Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.
S'inscrire Alertes e-mail - Revue française de linguistique appliquée Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezEn termes de vin : lexicographisation du guide œnotouristique en ligne
AuteursPatrick Leroyer du même auteur
Patrick LeroyerCentre for Lexicography, Department of Language and Business Communication
Aarhus School of Business, Aarhus University,
Fuglesangs Allé 4,
DK-8210 Aarhus V, Denmark
Tel.: +45 89 48 66 31<pl@asb.dk>
Rufus Gouws du même auteur
Rufus H. Gouws,Department of Afrikaans and Dutch, Stellenbosch University,
Privaat Bag X1,
7602 Matieland, South Africa
Tel.: +27 21 808 2164
Fax: +27 21 808 3815<rhg@sun.ac.za>
1 - In Vino Veritas
Pour Lerat (1995), les langues spécialisées sont des vecteurs de connaissances, de systèmes notionnels organisés, aux frontières de la signification langagière et de la représentation conceptuelle (cf Lerat 2008a et 2008b pour les enjeux opérationnels de la terminologie vitivinicole). Les langues spécialisées, comme toute langue, inventent, construisent, représentent, communiquent et négocient du sens. Mais elles le font dans des contextes professionnels, et se font instruments de savoir. Dans le double sillage de Porphyre et des sémioticiens des sciences du langage – y compris les sémanticiens œuvrant à l’enrichissement des voies d’accès aux thésaurus (Mazzocchi & al. 2007) – les unités terminologiques sont la translation à la fois linguistique et ontologique (les signifiants recoupant les dénominations) des notions et de leurs signifiés, qui se construisent par rapport aux objets et par rapport aux pratiques mettant ces objets en discours (Roche 2008).
2 La tâche formelle et normative du lexicographe spécialisé – ou du terminographe d’inspiration wüstérienne (Wüster 1985/[1979]) – est dès lors, semble-t-il, de repérer et valider ces unités, et de présenter et structurer toutes les données qui s’y rattachent : traits et relations notionnels (définitions), relations lexicales, contextes discursifs, etc., en vue de les consigner dans un ouvrage de référence, un dictionnaire spécialisé de type sémasiologique ou onomasiologique, une base de connaissances terminologique. Une démarche à la fois cognitive et discursive donc, ontoterminologique, marquée par des méthodologies concurrentes : cognition, linguistique, communication.
3 La tâche fonctionnelle du lexicographe spécialisé est tout autre. Elle est avant tout sociétale. C’est à cette dernière, et plus particulièrement aux théories qui la régissent (Bergenholtz & Tarp 2005, Tarp 2006), qu’est consacré le présent article. Nous ne définirons pas le lexicographe spécialisé comme un spécialiste des ontoterminologies, mais comme un fournisseur d’accès à l’information, à la connaissance, et à l’expérience. On sait depuis Wiegand (1987) que les ouvrages de référence sont des utilitaires, des outils d’accès à l’information. Dans nos sociétés du savoir, la mission du lexicographe est ainsi cruciale. De même, les chercheurs travaillant sur l’organisation de la connaissance et sur les interfaces d’extraction de l’information ont tout récemment introduit et confirmé la valeur des perspectives de l’utilisateur dans leur modélisation (Hjørland & Nissen 2005).
4 Nous avons choisi le vin comme référentiel lexicographique spécialisé car le vin illustre bien les enjeux de la lexicographie spécialisée. Si la vérité est dans le vin, ce n’est pas seulement par vertu de l’adage reflétant la sagesse populaire ; la vérité dans le vin, c’est aussi la pluralité de l’objet vin, de la « lexiculture du vin » en quelque sorte (Galisson 1991) qui met en abyme la catégorisation aristotélicienne, et pose un défi épistémologique à la conceptualisation du domaine du vin. Le vin est objet agronomique, œnologique ; il est objet expérientiel dans sa pratique sensorielle, visuelle, olfactive, gustative, tactile, proprioceptive ; il est objet docimologique dans la pratique des concours et des classements ; il est objet consumériste et social dans la pratique des comportements d’achat et des communautés de marques ; il est objet mercatique, économique, politique, administratif, légal. Il est objet touristique dans ses pratiques et dans ses communications œnotouristiques. Le vin est objet poétique, mythique, imaginaire, et aussi éthique dans ses pratiques biologiques, écologiques, médicales, déontologiques. Le vin est au bout du compte construction dynamique et culturelle des temps hypermodernes (Lipovetsky 2006, Smith 2001 ). Des choix intralexicographiques s’imposent, et il appartient dès lors au lexicographe spécialisé de déterminer la finalité authentique du dictionnaire projeté en fonction des besoins des utilisateurs potentiels dans le monde extralexicographique. Il n’y a pas ainsi de méta-point de vue révélant l’ordre ontologique de la structuration des données, mais il existe de multiples classifications selon les points de vue des utilisateurs. Ainsi la présentation des données est-elle exclusivement subordonnée aux objectifs et modalités d’extraction de l’information, c’est-à-dire aux différentes situations de l’utilisateur dans son rapport d’utilisation avec l’outil.
D’une manière générale, les guides en ligne, héritiers des guides papier (Doerfert & Fehler 2007), incluent fréquemment des éléments de structures et des composantes lexicographiques sous forme de glossaires ou listes structurées de termes, d’index, de directoires, d’articles ayant recours à des formats de données variés, textes, illustrations, schémas conceptuels, etc. Les guides ont aussi recours à des modalités d’accès qui sont propres à la lexicographie : rubriquage (les systèmes de menus), mots-clés et options de recherche, systèmes de renvois internes et externes sous forme de liens hiérarchiques ou associatifs. La thèse soutenue dans cet article est que la conception de guides en ligne suivant des principes de modélisation lexicographique fonctionnelle devrait permettre d’optimiser l’accès aux données. En corollaire, la question demeure de savoir dans quelle mesure les systèmes développés par les sites peuvent apporter de nouveaux éclairages sur la conceptualisation des interfaces entre utilisateurs, les situations d’utilisation, et la recherche et exploitation de l’information.
