Revue française de psychanalyse
P.U.F.

I.S.B.N.2130519075
464 pages

p. 1133 à 1140
doi: 10.3917/rfp.654.1133

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L'action de la forme

Volume 65 2001/4

2001 Revue française de psychanalyse L'action de la forme

Trans-formation

Claudette Lafond 10, 135, Saint-Denis Montréal – Canada
La mobilité de la forme est assurée par la relation d’objet. Les transformations s’opèrent en filigrane dans le passage par des figures de généalogie psychique : mère-enfant, mère phallique et relation au père. Les formes monadiques deviennent malléables dans le contexte du transfert maternel où la voix révèle la présence nécessaire au développement de l’infans.Mots-clés : Voix, Forme, Relation d’objet. Mobility of form is ensured by object relations. Transformations take place just beneath the surface with the passage of figures of psychic genealogy : mother-child, phallic mother and relation to the father. Monadic forms become malleable in the context of the maternal transference in which the voice reveals the presence necessary for the development of the infans.Keywords : Voice, Form, Object relations. Die Mobilität der Form wird durch die Objektbeziehung versichert. Die Transformationen vollziehen sich im Hintergrund, indem sie Figuren der psychischen Genealogie benützen : Mutter-Kind, phallische Mutter- und Beziehung zum Vater. Die monadischen Formen werden biegsam im Kontext der Mutterübertragung, wo die Stimme die für die Entwicklung des Infans notwendige Präsenz aufdeckt.Schlagwörter : Stimme, Form, Objektbeziehung. La mobilidad de la forma está asegurada por la relación de objeto. Las transformaciones se operan implicitamente a través de figuras de geanología psíquica : madre-niño, madre fá lica y relación al padre. Las formas mónadicas se vuelven maleables en el contexto de la transferencia materna en donde la voz revela la presencia necesaria para el desarrollo del infans.Palabras claves : Voz, Foma, Relación de objeto. La mobilità della forma viene assicurata dalla relazione d’oggetto. Le trasformazioni si operano in filigrana nel passaggio tramite figure di genealogia psichica : madre-bambino, madre fallica e relazione col padre. Le forme monadiche diventano melleabili nel contesto del transfert materno in cui la voce rivela la presenza necessaria allo sviluppo dell’infans.Parole chiave : Voce, Forma, Relazione d’oggetto.
Certains textes nous livrent à la passion associative. Leur pouvoir d’évocation, telle une pressante invitation au voyage, nous déporte d’habitudes de penser sur “ l’appareil et ses procédures ” [1] de la vie psychique à des avenues de créativité orientées vers l’esthétisme. “ La voie d’une esthétique ”, dira Laurence Kahn. Il y a une séduction évidente dans l’esthétique. On pourrait même croire à la nécessité de mettre l’objet à distance afin de ne pas se laisser subordonner, méduser par la magie de la forme en perte alors de quant à soi, de quant à penser. Or, non seulement l’étape du processus primaire est incontournable pour l’écoute en profondeur, mais, de plus, il y a la réalité énoncée dans le rapport de César et Sá ra Botella à propos de la figurabilité, qui exige “ un état psychique de régrédience pour que puissent s’établir de nouveaux liens, de nouvelles causalités, le travail de figurabilité accroît les possibilités psychiques, notamment au cours de cures analytiques ”. La forme peut séduire et exercer une action dans le sens d’une maturation psychique. Appuyée sur ces assertions, je vais tenter de concevoir le rapport entre les aspects dynamiques de la forme en interaction et les aspects plus figés de cette forme.
