Revue française de psychanalyse
P.U.F.

I.S.B.N.2130526500
352 pages

p. 851 à 863
doi: 10.3917/rfp.663.0851

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L'élaboration de la séduction traumatique

Volume 66 2002/3

2002 Revue française de psychanalyse L’élaboration de la séduction traumatique

“ Elle regarda derrière et devint une statue de sel  [1]

L’attrait du perceptif dans la séduction traumatique

Elsa Schmid-Kitsikis 30, chemin de Conches 1231 Conches Suisse
Le cas d’une patiente régulièrement frappée de sidération, de pétrification et d’une impression de mort interne, états psychiques toujours suivis d’une menace d’effondrement à la fois tenace et attirante, a amené l’auteur à se centrer sur la place et la signification du perceptif dans un tel fonctionnement et sur les difficultés transférentielles et contre-transférentielles qui en découlent. Deux éprouvés semblaient régulièrement s’affronter au cours de ses associations en lien avec une problématique de séduction traumatique : celui de sidération, lié, semblait-il, à un excès du perceptif brouillant les repères spatio-temporels, vécu dans la fascination, et celui d’effondrement des limites psychiques, que la patiente rapportait comme un mélange d’effroi et de jouissance.Mots-clés : Séduction traumatique, Fascination, Sidération, Effondrement, Sensorio-perception, Interprétation. The case of a patient regularly overwhelmed with amazement, by a feeling of petrification and an impression of internal death, these psychic states always followed by a threat of collapse both persistent and enticing, has led the author to focus on the place and signification of perception in this mode of functioning and on the resulting transferential and counter-transferential difficulties. Two reactions seemed to regularly affront each other in the course of the patient’s associations, in relation to the theme of traumatic seduction : that of amazement, linked, so it seemed, to an excess in perception disturbing spatial-temporal references, experienced as fascination, and that of the collapse of psychic limits, that the patient presented as a mix of fear and pleasure.Keywords : Traumatic seduction, Fascination, Amazement, Collapse, Sensory-perception, Interpretation. Der Fall einer Patientin, welche regelmässig wie vom Donner gerührt war, wie versteinert, mit einem Eindruck von innerem Tod, psychische Verfassungen, welche immer die Drohung eines Zusammenbruchs nach sich zogen, sowohl hartnäckig als auch verlockend, hat die Autorin dazu gebracht, sich auf den Platz und die Bedeutung der Wahrnehmung in einem solchen Geschehen zu konzentrieren sowie auch auf die Übertragungs- und Gegenübertragungsschwierigkeiten. Zwei Empfindungen schienen sich regelmässig im Verlauf ihrer Assoziationen gegenüberzustehen, in Verbindung mit einer traumatischen Verführungsproblematik : die Empfindung der Versteinerung, welche scheinbar an einen Überschuss von Wahrnehmung, der die Bezugspunkte des Raums und der Zeit durcheinander brachten, gebunden war, in der Faszinierung erlebt. Und dann die Empfindung des Zusammenbruchs der psychischen Grenzen, welche die Patient als eine Mischung von Schreck und Genuss erlebte.Schlagwörter : Traumatische Verführung, Faszination, Versteinerung, Zusammenbruch, Sensorio-Wahrnehmung, Deutung. El caso de una paciente regularmente azotada por la sideración, la petrificación y por una impresión de muerte interna, estado síquicos siempre seguidos de amenaza de desmoronamiento a la vez tenaz y atrayente, condujo a la autora a indagar sobre el lugar y la significación de lo perceptivo en tal funcionamiento y sobre las dificultades transferenciales y contratransferenciales que emanan. Dos experiencias parecen regularmente enfrentarse a lo largo de esas asociaciones relacionadas con una problemá tica de seducción traumá tica : la de sideración, vinculada, creo yo, con un exceso de lo perceptivo que confunde las localizaciones espacio-temporales, vivida en la fascinación, y el de desmoronamiento de los límites síquicos, que la paciente resentía como conjunto de espanto y de goce.Palabras claves : Seducción traumá tica, Fascinación, Sideración, Desmoronamiento, Sensorial-percepción, Interpretación. Il caso di una paziente colpita regolarmente da siderazione, petrificazione ed impressione di morte interna, stati psichici seguiti sempre da una minaccia di crollo tenace ed attrattivo, ha condotto l’autore a concentrarsi sul posto ed il significato del percettivo in un tale funzionamento e sulle conseguenti difficoltà tranferenziali e contro-transferenziali. Regolarmente, durante le sue associazioni, sembravano affrontarsi due risentimenti legati ad una problematica di seduzione traumatica : quello della siderazione che sembrerebbe essere legato ad un eccesso del percettivo che confonde i riferimenti spazio-temporali, vissuto nell’affascinazione ; e quello del crollo dei limiti psichici, che la paziente restuitiva comme un misto di orrore e giubilo.Parole chiave : Seduzione traumatica, Affascinazione, Siderazione, Crollo, Sensorio-percettivo, Interpretazione.
