Revue française de psychanalyse
P.U.F.

I.S.B.N.2130526489
344 pages

p. 89 à 101
doi: 10.3917/rfp.661.0089

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Volume 66 2002/1

2002 Revue française de psychanalyse

Les utopies révolutionnaires et leur vision de la famille

Françoise Couchard 61, avenue du Roule 92200 Neuilly-sur-Seine
Nous nous interrogeons sur le statut de la famille pour les utopistes, qu’il s’agisse des utopistes du XVIIIe siècle ou de ceux qui ont accompagné les révolutions, notamment la révolution russe de 1917, tous ont contesté les institutions, au premier chef, la famille patriarcale. Pour C. Fourier, dans Le nouveau monde amoureux, la famille est à la source des malheurs de l’homme et plus particulièrement de l’oppression de la femme. Il imagine un Phalanstère où chacun suivrait ses passions librement.
On retrouvera ce même “ rêve ” chez une femme, A. Kollonta ï, membre du Parti bolchevik et initiatrice en 1917 des nouvelles lois sur la famille qui instituent la fin du mariage monogamique et du couple et valorisent l’ “ amour libre ”.
Toutes ces utopies en voulant abattre l’ordre amoureux ancien et le couple, n’aboutissent qu’à créer d’autres rapports de domination et d’aliénation. Nous montrons à la lumière des réflexions de Freud dans Le malaise dans la culture combien elles occultent la haine et la pulsion de mort, l’intrication Éros/Thanatos ainsi que les exigences narcissiques.Mots-clés : Oppression de la femme, Famille patriarcale, Phalanstère, Amour libre, Liberté pulsionnelle, Exclusion de l’autre.
We are interested in the status of the family in the eyes of utopians, whether utopians of the XVIIIth century or those that accompanied revolutions, notably the Russian revolution of 1917. All have contested institutions, primarily the patriarchal family. According to C. Fourier, in The new world of love, the family is at the source of man’s unhappiness and more specifically of the oppression of women. He imagines a phalanstery in which everyone would freely indulge their passions.
We find this same “ dream ” in a woman’s conception, A. Kollonta ï, a member of the Bolshevik party and the initiator, in 1917, of the new laws on the family that instigated the end of monogamic marriage and the couple and upheld “ free love ”.
All these utopias, through wanting to destroy the old order of love and the couple, only succeeded in creating other relations of domination and of alienation. We show, in the light of Freud’s considerations in Civilisation and its discontents, the extent to which they mask hate and the death drive, the eros-thanatos interweaving and the demands of narcissism.Keywords : Oppression of women, Patriarchal family, Phalanstery, Free love, Freedom of the drive, Exclusion of the other.
Wir stellen uns Fragen über die Stellung der Famille für die Utopisten des 18ten Jahrhunderts oder die Utopisten, welche die Revolutionen begleitet haben, vor allem die russische Revolution von 1917 ; alle haben die Institutionen bestritten, in erster Linie die patriarchalische Familie. Für C. Fourier, in Die neue verliebte Welt, ist die Famille die Quelle der Leiden des Menschen und vor allem der Unterdrückung der Frau. Er erfindet ein Phalanster, wo jeder frei seinen Leidenschaften nachgeht.
Man findet denselben “ Traum ” bei einer Frau, A. Kollonta ï, Mitglied der bolschewikischen Partei und Initiatorin 1917 der neuen Gesetze über die Familie, welche das Ende der monogamischen Ehe und des Paares einführen und “ die freie Liebe ” in Wert setzen.
Alle diese Utopien, indem sie die alte Ordnung der Liebschaften und das Paar umwerfen wollen, können nur neue Dominationsbeziehungeh und Entfremdung schöpfen. Wir zeigen anhand der Überlegungen von Freud in Unbehagen in der Kultur auf, wie sie den Hass und den Todestrieb, die Intrikation éros/thanatos verdecken, sowie auch die narzisstischen Bedürfnisse.Schlagwörter : Unterdrückung der Frau, Familie, Patriarchalische Familie, Phalanster, Freie Liebe, Triebfreiheit, Ausschliessen des andern.