Nous aimons à croire que la forme porte d’autant plus de sens que sa fonction économique la protège d’une hémorragie pulsionnelle. Elle protège la psyché d’une trop grande quantité par la construction de son périmètre défensif. Cependant, comprendre demeure un travail qui se heurte aux ombres. Je pense plus précisément au temps de l’analyse, à ces espaces qui prennent toute leur amplitude au moment où l’analysant quitte le cabinet, ou encore à ce qui se passe à l’intérieur même des séances, alors que le travail laisse latentes des images, genre de figures énigmatiques analogues à un message chiffré dont la signification demeure ignorée des deux protagonistes de la cure. Le sens est inconnu, mais l’effet n’en est pas moins réel : une certaine action de la forme. Le jugement est suspendu, non pour des raisons méthodologiques mais par impuissance. Nous sommes provoqués à une certaine urgence d’intelligibilité et, motivés par la détresse du patient, et sans doute à bas bruit, motivés aussi par nos limites, nous sommes provoqués à tolérer la souffrance en suspension dans l’analyse. Nécessité donc de se déprendre de l’emprise de l’action de la forme, pour ne pas y demeurer enfermés. Dans le contexte de la cure, se déprendre signifie une prise en compte de la forme de la figure, une étape du processus, une traversée sans résistance ni complaisance. Transformation du conflit entre le point de vue scientifique et l’activité de l’imagination et du fantasme. Je me remémore Ulysse qui doit quitter sa séduisante Calypso pour Ithaque.
Ces considérations m’amènent à voir l’action de la forme comme une possible action de feindre [2], de tromper à partir de quelque chose de réel pour le rendre dissemblable et qu’il devienne plus supportable. Une stratégie pour éviter la douleur psychique : mise en action du principe du plaisir. Ainsi, la forme n’est pas une cachette, un masque, elle est l’expression de la matière psychique. Nous savons depuis Aristote que la forme se dit de toutes les qualités de l’objet. À la différence, et elle est de taille, que l’objet de l’analyse est transformé dans son expression, affecté d’intensité. La figure, image énigmatique, plus qu’une apparence, est un apparaître. Interférence au transfert ? Ce serait davantage une longueur d’ondes, la plus praticable, tout en étant la plus hasardeuse, pour une mise en présence. L’usage de la métaphore : longueur d’ondes convient peu à l’idée de l’image, de la forme.
Une même longueur d’ondes caractérise davantage l’écoute. Se pourrait-il que la musique soit davantage appropriée, plus analogique du travail de l’analyse ? Il y a des figures dans la musique [3] mais c’est la médiation pour entendre. C’est à propos de Wittgenstein que Laurence Kahn évoquera la musique : « Certes, la forme est une Gestalt pour Freud, tout dans le processus de la figurabilité nous le démontre, tandis que le second Wittgenstein est en débat avec le gestaltisme : parce que la saisie est toujours peu ou prou soumise à l’apparition de l’aspect, à l’émergence d’un voir “ceci comme cela”, le comme n’étant pas de pure comparaison mais question de phrasé pour l’œil ou pour l’oreille, de disposition, d’accentuation, de rythme, tout à la fois nouveau thème et nouveau geste, noyau de l’interprétation dont l’un des emblèmes est la musique. » [4] Dans ce cas de figure, la musique n’est pas prise en elle-même, mais dans sa fonction codée, son angle visuel ; la dimension qualitative et quantitative de l’affect qui nous renvoie à l’intensité pulsionnelle ne serait donc pas alors prise en compte. Elle risque d’être une structure en mouvement, une mécanique soutenue par l’esprit mathématique. La parole du patient ne peut avoir une signification aussi abstraite, même de la part de celui qui présente la pensée opératoire. Quelle que soit l’intensité du discours, l’accès à la psyché demeure une conquête.