Attente indéfinie d’une jonction avec soi-même : tel sera le destin de Narcisse.
Destin peut-être tranché, dans sa préhistoire oraculaire, au moment de la violence infligée à la mère. L’histoire offerte est celle d’un cours d’eau qui s’arrête, lors de sa jonction forcée avec un autre cours qui le capture, comme si tout lieu de confluence se trouvait marqué du signe d’une violence irrémédiable. Violence pétrifiante.
Monique Schneider, Don Juan et le procès de la séduction.
Une patiente régulièrement frappée, selon ses propres termes, de pétrification [2], de sidération, de tétanisation, de paralysie, d’une mort interne, états psychiques toujours suivis d’une menace à la fois tenace et attirante d’effondrement, m’a amenée à réfléchir à la place et à la signification du perceptif dans un tel fonctionnement et sur les difficultés transférentielles et contre-transférentielles qui en découlent. Deux éprouvés s’affrontaient régulièrement au cours de ses associations en lien avec une problématique de séduction traumatique : celui de sidération, lié à un excès du perceptif brouillant les repères spatio-temporels, vécu dans la fascination, et celui d’effondrement des limites psychiques, qu’elle rapportait comme un mélange d’effroi et de jouissance. La menace qui en faisait partie semblait s’adresser à l’ « institution du Self unitaire » (Winnicott) et renvoyait aux méfaits d’une expérience de séduction qui, au lieu d’offrir sa part d’excitation en lien avec les tentatives du sujet d’élaborer sa sexualité infantile, se laisse déborder par elle en obligeant le Moi, comme Freud le souligne, à se défendre en traitant comme « non arrivée » la représentation « inconciliable ». Les composantes traumatiques qui accompagnent cette expérience de séduction prennent alors refuge dans une forme de sexualisation par excès, qui s’adresse essentiellement au perceptif, en alimentant sans restriction les automatismes de répétition ; la sexualisation, dont la charge en excitation laisse peu ou pas de place à l’affect, représente ainsi une tentative de dernier recours pour surmonter l’insupportable mal-être psychique.
La question se pose de savoir dans quelle mesure cet état de sidération – rappelant une forme de narcose psychique en état de veille –, qui fait momentanément obstacle à tout mouvement d’élaboration psychique, nous place devant une forme de dépendance du moi, telle que celle soulignée par Freud à propos du moi hystérique et de sa culpabilité inconsciente [3]. Si tel est le cas, une deuxième interrogation en découle et s’adresse à la nature psychique de la menace d’effondrement qui accompagne le vécu de sidération de ma patiente. S’agit-il de la crainte d’effondrement décrite par Winnicott, en tant que crainte de la répétition d’un événement qui se serait produit dans le passé sans avoir été symbolisé et que le sujet « porte lointainement caché dans l’inconscient » ou bien de la répétition d’un effondrement déjà produit dans le passé, dont le sujet, faute d’un système de pare-excitation disponible, a pris sur lui, afin d’éviter le pire, d’intégrer à cette sensation d’une menace imminente une charge érotique, qui dorénavant lui confère, paradoxalement, une qualité attractive ? En d’autres termes, s’agit-il de la crainte d’un effondrement comme seule issue psychique face à ce qui s’était révélé, dans le passé, comme non introjectable ou bien répétition d’effondrements déjà vécus en tant que tels durant la toute petite enfance, lesquels, faute d’avoir pu être contenus et métabolisés, ont eu comme seule et coûteuse issue psychique leur maintien en tant que source continue d’une excitation déniant la présence de tout affect susceptible de faire ressurgir la souffrance ? Cette dernière issue éviterait, en quelque sorte, que le moi « se voie abandonné de toutes les puissances protectrices et se laisse mourir » [4], d’où la prégnance d’un fantasme que certains auteurs ont qualifié de « mort par inanition ».
 
