Revue française de linguistique appliquée 2010/1
Revue française de linguistique appliquée
2010/1 (Vol. XV)
156 pages
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Vous consultezPrésentation. Evaluer les compétences langagières



Ce numéro est consacré à l’évaluation en matière de compétences langagières, un thème que n’avait pas encore abordé la Revue Française de Linguistique Appliquée, bien qu’il ait toujours occupé une large place dans le champ de la linguistique appliquée, sans doute parce qu’il a longtemps été considéré comme un domaine technique, réservé à des spécialistes.

2 La diffusion par le Conseil de l’Europe il y a une dizaine d’années du Cadre Européen de Référence pour les Langues (CECR) a profondément changé les mentalités dans l’ensemble des pays de l’Union, et bien au-delà, et les tests de langue, dont la construction et la validité technique restent des questions centrales, jouent un rôle de plus en plus important et reconnu dans nos sociétés contemporaines et sont utilisés pour des objectifs éducatifs, sociaux et professionnels très divers.

3 Néanmoins, et parce que la RFLA n’est pas centrée sur les seules questions d’évaluation, il n’était pas envisageable d’aborder les problèmes qui y sont liés de façon aussi pointue que les organismes, officiels ou associatifs, nationaux ou internationaux, qui s’y consacrent exclusivement, et sont à l’origine de vastes campagnes d’évaluation – telles celles du Ministère français de l’Education nationale au niveau de l’école primaire, ou encore du programme PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves) de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement économiques) dont les enquêtes, régulièrement renouvelées, donnent lieu à la publication de données comparatives sur le fonctionnement et les effets des systèmes éducatifs des Etats membres.

4 Il nous a semblé préférable de proposer des approches diversifiées, susceptibles de fournir au lecteur une vue plus globale de la multiplicité des problèmes que pose l’évaluation – et tout particulièrement lorsqu’il s’agit de compétences touchant au langage, que la langue considérée soit première ou seconde. Nous avons voulu aussi donner largement la parole à des collègues étrangers ou travaillant dans des pays voisins, en sorte que puissent ainsi apparaître les influences que peuvent parfois avoir sur les démarches d’évaluation des habitudes culturelles différentes et/ou profiter du recul qu’apporte forcément l’enseignement du français à des allochtones.

5 Le numéro s’ouvre sur des réflexions portant sur l’acte d’évaluation lui-même, qu’abordent, selon des approches différentes, Tim MacNamara, de l’Université de Melbourne et Jean-Marie De Ketele, de l’Université de Liège. A partir d’exemples empruntés au CECR et aux procédures d’accréditation retenues par des organismes professionnels, le premier s’interroge sur le rôle assigné, plus ou moins volontairement, aux tests en tant qu’instruments politiques dans nos sociétés contemporaines, tandis que le second, s’adressant plutôt aux professionnels de l’éducation, s’attache à montrer que, pour être plus efficace, l’évaluation en milieu scolaire a besoin de se professionnaliser, ce qui implique que les évaluateurs s’interrogent, de façon plus approfondie que ce n’est le cas aujourd’hui, sur les fonctions possibles de l’évaluation et les différentes démarches envisageables.

6 Dans les deux textes suivants, c’est le principe de l’équité des tests qui est davantage scruté, en termes théoriques d’abord par John Kunnan, de l’Université de Los Angeles, puis sur quelques exemples précis par José Noijons et Erna Gille, membres de l’organisme néerlandais pour l’évaluation de l’enseignement (CITO) – qui fait partie du consortium international chargé de la conception et de l’exécution des enquêtes du programme PISA –. Ayant participé à la construction d’une banque internationale d’items-tests dont l’objectif était d’aider à établir des liens clairs entre résultats langagiers et normes européennes, tous deux s’interrogent ici sur les distorsions observées dans les réponses données à certains items par des étudiants pourtant préalablement jugés de niveau linguistique équivalent.

7 Non moins intéressantes sont les réflexions que proposent Mathilde Anquetil et Marie-Christine Jamet, qui enseignent le français comme langue étrangère en Italie, dans les Universités de Macerata et de Venise. Ayant pris en charge une enquête auprès de leurs collègues universitaires enseignants de français, elles montrent bien les problèmes que soulève l’introduction dans les cursus universitaires de certifications délivrées par des organismes diversifiés (Chambres de Commerce et d’Industrie, ETS, etc.) et dont certaines, très appréciées des employeurs, sont aussi pour cette raison de plus en plus prisées des étudiants.

8 Galina Boubnova, de l’Université Lomonossov de Moscou, et qui a beaucoup œuvré dans le secteur de l’évaluation FLE, décrit le fonctionnement et le contenu de l’Olympiade fédérale de français en Russie, à destination des élèves de 11 à 17 ans – l’une des seules certifications reconnues par le Ministère de l’éducation et de la science de la Fédération de Russie, et d’autant plus prestigieuse qu’elle assure aux lauréats des avantages appréciés. Galina Boubnova fait bien voir également comment la mise au point et l’établissement des épreuves de français et des barèmes de correction ont été pour les concepteurs un remarquable terrain de réflexion pédagogique et d’expérimentation, avec l’objectif de créer en Russie un dispositif d’évaluation qui s’inscrive dans une conception commune de l’évaluation telle qu’adoptée en Europe.

9 Les trois derniers articles composant ce numéro ont en commun de traiter de la lecture, dont la maîtrise – nul ne l’ignore – commande le devenir social et professionnel de chacun. Deux sont consacrés à l’évaluation du niveau de lecture en période d’apprentissage. Le premier, dû à Sylviane Valdois, membre du CNRS à Grenoble, fait le point sur les plus récentes avancées de la recherche en matière de dépistage des difficultés d’apprentissage, et de la dyslexie plus particulièrement, et montre bien le rôle, trop longtemps méconnu ou mal reconnu, de l’empan visuo-attentionnel pour la conquête de la lecture. Le second, écrit par Jean Ecalle, de l’Université de Lyon, présente une revue commentée des différents outils mis à la disposition des professionnels de l’éducation (enseignants) ou de la rééducation (orthophonistes, psychologues, rééducateurs) pour les aider dans leur travail de dépistage ou de remédiation.

10 Le dernier texte, pris en charge par ceux qui y ont activement participé, sous l’égide de la Direction de l’Evaluation, de la Prospective et de la Performance (DEPP) du Ministère de l’Education nationale, fait le bilan sur les performances en lecture des quelque 700 000 jeunes évalués chaque année dans ce domaine lors des Journées d’Appel de Préparation à la Défense organisées par la Ministère de la Défense. Il en ressort qu’aujourd’hui encore près de deux jeunes sur dix sont de très faibles lecteurs, et rencontrent de graves difficultés devant l’écrit…
Variées, et toutes intéressantes, ces contributions ne sauraient épuiser le champ de l’évaluation linguistique. La Revue Française de Linguistique Appliquée en a bien conscience, et ne manquera pas de revenir assez vite sur un sujet aussi essentiel. Nous espérons cependant que, tel qu’il se présente, ce numéro contribuera à convaincre nos lecteurs de l’importance de l’évaluation et les aidera à approfondir leur réflexion sur leur niveau d’information et leurs pratiques dans ce domaine.

 
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POUR CITER CET ARTICLE

« Présentation. Evaluer les compétences langagières », Revue française de linguistique appliquée 1/2010 (Vol. XV), p. 5-6.
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www.cairn.info/revue-francaise-de-linguistique-appliquee-2010-1-page-5.htm.