récapitule les comparaisons avec les concurrents et indique que le PR a toujours été considéré comme plus qu’un dictionnaire abrégé.
M. LaRue, romancière, rappelle dans ‘L’écrivain et le dictionnaire’ le travail sur la langue auquel se livre l’écrivain qui recourt au dictionnaire comme mémoire des mots mais aussi pour les faire évoluer. Il l’aide à trouver sa propre formulation, plus précise mais sans recherche d’effets.
Dans ‘L’expression de la science dans un dictionnaire culturel’, F. Wesemaël et R. Wesemaël testent de trois façons le PR sur la justesse de l’image de la science et la réponse aux attentes d’un ‘honnête homme’ du XXe siècle. L’examen des 14 néologismes donnés dans la préface et celui des termes trouvés dans une revue de vulgarisation dans des domaines variés donnent des résultats satisfaisants mais le test portant sur l’astronomie, livre des résultats plus inégaux : des définitions correctes côtoient des omissions et des définitions imprécises ou erronées. Les auteurs saluent l’énorme labeur d’érudition, constatent la richesse et la précision de notre langue et proposent une collaboration des chercheurs et des lexicographes.
J.-C. Boulanger, A. Francœur et M. C. Cormier étudient l’évolution du PR dans ses trois éditions de 1967, 1977 et 1993 dans ‘Le Petit Robert par lui-même : de l’ombre à la lumière’. Le nombre de pages croît (26% en tout), la nomenclature aussi (plusieurs milliers de mots malgré les sorties). Les articles s’allongent. Les introductions et le titre évoluent. Les éditions successives du PR collent de plus près à la réalité du langage, prenant mieux en compte la diversité du lexique et incluant des néologismes. Une attention accrue est prêtée à la formation des mots, avec l’adoption de la méthode des entrées cachées. Le volet théorique se renforce avec l’intérêt porté à l’incidence lexicale des mouvements sociaux. S’inscrivant dans la double continuité de ses premières éditions et de ses grands devanciers, le NPR est jugé le meilleur des dictionnaires de langue, prudent et innovant à la fois, reconnaissant la pluralité des bons usages (dictionnaire descriptif sans norme posée a priori).
C. Poirier dans ‘Variation du français en francophonie et cohérence de la description lexicographique’ loue les dictionnaires Le Robert pour leur audacieuse prise en compte de la francophonie et expose cinq points positifs dans le traitement des québécismes, mais il suggère des modifications. Posant comme principes la variabilité de la langue française, l’impossible cohérence de la nomenclature, la prise en compte des français hexagonaux (et pas seulement la variante parisienne) et de ceux qui sont parlés ailleurs, CP plaide pour un nouveau type de dictionnaire de référence, où figureraient les emplois communs et les mots particuliers valorisés au sein des communautés de langue française. Le PR pourrait sans doute facilement subir cette métamorphose car il est fondé sur l’histoire et la genèse des emplois.
Dans ‘Les locutions figurées dans le NPR, [et l’] évolution de quelques traitements entre 1993 et 2003’, M. Heinz note les améliorations du traitement de la locution numéro un, dont l’évolution contraint le dictionnaire à évoluer. Elle examine ensuite les modifications des traitements locutionnels dans l’article pied, sans nouvelle locution, alors qu’elle relève trois ajouts à l’article tête, sans modification formelle pour les anciennes. Elle relève aussi des modifications ou ajouts ponctuels correspondant à des erreurs, à des oublis, à des remplacements d’expressions vieillies par de plus récentes. Elle propose enfin quelques modifications et ajouts et note que le recours à internet permet de mieux mesurer la circulation de nouvelles expressions.
F. J. Hausmann relève ‘Beaucoup de splendeurs, peu de misères [dans son] bilan sur les dictionnaires Le Robert’. Il apprécie la richesse des citations du GR mais regrette l’absence d’indication de datation. Le PR, intégrant des locutions absentes ailleurs, reflète la vraie vie du langage, mais FJH lui reproche son manque de clarté, de lisibilité et d’actualité pour les locutions. FJH examine ensuite les divers types de dictionnaires Le Robert, en commençant par Les Usuels, globalement satisfaisants malgré l’absence d’un dictionnaire valenciel et d’un dictionnaire des collocations. Pour la lexicographie pédagogique, il regrette l’insuccès du Robert méthodique. Viennent ensuite le Robert micro et toute sa série, les dictionnaires d’histoire de la langue, et les bilingues. FJH souligne l’impact de la réflexion métalexicographique sur la programmation de nouveaux projets éditoriaux. La théorie et la pratique s’interfécondent. Mais le défi est maintenant l’élaboration de dictionnaires électroniques.