La suspicion devant tout dispositif dont la finalité est de nous permettre de voir, de comprendre, interfère tel un filtre dans la saisie de l’objet. Le recours à la forme permet de dire et, en même temps, empêche de dire. À cette ambigu ïté s’ajoute la crainte de ne pas arriver à saisir ce qui est objet d’analyse. Dans ce sens, la forme n’échappe pas à l’incertitude d’appréhension. « L’inquiétude de la quête n’est certes pas le lot exclusif du psychanalyste. Convoqués par le même élan et dans le même désarroi, le philosophe, le scientifique, le peintre et le poète scrutent et agencent les surfaces pour que parle le fond. Mais, à vrai dire, peu importent la méthode, l’outil, le geste : chaque fois le dispositif, le simple fait qu’il y ait dispositif, trahit le cheminement indirect, la perte irréversible du tracé immédiat, la privation sans appel du reflet de la chose dans son expression. » [5]
À vouloir faire parler le fond, on est confronté à l’inconfort du silence, porteur de l’opacité du sens. Dans la cure analytique, les patients silencieux sont ceux qui semblent habiter le cadre analytique à la manière d’un figurant sans texte : là, ça ne parle pas, on n’entend pas. Alors, le défi se dresse : comment dépendre de l’expression pour entendre l’affect ? J’ajouterai qu’il ne suffit pas d’être silencieux de mots pour ne pas parler. Chez ces patients rétenteurs du sens de leur psyché, il y a dans le repli de leur inconscient un dénominateur commun qui est l’absence d’objet. Un objet maternel, semble-t.il. C’est comme si tout objet devait rester à l’extérieur de leur psyché ou, à tout le moins, « encapsulé » dans un espace circonscrit où il se maintient sous contrôle. Les défenses obsessionnelles de ces patients sont au garde-à-vous perpétuel. Le transfert maternel est fortement désiré mais il est paralysé. Je pense à cette patiente qui me dit : « Quand je ne parle pas, je me prive de votre parole. » J’ai fini par comprendre : je n’entends pas votre voix, votre musique, je me protège de votre intensité. J’ai été interpellée par cet autre patient qui, intéressé par la profession analytique, critiquait violemment l’écrit d’une psychanalyste possédant une notoriété dans le milieu analytique. Plus précisément, ce patient attaquait l’auteur d’une manière ad hominem : « C’est une théologienne de la psychanalyse, une prêtresse, c’est tellement mal écrit, je suis un hypervigilant du mot. »
Après cette virulente apostrophe, j’ai suggéré : Et le contenu ? « Ça n’a aucun intérêt, répond-il, je sais que ça n’a pas de sens ce que je dis. » Le silence s’installa, telle une brume opaque ; tout devait rester figé. À la séance suivante, malheureux de cette échappée transférentielle, il croyait avoir vu sur mon visage des signes de terreur, de frayeur, au moment où j’ouvris la porte de mon bureau à la fin de l’entrevue. Il me parla de son dépit, ce mélange de tristesse et de colère. Et l’objet de ces affects était partout et nulle part. Le sens, c’est la relation qui le crée. Or il existe des configurations qui installent une fermeture. Ces formes, telles des monades leibniziennes, nous expulsent hors de la relation. Le transfert demeure gelé sur le plan formel, tandis qu’au plan affectif une longueur d’onde s’infiltre, un fil ténu tient lieu de lien. Le patient me fit part du dépit qu’il avait ressenti dans sa vie ; il le fit en utilisant des images de vertige, de tourbillon : une eau sous la motion de la force centrifuge, qui capturait dans sa trajectoire d’enfermement, un goût prononcé de désinvestissement pour toute sollicitation extérieure. Capturé par ce mouvement interne, il aurait souhaité, dans la séance silencieuse, que je lui tendisse la main, et, du même souffle, il ajouta : « Mais je n’aurais pas accepté votre tentative, elle aurait nourri ma colère. » Il exprimait à la fois le désir d’une présence secourable pour le sortir de son tourbillon et tout à la fois le refus de cette présence. Cependant, il donna ainsi un coup de sonde que je pus entendre. La tristesse due à l’impuissance est passée dans l’éprouvé de l’analyste. Pour se protéger, il revendiqua de ne pas être en relation avec moi, ou, du moins, de me tenir à distance, et pourtant, il tenait à ce que je sois en relation avec lui. Voilà pourquoi la séance silencieuse le plongea dans une inquiétude qui devint la frayeur qu’il dessina sur mon visage. Il n’entendit pas ma voix, affect rassurant, pour lui signifier qu’il n’était pas seul.