FREUD ET LES ANESTHÉSIES : DE L’INNERVATION CORPORELLE AU CORPS DU TRANSFERT
 
 
Les premières investigations de Freud dans le champ de l’hystérie s’inscrivent dans un contexte référentiel qui, tout en tenant compte des connaissances neuro-physiologiques de l’époque, est soumis à discussion dans le cadre de sa première théorie de la séduction. Il avance, dès cette époque, un certain nombre d’hypothèses qui préfigurent pour l’essentiel ses travaux ultérieurs, à partir du moment où l’évolution de sa théorie de la conversion est prise en compte, ainsi que ses doutes et ses interrogations à propos de l’équation qu’il croyait établir entre corps et innervation corporelle, qu’il soumet à une nouvelle réflexion à partir de son travail clinique.
Il s’interroge, en prenant appui sur le cas de Mlle Élisabeth v. R... [5], sur le processus de substitution en cours, en admettant la possibilité d’une conversion purement symbolique sans trouble organique. Il note que pour la malade, « en compensation de son état de dépendance et de son impuissance à changer quoi que ce soit aux conditions existantes », les phrases : « Rester clouée sur place, n’avoir aucun appui, etc. », avaient servi de fond à sa paralysie des jambes. Il suggère ainsi que ce qui se transforme en douleurs physiques est une douleur morale et précise que ce ne sont pas les impressions fraîchement ressenties, mais leur souvenir qui fait surgir la conversion.
Le problème de la paralysie retient son attention dès 1893 [6] dans ses travaux sur l’hystérie. Ils suscitent son interrogation sur le rôle fondamental de la représentation en lien avec l’affect. Il note l’aspect excessif de la maladie hystérique ainsi que la présence d’ « anesthésies absolues, profondes, dont les lésions organiques ne peuvent reproduire qu’une faible esquisse » et conclut que « l’hystérie se comporte dans ses paralysies et autres manifestations comme si l’anatomie n’existait pas, ou comme si elle n’en avait nulle connaissance ».
On peut à ce stade se demander si ce que Freud appelle représentation ne relève pas plutôt d’une mise en figuration, l’hystérique, comme ses recherches ultérieures dans ce domaine et dans celui du rêve vont le montrer, cherchant plutôt, à partir de ses symptômes et ses excès, à faire paraître figurativement l’objet du désir, à jouer, en quelque sorte sa présence avec les images et les sensations, pour ne pas avoir à reconnaître son absence.
Dans un texte publié deux ans plus tard [7], il aborde le problème de la névrose d’angoisse et de ses effets paralysants. Il s’intéresse à la fois au vertige coordinateur, comme celui « de la paralysie oculaire », dont les malaises spécifiques, ceux du vertige (sol flottant, jambes qui se dérobent, etc.), peuvent être remplacés, lors d’une survenue excessive, « par un accès d’évanouissement profond » et à l’angoisse virginale, l’angoisse des adolescentes ou des jeunes mariées, dont la première rencontre avec le sexuel sous sa forme de révélation soudaine provoque chez ces jeunes filles ou jeunes femmes un état d’anesthésie psychique. Il en déduit qu’il n’est pas étonnant que l’hystérie et la névrose d’angoisse s’allient régulièrement dans l’ « angoisse virginale » et que l’hystérie emprunte ainsi « un certain nombre de symptômes à la névrose d’angoisse ».
On retiendra que Freud, dès cette époque, commence à se demander s’il existe une absolue nécessité de considérer le symptôme comme incontournable pour la compréhension du phénomène hystérique. D’une certaine façon, le corps de l’hystérique, sa dramaturgie et ses symptômes ne le fascinent plus autant ; il semble par contre découvrir le paradoxe du travail de symbolisation à l’œuvre dans le corps de l’hystérique. Le cas de Dora (1905), « petite hystérie avec symptômes somatiques et psychiques les plus banaux », deviendra en ce sens exemplaire. Freud semble s’interroger sur la signification des actes de ses patients sucôteurs, énurétiques, qui « écoutent » le rapport sexuel de leurs parents (comme ce fut le cas de Dora) ou onanistes.
En m’appuyant sur les interprétations avancées par Freud de tels fonctionnements, qui s’organisaient souvent autour d’une imagerie faite d’absence et d’exclusion, je me suis demandé jusqu’à quel point le patient ne cherchait pas, dans ces situations, à se remplir d’images fixes, statiques, lui permettant d’éviter ainsi que cette absence ne soit symbolisée. Une de mes patientes, qui ne voyait son père que très rarement, ses parents ayant divorcé, et qui prétendait que ça lui était totalement indifférent, a fait durant son analyse la découverte d’un lien entre les images statiques, toujours identiques, qui s’imposaient dans sa tête pendant qu’elle se masturbait et l’absence de son père.
Dès cette époque également, parallèlement à ces premières investigations, les recherches de Freud révèlent son intérêt pour des indices autres que ceux de la sphère motrice. Le corps n’est plus synonyme d’innervation motrice. La sphère sensorielle se trouve privilégiée et alors qu’elle demeure encore soumise aux prérogatives des organes des sens, elle donne lieu à des observations indiquant un changement de cap dans sa réflexion théorique ; le corps est considéré dorénavant dans sa motion de plaisir/déplaisir, en tant que lieu de désir à décrypter avec prise en compte de ses travestissements symboliques.
Son amitié pour W. Fliess retiendra, pendant un temps, son intérêt pour l’odorat [8] comme le suggère, entre autres, le compte rendu du cas de Miss Lucy R. À partir de l’analyse de ce cas, Freud soutiendra explicitement que c’est le conflit des affects qui donne à l’incident son caractère traumatisant, la sensation olfactive qui y est attachée demeurant « en tant que symbole du traumatisme ».
Mais ce sont surtout les relations qu’entretiennent la vision et l’ou ïe qui lui permettront de poursuivre ses investigations théoriques à propos du lien perception/fantasme. Il en est ainsi des fantasmes hystériques, qui « se rapportent, écrit Freud, à des choses que l’enfant a entendues de bonne heure et dont il n’a que longtemps après saisi le sens ». Il en est également ainsi de la vision inattendue du « spectacle de l’acte sexuel ».
Cette nouvelle approche du fonctionnement psychique tend à rendre la réflexion sur le phénomène de la conversion moins centrale. Les exemples de suppression ou d’inhibition amenés par Freud, en lien avec des phénomènes d’anesthésies ou de paralysies [9] et l’analyse qu’il leur consacre, suggèrent qu’une fonction sensorielle non associée à une autre fonction sensorielle prédispose, par sa dominante perceptive, à l’effraction et à la fixation en excluant un espace pour la représentation. Cette dernière risque de succomber à une « surcharge d’organe » ou à un « déplaisir d’organe » pouvant entraîner une privation, analogue à ce qui se passe lorsque nous avons affaire à un effet de fascination, la privation qui en découle s’apparentant à celle produite lors d’un vécu de sidération [10].
Avec le cas de Dora (1905), il confirme son désintérêt pour le symptôme somatique et son intérêt pour la place et le destin de l’affect dans le fonctionnement hystérique. Il note l’importance de la perception (le sexe érigé de M. K., contre elle), comme objet de fascination qui peut provoquer un effet traumatisant : choc, manque (aphonie), attirance, déplacement et inversion de l’affect en dégoût.
Le corps est devenu celui du transfert. Freud en est conscient d’autant plus qu’il se reproche de ne pas l’avoir suffisamment pris en compte lors du traitement de Dora. Il aurait dû, admet-il, s’occuper du transfert, « car par ce facteur seulement peuvent s’expliquer les particularités de l’analyse de Dora ». Il justifie son interruption prématurée par le fait qu’il n’aurait pas réussi à se « rendre maître du transfert » [11]. La nature des liens analyste/analysant sont approfondis à partir de la formulation de la deuxième topique. Dans Psychologie des foules et analyse du Moi (1921), Freud se penche, une fois de plus, sur l’analyse d’une des positions extrêmes du Moi, son appauvrissement par soumission, à l’instar de ce qui se passe dans l’état amoureux, pour évoquer le pouvoir de l’hypnotiseur qui a pris la place de l’idéal du moi, en devenant l’unique objet. Il en résulte, écrit-il, « en supplément la paralysie née du rapport d’un être surpuissant à un être sans puissance, sans défense » et attire notre attention, en abordant clairement la sphère de l’abus, sur les conséquences psychiques pour le patient d’une telle situation lorsqu’elle se produit durant une cure analytique.
 