J.-C. Corbeil mesure ‘La contribution de JRD et d’AR à l’aménagement de la langue au Québec’. Pour cela il dresse l’inventaire de leurs contributions et fait le bilan de quatorze textes autour de trois thèmes. AR a bien exposé le dilemme de la terminologie des années 70 (pratiques innovantes mais théories hybrides et archaïsantes). Il a aussi mis fin à une certaine naïveté à propos de la néologie et de la possibilité d’intervenir simplement avec succès dans le processus néologique. JRD a montré la complexité du concept de l’emprunt. Enfin le problème de la norme a été éclairci : aucun dictionnaire n’y échappe. On y est très sensible au Québec où le français a une double fonction, identitaire et d’appartenance à la langue et à la culture françaises.
Une abondante bibliographie clôt l’ouvrage avec une présentation des contributeurs. Regrettons seulement l’absence d’un index qui aurait permis aux lecteurs de retrouver rapidement tous les passages des différentes communications ayant trait à un même domaine : morphologie, variation, emprunt, néologie… Cette présentation peine sans doute à rendre compte de la diversité et de la densité des articles. Les dictionnaires Le Robert sont étudiés à la loupe, sous toutes leurs coutures. La lecture de l’ouvrage, jamais aride ou difficile, est instructive et plaisante. Elle ne manquera pas d’influencer positivement l’utilisation ultérieure des dictionnaires.
Jean-François Sablayrolles
Université Paris 7-Denis Diderot
ELOY, J.-M. (sous la dir. de), Des langues collatérales. Problèmes linguistiques, sociolinguistiques et glottopolitiques de la proximité linguistique. Actes du Colloque international réuni à Amiens, du 21 au 24 novembre 2001. 2 vols. Paris, L’Harmattan, 2004, 648 p. (304 + 344)
Ces deux riches volumes nous proposent les interventions présentées à un colloque international qui s’est tenu en novembre 2001 à l’Université de Picardie-Jules Verne, sur le thème des ‘langues collatérales’. Il s’agit là d’un concept nouveau, que l’organisateur du colloque, Jean-Michel Eloy, présente et définit ainsi, dans la contribution qui ouvre les actes (Des langues collatérales: problèmes et propositions, pp. 5-25) : les langues collatérales sont, pour faire bref, des langues qui, n’étant pas standard, sont très proches structuralement d’une langue standard donnée, et qui en partagent l’histoire. Les deux traits définitoires de la notion sont donc la proximité linguistique et l’association historique avec une langue dominante : ‘Nous proposons de désigner par ‘langues collatérales’ des variétés proches - objectivement et subjectivement -, aux plans linguistique, sociolinguistique et historique, les variétés tendanciellement en contraste étant historiquement liées par les modalités de leur développement.’ (p. 10). La notion pourrait paraître très proche de celle de Nebensprachen de H. Kloss, comme Eloy lui-même tient à le souligner (pp. 12-13), mais à la différence de celle-là, elle prend en compte d’une façon fondamentale la communauté des événements historiques, tandis que, selon Eloy, Nebensprache est définie essentiellement en termes de voisinage géographique. L’utilité du terme semble donc garantie. On peut observer aussi que par rapport à d’autres concepts du même champ sémantique et qui désignent des objects semblables, tels que langues régionales ou langues moins répandues, langues collatérales présente une certaine individualité, car la définition du concept se base justement sur la distance historico-linguistique, contrairement à langue régionale fondée sur le rayon géographique d’emploi et langue moins répandue fondée sur la diffusion démographique. Il faut ajouter que le terme collatéral met aussi l’accent sur la position latérale, subordonnée, que ces langues ont par rapport a une langue ‘centrale’; la notion présuppose ainsi la coprésence d’un autre système linguistique et un certain type de rapport entre les deux.