2 - Contributions récentes
2.1 - L’approche terminographique
5 Le dictionnaire trilingue de la terminologie du vin en ligne, développé en République d’Afrique du sud – Anglais, Afrikaans et isiXhosa (Van der Merwe 2008) – nous servira à décrire l’approche terminographique conventionnelle pour mieux faire ressortir les principes de lexicographisation décrits dans cet article. La motivation sociétale de ce dictionnaire est ancrée dans un contexte industriel – la normalisation et le partage des connaissances vitivinicoles au travers de trois communautés linguistiques recoupant les régions productrices de l’Afrique du sud, Western Cape, Northern Cape et Kwazulu-Natal – et dans un contexte d’évolution scientifique et technologique, avec la forte progression des connaissances et l’innovation des équipements et des techniques qui caractérisent la culture de la vigne, l’élaboration du vin, et la commercialisation des produits. Au dire de ses auteurs, le dictionnaire souhaite mettre en place des fonctions communicatives (assistance à la lecture et à la rédaction de textes vitivinicoles, ainsi qu’à la traduction), et des fonctions cognitives (apprentissage des connaissances vitivinicoles au travers des différentes communautés linguistiques, formation professionnelle, soutien des politiques éducatives). Les utilisateurs-cibles sont donc les professionnels de la filière vitivinicole, mais étrangement aussi, tous les amateurs de vin :
6
7
8 Ce regrettable flou fonctionnel expliquerait que les données incluent aussi bien la représentation des dernières connaissances biotechnologiques et chimiques, par exemple, une définition de la substance responsable du goût de bouchon :
9
Afrikaans2,4,6-trichloranisool
Xhosaitrirhloranisoli-2,4,6
10 que des types de données hétérogènes, ethnographiques par exemple, aux limites du domaine de la vigne et du vin, en particulier la pratique illégale et discriminatoire consistant à rémunérer en nature certaines catégories de personnel employées dans les vignes ou dans les caveaux, sous forme de vin de qualité inférieure :
11
Afrikaansdopstelsel
Xhosauhlawulo ngotywala
12 Il va sans dire qu’un même dictionnaire ne peut répondre aux besoins de spécialistes et de non-spécialistes sans compromettre sa base fonctionnelle. A cette approche terminographique dans le domaine du vin, nous opposerons le principe de lexicographisation modulaire, qui consiste à étendre les théories de la lexicographie à d’autres sources de référence dans une perspective scientifique de l’utilisateur. C’est pourquoi la théorie sera illustrée par un groupe-cible d’utilisateurs parfaitement identifié : les œnotouristes et leurs besoins de sources de référence, afin aussi de rester dans le même domaine.
2.2 - Approche fonctionnelle : lexicographisation modulaire du guide œnotouristique
13 Nous nous proposons de définir un concept de guide œnotouristique en ligne intégré. Le statut de ce concept doit être très clair. Il ne doit pas être pris comme un ensemble de critères rigides, mais comme des recommandations permettant d’assister les rédacteurs d’un tel guide à la réalisation d’un produit novateur. Le produit envisagé entre dans le champ de ce que Gouws et Leroyer (2009) ont dénommé lexicographisation des sources de référence, qui se situe en parallèle à une délexicographisation de la théorie lexicographique classique. En principe, ceci se traduit par l’application d’approches théoriques jusque-là fondées sur le développement de sources de référence lexicographiques, à des sources non considérées comme lexicographiques. Gouws et Leroyer (op. cit.) ont argumenté en faveur d’un guide touristique à structure multitextuelle compartimentée, c’est-à-dire d’une sélection de textes autonomes et non interdépendants hiérarchiquement parlant, mais tous intégrés à la finalité authentique du dictionnaire. Les auteurs suggèrent qu’une composante dictionnairique centrale soit incluse parmi ces textes compartimentés. Les propositions de Gouws et Leroyer (op. cit.) étaient principalement formulées à l’égard des dictionnaires papier. L’une des différences majeures entre dictionnaires papier et dictionnaires électroniques concerne la nature et la prépondérance des structures dictionnairiques. Là où les dictionnaires papier s’articulent autour d’une macrostructure, une telle structure est absente du dictionnaire électronique. Pour ce qui concerne la structure d’accès, les différences entre dictionnaires papier et dictionnaires électroniques sont encore plus vastes. Nos propositions ici continueront d’être adressées à une source de référence intégrée, mais le concept de structure compartimentée sera abandonné. En effet, lorsque l’on observe le statut des composantes modulaires suggérées pour la construction du guide œnotouristique, on constate que la structure compartimentée applicable au dictionnaire papier n’existe plus.
14 Le concept de guide œnotouristique polyvalent et polyfonctionnel peut à la limite s’appliquer à une version imprimée aussi bien qu’à une version électronique. Toutefois, la discussion sera axée sur la version en ligne. L’idée est que, une fois la version en ligne terminée, des procédures d’impression sur demande peuvent mener à l’impression de l’ensemble des textes (au sens le plus large du mot texte – ensemble délibérément construit de données constitutives de sens) inclus dans la version en ligne intégrée, ou bien, ce qui est plus probable, à la sélection d’un ensemble de textes répondant aux attentes d’un groupe d’utilisateurs spécifiques dans une situation d’utilisation déterminé.
15 Le guide œnotouristique polyvalent comprendra une sélection de textes indépendants, fonctionnant dans des modules autonomes. Chaque module, comparable aux textes compartimentés discutés dans Gouws et Leroyer (op. cit.), présentera un champ de données spécifiques, par exemple routes des vins, manifestations et activités culturelles, présentations de caveaux et domaines, etc. Un dictionnaire terminologique de la vitiviniculture sera intégré comme module central. L’approche modulaire nécessite un plan de conceptualisation parfaitement réfléchi, qu’il s’agisse du guide œnotouristique dans son ensemble ou des modules individuels. A ce titre, il faut prévoir non seulement des principes de gouvernance généraux, mais aussi des principes spécifiques s’appliquant à l’organisation des modules autonomes.
2.3 - Finalité authentique et fonctions
16 Dans la planification du guide œnotouristique en ligne, une attention particulière doit être portée à la définition rigoureuse de la finalité authentique du guide. Il faut que les rédacteurs du guide identifient parfaitement les besoins et attentes des utilisateurs-cibles potentiels, et en stipulent les modes d’utilisation. Ces prérequis fondamentaux une fois définis, les profils d’utilisateurs pourront être précisés et configurés, et conduiront à la formulation et à la mise en place des fonctions. Les fonctions de chaque module individuel et autonome doivent s’intégrer à la finalité du guide, sans que la configuration de leurs fonctions ne regroupe pour autant l’ensemble des fonctions prévues. Certains modules desserviront des fonctions de type cognitif ou opératif, tandis que d’autres auront des fonctions de type communicatif ou interprétatif.