ANESTHÉSIE PSYCHIQUE ET SÉDUCTION TRAUMATIQUE
 
 
Freud attire très tôt notre attention sur la difficulté d’aborder analytiquement les troubles « névrotiques » qui ont lieu en dehors des troubles d’origine psychogène, comme c’est le cas avec les névroses actuelles [12]. Dans le propos qui nous occupe, la complexité du travail analytique vient également de la variété des situations de séduction. Les scénarios et les scènes de séduction rapportés par nos patients offrent une polysémie de l’ordre « du vu ou de l’entendu à moitié compris » ou de situations ambiguës devenant source d’excitation parfois débordante, de caresses ou d’effleurements ou encore d’abus violents. Ces différentes formes de séduction ne font pas toutes partie du registre hystérique et n’aboutissent pas nécessairement à un immobilisme psychique, même si elles participent, comme le note Joyce McDougall, à la nature traumatique inhérente à la sexualité. L’effet des scénarios les plus violents pourrait donner lieu à une « commotion psychique » telle que décrite par Ferenczi [13], sorte de choc psychique s’étayant sur un sentiment d’effroi avec anéantissement du sentiment de soi. Les travaux de W. Bion sont exemplaires à ce propos.
Traumatique ou non, la séduction en général est, selon Paul Denis [14], l’exercice d’un pouvoir, d’une emprise. Il souligne un aspect important que nous rencontrons souvent chez nos patients au moi vulnérable. Certaines formes de séduction, tout en ne faisant pas partie de la séduction sexuelle proprement dite, soumettent néanmoins l’enfant à un type de relation particulière à l’un des parents, à la mère en particulier [15]. La lutte contre l’affect, le travail défensif, devient alors prioritaire face à la menace d’une souffrance. Elle cherche à circonscrire l’excitation qui a tendance à déborder, à vider la psyché de ses capacités élaboratives.
Une des issues est le recours à l’image perceptive et à son fonctionnement obsédant. Cette image ne se construit pas sur le moment, elle est issue, comme Freud le laisse déjà entendre dans Mo ïse et le monothéisme (1939), des impressions « reçues à une époque de l’enfance où, à ce que nous croyons, l’appareil psychique de l’enfant n’est pas encore prêt à les accueillir » [16]. Le recours à l’image [17] comme défense psychique a cependant ses avantages, même si cela suppose un appauvrissement et une rigidification du moi. L’image, qui permet tout à la fois son saisissement immédiat par absence d’un temps diachronique et d’un espace pour la représentation [18], peut constituer à court terme un rempart efficace contre le mal-être psychique.
 