Le volume contient 49 contributions, qu’il est impossible de toutes résumer. Elles sont toutefois réunies selon sept noyaux thématiques : problèmes généraux et théoriques (Cerquiglini, Eloy, Bressand, Goebl, Le Dû/Le Berre, Trudgill, Tabouret-Keller, Robert, Viaut), langues germaniques (Ternes, Judge, Duvoskeldt), langues d’oïl (Carton, Landrecies, Pooley, Dawson, Valcárcel Riveiro, Hendschel, Jennings, Aslanov, Mougin, Stein), autres langues romanes (Muljačić, Giolitto, Toso, Reynès, Herreras, Carrasco, Maître/Matthey), créoles français et variétés du français (Bernabé/Grivelet, Jeannot-Fourcaud, de nouveau Stein, Paquot, Laurendeau, Lozon), langues celtiques (Ní Chonaill, Ó Hifearnáin, Avezard-Roger, Guillorel), autres domaines (Caubet, Fodor, Shumarova, Sberro, Djordjević/Zenati, Léonard, Keryell, Kamaroudis) ; pour finir avec les deux conférences plénières de C. Hagège (sur la mort et la naissance des langues) et de H. Walter (sur les langues régionales du Nord de la France).
Nous y trouvons traitées, sous des angles différents, les situations de pas mal de ‘langues’, connues et moins connues : le picard, qui se taille la part du lion, en constituant plusieurs fois un point de référence des auteurs et en étant le sujet spécifique d’au moins quatre interventions (Canton, Landrecies, Pooley, Dawson), le champenois, le wallon, le néerlandais, le frison, le gaélique, le breton, le francoprovençal, le catalan, l’asturien (Herreras), les créoles martiniquais et mauricien, le piémontais (Giolitto), le joual du Canada, l’arabe dialectal (Caubet) et le berbère, le hongrois (Fodor), le turc (Sberro), le russe et l’ukrainien (et leur mélange dit sourgyk ; Shumarova), le langues fenniques en ex-URSS (Léonard), etc. Les contributions portant sur des sujets de caractère général concernent entre autres les résultats de l’application de la dialectométrie à la mensuration des distances linguistiques dans le domaine français (Goebl, pp. 39-59), la politique linguistique vis-à-vis d’une langue minoritaire telle que le breton (Le Dû / Le Berre, pp. 61-68), les notions de Ausbau et Abstand dans le cas des minorités linguistiques (Trudgill, pp. 69-76), la didactique des langues proches (Robert, pp. 91-100), et “pourquoi veut-on qu’un parler soit une langue?” (Tabouret-Keller, pp. 77-89) ; et aussi les désignations ‘langue’, ‘dialecte’, ‘patois’ dans les dictionnaires (Stein, pp. 287-298).
Le concept auquel le colloque se rattache est explicitement utilisé ou discuté par plusieurs auteurs : Le Dû et Le Berre, Viaut, Judge, Landrecies, Hendschel, Giolitto, Reynès, Fodor, Sberro, Keryell, Djordjević/Zenati, Kamaroudis. J.L. Léonard (pp. 575-592), dans ses importantes réflexions sur la notion de ‘langues collatérales’ qui ouvrent son compte rendu passionné du plurilinguisme minoritaire en Estonie et en Carélie, y ajoute un troisième trait définitoire, pas explicité en tant que tel dans les propositions initiales de J.-M. Eloy : “Il s’agit de langues mineures ou minorées en contact ou en conflit sociolinguistique […] -donc, en contact ou en conflit glottopolitique – avec une langue majeure ou véhiculaire” (p. 575). R. Maître et M. Matthey (pp. 375-390), en marge de leur exposé sur la situation du patois d’Evolène (le dernier réduit du francoprovençal parlé en Suisse), après avoir souligné tout l’intérêt de cette notion qui “permet de penser ensemble la langue dominante et la langue collatérale” (p. 387), avancent à leur tour quelques remarques critiques. Ils observent que les critères permettant d’établir la proximité génétique qui est la base de la ‘collatéralité’ ne sont pas suffisamment claires ; et ils trouvent qu’on voit peu en quoi la notion “peut être utile dans le cadre d’une politique linguistique de toutes les langues de France”. Ils se demandent en outre, à l’exemple de la “linguification” du champenois, abordée dans la contribution de S. Mougin (pp. 271-286), si la revendication d’une langue propre à une région ne pourrait pas s’inscrire “dans un certain imaginaire linguistique, profondément marqué par l’idéologie unilingue des états-nations”, qui serait aujourd’hui “conduit à opérer un simple déplacement d’objet : au couple une langue - un pays se substitue la variante une langue - une région” (p. 388).