Nos interrogamos acerca del estatuto de la familia para los utopistas, ya sean los utopistas del siglo XVIII o de aquéllos que participaron en otras revoluciones, especialmente en la revolución rusa de 1917 : Todos contestaron las instituciones, de entrada la familia patriarcal. Para C. Fourier, en El nuevo mundo amoroso, la familia es la fuente de las desgracias del hombre y má s específicamente de la opresión de la mujer. Imagina un Falansterio en el cual cada persona conduce sus pasiones libremente.
El mismo “ sueño ” lo reencontraremos en una mujer, A. Kollotai, miembro del partido bolchevique y vanguardia en 1917 de las nuevas leyes sobre la familia que instauran el fin del casamiento monogá mico y de la pareja y revalorizan el “ amor libre ”.
Todas esas utopías, al querer acabar con el orden amoroso antiguo y con la pareja, sólo logran crear otras relaciones de dominación y alienación.
Nosotros mostramos a luz de las reflexiones de Freud en El malestar de la cultura cómo ellas ocultan el odio y la pulsión de muerte, la intricación eros/tá natos y también las exigencias narcisistas.Palabras claves : Opresión de la mujer, Familia patriarcal, Falansterio, Amor libre, Libertad pulsional, Exclusión del otro.
Ci interroghiamo sullo statuto della famiglia degli utopisti, che si tratti di quelli del XVIII sec. O di quelli che hanno accompagnato le rivoluzioni, in particolare quella russa di 1917 ; tutti hanno contestato le istituzioni, in primo luogo la famiglia patriarcale. Per C. Fourier in Il nuovo mondo amoroso, la famiglia è la fonte dei mali dell’uomo, in particolare dell’oppressione della donna. Immagina un Falastero in cui ciascuno segue liberamente le proprie passioni. Questo stesso “ sogno ” si ritroverà in una donna, A. Kollostai, membro del partito bolescevico ed iniziatrice nel 1917 delle nuove leggi sulla famiglia che istituiscono la fine del matrimonio monogamico e della coppia, valorizzando l’ “ amore libero ”. Volendo abolire il vecchio ordine e la coppia, tutte queste idealogie non portano che a creare altri rapporti di dominazione e di alienazione. Alla luce delle riflessioni di Freud in Malessere nella civiltà, mostriamo quanto esse occultino l’odio e la pulsione di morte, l’intricazione eros/thanatos ed le esigenze narcisistiche.Parole chiave : Oppressione della donna, Famiglia patriarcale, Libero amore, Libertà pulsionale, Esclusione dell’altro.
Quand on rêve des grandes figures mythiques féminines, on a quelque difficulté à les imaginer flanquées d’une famille ou plus, comme des femmes d’ “ intérieur ” en train de confectionner des “ Knödel ” pour une tablée d’enfants affamés. Ainsi en est-il pour Penthésilée, la reine des Amazones, celle qu’Ulysse dépeint comme une “ furie errante ”.
Comment Freud traite-t-il donc cette mère de famille ? Le plus souvent sous des traits peu amènes, c’est le cas pour la mère de Dora. Il n’est certes pas le seul à avoir cette vision de la femme, bien des penseurs de son temps, plus encore ceux qui l’ont précédé, évacuent toute idée de changement du statut féminin, tout en soutenant la nécessité d’une révolution sociale. Pour Auguste Comte, le sort naturel de la femme est d’être entièrement dévolu à la vie et au monde domestiques. Quant à Pierre-Joseph Proudhon, il affirme que la différence des sexes sépare l’homme de la femme comme la différence entre espèces sépare les animaux.
Nous nous interrogerons ici sur le destin de certaines utopies révolutionnaires et sur leur vision de la famille. Si toutes veulent changer le monde qui leur semble imparfait en rêvant d’un âge d’or, celui d’avant la chute et le péché, toutes n’utilisent pas forcément les mêmes moyens pour parvenir à ce paradis d’où l’on aurait chassé le mal, la fatigue et la maladie. Une question les différencie, celle du statut de la femme et du rapport entre les sexes, l’émancipation de la société peut-elle se faire sans une émancipation féminine ? Si Charles Fourier soutient que l’on doit juger « de la civilisation d’un peuple par le degré d’influence dont jouissent les femmes » [1], il nous a toujours semblé que la liberté sexuelle et le prétendu bonheur en découlant, valaient surtout pour les hommes, en tout cas leur profitaient bien davantage qu’aux femmes.
 