REJOINDRE DANS LE PERCEPTIF L’OBJET DONT ELLE AVAIT ÉTÉ SÉPARÉE
 
 
Une année vient de s’écouler depuis le début de la cure. Je me sens dans une impasse, mes interventions offrent une butée à partir du moment où elles s’adressent au sens latent de ses productions ; elles renvoient à ma capacité de contenance ; elles touchent au fonctionnement projectif de ma patiente. Ainsi, lorsque j’interviens à propos d’un malaise qu’elle dit avoir ressenti lors d’un événement : « Ça vous a mise mal à l’aise d’avoir imaginé que votre mère... », donne lieu, après un silence qui occupe une grande partie de la séance, à des associations dont la froideur apparente cache une tonalité rageuse, qui cherchent à me dire qu’elle n’a rien imaginé, d’ailleurs elle en est incapable, que c’est évident que ce ne peut être que de la faute de sa mère et que mes interventions ont sur elle un effet catastrophique.
Au cours d’une séance, je tente, avec beaucoup de précautions, une intervention indiquant ma compréhension transférentielle de ce que ma patiente éprouve comme impression de se sentir seule face à son mal-être. Il s’ensuit un silence. Il s’étire dans le temps. Il est chargé d’une épaisseur indéfinissable, mais qui me saisit à la gorge. Rien à faire, ce n’est pas un silence d’élaboration. Je n’arrive pas à penser. Je me racle la gorge, toussote. Rien. Pas de voix, ni d’un côté ni de l’autre. Je me sens prise en faute. La seule chose que j’arrive à faire, c’est de me sermonner. Qu’ai-je dit de si terrible ? Qu’est-ce qui a provoqué cela ? Le temps continue à s’étirer, puis sa voix se fait entendre.
« Après ce que vous venez de me dire, j’étais pétrifiée, tétanisée, sidérée, morte à l’intérieur. Je crois que je vais m’effondrer. »
Elle s’arrête. Je lui fais comprendre que, peut-être, elle pourrait m’en dire plus. Elle répond qu’elle ne sait pas, que c’est tout simplement ce qui s’est passé en elle, ça l’empêche de penser.
Puis au bout d’un moment, elle ajoute :
« C’est tout blanc à l’intérieur de moi. »
De nouveau le silence. La séance tire à sa fin.
Je me dis, c’est cotonneux, comme ce que j’ai éprouvé. Je me laisse aller à associer. Ce blanc a ouvert un espace de pensée avec certes un recours trop important à la théorie, mais c’est mieux que ce rien qui durait. Je pense au négatif, mais négatif de quoi ?
Dès le lendemain, elle revient sur ce qu’elle avait vécu la veille. Comme à son habitude, elle s’attarde durant plusieurs séances et en employant des mots quasi identiques sur ce qu’elle a vécu comme mort interne.
« Ce n’est pas ce que vous avez dit qui m’a sidérée, c’est d’entendre votre voix. Chaque fois que vous prenez la parole, je me sens sous le contrôle de votre voix. Et j’ai l’impression que, si je parle à ce moment-là, je vais m’effondrer. Si je parle, je m’effondre ; si je ne dis rien, il n’y a que la crainte de m’effondrer qui reste. Je préfère ça, c’est comme si alors ça dépendait de moi. La voix, c’est ma mère ; le silence, c’est mon père. Il ne dit jamais rien. En même temps si vous ne dites rien, ça ne va pas non plus. J’entends que vous bougez dans votre fauteuil. Il y a alors des images ou des sons dans ma tête. Mon père qui entre dans la salle de bains, pendant que j’y suis et qui se met à uriner. J’entends le bruit et je crains qu’il ne m’arrive quelque chose. J’entends la voix de ma mère, cette voix toujours dans mes oreilles, ma mère c’est une voix. Je l’entends raconter à ma tante, sur les escaliers de notre maison qui mènent à l’étage, le calvaire qu’elle vit durant les relations sexuelles avec mon père.
Vous avez dit qu’il pouvait vous arrivez quelque chose ?
« Oui, je ne sais pas, c’est comme une menace, une catastrophe. »
J’aimerais à partir de cet exemple clinique, d’une analyse toujours en cours, m’attarder, en lien avec notre propos, sur quelques aspects présents chez cette jeune femme, ayant grandi, selon ses dires, dans un milieu étouffant et arriéré. L’attente interminable d’une réparation face à ce qui lui avait manqué, la transgression des soins maternels, l’immobilité et la trop grande tolérance paternelles, l’avaient soumise à un mal-être et à des angoisses qui l’envahissaient soudainement dans un tel débordement, que seuls des états d’anesthésie psychique [19], d’heures de sommeil sans frein ou d’activités frénétiques de lecture et de travail intellectuel, semblaient pouvoir lui donner l’illusion d’un calme duquel elle sortait toujours épuisée psychiquement et physiquement.
Elle raconte, au fil des séances, ses débuts de vie difficile. Sa venue au monde, « désirée » pour éviter un divorce de ses parents, la place qu’elle occupe in extremis, après des frères et des sœurs déjà adolescents. Elle passe entre « vie et mort » ses premiers six mois dans les murs aseptisés d’une clinique, sous intense surveillance médicale. Elle s’attarde sur les complications survenues pendant les premiers mois et les débuts de sa petite enfance : difficultés respiratoires, difficultés d’endormissement, difficultés motrices, mais surtout paralysie des jambes, apparue soudainement lorsqu’elle avait 3-4 ans et disparue aussi soudainement. Ma mère ne s’est jamais demandé, dit-elle, pourquoi la paralysie était tout d’un coup apparue puis était disparue. « En réalité, c’est ça qui m’a fait surtout mal, pas tellement la douleur physique. » Elle me fait ainsi comprendre qu’elle a été doublement « lâchée » par sa mère, lorsqu’elle fut physiquement absente durant les premiers mois de sa vie et lorsqu’elle n’a pas cherché à comprendre ses tourments. Sa vie aurait été soumise à un blanchiment interne, à un processus de négativisation, aussi bien par sa venue au monde qui n’aurait pas dû être et qui se solde en une sortie prématurée, porteuse de mort, que par son n’ayant pas droit à un épanouissement psychique et physique.
