Revue française de psychanalyse
P.U.F.

I.S.B.N.2130518990
344 pages

p. 259 à 267
doi: en cours

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Communications prépubliées du XLIIe Congrès international de Nice (IPA, 2001) :

Volume 65 2001/1

2001 Revue française de psychanalyse Communications prépubliées du XLIIe Congrès international de Nice (IPA, 2001) :

La psychanalyse postmoderne

Arnold Goldberg 122, South Michigan Avenue, suite 1305B Chicago, Illinois 60603-6107 (USA)
 
Introduction
 
 
La notion de justesse imprègne et enveloppe la psychanalyse. Qu’il s’agisse du souci que nous inspire la transgression des limites ou de notre espoir de trouver la bonne interprétation, nous nous efforçons d’être honorables et d’apporter notre aide, de faire ce qui est juste. Cette droiture et rectitude ne sont nulle part plus marquantes que dans notre tentative de pratiquer la psychanalyse suivant une méthode dont nous observons les prescriptions et les interdictions. Tous les analystes, donc, professent le respect de la méthode psychanalytique, un ensemble de règles qui, si elles sont correctement suivies, devraient aboutir, selon une sorte de logique interne, à un résultat correct. Mais à notre grand étonnement, ce qui ne manque pas éventuellement de nous décevoir, ceux d’entre nous qui adhèrent à cette méthode ont appris qu’à certains moments il leur semble impossible de suivre les règles, qu’à d’autres moments le respect apparemment fidèle de ces règles peut produire de mauvais résultats, ou encore que dans certains cas un abandon total de celles-ci s’avère la meilleure des voies en vue d’une issue favorable. Il ne reste plus alors qu’à se demander si l’on a correctement suivi la méthode ou bien si les règles que nous appliquons sont inadéquates ou encore si, aussi étrange que cela puisse paraître, la psychanalyse et la justesse sont difficilement conciliables.
À l’instar de toute procédure fondée sur une méthode, la pratique de la psychanalyse ou l’application de la méthode psychanalytique entraîne l’obligation de suivre certaines règles. Celui qui souhaite étudier la psychanalyse dispose d’une série d’ouvrages expliquant comment il lui faut procéder, d’une expérience de supervision lui permettant d’analyser ses erreurs et de les corriger, d’une pratique clinique professionnelle auprès de patients qui participent tous à l’amélioration de son savoir-faire et, qu’on le veuille ou non, à la mise au point d’une série de règles qui lui sont propres tout en étant perçues comme conformes aux livres, aux superviseurs et à l’issue favorable ou défavorable du traitement.
Nous devons d’emblée opérer une distinction entre le fait de suivre une règle et le fait de la comprendre, comme l’a souligné Wittgenstein (1967), ce qui s’avère plus difficile que ce que l’on pourrait penser à première vue.
La psychanalyse a indubitablement fait l’objet de toute une variété de changements méthodologiques qui dérivent, selon certains, d’un assouplissement des règles initiales. D’autres insistent pour dire que tout changement équivaut purement et simplement à une modification des règles. D’autres encore rejettent systématiquement tout changement en ramenant ce dernier à une non-observation des règles, ce qui conduit parfois la communauté psychanalytique à bannir l’usage de tel ou tel concept. Ces changements affectent non seulement la fréquence des séances, comme en témoignent la diminution du nombre de séances hebdomadaires qui de cinq peuvent passer à quatre, à trois, voire même à une séance par semaine, mais également certaines règles autrefois considérées comme sacro-saintes. Certains analystes se passent du divan. D’autres pratiquent l’analyse au téléphone. D’autres encore, et ils sont nombreux, prônent la révélation par l’analyste à ses patients de ses sentiments personnels, allant jusqu’à demander aux patients si ces informations à caractère privé les intéressent (Aron, 1996). Ce dernier point où l’analyste se voit invité à partager ses sentiments tendres et positifs avec un patient entraîne souvent des réactions violentes de la part de ceux qui, s’érigeant contre cette forme de pratique, affirment qu’elle ne saurait être qualifiée de psychanalytique. Hormis le fait d’expulser les incrédules afin de maintenir un semblant de conformité, la question se pose de savoir si et comment il est possible de circonscrire tous les changements qui affectent les règles et la méthode. Nous proposons comme point de départ moins une interrogation au sujet de la notion de justesse qu’une investigation sur les origines de cette « analyse sauvage » actuelle.