LE NOUVEAU MONDE AMOUREUX DE CHARLES FOURIER
 
 
Dans un texte baroque et foisonnant qui jette les bases d’un « nouveau monde amoureux », Fourier défend l’illusion que le mal peut être éradiqué et que l’homme trouvera définitivement le bonheur, à la seule condition qu’il suive toutes ses passions. Il a certes de nombreux prédécesseurs, la littérature utopique du XVIIe mettant en scène des mondes imaginaires dans lesquels règne la liberté sexuelle la plus totale, avec mariage à l’essai et infidélité, mais uniquement pour les hommes. En effet, dans la plupart de ces mondes il n’existe nulle égalité entre les sexes ; ainsi dans l’empire de la Lune que décrit Cyrano de Bergerac (1657), des lois sanctionnent les femmes qui se refuseraient aux hommes et ceux-ci ont autant de femmes qu’ils le désirent [2]. La liberté sexuelle soit bannit le mariage, soit le limite à un laps de temps court, la rotation des amours entretenant une éternelle jeunesse qui profite là encore plutôt aux hommes.
Fourier, fondateur de la Société d’Harmonie et des Phalanstères, celui que Stendhal appelait « Le rêveur sublime » [3], aspire à faire le bonheur de l’humanité. Et dans ses rêves d’ « illuminé », il s’imagine que le bonheur de l’homme naîtra avec la non-répression de toutes les passions, voire avec la transgression de la morale. Il se dit fasciné par les amours saphiques, car elles favorisent « les passages du même au différent », saphisme et pédérastie sont, selon lui, « un amalgame d’amour et d’amitié ». En 1817-1819, il écrit Le nouveau monde amoureux dans lequel il met en cause la société passée, cette « civilisation » qui n’a pas su créer les conditions pour rendre les hommes heureux. Le bonheur de l’humanité, et Fourier se place ici sous le patronage divin, ne peut venir que de l’abandon des valeurs présentées jusque-là comme positives et rédemptrices : l’abnégation, l’ascétisme, le sacrifice, la répression des instincts et des passions. La Société d’Harmonie jette les bases d’une révolution sociale qui séduira Karl Marx et Friedrich Engels et se veut une proposition pour un nouvel ordre amoureux, autant philanthropique que passionnel. Cette société idéale met à bas les règles habituelles du mariage, du couple et, partant, de la famille. Fourier a un style d’une flamboyance baroque totalement échevelée. Des images saugrenues et en même temps si parlantes foisonnent dans son texte, lui qui défend le droit de se laisser aller librement à toutes les passions, fussent-elles des « aberrations sexuelles », campe toute une cohorte d’individus sado-masochistes et fétichistes. Ainsi il a vu un homme « du genre cafard » se faire fouetter avec « un fouet pire que celui de la passion de Jésus-Christ », un autre « se faire vêtir et traiter en marmot », et encore une dame de petite vertu se faire payer pour la satisfaction d’un client qui se contentait de lui gratter les talons. Or, ces manies érotiques font partie intégrante de l’amour que Fourier qualifie de mixte et ambigu. Mais après tout, relisons ce que dit Freud des perversions, même « les plus répugnantes » : « La toute-puissance de l’amour ne se manifeste jamais plus fortement que dans ces égarements. Ce qu’il y a de plus élevé et ce qu’il y a de plus bas, dans la sexualité, montre partout les plus intimes rapports. » [4]
 
UNE SOCIÉTÉ OÙ RÉGNERAIT L’HARMONIE
 
 
La Société d’Harmonie va réfuter toutes les institutions des siècles passés, celles-ci ont fait le malheur des hommes, elles ont créé un monde de pillages et d’inégalités et quant à la révolution de 1789, que Fourier évoque à plusieurs reprises avec « la Catastrophe de 1793 et ses massacres », elle n’a guère tenu ses promesses. C’est que depuis vingt-cinq siècles, savants et scientifiques ont méconnu que le fanal qui doit guider l’homme est l’amour, seule passion qui le rapproche de la divinité et qu’on peut entendre dans ses deux acceptions : l’amour passionnel et charnel et l’amour « céladonial » ou sentimental, donc dégagé du désir sensuel. Dans le lot institutionnel, mariage et famille sont à la racine des plus grandes contraintes émotionnelles, ils sont les freins les plus puissants au développement des passions. En effet, le mariage monogame est source de tromperie et de mensonges. Certes cela donne du plaisir et entretient un excitant secret, mais le monde civilisé abonde de maris trompant leur femme, d’amants et amantes se trompant mutuellement, de fait tous se trouvent dans un « partage forcé et bassement consenti ». La monogamie engendre la lassitude par la répétition des mêmes tâches dans le quotidien et surtout par celle du « devoir conjugal », aussi pesant pour l’homme que pour la femme, or la passion devrait plutôt se nourrir d’ambigu ïté et de changements, ce que Fourier appelle « l’amour pivotal ».
Les conséquences de ce mariage exclusif seront soit le fiasco sexuel, même chez les hommes les plus robustes et en pleine vigueur, soit l’adultère ou « cocuage ». Fourier qui excelle à compter et classer écrira un texte sur les divers types de « cocus » en en dénombrant 64. Mais c’est la femme qui se trouve être la plus lésée sur le plan affectif et pulsionnel par la « civilisation ». Elle doit arriver vierge au mariage, or bien des jeunes filles ont des besoins impérieux d’ « amour brut ou animal » dont les prive leur père ou la morale. Cette privation de plaisir laisse ces jeunes vierges, dont Fourier compare le sort à celui d’Iphygénie, languissantes et souffrantes alors « qu’il serait si facile de faire pacte avec un athlète consciencieux qui promettrait la discrétion et les précautions d’usage pour éviter la grossesse que réprouve l’opinion » [5]. Arrivée à l’âge du mariage, la jeune fille est vendue ou achetée comme une marchandise et traitée comme telle par le mari, alors que dans le Phalanstère où règnent les passions amoureuses, la femme se laissera aller à la satisfaction de ses désirs amoureux, son émancipation sexuelle allant de pair avec son émancipation économique et politique, car la femme libre sexuellement devra aussi pouvoir accéder à toutes les responsabilités et à tous les métiers.
 