Toutes les difficultés qu’elle me rapporte sans affect de souffrance, dans un feu d’artifice d’images et de détails en soulignant le pouvoir qu’a sa mère sur elle et ce sentiment permanent d’épuisement, tout à la fois me « fascinent » et me mettent mal à l’aise. Le champ de mon écoute, en raison de ce malaise et de cette fascination, est menacé d’envahissement par un savoir théorique. Je me sens obligée de lutter contre cela, contre une tendance à établir un diagnostic, à m’installer dans celui confortable de l’hystérie (on lui a déjà réservé de si beaux textes). Du coup, j’ai du mal à penser et comme en outre elle me dénie le droit d’éprouver une « sollicitude », une « préoccupation maternelle » qu’elle risque de vivre comme trop proche, trop excitante, mon champ d’intervention est considérablement rétréci. Durant une assez longue période de l’analyse, ce malaise de l’interprétation, je le vivrai pendant les séances comme si cette dernière succombait au refoulement, alors que je me sentirai par contre à l’aise après et entre les séances.
Des incompréhensions de sa mère, elle éprouve un réel plaisir à parler. Rien ne laisse suspecter qu’elle parvient à s’imaginer les tourments de ses parents devant les menaces pour sa survie. C’est à moi qu’incombe le fantasme d’une mère qui vit mal une telle séparation d’avec son nouveau-né. Pendant longtemps ce me sera difficile. Ma patiente paraît si crédible dans ses revendications, excluant toute possibilité d’imaginer une mère simplement trop maladroite face aux difficultés extrêmes de son enfant ou une mère déprimée. Il ne restait que la mère sadique voulant la destruction de la vie psychique de son enfant, alors qu’à travers les mouvements du transfert et du contre-transfert et de son vécu d’une mort intérieure, qui rappelle la « mort par inanition », le fantasme décrit par André Green s’imposait à moi, celui de la « mère morte », mère vivante mais psychiquement morte, qui tend à « blanchir » la relation.
L’analyse se poursuit. Les réaménagements de l’après-coup laissent penser que les éléments de sidération, d’anesthésie psychique et d’effondrement, sont consécutifs aux scénarios qui la poursuivent de manière quasi obsédante, alors qu’en réalité ils semblent surtout constituer le terrain sur lequel se déploie, secondairement et défensivement, un ensemble de fonctionnements à connotation hystérique. Les mouvements de transfert sont sous l’emprise d’un fantasme de scène primitive en perpétuelle activité (fantasme de parents « combinés » selon l’acception de M. Klein), dont les éléments de clivage me placent dans une confusion d’identité sexuelle. Les images, les éléments sensoriels, comme l’intervention de ma voix ou le « bruit » de mon silence, qu’elle dit subir dans la violence, sont toujours évoqués à la faveur d’événements extérieurs qui réactivent et les font entrer en conflit avec des scénarios récurrents, forgés en lien avec les réminiscences d’une sexualité infantile aux issues latentielles insuffisamment élaborées, maintenant ainsi une excitabilité excessive.
Je me sens prisonnière de sa décision de me parler des scénarios récurrents qui l’envahissent au gré d’événements semblables : l’annonce de la naissance d’un enfant représente toujours pour elle une catastrophe, la soumet à une image obsédante et lui donne la nausée ; un bébé tète un sein, le sein se transforme en pénis, ce qui n’empêche pas le bébé de continuer à téter [20] ; un contrôle gynécologique de routine lui fait vivre des angoisses sans nom et des envies de vomir, la place devant toujours la même scène, celle d’un cabinet médical, partagé uniquement par des médecins hommes, tous gynécologues. Une assistante médicale doit en plus de son travail combler les désirs sexuels des médecins.
L’évocation de ces scénarios n’est suivie d’aucune association, comme pour empêcher toute intervention de ma part. Elle ne mentionne que l’anesthésie, la sidération qu’ils provoquent en elle, avec, au fil des séances, une entrée encore très discrète dans le champ du désir mais dans sa forme inversée, celle du dégoût.
Cette ouverture vers l’éprouvé d’un affect, qui tend à augmenter son mal-être, indique combien les états de sidération, de conflits psychiques, de « blanc » ou de trop plein d’images qui envahissent son intérieur, offrent une couverture d’autant plus efficace que sa curiosité infantile non rassasiée a gardé une intensité démesurée. Cette démesure n’a pas donné lieu à un fonctionnement symptomatique suffisamment organisé et menace le Moi de morcellement. La tâche du Moi est ainsi immense. Il doit circonscrire, délimiter, à l’aide d’investissements désespérés, une angoisse qui déborde, qui tend à empêcher toute distinction entre affect et représentation, qui ne peut être vécue dès lors, que dans la douleur.
Ma position est ainsi délicate. Mes interventions peuvent être vécues comme des intrusions maternelles ; mes silences comme la trop grande tolérance paternelle, laissant flotter un parfum d’inceste. Elle se sent menacée lorsque je bouge dans mon fauteuil.