Antécédents
La recherche sur les origines de la méthode psychanalytique et des règles à observer (ou à ignorer) nous a conduits non sur la voie tracée par Freud et que tous les analystes connaissent, mais plutôt dans une direction qui oscillerait entre deux citations. La première est attribuée à Wilfred Bion : « Il est difficile de s’en tenir aux règles. Du reste, j’ignore ce que sont les règles de la psychanalyse » (Bion, 1990). La seconde est du philosophe Jean-François Lyotard, le chantre du postmodernisme, qui affirme que le postmodernisme est l’expression d’une « incrédulité à l’égard des métanarrations » en même temps qu’il soutient que toute science tire sa légitimité de sa référence à une métanarration qui correspond à la règle du jeu (Lyotard, 1984). Ainsi, Bion ignore les règles, tandis que Lyotard, lui, s’en méfie. Et bien que Bion se soit peut-être amusé à éluder la question, il reste qu’il formule également une vérité plus profonde qui pourrait rejoindre celle de Lyotard. Chacun de ces auteurs fait montre de scepticisme et de prudence envers l’adoption de règles conduisant à une méthode qui peut, en vertu de l’insistance mise sur la notion d’exactitude, servir moins à orienter qu’à contraindre, voire même à déformer.
Dans son acception la plus générale, la conception postmoderne renvoie à une multiplicité de points de vue qu’aucune narration globale ou théorie d’ensemble ne permet de relier les uns aux autres. Cette variété de langages différents a créé une sorte de Tour de Babel qui, à son tour, a donné lieu à de nombreux jugements critiques que l’on pourrait résumer par la formulation suivante : « Tout est permis. » Cette situation inquiète, effraie et menace de saper la solidité de toute entreprise soumise à des règles. Il s’agit là, à mon avis, d’une appréhension injuste et na ïve du postmodernisme, ce que l’on pourrait illustrer de la meilleure façon possible en citant Lyotard qui dit que chaque soi vit dans un tissu de relations toujours plus complexe et changeant (Lyotard, 1984). Cette conception qui tient compte de la complexité du psychisme permet de comprendre pourquoi les systèmes qui le constituent, en raison même de leur complexité et de leur ouverture, ne sont ni prévisibles, ni déterminés. En effet, en élargissant le concept freudien de surdétermination, l’on peut énumérer les différences entre les systèmes dont le fonctionnement est basé sur des règles et ceux qui, fondés sur des interconnexions, forment des réseaux complexes. Ces derniers vont de l’auto-organisation (par comparaison avec les options préprogrammées qui sont définies a priori) à une multiplicité de solutions finales (par comparaison avec une terminaison spécifique (Cillier, 1998). Bref, le point de vue postmoderne s’éloigne d’une théorie générale ou métanarration, qui vise à tout expliquer, pour aller vers des théories singulières qui dépendent d’une série de conditions locales, c’est-à-dire d’un contexte.
En admettant un tel pas en direction de la flexibilité et l’existence de frontières incertaines entre les systèmes complexes, on peut considérer la plupart de nos règles et la méthode qu’elles sous-tendent comme des moyens qui n’ont pas besoin de prétendre à une validité globale. Ces règles doivent plutôt être refondues selon le moment en fonction de leur degré d’applicabilité ; elles ont donc une valeur plus locale que générale. Nous devons nous montrer prudents au sujet d’un point qui est malheureusement le plus souvent négligé, à savoir qu’une règle qui peut être modifiée dans certaines circonstances ne peut donc pas être perçue comme étant inutile dans d’autres. Nous sommes incapables de généraliser facilement. Nous sommes moins dans l’arène du « tout est permis » que dans celle du « tout est important ». Ceci nécessite donc une activité de cadrage permanente, un « méta- » examen de tout ce qui se produit au sein d’un contexte particulier. Rien ne peut plus être considéré comme allant de soi.
Remarques cliniques