LA CONTESTATION FOURIÉRISTE DE LA RÉPRESSION SEXUELLE
 
 
On peut trouver quelque analogie entre la critique que Fourier fait du mariage et celle de Freud presque cent ans plus tard dans la « Morale sexuelle civilisée et la maladie nerveuse des temps modernes », là s’arrête la comparaison. Freud souligne combien cette morale entraîne des préjudices physiques et psychiques pour les individus auxquels elle impose trop de sacrifices sur le plan pulsionnel. Elle est donc responsable de la « maladie nerveuse moderne », celle que Fourier pointait déjà chez les jeunes filles frustrées de plaisir. Freud souligne l’effet néfaste de la répression des pulsions, d’autant que tous les individus n’ont pas les mêmes capacités à sublimer. De la même manière Fourier, s’il soutient la nécessité de suivre ses passions, reconnaît en même temps que le degré d’intensité de celles-ci varie d’un individu à l’autre, donc aussi les exigences à les satisfaire. Freud pense que la société est bien injuste qui impose les mêmes règles de morale sexuelle à tous, car si certains parviennent à y souscrire aisément, d’autres vont le payer de leur santé psychique. Fourier lui propose un remède pour panser ces maux de la société, permettre à chacun de suivre sa nature sans se soucier de la morale.
Freud ne rejoint évidemment pas les fouriéristes dans leur prône de la polygamie, même s’il ne fait pas du mariage monogame une panacée pour l’individu et d’abord parce qu’il n’est pas une compensation de tous les sacrifices libidinaux consentis auparavant ou plutôt imposés par le surmoi moral, surtout à la fille. Il insiste sur le sort particulièrement malheureux de celle-ci qui est restée comme une « oie blanche », sans aucune éducation sexuelle, inhibée dans tous les domaines. À ses timides questions on a opposé, sa mère en premier, un silence obstiné, Freud aurait pu ajouter que les modèles de cette même mère lui ont souvent insufflé la crainte de l’homme présenté comme autoritaire, fruste ou brutal. La fille arrive donc impréparée au mariage et inapte à la jouissance. Devant cette anesthésie féminine, il y a plusieurs réponses : soit l’homme mobilise ses forces de sublimation et patiente en attendant que la femme se réveille telle la « Belle au bois dormant », mais il risque alors le fiasco sexuel ou l’impuissance ; soit il utilise « ce fragment de liberté » que lui concède la double morale sexuelle et c’est le fameux « cocuage » de Fourier. Un autre obstacle à l’épanouissement dans le mariage est la nécessité de contrôler le nombre des enfants par l’abstinence ou le co ït interrompu. Pour la femme la meilleure compensation narcissique devant la déception entraînée par le mariage demeure le refuge dans la maternité ; pourtant Freud, audacieusement, envisage bien pour elle une autre solution qui rétablirait l’égalité entre les sexes, l’infidélité conjugale, mais elle contrevient tellement à la morale que la femme « préfère » sombrer dans la névrose sexuelle qui au moins préserve sa vertu. S’il admet que ce n’est pas à lui, médecin, de proposer des réformes, il peut au moins déplorer que l’humanité paye si cher de telles restrictions des activités sexuelles, car elles s’accompagnent « d’un accroissement de l’anxiété de vivre et de l’angoisse de mort » [6], ainsi on fabrique des individus aussi inaptes à jouir qu’à mourir.
 
UN MONDE SANS HAINE, NI PULSION DE MORT : L’ILLUSION UTOPISTE
 
 
Un autre point pourrait réunir Fourier et Freud : le poids que l’un et l’autre accordent à l’amour et à la haine. Dans la théorie freudienne la haine est antérieure à l’amour et est en relation intime avec les pulsions de conservation du moi, elle fait partie intégrante du narcissisme et de la sexualité puisque « la sexualité de la plupart des hommes comporte une adjonction d’agression » [7]. L’idéal d’amour, celui qui prêche d’aimer son prochain est une illusion religieuse, comme un garde-fou rassurant. Mais plusieurs facteurs viennent le contrecarrer. D’abord les seules exigences narcissiques, car l’amour de l’autre, a fortiori de tous les autres, suppose l’oubli de soi et le sacrifice. Ensuite, en maintenant leur « narcissisme des petites différences », les communautés culturelles en viennent à rejeter non pas les individus qui leur sont les plus étrangers mais les plus familiers, comme si le groupe ne parvenait à maintenir la cohésion entre ses membres qu’en entretenant « son penchant à l’agression », en se campant contre les autres, dans un antagonisme culturel qui aboutit au mécanisme projectif du « bouc émissaire ». Pour Freud, l’idéal d’amour préconisé par la culture n’est pas seulement inaccessible, il est en plus contraire aux exigences pulsionnelles. Pourquoi aimerait-on tous les autres sans distinction ? surtout quand ils n’ont rien fait pour nous, quand ils ne nous ont rien donné, quand ils ne sont pas aimables, quand ils sont étrangers, pire, quand ils ont démérité. Cet amour du prochain est plutôt une négation de l’amour qu’il affadit terriblement en niant toute « affinité élective » ; de fait on devrait aimer l’autre comme on peut aimer n’importe quelle créature terrestre : insecte ou ver de terre. Enfin en dispersant ainsi ses désirs et ses affects sur tous, quelle part restera à ceux qu’on devrait aimer en premier, c’est-à-dire la famille, forcément une petite part, et ceux qui ont le plus mérité ou attendu notre amour seront frustrés.
Fourier, lui, voit dans l’idéal d’amour le salut de l’homme mais aussi l’avènement d’un monde nouveau sur tous les plans, puisque le bonheur de l’humanité engendrera un véritable eden terrestre. Par angélisme, déréalité utopique et surtout déni de l’agressivité et de la pulsion de mort, peut-être aussi démiurgie (Fourier est déiste), l’utopie fouriériste récuse le dualisme bien/mal, et plus encore leur intrication. Dans la Société d’Harmonie il semble que n’existe ni malveillance, ni envie, ni jalousie, mais seulement la satisfaction des « attractions passionnées ». Si le désordre et le mal règnent, c’est que « l’attraction passionnée » qui doit conduire nos destinées et que Dieu nous a jusqu’ici proposée en vain a été contrariée et les passions détournées de leur objet. Il est intéressant de constater que Fourier qui se dit fasciné par le plaisir saphique et par les amours féminines fonde son utopie sur les aspirations propres à l’âme féminine. C’est en effet la femme, le « beau sexe », comme il la désigne, qui s’avère la seule capable « de décider quelle est la passion la plus digne de faire le bonheur de Dieu et de l’Humanité... (à cette question), toute femme répondrait : c’est l’Amour ». D’ailleurs la religiosité féminine se fonde sur le besoin de renaître au bonheur d’aimer et d’être aimée, l’homme lui n’est religieux qu’en tant que père de famille, dans le but « de contenir ses enfants et ses valets » !
 