Elle raconte : « L’autre jour, j’étais dans une librairie. J’ouvre par hasard un livre. Une femme prend le pénis dans la bouche. J’étais tétanisée. Je ne pouvais plus bouger, je ne pouvais pas partir. Puis je revois et revois la scène. »
Je pense que la fixation sur le pénis, source de dégoût, de peur et de fascination, semble parallèle à l’investissement de la pensée. Brillante chercheuse, elle évoque souvent des périodes soumises à trop d’activité intellectuelle, qui lui donne une envie de vomir. Elle plonge alors dans un sommeil qui occupe sa nuit et une partie de sa journée.
Des souvenirs émergent amenant des interrogations douloureuses.
Elle se rend compte que ce qu’elle éprouve est aussi de l’ordre de l’attirance et se demande pourquoi, puisque ça lui fait horreur. Elle se pose la question de savoir si elle a subi des abus durant son enfance.
« C’est une impression, dit-elle, mais je me souviens d’un certain malaise quand je me rapprochais de mon père et des interventions de ma mère qui me disait de descendre de ses genoux, alors qu’à d’autres moments elle m’obligeait de prendre un bain en même temps que lui. »
Elle s’attarde avec rage sur cette mère qui lui vole ou excite sa pulsionnalité.
« À la maison on ne pouvait pas fermer les portes. Ma mère ne le voulait pas. Même pour aller aux toilettes, il fallait laisser la porte ouverte. Ma mère entrait dans ma chambre sans jamais frapper, aujourd’hui encore. Je me suis toujours sentie comme si je faisais quelque chose de mal. Je n’ai jamais connu d’intimité. »
Mère trop absente, mère trop présente. Père dans le silence de l’ombre. Une surcharge d’excitation due à « une séduction par défaut » (P. Denis), une absence de soins maternels respectueux du corps du bébé, remplacés par un arsenal instrumental, vécu dans la violence. Manque probable d’une reconnaissance identitaire par des parents englués dans leur dépression. Un trop de traumatisme, un traumatisme trop précoce, l’image du traumatisme comme chute irrésistible dans un abîme. D’où mon interrogation concernant l’impact qu’a pu avoir sur son développement psychique le manque d’un corps à corps précoce dû à une mère physiquement absente, ayant entraîné un surinvestissement de la sensorio-perception et à une difficulté d’accepter une relation proche sans débordement d’excitation, sans crainte d’une explosion psychique. L’apparition de sa mère dans son champ perceptif est vécue comme une intrusion, une pénétration à effet mortel.
« Ma mère a toujours été imprévisible. La seule manière que j’avais pour me défendre, c’était de faire comme si je n’existais pas, de faire la morte. Quand mon mari me pénètre, je fais aussi la morte. Je me laisse faire parce que j’ai peur qu’autrement il m’abandonne. Je vis la même chose avec vos interventions, comme si elles étaient inattendues. C’est un moment atroce, une heure de non-existence. Je ne peux plus penser. Pendant ces moments-là, je ne sens rien, c’est comme le jour où mon mari est entré dans la salle de bains. J’étais sous la douche, je me suis sentie paralysée, je n’arrivais plus à distinguer l’eau chaude de l’eau froide. »
Rencontre manquée avec le corps maternel, avec sa peau, son odeur, sa voix et son regard. Rencontre manquée avec l’expérience sensuelle en tant qu’expérience pour l’instauration du lien à l’objet, du lien de la sensorialité au désir. Cette défaillance compromet l’investissement et la mise en mémoire des expériences corporelles, la délimitation, la reconnaissance et l’acceptation des éprouvés corporels autrement que comme effet d’une intrusion. Elle compromet aussi l’accès à une temporalité qui prend sa source dans l’investissement des mouvements pulsionnels, de leur durée dans la recherche du plaisir, dans la réalisation du désir nécessaire à l’avènement de l’auto-érotisme. Freud note que « l’amour sensuel est destiné à s’éteindre dans la satisfaction ; pour pouvoir durer il faut qu’il soit pourvu, dès le début, de composantes purement tendres, c’est-à-dire inhibées quant au but, ou bien qu’il subisse une transformation de ce type » [21].
Le temps s’écoule. Au fil des séances, les expériences de sidération s’estompent, du moins elles ne sont plus évoquées que comme une menace lointaine. Une ouverture psychique s’annonce où l’affect et sa représentance sont à la recherche de leur jonction. La souffrance surgit, devient intolérable, alors que paradoxalement elle soulage la psyché.
Elle s’attarde sur les liens avec son père. Il ne lui paraît plus seulement tolérant. Elle se souvient de sa froideur, de sa violence. Il prend de la voix. Elle se mêle, dorénavant, à celle de sa mère, Mais surtout elle évoque ses propres affects.
« Je ne sais pas ce qui m’arrive, mais depuis hier soir, je me sens triste. » Elle évoque son séjour à l’hôpital, en raison de sa naissance prématurée, ses séances chez le physiothérapeute, son enfance entre des parents qui se disputaient et pense que « c’était triste, triste à en mourir ». Pourtant, ajoute-t-elle, « en regardant en arrière, ce n’est pas l’image de la tristesse que je vois en moi. C’est plutôt celle de quelqu’un qui s’est toujours battu pour s’en sortir, malgré les tempêtes. Maintenant, je ne rêve plus que d’une chose : m’allonger dans la chaleur du soleil et attendre que ça passe. »
« Un cours d’eau » amorce sa route et sa jonction avec « un autre cours d’eau ». Cette jointure ouvre des perspectives pleines d’une souffrance annoncée ; elles s’offrent à l’intégration psychique et à la rencontre analytique.
 