17 Dans une perspective fonctionnelle, le module œnoterminologique – sa composante dictionnairique en quelque sorte – joue un rôle intéressant. Outre sa fonction de module autonome, le module est relié, implicitement ou explicitement, aux autres modules et fait donc office de destination à diverses routes d’accès ayant différents points de départ dans d’autres modules. La consultation du module dictionnairique étant motivée par le besoin d’extraction d’informations spécifiques, le besoin pourra ainsi être de satisfaire toute fonction au travers du guide, ou bien au sein du module spécifique d’où la consultation a été initiée.
18 En définissant dès le départ la finalité authentique du guide, toutes les garanties devraient être réunies pour que les modules puissent servir efficacement cette finalité authentique. Tous les modules sont ainsi intégrés par le biais même de leur intégration dans la finalité authentique du guide. Même si les modules forment des composantes autonomes, le partage de la finalité authentique conduit nécessairement à des situations d’utilisation dans lesquelles une requête déterminée peut se manifester à travers différents modules. Bien que les modules aient des approches spécifiques aux requêtes, et que les données y soient présentées à partir de diverses perspectives, il existera une relation de complémentarité interactive entre les modules. Ceci devrait être rendu explicite auprès de l’utilisateur au moyen de liens connectant les modules concernés. La polyaccessibilité pourrait être renforcée au moyen de tables des matières et registres alphabétiques des termes et expressions utilisées dans les différents modules. La consultation d’une référence à une activité culturelle par exemple pourrait se faire dans les modules traitant des activités culturelles, des évènements historiques, des festivals régionaux, etc.
19 La rédaction du guide impliquera la participation d’experts dans les domaines concernés. Ceci inclura des experts de l’œnologie, mais aussi des experts des domaines adjacents : anthropologie, muséologie, gastronomie, historiographie, etc. La planification inclut une sélection des domaines candidats et l’allocation de leurs données à un module individuel ou à plusieurs modules. Les thèmes pourront être classés au sein de chaque module. La sélection et la présentation des modules seront réalisées conformément aux processus d’accès applicables à l’ensemble du guide.
20 Fonctionnellement parlant, les modules du guide seront mutuellement gérés par une régulation intermodulaire : le principe de coopération fonctionnelle, plus apte à décrire la propriété des outils de référence communément dénommés polyfonctionnels ou polyvalents.
3 - Profil des œnotouristes : finalités, situations d’utilisation et modularisation du guide
3.1 - Finalités authentiques
21 Dans le domaine du tourisme, la finalité rédactionnelle des ouvrages lexicographiques s’est jusque-là exclusivement concentrée sur les situations communicatives, c’est-à-dire sur les besoins de communication du touriste dans un environnement étranger, et sur l’assistance à fournir pour pallier les difficultés de communication. Quoique justifiée, cette assistance est sous-tendue par une banale constatation linguistique. Il a été démontré dans Leroyer (2008a, 2008b, 2009) ainsi que dans Andersen & Leroyer (2008) qu’elle repose sur une analyse naïve et partielle des besoins réels des touristes. Aux situations communicatives viennent nécessairement se greffer de multiples situations de nature cognitive, interprétative, opérative et interactive. Cognitive lorsque le touriste a simplement besoin de savoir, de mieux connaître sa destination pour parfaire et enrichir son expérience ; l’œnotouriste quant à lui a besoin de découvrir, au travers de la connaissance et de l’expérience, tous les aspects pertinents de la vitiviniculture ; interprétative lorsque le touriste a besoin de données lui permettant d’interpréter correctement les nombreux signes et symboles utilisés dans le domaine de la vitivinicuture ; opérative lorsque le touriste a besoin d’instructions et de recommandations (ou d’avertissements) qui serviront à le guider au travers de son activité œnotourisitique ; interactive enfin, lorsque le touriste a besoin d’accéder aux données pertinentes qui lui permettront de prendre des décisions, et d’agir directement, en interaction avec l’outil, pour planifier et organiser son séjour, y compris les réservations, inscriptions, contacts et demandes de renseignements, etc.
3.2 - Situations d’utilisation – Décalage et modes d’accès
22 Il convient de distinguer entre situations d’utilisation asynchrones et synchrones. Dans le premier cas, la source de référence est utilisée à distance, préalablement à un éventuel séjour dans la destination. Dans l’autre, la source est utilisée sur place, pendant le séjour lui-même. Le décalage temporel et spatial doit être pris en compte dans la configuration fonctionnelle des données, et dans la mise en place des modalités d’accès. Une utilisation décalée sera plutôt motivée par la curiosité, par l’envie de partir à la recherche de l’information. Elle favorisera ainsi des modes d’accès de type navigatoire, de réseaux d’accès à voies mutliples et ramifications, où la vitesse d’accès importe peu. Une utilisation synchrone, sur place, favorise en revanche un mode d’accès consultatoire, dans lequel il appartient de favoriser un accès rapide et simplifié aux données. Nous reviendrons plus bas (section 5 de cet article) sur cette distinction ‘accessologique’.
3.3 - Modularisation polyfonctionnelle
23 Pour permettre une adaptation optimale aux profils des utilisateurs-cible, et assurer la réalisation des fonctions, le management lexicographique du guide œnotouristique en ligne devrait prévoir des stations d’informations en orbite autour d’un module lexicographique central, et reliées les unes aux autres. Dans le prolongement des finalités et situations, la configuration polyfonctionnelle du guide œnotouristique en ligne pourrait ainsi orchestrer les modules suivants :
- Un module topologique, incluant les descriptifs des routes des vins, et toutes les informations pertinentes à la connaissance et à la visite des domaines qui les jalonnent.
- Un module œnologique incluant la terminologie vitivinicole, et offrant une multiperspective conceptuelle conformément à l’analyse de profil des œnotouristes.
- Un module économique regroupant à titre de documentation les données factuelles et actualisées du marché viticole, la consommation, les traditions, la législation, les nouvelles tendances, y compris les aspects narratologiques et les « news ».
- Un module gastronomique, avec un classement des tables de restaurants, des tables de vignerons, et une introduction aux cartes des vins.
- Un module mercatique, regroupant les données relatives aux cavistes et autres points de vente, la présentation des crus, des marques, un comparateur de prix, des évaluations et critiques, les règlements s’appliquant à l’achat des vins, et les listes de producteurs, éleveurs et négociants avec leurs coordonnées.
- Un module encyclopédique retraçant sous forme d’articles synoptiques l’histoire et la géographie économique et humaine de la région productrice, ainsi que son patrimoine vitivinicole.