Des patients le disent : « Ce n’est pas tellement ce que vous dites qui importe, mais d’entendre votre voix. » Cette musique, une musique ancienne, est la trace de l’autre porteur d’un affect, d’une vie, d’une présence. La voix de la mère serait ainsi une forme « contenante ». Ajoutée à cette fonction de réceptacle, de nécessaire passivité, la voix serait une énergie qui propulse comme une base de lancement permettant de lier l’infans à la mère : point de départ de la relation d’objet qui prend forme. L’action de la forme, qu’est la voix, serait de mettre au monde, d’engendrer le lien. Quelque chose se passe de comparable à la magie, il ne s’agit pas, on s’en doute, d’un travail théorique mais d’un travail affectif.
Le terme de magie renvoie ici aux « effets qui sont produits sur les sens ou sur l’âme et qui sont comparés aux effets de la magie, la magie du chant, de la parole » [6]. Le texte de Laurence Kahn me ramena au souvenir d’une visite dans la maison de Marguerite Yourcenar, à Petite Plaisance, dans l’État du Maine, aux États-Unis. Dans le couloir d’entrée de la résidence, tout juste à droite et au-dessus d’une bibliothèque, il y a un tableau [7] qui représente un épisode du récit mythologique d’Ovide où se rencontrent Pomone, nymphe romaine des fruits et des arbres, et Vertumne, dieu des vergers et du vin, métamorphosé en vieille femme. Pour gagner la confiance de Pomone qui, par crainte, interdit à tout homme l’entrée de son verger, Vertumne lui raconte l’histoire d’une femme transformée en pierre pour avoir négligé l’amour d’un jeune homme. À l’époque, ce qui m’avait intéressée c’est que les métamorphoses étaient au service non seulement de la séduction mais, pour Pomone, d’une maturation dans la relation d’objet. Ovide nous met en présence de l’ouvrage de la nymphe et de ses plaisirs : « Seuls les champs et les arbres, chargés de fruits, peuvent lui plaire. Sa main n’est point armée du javelot : elle porte une faucille recourbée, et tantôt élague des branches inutiles, tantôt émonde des rameaux qui s’étendent trop loin ; tantôt insère, dans l’écorce entrouverte, une tige étrangère et fait porter à un arbre des fruits qui croissent sur un autre. Elle prévient la soif des plantes et arrose les filaments recourbés d’une racine amie de l’onde : ce sont là ses plaisirs et ses soins. Elle ignore l’amour, mais craignant la rudesse de l’habitant des champs, elle entoure ses jardins de remparts de verdure, et en défend l’entrée aux hommes qu’elle fuit. » [8]
Vertumne, son amoureux tenace, tenu en échec malgré ses nombreuses transformations, en adopta une dernière, celle d’une vieille femme. Voici son discours : « Mais, si vous êtes sage, et si vous voulez un hymen heureux, écoutez les conseils d’une vieille qui vous aime plus que tous vos amants, et plus que vous ne pensez : rejetez des flammes vulgaires, et choisissez Vertumne pour époux. Je réponds de sa foi ; car il ne se connaît pas mieux que je ne le connais moi-même. Ce n’est point un volage qui promène ses feux de climat en climat. Il ne se plaît qu’aux lieux où vous êtes. On ne le voit point, tel que l’inconstante foule des amants, s’attacher à la dernière femme qu’il a vue : vous serez son premier et son dernier amour. À vous seule il a consacré son cœur et sa vie. Ajoutez qu’il est jeune, qu’il a reçu le don de la beauté, et celui de prendre toutes les formes qu’il désire. Ce que vous ordonnerez qu’il soit, et vous pouvez tout ordonner, il le sera. D’ailleurs, n’aime-t-il pas ce que vous aimez ? Si vous cultivez des fruits, il en a les prémices, et ils lui sont plus doux, offerts de votre main. Mais ce ne sont plus aujourd’hui les fruits cueillis dans vos vergers, ni les plantes que vous cultivez, ni toute autre chose que Vertumne désire : c’est vous-même. Prenez pitié de son amour, et croyez que, présent en ces lieux, c’est lui qui vous implore par ma bouche. » [9] Travail affectif, travail des formes allié à une magie de la forme séductrice. Pomone aurait pu rester enfermée dans son univers, dans sa monade, sans désir de l’autre. N’eût été de la voix de cette vieille femme, premier lien de son avenir affectif, rien ne serait venu à bout de sa résistance. Le texte de Laurence Kahn me rappela ce souvenir dans lequel l’action de la forme, renforcée par la magie poétique, manifesta le pouvoir de la forme d’une vieille dame porteuse d’un désir. Analogiquement, le texte m’inspira la mouvance des relations d’objet par le détour des formes.