UN DOUX MÉLANGE ENTRE LES SEXES
 
 
La Société d’Harmonie en rendant les hommes heureux, grâce à la satisfaction de leurs pulsions amoureuses, modifiera leurs relations entre eux et transformera jusqu’à leur caractère. Chacun se mélangeant en « parties carrées », en sextines (à six), en octavines (à huit) ou en bacchanales (nombre infini), la jalousie sera combattue ainsi que le sentiment de possession sur l’autre, les protagonistes de cet « échangisme » sexuel sentiront « qu’il existe entre eux un lien particulier, une sorte de charme qu’ils ne savent pas définir et qui donne à leurs âmes un équilibre merveilleux ». Quant aux femmes après ces « quadrilles polygames », elles perdront cet air hébété et la « fadeur des tourterelles de ménage ». Dans les conceptions fouriéristes, le nouveau monde amoureux va de pair avec un nouveau monde industriel, l’un et l’autre se renforçant. Ainsi la satisfaction des passions amoureuses donnera des ailes à tous, y compris pour travailler dans la joie. Fourier décrit un monde où chacun attelé devant sa machine serait aiguillonné par la présence du compagnon-travailleur, surtout s’il est de l’autre sexe, d’où une augmentation de la production alors qu’un siècle après, lors de la révolution bolchevique de 1917, les leaders bolcheviks redouteront que la libération des pulsions sexuelles sans frein ne démobilisent les travailleurs de leurs tâches.
Le Phalanstère, espace où sont regroupés les individus par « groupes harmoniques », s’il est présenté comme « le meilleur des mondes », hésite entre le conte de fées et la cérémonie religieuse, les sentiments y semblent écrêtés de tout érotisme, de tout mystère, la sphère de la vie privée se trouvant comme dans toute communauté sexuelle ou endogamique largement réduite. Les appariements harmoniques entre individus de sexe différent, voire du même sexe, ont quelque chose de « mécanique », ils ne sont pas sans rappeler la mécanique des corps du « Divin marquis », l’inconvenance en moins, et d’annoncer celle d’Alfred Jarry et de son héros, Marcueil dit « le surmâle », qui fait l’amour comme une machine et en mourra. Dans le monde fouriériste, les rencontres amoureuses sont planifiées, réglementées du début jusqu’à la fin, mais y a-t-il plus autocrates que ces « libéraux » qui veulent faire le bonheur de chacun à tout prix ?
Les orgies amoureuses se déroulent selon des rituels précis et sont dépeintes de façon quasi obsessionnelle, il s’agit de cérémonies proches des banquets fastueux du Grand Siècle, Fourier faisant de fréquentes analogies entre bonne chair et amour, ou encore des ballets dans lesquels chacun est costumé et tient son rôle. On est amusé par la « na ïveté » de ces descriptions qui évoquent parfois les jeux des très jeunes enfants d’aujourd’hui, quand ils se lancent l’un sur l’autre pour se mélanger, en disant qu’ « ils jouent au tas » ! Lors du cérémonial polygamique, les chevaliers et chevalières sont en costumes galants ou de bayadères et au signal de la baguette de la fée : « Les deux troupes se précipitent dans les bras l’une de l’autre, la mêlée est générale et chacun reçoit et distribue confusément les caresses et chacun parcourt les appâts qui lui tombent sous la main... On voltige de l’un à l’autre. » En somme on vérifie le matériel ! Certes, l’utopiste ne méconnaît pas que tous les goûts sont dans la nature en amour, ainsi certains se verront dominés par plusieurs passions, d’autres par une seule. En tout cas, et cela semble paradoxal, Fourier qui défend les pratiques incestueuses, le saphisme et la pédérastie nie être un libertin dépravé. Il fustige au contraire ces « francs libertins qui se livrent cafardement aux adultères et à toutes fornications, aux stupres et autres goûts inconstitutionnels ». Foin donc de la perversion, pour Fourier le libertinage, le cocuage consistent à se tromper seulement si l’on est en couple, si Psyché et Narcisse s’étaient livrés à deux autres individus écrit-il, c’eût été infamant et dégoûtant, mais en se livrant à une masse de poursuivants, il faut plutôt les considérer comme des « anges de vertu ». Le mal et le malheur se réduisent donc dans le monde du Phalanstère à l’exclusion de l’autre, au refus de se mélanger avec tous, à la fidélité égo ïste, à la constance à un seul.
 