- Un module évènementiel interactif, à double structuration chronologique et thématique permettant d’effectuer les réservations, et contenant des données sur les foires et concours des vins, les offres de formation et de dégustation, la participation aux vendanges.
- Un module voyagiste personnalisé, interactif, et permettant d’étudier, planifier, et décider de toute la logisitique du voyage œnotouristique envisagé.
- Un module expérientiel permettant les visites virtuelles de routes des vins, domaines, caveaux, musées du vin et de la vigne.
4 - Accès aux données œnotouristiques
4.1 - Processus d’accès
24 En lexicographie fonctionnelle, la perspective de l’utilisateur incite les lexicographes à rédiger des dictionnaires qui ne soient pas simplement des outils pratiques destinés à fournir des solutions aux problèmes typiques de leurs utilisateurs-cibles potentiels. Les outils lexicographiques doivent être conçus comme des sources de données à haute accessibilité, et le succès du dictionnaire se mesure ainsi à l’accès réussi de l’utilisateur potentiel aux données permettant d’extraire l’information requise. La consultation du dictionnaire est réussie dès lors que l’utilisateur a pu trouver une solution au problème ayant motivé la recherche de l’information. Dans les situations de consultation typiques, l’utilisateur a un problème hautement spécifique requérant une solution hautement spécifique. C’est le degré de familiarisation à l’usage des sources de référence en général, et du dictionnaire spécifique en particulier, qui déterminera la voie d’accès empruntée par l’utilisateur en vue de se rendre à l’entrée voulue. Le processus d’accès ne se limite pas à une voie d’accès unique, mais inclut plusieurs voies ayant des points de départ différents, et à même de conduire, au travers de différentes voies d’accès secondaires, de détours et même d’obstacles, l’utilisateur à destination.
25 Le processus d’accès dans les dictionnaires comprend normalement une entrée lexicographique, le plus souvent sous forme de composant microstructural au sein d’un article doté d’un lemme servant d’élément de guidage pointant vers la destination. Tout dépendant des fonctions prioritaires du dictionnaire spécifique, l’utilisateur doit être à même d’extraire l’information permettant de satisfaire les besoins communicatifs ou cognitifs ayant déclenché et motivé l’acte de consultation. La délexicographisation de certains principes lexicographiques, traitée plus haut dans la section 2.2. de cet article, a aussi des implications au niveau du processus d’accès. L’utilisation réussie de toute source de référence, au format imprimé aussi bien qu’au format électronique, dépend en toutes circonstances de la réussite du processus d’accès contribuant à optimiser l’extraction de l’information. La nature du processus d’accès varie toutefois en fonction des différents types de sources de référence. Dans le domaine de l’œnotourisme, ceci s’applique notamment aux sites web des grands acteurs de la filière. Le processus d’accès dans les sources de référence discutées dans cet article inclut deux types d’accès distincts, correspondant respectivement à la satisfaction de besoins de consultation et de navigation.
4.2 - Double voie d’accès
26 Une voie d’accès est normalement subdivisée en deux sections, quoique différents utilisateurs n’aient pas le même point de départ dans l’une ou l’autre de ces deux sections. Les deux sections correspondent à une voie d’accès externe et une voie d’accès interne. Dans les dictionnaires, la voie d’accès externe s’arrête au signe lemmatique. Dans le courant du processus d’accès, l’utilisateur consultant un dictionnaire suivra par conséquent la voie d’accès externe jusqu’à ce que soit atteint le lemme servant d’élément de guidage de l’article à partir duquel l’utilisateur pourra extraire l’information requise. La voie d’accès interne, quant à elle, conduit l’utilisateur à l’intérieur de l’article, jusqu’à ce que soit trouvée l’entrée microstructurale d’où sera extraite l’information voulue. L’utilisateur pourra aussi être réaiguillé d’un article vers un autre au moyen de renvois internes. Le renvoi réaiguille l’utilisateur à partir de la voie d’accès interne de l’article concerné vers une nouvelle voie d’accès externe. Tout dépendant de la position à partir de laquelle est effectué le réaiguillage, la nouvelle route d’accès externe fera avancer ou reculer l’utilisateur au travers de la section alphabétique du dictionnaire. Ceci confirme une fois de plus qu’il n’existe pas de voie d’accès unique déterminée par l’ordonnancement alphabétique des séquences d’articles. Une voie d’accès externe peut aussi aboutir à différentes destinations intermédiaires. Partant du titre du dictionnaire imprimé au dos de l’ouvrage, l’utilisateur pourra d’abord se rendre à une table des matières, puis à la séquence d’articles dans laquelle est localisé le lemme, et se rendre finalement au titre de colonne en sommet de page où se trouve l’article introduit par le signe lemmatique recherché par l’utilisateur. Ces destinations intermédiaires cependant ne correspondent que rarement à la destination finale de la route d’accès.
4.3 - Accès hiérarchique stratifié
27 Le processus d’accès s’appliquant au type de source de référence discuté dans cet article fait intervenir divers itinéraires et configurations de voies d’accès. La priorité est largement accordée à la voie d’accès externe, tandis que la voie d’accès interne est beaucoup moins proéminente. Une grande variété de destinations sur la voie d’accès externe peuvent de fait être considérées comme des destinations intermédiaires mais, contrairement au processus d’accès typique dans les dictionnaires, les besoins d’un utilisateur spécifique peuvent être satisfaits à l’une de ces destinations. La destination acquiert dès lors le statut de destination finale pour un utilisateur, alors qu’elle n’est qu’une destination intermédiaire pour un autre utilisateur.
28 Par rapport aux dictionnaires papier, le processus d’accès des pages web reflète une nature sensiblement différente, caractérisée par la multistratification des niveaux et nœuds d’information. Des liens établis à partir de la page d’accueil vers différentes sous-pages conduisent l’utilisateur à une strate inférieure. Chaque nouvelle sous-page est elle-même dotée de liens conduisant l’utilisateur à des strates additionnelles. Cependant, tout comme dans le cas du dictionnaire, l’utilisateur chevronné connaissant exactement l’objet de sa recherche n’a pas besoin de traverser toutes les strates pour parvenir à la destination requise. Pour ce type d’utilisateur, la voie rapide de recherche externe peut conduire immédiatement à la sous-adresse de la page spécifique offrant les données nécessaires à l’extraction de l’information requise. La strate initiale, c’est-à-dire la page d’accueil, peut fort bien offrir toutes les données nécessaires à un utilisateur donné. Ainsi, la nature complexe du processus d’accès stratifié ne concerne pas ce type d’utilisateur. Une destination intermédiaire sur la route d’accès multistratifiée sera sa destination finale. La connaissance exacte de l’objet de la recherche peut conduire l’utilisateur à soumettre une adresse web l’amenant directement à une page web spécifique qui en réalité n’est qu’une sous-page constituant l’une des strates inférieures de la voie d’accès.