Citant une anecdote plutôt innocente mais fort éloquente, Akhtar (1999) relate le cas d’un analyste qui refuse les fruits qu’un patient lui offre en cadeau, tout en lui expliquant avec tact les règles, c’est-à-dire les raisons de son refus, basées essentiellement sur la nécessité de frustrer les demandes pulsionnelles, explication à laquelle le patient se soumet. Ceci est un exemple d’une dérive de la méthode du fait de cette généralisation, de cette métanarration globale. L’application à la cure analytique d’une règle dictée par une théorie générale peut s’avérer nécessaire ou même inoffensive, mais en même temps cette règle demeure étrangère au processus d’investigation analytique. Ceci illustre davantage le fait de suivre une règle que d’en comprendre les tenants et les aboutissants. Le patient que nous venons d’évoquer pourrait être de ceux qui ont besoin d’offrir un cadeau par contraste avec la condition sine qua non de l’analyste, mais, encore une fois, ceci dépend entièrement d’un contexte précis. L’application d’une règle éloigne l’analyste de la dynamique d’une situation donnée dans la mesure où la règle vient d’ailleurs. Notre souci habituel et nécessaire au sujet du sens que revêt pour le patient comme pour l’analyste tel rêve, tel fantasme ou tel agir, est dévié de son cours dès lors que se trouve introduite la question ou l’excuse de la procédure d’usage. Je pense que l’on peut attribuer une position de non-généralisation à Bion qui, en disant qu’il était ignorant des règles, voulait peut-être donner à entendre que celles-ci n’étaient rien en dehors d’un patient donné à un moment donné et que, par conséquent, il vaut mieux n’en avoir aucune connaissance préalable.
Pertinence clinique
J’ai récemment entrepris avec mes collègues un travail de recherche sur un groupe de patients qui vivent, pourrait-on dire, sans tenir compte d’aucune règle (Goldberg, 1999). Ces patients présentent des troubles du comportement et passent par toute la gamme des désordres de la conduite, du vol aux excentricités sexuelles et aux perversions. Ces personnes sont généralement considérées comme des cas ne relevant pas d’une indication de traitement psychanalytique, soit en raison de la gravité de leur pathologie, soit en raison de leur incapacité d’observer les règles de l’analyse. L’étude de ces patients nous a permis d’éclairer les règles et la méthode analytiques, dans la mesure où nos efforts thérapeutiques nous ont amenés à élaborer des règles ad hoc, ou encore, comme le dirait Lyotard, des règles dont le champ d’application et de validité est local. Nos méthodes d’analyse ne s’accordaient pas avec nos patients, chacun d’entre eux nécessitant une sorte de méthode individualisée. Peut-être est-ce le cas d’un grand nombre de nos patients, voire même de la majorité d’entre eux, bien que de façon plus subtile.
Vignette clinique
Conrad était un avocat, spécialisé dans les affaires en litige, qui, ayant subitement développé un état d’angoisse aiguë lorsqu’il plaidait au tribunal, s’était vu contraint de suspendre toute apparition en public. Il s’estimait heureux à l’idée d’avoir souscrit auparavant une police d’assurance invalidité qui lui garantissait une jolie somme tant qu’il se trouvait dans l’incapacité de poursuivre normalement ses activités, c’est-à-dire pour ce qui le concernait de plaider au tribunal. Aux yeux de la compagnie d’assurances, le fait que Conrad ait la capacité de poursuivre d’autres types d’activités à caractère juridique n’entrait pas en ligne de compte ; il opta sans tarder pour ce statut d’invalidité et commença à percevoir ses indemnités. Comme on pouvait s’y attendre, sa police d’assurance exigeait que l’état de Conrad soit attesté par un psychiatre, ce qui signifiait qu’il devait consulter un médecin qui accepterait un tel contrat. Initialement, ceci ne lui posa aucun problème, mais son premier analyste, un psychiatre, se rebiffa au bout d’un certain temps, dans la mesure où le besoin qu’avait Conrad de ce certificat d’invalidité semblait interférer avec son traitement. Conrad se mit à courir les psychiatres. Quelques analystes acceptèrent de le suivre, mais tous insistaient pour se tenir à distance des conditions requises par l’assurance. Finalement, Conrad trouva un analyste qui accepta à la fois de le suivre et de lui délivrer régulièrement un certificat d’invalidité.