Lorsque ce lien primordial est en souffrance, qu’il y a absence d’objet, la configuration des monades s’installe. Ce qui n’exclut pas qu’à l’intérieur de ces monades, des formes peuvent être créées avec leur cortège énigmatique, mais c’est un soliloque. L’art, avec ses séductions esthétiques, peut en porter l’expression. Camus disait qu’il n’y a pas de littérature de désespoir, puisqu’on espère toujours un destinataire. Mais le destinataire est désiré dans l’après-coup de la figuration car, dans l’avant-coup, c’est-à-dire dans l’informe, l’autre est absent ou perdu trop tôt. Pourrait-il y avoir des artistes poètes ou peintres qui seraient des infans non entendus ou mal entendus ? Cela est sans doute possible pour l’art conçu en réparation du manque, mais non pas pour l’art tributaire d’un plein qui emprunte la voie ludique. Pour ce qui est de la voie analytique, la réparation narcissique, ce manque, c’est l’absence de l’autre qui préfigure la relation transférentielle. À l’opposé, la présence envahissante de l’autre provoque la même altération dans la psyché qu’une absence pour l’infans. Et le barrage issu des formes est nécessaire pour ne pas répéter l’intrusion.
Freud n’était ni mélomane ni très à l’aise dans le transfert maternel. Cette mise en relation est peut-être quelque peu gratuite. Ce qu’on peut affirmer avec un peu plus de certitude, c’est que si le rêve est la voie royale de l’inconscient et que le refoulement atteste de l’injonction paradoxale (je ne veux pas savoir ce que je sais) le règne du solipsisme et son expression soliloque informent sur le désir de se protéger de l’ingérence de l’autre. Comme si l’analyste était aux prises avec une figuration porteuse d’un double désir : ne pas être entendu par fidélité aux premiers objets sourds, et désirer être entendu pour sortir de l’emprise de ces premiers objets. Dans la première option, la création de formes a pour fonction d’éloigner le plus possible l’entendement ; dans le second cas, seule la voix peut transporter les morceaux vécus dans une solitude originaire. Voix en tant que pôle émetteur en duo avec une voix en pôle récepteur. De la monade, nous passons à la dyade. Et la forme devient un terrain commun. Il ne serait pas étonnant que le transfert paternel entrât en scène après cette mise en forme. C’est ainsi que je comprends qu’il fallut un long temps pour que la problématique paternelle, centrale dans l’organisation libidinale et narcissique du patient de Laurence Kahn, « (...) puisse devenir l’objet d’une réelle perlaboration psychique » [10]. Ce qui n’exclut pas qu’entre la relation mère-enfant et la relation au père, il y ait le passage par la mère phallique. Trois figures d’une généalogie psychique dont l’issue est l’avènement de l’altérité.
Une question du rapport m’a particulièrement inspirée, à savoir : « Le processus analytique, de part en part, est pris dans le régime oral des agencements conjonctifs et disjonctifs, dans la prosodie et ses intonations, qui débordent le signe et le sens. Est-ce cette dimension du mode de signifier, qui est moyen de prendre et modalité du être pris, qui est vecteur de l’écoute, moteur des translations et impulsion vers l’entendement, que nous ne parvenons pas à présenter ? » Comment signifier en dehors de l’ordre symbolique, de la non-différenciation, sans tomber dans des prétentions phalliques, dans la toute-puissance du sens, en se réfugiant à notre tour dans une monade théorique ? Et, par ailleurs, comment faire l’économie de la théorie ?