LES UTOPIES RÉVOLUTIONNAIRES COMMUNISTES ET LA FAMILLE
 
 
En 1848, Fedor Dosto ïevski refait le monde avec ses amis de l’intelligentsia russe ; ils ont lu Fourier et les fouriéristes, Victor Considérant, Gracchus Babeuf et Saint-Simon et rêvent d’instaurer les mêmes utopies politiques et sociales dans leur pays, ce qui leur vaudra, un an après, d’être incarcérés, condamnés à mort, graciés puis exilés. Devant ses juges, Dosto ïevski dit qu’il admire dans le fouriérisme la réforme économique et sociale faite dans l’ « amour de l’humanité », avec le charme du cœur et en l’absence de haine, mais que « ce système est nocif parce que c’est un système » [8].
Quelques cinquante ans plus tard, une femme issue de la bourgeoisie terrienne russe part à Paris, elle a 20 ans et apprend à connaître par les journaux Fourier et Saint-Simon, puis Marx et Engels, toutes des lectures subversives, cette femme deviendra Alexandra Kollonta ï et en 1917 Alexandra-La-Rouge. Très jeune, elle a pris conscience de l’asservissement de la classe prolétaire russe, mais surtout de celui de la femme dans la famille et est devenue marxiste. C’est par la révolution économique et sociale qu’A. Kollonta ï viendra à la révolution sexuelle qui passe selon elle, par la suppression de la famille. Elle fonde une organisation ouvrière pour les femmes qu’elle estime doublement opprimées par leurs conditions de travail et par leurs conditions de vie comme mères de famille. Elle est membre du Parti menchevik dès 1906 mais deux ans plus tard, elle devra s’exiler parce qu’elle a soutenu l’insurrection des ouvrières du textile. Elle circule dans toute l’Europe en se présentant comme une « agitatrice d’idées socialistes ». Elle revient en Russie en 1915 et adhère alors au courant bolchevik, elle y devient la responsable de toutes les questions dites féminines et écrit de nombreux ouvrages sur les questions sexuelles, la famille et le mariage et en 1916 un article : « À qui profite la guerre ? » auquel semble faire écho celui plus tardif de Freud, « Pourquoi la guerre ? » (1933).
 