Comme l’on voit, les travaux de ce colloque ne sont pas dépourvus d’intérêt quant aux problèmes de première importance auxquels le colloque s’est trouvé confronté. Les deux volumes nous présentent une large série de cas empiriques différents et très actuels, abordés pour la plupart du point de vue de la sociolinguistique, de l’écolinguistique et de la politique linguistique, mais ne manquent pas les interventions de caractère descriptif, de ‘linguistique interne’ (par exemple, sur les structures verbales en breton en comparaison avec le français, Avezard-Roger ; ou une application de la théorie phonologique au picard, Dawson ; etc.), et on peut compter aussi sur au moins une contribution descriptive en diachronie (Aslanov, sur les indices dialectaux dans le français du Royaume de Jérusalem, pp. 257-269). On ne peut qu’apprécier l’ensemble, dans toute la riche diversité des situations traitées, des approches adoptées et des résultats obtenus.
Gaetano Berruto
Université de Turin
REY, V. (sous la dir. de), Manuel de phonologie scolaire, Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence, 2004, 145 pages
Le manuel est destiné aux enseignants du premier degré, à ceux du Cycle 1 et de la Grande Section de maternelle en particulier, ainsi qu’aux orthophonistes ; il est directement utilisable en classe, et contient 120 pages d’exercices et d’activités pour un ensemble de 145 pages. Les exercices sont des entraînements à la segmentation en syllabes orales.
C’est un manuel pratique et les auteurs recommandent de suivre rigoureusement les activités présentées. L’ouvrage propose deux modules d’entraînement, l’un pour la GS, l’autre pour le CP, chacun durant 6 semaines, à raison d’un entraînement quotidien réalisé 5 fois par semaine, 30 heures au total. Chaque séquence d’entraînement quotidien contient 6 activités, dont le fractionnement en deux ensembles, évoqué comme possible par les auteurs, n’est pas recommandé ; la durée de l’entraînement est donc évaluée à une heure par jour.
Chaque séance se déroule selon les mêmes ordre et nature d’activités. Il s’agit de faire identifier les rimes dans quatre séries de trois mots chacune, du type ‘ chaton / dauphin / bouton’, puis de faire identifier des syllabes identiques contenues dans des mots ‘poignée / cheveu / poisson’, ensuite de faire compter le nombre de syllabes orales ‘lavabo/rhinocéros/caneton’, puis de repérer un phonème dans une liste de 4 mots, enfin de répéter les syllabes entendues dans des logatomes ou pseudo-mots, ces derniers étant des suites de syllabes ne représentant pas un mot de la langue française : ‘ospli, bikado etc.. Les activités ne portent que sur des séries courtes, de 4 mots ou logatomes chacune.
L’objectif de ces entraînements quotidiens est d’installer la compétence à distinguer les syllabes et les phonèmes, à prendre conscience des réalités phonologiques de la langue, à les analyser. Ces entraînements conduisent à faire émerger la ‘conscience phonologique’, notion aujourd’hui développée dans les travaux de recherche sur l’interaction entre la langue orale et la langue écrite, sur la lecture et son acquisition. Quelques pages, une quinzaine en début d’ouvrage, rappellent les résultats de recherche récents dans le domaine. Les auteurs renvoient aux travaux rapportés par Gombert (1990), qui montrent que l’apprentissage de la lecture et la maîtrise phonologique semblent se développer en interaction, ou encore que l’entraînement de la conscience phonologique a un impact sur l’apprentissage de la lecture chez des malvoyants.
Le Manuel obéit encore à une vocation militante, celle de lutter contre l’illettrisme, et de remédier aux difficultés rencontrées par certains enfants, voire d’adultes, dans l’apprentissage de la lecture. Les auteurs citent ainsi les activités d’une association de Marseille, qui œuvre auprès des personnes en situation d’exclusion sociale et qui ont imaginé une animation ‘La vente aux enchères des mots’, spectacle interactif de fiction sur l’origine fantaisiste de mots du vocabulaire courant - qui sont censés avoir disparu dans un futur lointain et totalitaire -, un spectacle qui peut être éventuellement joué en classe avec des élèves plus grands.
L’intérêt de l’ouvrage est de fournir des données nombreuses pour l’enseignant et l’orthophoniste, qui ont ainsi matière à mettre en place un entraînement systématique et répétitif, dans une progression étudiée. Les activités proposées constituent un entraînement utile au Cycle 1, qui n’est pas souvent mené de façon aussi précise. Le Manuel de phonologie a une dimension un peu technique, mais semble avoir une réelle fonction d’outil de remédiation, car certains manuels de lecture proposent des entraînements équivalents, mais peu systématisés.
Colette Corblin
IUFM de Versailles