Il ne fait pas de doute que nombreux seraient ceux parmi les analystes qui estimeraient que dans ce cas une analyse bona fide serait impossible, les règles de l’analyse n’étant pas observées et l’alliance thérapeutique se voyant remplacer par un arrangement de l’ordre d’une négociation financière. Je cite ce cas extrême d’un écart par rapport à la méthode analytique, non comme exemple d’une déviation éthique, ce qui est une question distincte, mais comme une sorte de préambule à une réflexion autour de la question de savoir si les règles peuvent subir des modifications et, par conséquent, être soumises elles-mêmes à l’analyse. Bref, cette cure sembla marcher pendant quelque temps, jusqu’à ce que, malgré l’amélioration de l’état du patient, l’on buta sur la question difficile, voire inenvisageable, de la terminaison de l’analyse. L’analyste de ce patient exposa ce cas devant un groupe de collègues et fut vertement critiqué et accusé de corruption et de collusion avec son patient. Il eut beau protester en arguant du fait que s’il n’avait pas accepté de suivre ce patient, un autre l’aurait fait, ses collègues demeurèrent implacables ; déprimé et accablé, il décida peu de temps après d’entreprendre une supervision. Il découvrit l’ampleur de ses propres sentiments d’avidité et de malhonnêteté et en trouva confirmation après-coup dans le matériel qui avait émergé au cours du traitement. Sa vision de l’analyse gagna en profondeur et peu de temps après le patient décida, de son côté, de renoncer aux bénéfices de son assurance invalidité et de terminer son analyse. L’analyste présenta ce cas une nouvelle fois à ses collègues qui, bien que plus modérés dans leur jugement, émirent une fois encore de sérieuses réserves au sujet de ce cas et soulevèrent plusieurs questions : en effet, avait-on affaire ici à une analyse qui ne pouvait tout simplement pas se dérouler selon les règles ? Mis à part le recours habituel à la mention « ce n’est pas une analyse », pouvait-on admettre que certaines cures soient menées en dehors des règles habituelles, à partir du moment où ces exceptions étaient elles-mêmes passées au crible de l’analyse ? Enfin, et peut-être plus curieusement, on posa la question de savoir s’il était nécessaire que l’analyste partage avec certains patients quelques traits pathologiques communs afin de pouvoir aider ces derniers.
L’analyste et les règles
L’étude de ces patients transgressifs nous a permis de comprendre que la plupart des analystes avaient eux aussi tendance, le plus souvent inconsciemment, à ne pas observer les règles qu’ils s’étaient forgées à l’avance. En effet, nous en sommes venus à penser que seul un analyste qui enfreignait les règles pouvait s’avérer efficace avec ce type de patients. L’analyste de Conrad put analyser son propre rapport pathologique à l’argent, ce qui l’amena par la suite à affirmer que sa propre évolution qui, de chicanes financières de toutes sortes l’avait conduit à une attitude d’honnêteté professionnelle, portait la marque de ce mouvement et de son efficacité ultérieure.
Si nous parvenions à admettre la vérité de cette position, nous serions à même de reconnaître parallèlement que toutes nos règles dérivent à l’origine de besoins personnels, c’est-à-dire individuels, qui finissent par être sanctionnés par les membres d’un groupe. Nous devons rappeler encore une fois que cette position n’aboutit nullement à défendre quelque licence que ce soit. Plutôt, elle soulève une question bien plus fondamentale qui est de savoir ce que l’on peut dire au sujet de la méthode analytique sans retomber sur les raffinements du rituel, tels que les cadeaux, le divan et la fréquence. Autrement dit, qu’est-ce qui rend un analyste capable de fonctionner en tant qu’analyste ? Comment peut-on comprendre une règle plutôt que de s’y conformer ?
Le patient et les règles
Un des enseignements que nous avons tiré de la discussion dans notre groupe autour de chaque cas était que nous n’étions pas tous capables de répondre à ce que chaque patient exigeait de nous. Alors qu’un analyste se montrait capable d’aider un voleur mais non un travesti, un autre pouvait facilement inverser ses prédilections. La conclusion la plus remarquable que nous ayons atteinte était que nos préférences comme nos convictions étaient accompagnées d’une cécité persistante et significative. De même que l’analyste de Conrad semblait désavouer sa propre malhonnêteté, évidente aux yeux des autres, de même tous nos comportements portaient-ils la marque de positions défensives similaires. De cette combinaison de rationalisations et de dénis personnels semblait émerger une série de procédés que nous