29 Comme pour les dictionnaires, la voie d’accès externe n’a pas de nature monodirectionnelle. Un utilisateur peut suivre cette voie de la première jusqu’à la dernière strate, mais un utilisateur peut également démarrer à l’une des sous-strates et remonter dans la direction de la page d’accueil jusqu’à ce que soit atteinte la destination voulue. Des liens de renvois peuvent aussi rediriger l’utilisateur dans différentes directions.
Alors que l’utilisateur typique du dictionnaire connait normalement parfaitement l’objet de sa recherche, il n’en va pas forcément de même pour l’utilisateur accédant au type de source de référence discuté dans cet article. Un touriste potentiel envisageant de visiter l’Afrique du sud pourrait savoir que la province du Western Cape est réputée pour son industrie vitivinicole dynamique. Mais il pourrait aussi ne pas savoir qu’il existe plusieurs routes du vin, offrant des visites de domaines, et que certains domaines font aussi restaurant, tandis que d’autres organisent des évènements l’été comme par exemple des concerts en plein air. En accédant à une page d’accueil générale, comme celle illustrée à la figure 1, l’utilisateur est à même d’extraire de l’information sur une vaste gamme d’options et activités. Cette destination intermédiaire pourrait être la destination finale de la voie d’accès interne de la source de référence, mais pourrait être aussi une destination intermédiaire à partir de laquelle pourront être entreprises d’autres recherches sur la voie d’accès. Une destination finale sur la voie d’accès d’une source de référence déterminée ne coïncide pas forcément avec la destination finale d’un processus de consultation spécifique. Un lien sur la page web peut guider l’utilisateur vers une autre page web n’appartenant pas à la source de référence spécifique consultée par l’utilisateur. La destination finale du processus de consultation ne sera atteinte que dans la nouvelle source de référence. Au niveau de la source de référence initialement consultée par l’utilisateur, la destination à partir de laquelle l’utilisateur a été réaiguillé vers une nouvelle source constituera la destination finale de la voie de recherche interne de la source de référence. Pris dans son ensemble, le processus de consultation englobe une large gamme de processus d’accès avec voies d’accès potentielles à diverses sources de référence interconnectées dans des réseaux de liens. Cette configuration réticulaire exige que soient négociées les voies d’accès externes des sources de référence spécifiques vers lesquelles est redirigé l’utilisateur. On entre dès lors dans des modes d’accès navigatoires.
4.4 - Délexicographisation au service d’autres sources de référence
30 Démontrant que la lexicographie est à considérer comme une discipline indépendante, et non plus comme une sous-discipline de la linguistique, Bergenholtz et Gouws (à paraître) illustrent leurs arguments en comparant l’accès aux données dans les dictionnaires avec l’accès aux données dans d’autres sources de référence, notamment dans les manuels de langue et autres ouvrages linguistiques. L’un des résultats les plus significatifs de cette recherche démontre que l’accès aux données dans les dictionnaires affiche des temps d’accès plus courts que ceux des autres sources de référence. Ceci est en grande partie dû au fait que les dictionnaires disposent de structures d’accès mieux planifiées et développées. Cette différence entre dictionnaires et autres sources de référence n’est pas le fait du hasard. Le développement des structures dictionnairiques a été l’un des axes majeurs de la recherche métalexicographique au cours des vingt dernières années. En conséquence, une attention méticuleuse a été apportée aux structures d’accès dictionnairiques. Dans les travaux de recherche lexicographique les plus récents, la focalisation sur la notion d’accès a pris encore plus d’ampleur, en ne se contentant plus d’étudier la structure d’accès elle-même, mais en s’étendant à l’ensemble du processus d’accès dont la structure ne constitue qu’un sous-ensemble (cf. Bergenholtz & Gouws 2007). Les structures dictionnairiques ne devraient jamais être étudiées indépendamment de la finalité authentique du dictionnaire comme outil pratique. Dans la perspective de l’utilisateur, et pour remplir cette finalité, la tâche primaire du lexicographe est dès lors d’identifier et de formuler les fonctions lexicographiques du dictionnaire en préparation. Une fois celles-ci formulées, le lexicographe peut s’engager dans la planification de l’outil, y compris la sélection et la présentation des données à inclure, et les structures nécessaires pour s’adapter aux contenus et assurer la réalisation des fonctions identifiées (cf. Gouws 2005). Cette caractéristique essentielle de la lexicographie, qui se résume à la profonde relation d’interaction entre contenus des données, structures et fonctions, joue un rôle essentiel dans la poursuite des efforts déployés pour développer des produits dictionnairiques plus performants. Il en va de même pour toutes les autres sources de référence, qui sont régies par les mêmes relations d’interaction entre contenus, structures et fonctions.
Ce que nous avons choisi d’appeler lexicographisation, qui vise à étendre le champ d’application des théories et des méthodes développées pour la pratique lexicographique, offre aux concepteurs et rédacteurs d’autres sources de référence non lexicographiques l’opportunité de bénéficier des avancées de la recherche métalexicographique et de ses applications pratiques en lexicographie. Identifier l’utilisateur-cible de la source référence et considérer l’accès réussi aux données qui y sont incluses comme critère déterminant du succès de la source de référence ne devraient pas être l’apanage méthodologique de la seule pratique lexicographique. Toutes les sources de référence s’appliquant à optimiser la médiation et le transfert des données, et à établir une meilleure communication entre source de référence et utilisateurs, qu’il s’agisse de source imprimée, électronique, ou virtuelle sur la Toile de l’Internet, devraient être planifiées et rédigées aux seules fins d’assurer un accès toujours plus performant.
4.5 - Variation de l’accès aux ressources du guide œnotouristique en ligne
31 Pour chaque source de référence, situation de référence, et groupe d’utilisateurs-cibles identifié, une analyse complète des besoins de référence et des compétences en matière d’utilisation des sources de référence devrait déterminer la nature de l’assistance à fournir par le concepteur ou le rédacteur de la source en vue d’assurer un accès optimal aux données. Rappelons encore une fois que le processus d’accès ne se résume nullement à l’identification d’une voie d’accès unique. Le besoin de voies d’accès diversifiées doit être négocié. Il est important à cet égard de réaliser qu’il faudra prévoir des voies d’accès dotées de différents points de départ, provenant de directions différentes, et allant dans différentes directions, et qu’il est impossible au rédacteur de la source de déterminer à l’avance quelles seront les voies d’accès réellement utilisées. Par conséquent, le rédacteur de la source de référence doit s’abstenir de bâtir son travail sur l’hypothèse qu’il suffit de prescrire des options de voies d’accès et des directions uniques, et que ces options seront automatiquement suivies par les utilisateurs. La structure de la source de référence doit rester suffisamment ouverte et perméable pour déployer un large éventail de modalités d’accès.