LA DÉFAITE DES FEMMES DANS LE MARIAGE MONOGAMIQUE
 
 
L’analyse qu’A. Kollonta ï fait de la « désagrégation » de la famille s’inspire largement de la réflexion de F. Engels dans L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État (1884). Ce dernier qui connaît bien les apports des ethnologues du XIXe, notamment Lewis Henry Morgan et Jakob Bachofen, brosse un exhaustif panorama de l’histoire de la famille, depuis les temps des lointains matriarcats jusqu’à la révolution industrielle, son étude s’étendant à toutes les cultures. Très à l’écoute des mouvements féministes, il correspond régulièrement avec Laura Lafargue, épouse de Paul Lafargue, deuxième fille de K. Marx et ardente militante féministe que fréquentera aussi A. Kollonta ï lors de son séjour à Paris. Sensible au rôle des femmes dans les mouvements sociaux en cette fin du XIXe, Engels exprime une certaine nostalgie des temps originels où les mères avaient tout pouvoir. Évoquant le passage du matriarcat au patriarcat, il déplore : « Le renversement du droit maternel fut la grande défaite historique du sexe féminin. Même à la maison, ce fut l’homme qui prit en main le gouvernail ; la femme fut dégradée, asservie, elle devint esclave du plaisir de l’homme et simple instrument de reproduction » [9].
A. Kollonta ï fait une critique virulente du mariage monogamique qui continue, selon elle à porter tous les germes de l’esclavage. Dans Le mariage et le problème de la famille (1909), elle soutient que l’émancipation féminine passe avant tout par la conquête de l’égalité politique et économique, mais aussi par la libération de la femme « des chaînes que fait peser sur elle la forme actuelle, périmée et contraignante de la famille » [10]. Partout la femme mariée est soumise à son mari, juridiquement, elle ne peut plus accomplir d’actes sans le consentement de ce dernier, économiquement, elle ne peut satisfaire à la fois les exigences de la maternité avec les soins à donner aux enfants et une carrière dans laquelle elle s’investirait. Quant à l’ordre sexuel, la société considère avec indulgence l’adultère du mari, alors que la femme qui le pratique est victime de l’opprobre, elle peut même être punie de peine d’emprisonnement. Cette « double morale » qui favorise l’homme est universelle, ce qui signifie bien que l’idéal de fidélité « au nom de l’amour éternel » est inatteignable. Le sort de la célibataire n’est pas plus enviable puisqu’elle n’a pas le droit d’exercer sa sexualité, le risque de devenir une « fille mère » lui faisant redouter d’être vilipendée et ostracisée. Dans Société et maternité (1915), A. Kollonta ï déplore que le devoir conjugal, surtout avec un mari insatiable sexuellement, empêche la femme de se livrer à d’autres activités, plus particulièrement à la lutte pour l’égalité des sexes.
Elle est une militante politique et à ce titre son analyse de la dégradation de la famille repose aussi sur des arguments économiques, elle oppose constamment la famille bourgeoise et la famille prolétarienne dans laquelle les femmes sont les plus soumises aux conditions dégradantes, obligées de travailler dans les fabriques dans des conditions misérables, elles sont astreintes à des maternités répétées et mettent leur vie en danger en avortant. Alors, même si le mariage a pu commencer par une inclination amoureuse réciproque, il ne peut que se transformer en un « joug intolérable ». A. Kollonta ï est sévère pour les idéalistes qui invoquent le « devoir sacré de la maternité », comment en effet demander aux mères d’aimer leurs enfants alors que les conditions économiques leur permettent à grand-peine d’assurer leur subsistance ? Certes la lutte doit aboutir à la disparition de « la forme close de la famille », et lors de la révolution d’Octobre 1917, A. Kollonta ï qui est commissaire du peuple, c’est-à-dire ministre, édicte un programme de lois aboutissant à l’affaiblissement de l’institution familiale, telles que la substitution du mariage civil au mariage religieux, l’instauration du divorce sur simple demande de l’un des conjoints sans exposé de motifs et l’institution de la séparation des biens entre les époux.
Elle développe sur les relations amoureuses les mêmes rêves que tous les utopistes, il faut suivre ses pulsions et ses penchants amoureux, seuls les sentiments amoureux peuvent créer un lien entre homme et femme. L’acte sexuel doit devenir banalisé, simple, déculpabilisé, A. Kollonta ï aimant à dire en boutade que le jour où la société sera vraiment libérée, on pourra aussi aisément satisfaire un besoin sexuel que boire un verre d’eau. Quant à la souffrance provoquée par la perte de l’autre ou par sa trahison, elle devrait s’atténuer comme d’ailleurs la jalousie, jusqu’à la disparition même de la notion d’infidélité. A. Kollonta ï en théorise les raisons, l’affaiblissement du sentiment de propriété, la garantie de trouver d’autres partenaires sexuels, le désinvestissement de l’individualisme et du narcissisme puisque l’accomplissement de chacun doit désormais se faire dans la collectivité et non dans la reconnaissance individuelle. Malgré ces rationalisations écrites dans un jargon bien bureaucratique, la militante féministe laisse parfois percer un doute sur la réalisation du rêve d’une totale liberté sexuelle pour toute femme, elle se fait alors « l’avocat du diable » et imagine les arguments de ses détracteurs, la liberté ne peut concerner qu’une minorité de femmes, celles qui sont séduisantes, autonomes financièrement, qui ont assez d’amis masculins disponibles et enfin qui ont renoncé à la maternité.
 