tentions de mettre en œuvre avec tous nos patients. En réussissant à nous libérer de ces préconceptions, nous serions plus à même de rendre compte de la variabilité des succès et échecs thérapeutiques selon les patients. En un mot, la conclusion inévitable à laquelle nous sommes parvenus est que certains patients appellent certaines règles, alors que d’autres règles ne leur posent aucune difficulté. On ne saurait donc ni opérer suivant une série de règles fixes et une méthode analytique déterminée à l’avance, pas plus que l’on ne saurait fonctionner suivant une série de règles totalement élastiques et une méthode tout aussi indéterminée. La question de savoir ce qui rend un analyste capable de fonctionner en tant que tel s’applique également au patient et à sa capacité d’être un patient. Dans toute analyse, on doit se fixer pour tâche de déterminer les besoins propres à un patient donné et examiner dans quelle mesure ceux-ci s’articulent avec les capacités de l’analyste. Cela n’a aucun sens de vouloir assigner aux analystes des qualités telles que l’optimisme ou l’ouverture d’esprit, ni même la neutralité, dans la mesure où chacune de ces qualités, pour admirables qu’elles soient, peuvent ne pas convenir à tel ou tel patient et ne pas correspondre aux caractéristiques naturelles de tel ou tel analyste. Cela n’a pas plus de sens d’insister sur le fait que les patients ne devraient pas lire de littérature analytique, ni se marier ou apporter des cadeaux, dans la mesure où chacune de ces injonctions peut selon le cas servir ou desservir le processus de l’analyse. Nous devons faire un pas en arrière pour saisir ce qui constitue l’essentiel de la méthode analytique et de ses applications.
Discussion
La psychanalyse est fondée sur la compréhension, non au sens habituel d’une qualité qui favorise l’établissement des relations entre les individus, mais au sens d’une compréhension en profondeur qui est déterminée par la complexité du transfert et de l’inconscient. C’est une forme de compréhension qui donne au confort et à l’entente une place secondaire. Il est indéniable que pour Freud cette forme de compréhension était le résultat de la technique qu’il utilisait et des conditions qu’il avait mises en place, autrement dit de la méthode qu’il pensait être la plus appropriée pour favoriser le développement du transfert. Beaucoup d’analystes partagent ce point de vue, et il est quasiment impossible de renoncer aux connaissances issues de cette tradition. Cependant, il est également incontestable que d’autres analystes parviennent à cette forme de compréhension dans des conditions différentes. Si la méthode qui y conduit requiert une empathie soutenue de la part de l’analyste, il nous faut prêter attention aux conditions qui permettent d’instaurer cet état chez le patient comme chez l’analyste, la nécessité, s’il y a lieu, de recueillir d’autres types de données pouvant se transformer en une tâche mutuelle entreprise par les deux protagonistes. Dans la mesure où la personnalité et la pathologie varient suivant les individus, il semble tout aussi téméraire d’insister sur le fait que la conception de Freud s’applique à tous, que de prétendre que rien ne doit s’appliquer à tous. Ainsi, nous aspirons à parvenir non pas à un accord intersubjectif, mais à un état qui favorise des conditions d’investigation optimales. Pour simplifier à outrance : ce que l’on fait est juste tant que l’on comprend ce que l’on fait, ce qui suppose que tout peut être mis dans la catégorie d’une métanarration obéissant à des règles locales et doit donc être examiné en tant que tel. Rien n’échappe donc à cette recherche de compréhension.
(Traduit de l’américain par Danielle Goldstein.)
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Akhtar S. (1999), Distinguishing needs from wishes, in JAPA, vol. 47/1, 113-151.
·  Aron L. (1996), A Meeting of Minds, Hillsdale, NJ, The Analytic Press.
·  Bion W. P. (1990), Brazilian Lectures, London, Karnac Books.
·  Cilliers P. (1998), Complexity and Postmodernism, London and New York, Routledge.
·  Goldberg A. (1999), Being of Two Minds, Hillsdale, NJ, The Analytic Press.
·  Lyotard J.-F. (1975), La condition postmoderne : rapport sur le savoir, Paris, Minuit, 1975.
·  Wittgenstein L. (1967), Tractatus logicophilosophicus. Investigations philosophiques, Paris, Gallimard, 1986.
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