32 Lorsqu’il consulte le type de source de référence discuté dans cet article – le guide œnotouristique en ligne – l’utilisateur typique a souvent besoin d’un accès aux données à même de satisfaire ses besoins de consultation, qu’il s’agisse d’une consultation à distance, préalable au séjour touristique, ou bien d’une consultation sur place, synchronisée avec le séjour lui-même. Dans le cas des utilisateurs du guide Wine Co Za (Helderberg, WineNet PTY Ltd 2009) ou des guides œnotouristiques des vins de la vallée du Rhône (Inter Rhône 2009, Pignol 2009), le groupe-cible inclut à la fois les touristes connaissant déjà bien l’œnotourisme, et souhaitant simplement être guidés sur certains points pertinents pour leurs besoins, et les nouveaux œnotouristes néophytes, préparant leur première visite dans la province ou région retenue comme destination. La page d’accueil devrait présenter une large variété des aspects pertinents pour le domaine de l’œnotourisme et, à la consultation des menus, l’utilisateur devrait avoir la possibilité de naviguer en partance de ces destinations intermédiaires vers des destinations offrant plus de données pertinentes pour satisfaire le besoin spécifique. Tout comme en lexicographie, il est indispensable d’établir une forte relation d’interdépendance interactionnelle entre fonctions, structures et contenus de la source de référence. La fonction qui doit être satisfaite ici par le besoin de consultation est une fonction cognitive à caractère expérientiel : il s’agit pour l’utilisateur d’acquérir ou de récupérer des savoirs encyclopédiques, pratiques et objectifs pour optimiser les conditions de son expérience touristique individuelle. Pour réaliser cette fonction et satisfaire le besoin de consultation, la source de référence devrait assurer l’accès à une vaste gamme de sous-thèmes, par exemple les différentes routes du vin et itinéraires, une liste des domaines ouverts aux visiteurs, des caves coopératives, des visites et cours de dégustation, de l’histoire de l’industrie vitivinicole, des foires et salons, etc. Les routes d’accès doivent être conçues de sorte que l’utilisateur puisse arriver à destination avec le moins de difficultés possible.
33 Les captures d’écran présentées en annexe dans cet article (annexes 1 à 6) illustrent différentes modalités d’accès. En accédant à la page d’accueil – figure 1 – dans laquelle la consultation est de type multimodal (par interconnexion de textes, photos, graphiques et vidéos), l’utilisateur recherchant des informations sur les routes du vin pourra être réaiguillé vers les marques et étiquettes du vin sur ces routes, les différents cépages, les domaines, ou bien les itinéraires. Ceci le conduira respectivement à la page illustrée dans la figure 2 – structurée selon un accès visuel de type logogrammique, à partir duquel l’accès à la couche suivante pourra conduire l’utilisateur à des aspects caractéristiques des différentes routes du vin – ou bien à la page illustrée par la figure 3 figurant un accès thématique (indexation des données en fonction des types de cépages), à la page illustrée par la figure 4, qui figure un accès lemmatique de type toponymique (alphabétisation des noms de domaines), et à la figure 5 enfin pour un accès topographique (avec une cartographie interactive des itinéraires). En utilisant le mode exploratoire, les données extraites de l’accès par consultation peuvent désormais être étudiées dans le détail. Dans cette phase, seules sont présentées les données pertinentes pour l’utilisateur ; l’accès est individualisé, et répond aux besoins d’un utilisateur spécifique dans une situation d’utilisation spécifique, en vue d’extraire une information spécifique. Pour certains utilisateurs, la phase exploratoire de l’accès constitue une destination finale, tandis que pour d’autres, elle fait office de destination intermédiaire située au niveau d’une couche plus profonde dans la hiérarchie du guide. Un nouveau segment de la voie d’accès conduit l’utilisateur à une phase interactive. Cette phase introduit la fonction opérative et donne à l’utilisateur, par interrogation de la base de données, accès au paramètrage des critères décisionnels, et à la planification du séjour : réservation des transports, hébergement, table, etc.
Préalablement à un séjour en province du Western Cape en Afrique du sud ou dans les vignobles de la vallée du Rhône, une source de référence bien conçue, c’est-à-dire déterminée par les besoins d’un utilisateur-cible spécifique, disposera des structures et des contenus nécessaires pour assurer la réalisation des fonctions spécifiques et permettre l’extraction de l’information recherchée par l’utilisateur-cible potentiel. L’accès virtuel à un domaine viticole préalablement à la visite réelle peut aussi rendre grandement service à l’utilisateur, en prévision et préparation d’un accès réel au domaine réel, l’accès à la connaissance virtuelle précédant dès lors ce que Boyer et Viallon (1994) dénomment reconnaissance réelle. La destination finale du processus d’accès dans une source de référence comme celle traitée dans cet article n’est pas la destination virtuelle, mais bien le monde réel. Un processus d’accès réussi pourra finalement doublement guider l’utilisateur vers une destination externe à la source de référence, et interne au monde réel. Si tel est le cas, le processus d’accès est alors parachevé.
5 - Deux modes d’accès à la connaissance et à l’expérience œnotouristiques
34 La réflexion modulaire fonctionnelle appliquée au développement du guide œnotouristique et l’analyse des processus d’accès complexes ont fait ressortir deux modes d’accès fondamentaux, la consultation et la navigation. Quel que soit le mode d’accès, il appartiendra dans tous les cas au lexicographe de prévoir la mise en place de tous les jalons, indicateurs, structures etc., nécessaires pour en assurer les conditions de félicité : une utilisation du guide répondant parfaitement à la situation de l’utilisateur et desservant sa finalité. Comme nous l’avons fait ressortir plus haut, un mode d’accès consultatoire n’exclut pas un accès navigatoire. Les deux modes d’accès alternent plutôt, se complètent, sont imbriquées dans les processsus d’accès, et se relayent, tout dépendant des besoins et des conditions d’utilisation spécifiques. Les deux modes d’accès sont présentés dans le tableau 1 ci-dessous :
Tableau 1 - Accès par consultation et accès par navigation.