REVENDICATION D’UNE DOUBLE MORALE SEXUELLE POUR LES FEMMES
 
 
Dans un but éducatif et pour illustrer ses thèses, celle qui sera l’une des égéries de Lénine commet également quelques romans, mais si ces textes traduisent des positions audacieuses sur la libération sexuelle de la femme, ils ne méritent pas de passer à la postérité pour leur qualité littéraire ou leur originalité. Dans L’amour des trois générations (1923), l’héro ïne, Olga, militante et importante responsable de l’industrie soviétique, écrit à une amie pour se plaindre de ses déboires amoureux. Elle lui confie les déchirements de sa mère dont la vie amoureuse se partageait entre un mari et un amant, Olga étant née de cette liaison. Olga répétant à peu près l’histoire de sa mère a, au nom des principes révolutionnaires, suivi une « double norme morale », justifiée et comme naturalisée : elle s’est arrogée le droit d’être infidèle et surtout de passer d’un homme à l’autre quand elle n’aimait plus. Mais la situation devient plus douloureuse quand Génia, fille d’Olga séduit le dernier amant de sa mère. La surprise de celle-ci se double d’une blessure narcissique et elle ne comprend pas « comment sa fille a pu lui faire cela ». Génia se défend et explique qu’elle a, au contraire, bien retenu la leçon, non seulement elle s’est libérée comme sa mère des contraintes du mariage, mais en plus elle a voulu se déprendre de tous sentiments amoureux, car ils s’avèrent trop douloureux, trop coûteux et font perdre du temps. Elle confie qu’elle n’a jamais ressenti aucun amour pour aucun homme, pas même pour l’amant de sa mère, enfin, Génia reproche à cette dernière son instinct de possession, tout à fait en désaccord avec les idéaux communistes. Ce roman apparaît comme une « leçon » na ïve, bien plate et convenue alors qu’il se veut révolutionnaire, mais il illustre bien les convictions de son auteur. A. Kollonta ï présente Olga comme son alter ego et se glorifie de vivre dans une « double morale sexuelle », à l’instar des hommes. Avait-elle lu Freud ? cela est possible puisque certains de ses ouvrages étaient traduits en russe dès 1923, à l’initiative notamment de Véra Schmidt, pédagogue et psychanalyste freudo-marxiste.
L’illusion est la même pour tous les utopistes, quand leur projet communautaire se trouvera réalisé, les haines, les luttes de pouvoir, les conflits d’intérêts, les pulsions sadiques de domination sur l’autre auront fait long feu pour laisser place à la mobilisation chez l’homme des sentiments les plus élevés : solidarité, compassion et même l’ « amour platonique » entre les travailleurs des deux sexes. Avec l’échec de la révolution, le vieux fonds de moralisme propre à bien des révolutionnaires pointe chez A. Kollonta ï, mais surtout pour se maintenir au pouvoir, il lui faut modérer ses rêves de révolution sexuelle, car elle n’est guère suivie par les hommes qui ont fait la révolution politique. Ainsi Lénine redoute la trop grande licence sexuelle, ce qu’il nomme « des états orgiaques », il a d’ailleurs dénoncé la psychanalyse qui lui paraît être une menace contre les forces du prolétariat sous prétexte qu’elle s’intéresse trop aux problèmes sexuels. Il estime que la révolution a octroyé trop de liberté sexuelle aux jeunes et il y voit la résurgence « du bon vieux lupanar bourgeois ». Enfin A. Kollonta ï qui a une vie amoureuse tumultueuse reconnaît également qu’homme et femme sont différents devant Éros, écrivant que chez le premier l’amour est bien davantage conditionné par les pulsions sexuelles et que chez la femme il est toujours compliqué par les « mouvements de l’âme », celle-ci se laissant sottement aller à « poétiser chacun de ses engouements » [11].
 
RETOUR À UN ORDRE ANCIEN ?
 
 
Le rêve d’une liberté sexuelle imposée, vécue collectivement et identique pour tous va se transformer en un cauchemar orchestré par un « Big Brother ». Ainsi, une amie d’A. Kollonta ï, Zo ïa Chadourska ïa, lui écrit pour lui annoncer l’épuration de certains membres du parti, la fameuse « roue de l’histoire », de quels crimes sont-ils accusés ? Il s’agissait d’amoureux, nouvellement mariés, qui s’étaient isolés du groupe : « Ils faisaient ça à deux, rien qu’à deux, sans le collectif ». Dans le Phalanstère fouriériste, personne ne devait se refuser à personne, dans le Parti révolutionnaire russe, tout devait être partagé, mais l’enjeu narcissique refoulé par toutes les utopies fait vite retour, comment en effet supporter la blessure de l’exclusion ?
 
NOTES
 
[1] M. Winock, Les voix de la liberté, Paris, Le Seuil, 2001, p. 267.
[2] M. Brix, L’héritage de Fourier. Utopie amoureuse et libération sexuelle, Paris, La chasse au Snark, 2001, p. 24.
[3] S. Debout-Oleszkiewicz, in C. Fourier, Le nouveau monde amoureux, Paris, Stock, 1999.
[4] S. Freud, Trois essais sur la théorie de la sexualité, 1905, Paris, Gallimard, 1962, p. 49.
[5] C. Fourier, op. cit., p. 440.
[6] S. Freud (1908), La morale sexuelle civilisée, in La vie sexuelle, Paris, PUF, 1969, p. 45.
[7] S. Freud, Trois essais sur la théorie de la sexualité, op. cit., p. 43.
[8] G. Lapouge, Utopie et civilisation, Paris, Flammarion, 1978, p. 290-291.
[9] F. Engels, L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, 1884, Éditions Sociales, Paris, 1983, p. 130.
[10] J. Stora-Sandor, Alexandra Kollonta ï : marxisme et révolution sexuelle, Paris, Maspero, 1978.
[11] A. Vaksberg, Alexandra Kollonta ï, Paris, Fayard, 1996, p. 279.
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[5]
C. Fourier, op. cit., p. 440. Suite de la note...
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S. Freud (1908), La morale sexuelle civilisée, in La vie s...
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[7]
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G. Lapouge, Utopie et civilisation, Paris, Flammarion, 197...
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