NOTES
 
[1] Femme de Loth, personnage biblique (Genèse, XI-XIX). Les deux filles de Loth conçurent de leur père, à son insu.
[2] Monique Schneider s’interroge dans Don Juan et le procès de la séduction, Paris, Aubier, 1994, à propos du texte d’Ovide et du destin de Écho : « Le destin de pétrification n’est-il pas intimement lié à la traversée de la séduction ? (...) Il ne lui reste que la voix et les os ; sa voix est intacte, ses os ont pris, dit-on, la forme du rocher (lapidis figuram). »
[3] S. Freud (1923), Les relations de dépendance du Moi, Essais de psychanalyse, Paris, PBP, 1981, p. 266-267.
[4] Op. cit., p. 274.
[5] S. Freud (1895), Mlle Élisabeth v. R..., Études sur l’hystérie, Paris, PUF, 1973.
[6] S. Freud (1893), Quelques considérations pour une étude comparative des paralysies motrices organiques et hystériques, Résultats, idées, problèmes, Paris, PUF, 1984, p. 45-49.
[7] S. Freud (1895), Qu’il est justifié de séparer de la neurasthénie un certain complexe symptomatique sous le nom de « névrose d’angoisse », Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1981, p. 15-38.
[8] Il reviendra sur ce sujet dans Malaise dans la civilisation (1929), à la faveur d’un débat sur « la dépréciation des perceptions olfactives », du fait « du redressement vertical de l’être humain », leur rôle étant repris par « les excitations visuelles », p. 50 et 58.
[9] S. Freud (1910), Le trouble psychogène de la vision, Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1981, p. 172.
[10] La sidération, au sens médical, est définie comme anéantissement soudain (Petit Robert) et subit (Nouveau Larousse illustré) des forces vitales sous l’effet d’un choc émotionnel intense.
[11] S. Freud (1905), Fragments d’une analyse d’hystérie (Dora), Cinq psychanalyses, Paris, PUF, 1982, p. 88.
[12] La conception des névroses actuelles, si l’on excepte le problème de l’hypocondrie, ne subira pas d’évolution notable dans l’œuvre de Freud.
[13] S. Ferenczi (1933), Réflexions sur le traumatisme, Œuvres complètes, t. 4, Paris, Payot, 1982.
[14] P. Denis, L’éloge de la bêtise, Paris, PUF, 2001.
[15] Op. cit., p. 125.
[16] Paris, Gallimard, 1948, p. 169.
[17] Paul Denis, nous offre dans un des chapitres de son ouvrage Emprise et satisfaction, les deux formants de la pulsion, Paris, PUF, 1997, p. 179-199, une très intéressante analyse du rapport de l’image à la séduction.
[18] N. Nicola ïdis analyse avec à propos le pouvoir de fixation et de fascination du mécanisme « imageant » dans son ouvrage La force perceptive de la représentation de la pulsion, Paris, PUF, 1993.
[19] Ces états rappellent ceux décrits par Anna Potamianou, Le Traumatique. Répétition et élaboration, Paris, Dunod, 2001, à propos des « restrictions du Moi ». Plus précisément dans le cas où « la libido s’accroche à cette partie nucléique du Moi, pétrie d’omnipotence infantile et organisée, fantasmatiquement, en masse figée qui emprisonne les objets captés avec lesquels elle fusionne ».
[20] On ne peut pas ne pas penser au lien que Freud établit, à partir du cas de Dora « suçoteuse », entre la succion du pénis et son « origine innocente », et la succion du sein.
[21] S. Freud (1921), État amoureux et hypnose, Essais de psychanalyse, Paris, PBP, 1981, p. 180.
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Op. cit., p. 125. Suite de la note...
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Paris, Gallimard, 1948, p. 169. Suite de la note...
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