5.1 - Consultation – Accès destinatoire
35 La consultation est motivée par un besoin d’information lié à une carence, un déséquilibre ou une inadaptation. L’acte de consultation est le prolongement direct d’une interrogation préstructurée sous forme de quête préformulée, par nature destinatoire. En lexicographie, c’est l’accès textualisé, de type sémasiologique par le biais d’indicateurs lemmatiques ordonnancés, ou de type onomasiologique, par le biais d’indicateurs thématiques hiérarchisés, qui conduit à la réappropriation des données textuelles. Le parcours d’accès est normalement hiérarchisé grâce aux directoires, catalogues, index, nomenclatures, et le nombre des objets textuels reste limité, même dans les plus grandes sources de référence. Dans une logique de consultation, les multiples options de recherche (les interrogations) avancées qui caractérisent aujourd’hui les sources de référence informatisées ne sont que le reflet de la démultiplication des structures générées par le balisage avancé des données et champs de données. Dans la consultation, c’est la perspective du lexicographe qui prédomine. La réponse du lexicographe est donnée à la question de l’utilisateur, mais encore faut-il que la question soit correctement formulée (d’où la nécessité de former l’utilisateur à l’usage de la source de référence). La consultation est régie par la pertinence des données. Fondamentalement, l’accès y est secondaire, d’où le rêve instrumental de faire disparaître le processus d’accès pour arriver plus vite et sans entraves à destination.
5.2 - Navigation – Accès exploratoire
36 La navigation est motivée par une envie d’information alimentée par la curiosité dans des situations cognitives. Elle est caractérisée par un parcours exploratoire astructuré, et par nature aléatoire. La quête préformulée y est absente. Le parcours est réticulaire, allant d’un nœud d’information à un autre, d’un îlot de sens à l’autre, et le nombre des objets est potentiellement illimité, même dans les sources de taille modeste. Les données ne sont pas récupérées, mais découvertes. Dans la navigation, c’est la perspective de l’utilisateur qui prédomine, et si les réponses abondent, c’est qu’il n’y a pas de questions posées. La navigation est régie par la pertinence des parcours d’accès aux données. Fondamentalement, l’accès y est central, y compris les détours, embûches et obstacles apparents qui peuvent jalonner les parcours d’accès aux données, pour mieux aiguiser la curiosité, et faire rebondir la construction du sens.
6 - Conclusions : de l’indexatoire à l’aléatoire, nouvelles perspectives ‘accessologiques’
37 Le concept de lexicographisation fonctionnelle du guide œnotouristique et sa modularisation ont permis de réaffirmer le rôle central de l’interaction des fonctions, des données et de l’accès, et de confirmer que la lexicographie fonctionnelle a un rôle majeur à jouer dans le développement de toutes les sources de référence. La lexicographisation a aussi démontré la double nature de l’accès comme un processus consultatoire et navigatoire complexe. Dans les sources de référence en ligne, en particulier les sites web des fournisseurs d’information tel le concept de guide œnotouristique traité ici, les données ne sont pas simplement structurées dans des catalogues, rubriques ou répertoires compartimentés et statiques, des boîtes que l’utilisateur pourra ouvrir et refermer à son gré par le biais de menus hiérarchisés, mais aussi dans des réseaux associatifs qui se font et se défont au gré des nœuds d’information et des itinéraires de consultation et de navigation. Dans une perspective structuraliste d’accès consultatoire, les données bénéficient d’un accès optimisé sous forme de processus d’accès initié et régi par l’utilisateur, tandis que les voies d’accès, jalons et destinations restent déterminés et guidés par le travail indexatoire sous-jacent du lexicographe. Dans une perspective constructiviste, le processus d’accès se double d’une dimension navigatoire, apparemment aléatoire, mais propre à certaines situations d’utilisation cognitive, en particulier dans des situations cognitives à caractère essentiellement expérientiel. Les données ne sont pas sciemment recherchées, elles sont explorées pour être découvertes, et l’information se construit de manière dynamique au fil de la navigation associative. Le sens n’est plus récupéré, mais construit dans la rencontre de données surprenantes, intéressantes, mais toujours pertinentes, qui réorientent incessamment l’utilisateur, attisent sa curiosité, alimentent son envie d’information.
38 C’est dans cette nouvelle perspective ‘accessologique’ de la lexicographie qu’apparaît la face cachée des sources de référence : appréhendées comme des constructions indexatoires – des sortes de girouettes où il suffirait à l’utilisateur d’emprunter plus ou moins à son gré des réseaux jalonnés de voies tracées et d’indicateurs pour parvenir à destination – il convient d’y voir aussi des constructions aléatoires. Les sources de référence sont aussi des espaces de hasards heureux, balisés par la navigation fortuite, les rencontres chanceuses, les chasses au trésor d’informations, lorsque exploration rime avec navigation pour arriver à bon port. Quel qu’en soit le mode d’accès, consultation ou navigation, il importe que le développement des sources de référence continue d’être régi par l’interaction des fonctions et la finalité des sources, en parfait accord avec les profils d’utilisateurs et les situations d’utilisation. En tout état de cause, la notion de lexicographisation fonctionnelle traitée ici a fait ressortir le besoin de poursuivre les efforts de développement d’une théorie générale de l’accessologie incluant la complémentarité des modes d’accès consultatoires et navigatoires.
Annexe
Annexes 1-6Bibliographie
Références
1. Ouvrages de référence et sitographie
Doerfert, A. & Fehler, E. (2007).
Pignol, A. (dir.) (2009). Site officiel du tourisme dans les vignobles de la vallée du Rhône. Avignon, Inter Rhône, <http://www.vins-rhone-tourisme.com/>. [vu juin 2009]
Inter Rhône (2009). Vignobles de la vallée du Rhône. Avignon, Inter Rhône, <http://www.vins-rhone.com/pages/home-fr.asp>. [vu juin 2009]
Wine Co Za(2009). Helderberg, WineNet (PTY) Ltd, <http://www.wine.co.za/> [vu juin 2009]
2. Autres références
Andersen, B. & Leroyer, P. (2008). The Dilemma of Grammatical Data in Travel Dictionaries. Lexikos 18: 2008, 27-45.
Bergenholtz, H. & Gouws, R.H. (2007). The Access Process for Fixed Expressions. Lexicographica 23, 236-260.