Sommes-nous acculés à considérer que la forme du « régime oral » peut non seulement ne pas être signifiée, mais qu’elle peut aussi constituer une étape, une préforme sur la voie d’un travail de formalisation parallèle au travail d’élaboration psychique ? L’intraduisible demeure dans une forme initiale plus archa ïque, en cours d’évolution, la « traduisibilité » augmente, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas un résidu d’intraduisible qui perdure. Peut-être faut-il faire le deuil d’une formalisation absolue du fond que constitue la matière psychique, à supposer que telle serait notre prétention. Si, par ailleurs, la tentation était de démasquer ce qu’il y a de dissimulation dans la figuration, n’aurions-nous pas intérêt à renoncer à l’enquête policière, le crime soupçonné étant l’œuvre de déliaison, afin de mieux tendre l’oreille et écouter la plainte. En d’autres termes, il s’agirait de renoncer au rapport de forces entre sens et pulsion pour offrir une voix qui ouvre un chemin à la liaison.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Botella C. et S., La figurabilité, Revue française de psychanalyse, no 4-2001, p. 1149-1239.
·  Kahn L., L’action de la forme, Revue française de psychanalyse, no 4-2001, p. 983-1056.
·  Dictionnaire Le Littré, CD-ROM Windows, Paris, Redon, 1999.
·  Ovide, Métamorphoses, trad. de G. T. Villenave, revue corrigée et commentée par Fabienne Lienard.
 
NOTES
 
[1] L. Kahn, L’action de la forme.
[2] Le Littré (Cd-ROM Windows). Étymologie : provençal, espagnol et ital. figura ; du latin figura, du radical fig- qui est dans fingere, former (voy. FEINDRE). Synonyme FEINDRE, DISSIMULER. Étymologiquement, feindre, c’est donner une forme comme fait l’artiste avec la terre qu’il moule ; dissimuler, c’est rendre dissemblable. De là la distinction entre ces deux verbes : celui qui feint, forme, présente, produit ce qui n’est pas ; celui qui dissimule, cache ce qui est : on dissimule sa joie, sa haine ; on feint de la joie, de l’amitié. Étymologie : bourg. foindre, il ne foint pas, il ne craint pas ; provençal fenher, feigner, finher ; espagnol et portugais fingir ; ital. fingere ; du lat. fngere, feindre, supposer. Dans l’ancienne langue, « se feindre » signifie souvent : ne pas vouloir, hésiter à. Selon Curtius, le sens primitif du radical fig-, en grec, est « toucher ». Aussi, le sens propre de fingere est « façonner ». Du sens de « façonner » on a passé à celui de « feindre », c’est-à-dire façonner une apparence. De ce qui n’a qu’une apparence et qui est vide, faible, on en est venu au sens de « hésiter, craindre ».
[3] Dict. Le Littré (Cd-ROM) : FIGURE, terme de musique. Se dit des notes de différentes valeurs, des silences, et, généralement, d’un signe quelconque employé dans l’écriture musicale. Nombre de notes qui forment une sorte de sens musical moins marqué que celui de la phrase qui est elle-même composée de figures, ou, suivant Fétis, groupe de notes qui forme un certain dessin.
[4] Wittgenstein (1980), p. 10, 15, 77, 106, 118 ; puis (1958) p. 48.
[5] Rapport, p. 2.
[6] Littré.
[7] Il s’agit d’une copie de l’œuvre de Jean Ranc (1674-1735). L’authentique tableau fut acheté en 1964 par la ville de Montpellier.
[8] Ovide, Métamorphoses, Pomone et Vertumne (XIV, 622).
[9] Ibid., p. 675.
[10] Rapport, p. 26.
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Il s’agit d’une copie de l’œuvre de Jean Ranc (1674-1735)....
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Ovide, Métamorphoses, Pomone et Vertumne (XIV, 622). Suite de la note...
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Ibid., p. 675. Suite de la note...
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