Bergenholtz, H. & Gouws, R.H. (à paraître). A new perspective on the access process. International Journal of Lexicography, December 2009.
Bergenholtz, H. & Tarp, S. (2005). Wörterbuchfunktionen. In I. Barz, H. Bergenholtz, J. Korhonen (eds), Schreiben, Verstehen, Übersetzen, Lernen. Zu ein- und zweisprachigen Wörterbüchern mit Deutsch, Bern, Peter Lang, 11-25.
Boyer, M. & Viallon, P. (1994). La communication touristique. Paris, Presses Universitaires de France.
Galisson, R. (1991). De la Langue à la culture par les mots. Paris, Clé International.
Gouws, R.H. (2005). Oor die verhouding tussen woorderboekstrukture, woordeboekinhoud en leksikografiese funksies. Lexikos 15, 52-69.
Gouws, R.H. & Leroyer, P. (2009). Verhoogde leksikografiese toeganklikheid in die oorgang van ’n toeristewoordeboek na ’n toeristegids as naslaanbron. Tydskrif vir Geesteswetenskappe 49-1.
Hjørland, B. & Nissen, K. (2005). A substantive theory of classification for information retrieval. Journal of documentation 61, 582-97.
Lerat, P. (1995). Les langues spécialisées. Paris, Presses Universitaires de France.
Lerat, P. (2008a). La terminologie communautaire des opérations vitivinicoles. A paraître dans les actes du II Congreso sobre la lengua de la vid y el vino y su traducción, Soria, avril 2008.
Lerat, P. (2008b). Propositions pour un réseau conceptuel des instruments de mesure œnologiques. In Actes du colloque TOTh 2008, Annecy, Institut Porphyre, 73-90.
Lipovetsky, G. (2006). Le bonheur paradoxal. Essai sur la société d’hyperconsommation. Paris, Gallimard.
Leroyer, P. (2008a). Maultasche og Novillada. En teori for turistordbøger. In Á. Svavarsdóttir, G. Kvaran, G. Ingólfsson, J.H. Jónsson, red., Nordiske Studier i Leksikografi 9, Rapport fra Konference om Leksikografi i Norden, Akureyri 22-26 maj 2007, Reykjavik, Stofnun Árna Magnússonar í íslenskum fræðum og Nordisk Forening for Leksikografi i samarbejde med Språkrådet i Norge.
Leroyer, P. (2008b). Les mutations de la lexicographie touristique. Cahiers de linguistique, 103-116.
Leroyer, P. (2009). Lexicography Hits the Road: New Information Tools for Tourists. In H. Bergenholtz, S. Nielsen, S. Tarp (eds), Lexicography at a Crossroads, Dictionaries and Encyclopedias Today, Lexicographical Tools Tomorrow, Bern, Peter Lang, 285-310.
Mazzocchi, F., Tiberi, M., De Santis, B. & Plini, P. (2007). Relational Semantics in Thesauri: Some Remarks at Theoretical and Practical Levels. Knowledge Organization International Journal 34-4, 197-214.
Roche, C. (2008). Quelle terminologie pour la société de l’information ? Cahiers de linguistique 33-1, 143-160.
Smith, V. (2001). Stone Age to Star Trek. In V. Smith and M. Brent (eds), Hosts and Guests Revisited: Tourism Issues of the 21st Century, New York, Cognizant Communication Corporation, 15-27.
Tarp, S. (2006). Leksikografien i grænselandet mellem viden og ikke-viden. Generel leksikografisk teori med særlig henblik på lørnerleksikografi. Århus, Handelshøjskolen i Århus.
Van der Merwe, M.F. (2008). Wine and Words: A Trilingual Wine Dictionary for South Africa. Lexikos 18, 337-348.
Wiegand, H.E. (1987): Zur handlungstheoretischen Grundlegung der Wörterbuchbenutzungsforschung. Lexicographica 3, 178-227.
Wüster, E. (1985) [1979]. Einführung in die allgemeine Terminologielehre und terminologische Lexikographie, Copenhague, Handelshøjskolen.
Résumé
Outils de communication d’image et de connaissances spécialisées, les guides touristiques en ligne intègrent une variété de structures lexicographiques : nomenclatures, articles, schémas conceptuels, index et registres, options de recherche à partir de mots-clés, systèmes de renvois internes et externes, etc. Ceci n’est guère surprenant dans la mesure où ce qui est requis est l’accès performant aux données permettant d’extraire l’information, tout comme en lexicographie. La thèse fonctionnelle que nous développons ici est que la lexicographisation est à même de démultiplier les modalités d’accès aux données dans la perspective de l’utilisateur. Prenant les guides œnotouristiques comme cas de figure, nous passerons en revue les situations d’utilisation motivant la recherche de l’information, en particulier la recherche de l’information expérientielle, dans laquelle l’utilisateur consulte le guide en vue d’optimiser les conditions de son expérience œnotouristique. Nous formulerons à la clé des propositions théoriques visant à optimiser l’interaction des fonctions lexicographiques, de la présentation des données et des modalités d’accès.
Online tourist guides are information tools communicating destination image and specialised knowledge at the same time. They feature a large variety of lexicographic structures including word lists, articles, conceptual schemes, indexes and registers, search options on keywords, internal and external cross references etc. This is by no means surprising in so far as what it is needed is effective data access in order to extract information – precisely in the same way as in lexicography. The functional thesis we defend in this article is that lexicographisation in a user perspective can improve the access process. Taking œnotouristic online guides as a case in point, we will examine different user situations leading to consultation, in particular the need for experiential information, in which users simply wish to improve the conditions of their œnotouristic experience. We will then formulate theoretical proposals aimed at ensuring better interaction of lexicographic functions, data presentation and access possibilities.
PLAN DE L'ARTICLE
- 1 - In Vino Veritas
- 2 - Contributions récentes
- 3 - Profil des œnotouristes : finalités, situations d’utilisation et modularisation du guide
- 4 - Accès aux données œnotouristiques
- 5 - Deux modes d’accès à la connaissance et à l’expérience œnotouristiques
- 6 - Conclusions : de l’indexatoire à l’aléatoire, nouvelles perspectives ‘accessologiques’
- Annexe
POUR CITER CET ARTICLE
Patrick Leroyer et Rufus Gouws « En termes de vin : lexicographisation du guide œnotouristique en ligne », Revue française de linguistique appliquée 2/2009 (Vol. XIV), p. 99-116.
URL : www.cairn.info/revue-francaise-de-linguistique-appliquee-2009-2-page-99.htm.

















