Revue française de psychanalyse
P.U.F.

I.S.B.N.2130526519
376 pages

p. 1181 à 1193
doi: 10.3917/rfp.664.1181

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Le sens de la perversion

Volume 66 2002/4

2002 Revue française de psychanalyse Le sens de la perversion

L’incitation au sadisme

Steven Wainrib 17, avenue du Dr Arnold-Netter 75012 Paris
La question de l’incitation au sadisme est traitée dans cet article en deux temps.
Nous l’aborderons sous l’angle de ce qui suscite la mise en jeu de pulsions sadiques sur un plan individuel. Nous différencierons la conflictualité du névrosé de l’organisation d’une “ solution sadique ” débordant les digues du refoulement. La genèse de ces organisations se posera en termes de cassures dans le processus de subjectivation.
Nous ne cessons cependant de constater que ceux qui sont le plus orientés vers un fonctionnement pervers peuvent réussir à induire d’autres à des agirs sadiques à l’échelle de petits groupes comme dans le champ du collectif.
Quels sont alors les conditions et les mécanismes venant lever les inhibitions liées au surmoi, au point qu’une “ solution sadique ” vienne à s’imposer sur un plan collectif ?
Dans ce cas, le lien social en viendrait-il à se reformer sur le plaisir pris en commun à la haine et à son exercice ?Mots-clés : Sadisme, Solution (sadique), Masochisme, Loi, Réalité, Néantisation, Perversion, Traumatisme, Subjectivation, Transsubjectif (lien), Jeu (pervers).
The question of incitement to sadism is considered in two stages in this article.
We approach it from the perspective of what provokes the setting into play of sadistic drives on an individual basis. We differentiate between the neurotic’s conflictuality and the organisation of a “ sadistic solution ” overflowing the dams of repression. The genesis of these systems are posed in terms of breaks in the process of subjectivisation.
We nevertheless constantly observe that those most oriented towards perverse functioning can succeed in inducing others to sadistic action on the scale of small groups as in a collective context.
What then are the conditions and mechanisms that can lift inhibitions linked to the superego, to the point that a “ sadistic solution ” can impose itself on a collective level ?
Is the social link in this case reconstituted through the common pleasure felt in hatred and its exercise ?Keywords : Sadism, (Sadistic) solution, Masochism, Law, Reality, Annihilation, Perversion, Trauma, Subjectivisation, Trans-subjective (link), (Perverse) play.
Die Frage der Veranlassung zum Sadismus wird in diesem Artikel in zwei Etapen behandelt.
Wir betrachten sie aus dem Gesichtspunkt dessen, was den Einsatz der sadistischen Triebe auf der individuellen Ebene hervorruft. Wir unterscheiden die Konfliktualität des Neurotikers von der Organisation einer “ sadistischen Lösung ”, welche die “ Dämme der Verdrängung ” überbordet. Die Genese dieser Organisation erscheint als ein Riss im Subjektivierungsprozess.
Wir konstatieren jedoch ständig, dass die, welche am meisten in Richtung einer perversen Organisation orientiert sind, andere zu sadistischem Agieren bringen können, in kleinen Gruppen oder im Feld des Kollektiven.
Was sind dann die Bedingungen und die Mechanismen, welche die ans Überich gebundenen Hemmungen aufheben, bis eine “ sadistische Lösung ” sich im Feld des Kollektiven aufzwingt ?
Könnte sich in diesem Fall die soziale Bindung auf dem gemeinsamen Genuss des Hasses und seiner Ausübung aufbauen ?Schlagwörter : Sadismus, Lösung (sadistische), Masochismus, Gesetz, Realität, Vernichtung, Perversion, Trauma, Subektivierung, Trans-subjektiv (Bindung), Spiel (perverses).
El tema de la incitación al sadismo es analizada en el artículo en dos tiempos.
La cotejamos desde la perspectiva de lo que suscita la activación de pulsiones sá dicas en un plano individual. Diferenciamos la conflictualidad del neurótico de la organización de una “ solución sá dica ” que desborda los diques de represión. La génesis de estas organizaciones es planteada en términos de fracturas en el proceso de subjetivación.
No obstante, no dejamos de constatar que los má s proclives a un funcionamiento perverso pueden lograr inducir a otros a actuaciones sá dicas tanto a nivel de pequeños grupos como a nivel colectivo.
¿ Cuá les son entonces las condiciones y los mecanismos que propician el despeje de las inhibiciones relacionadas con el superyo, hasta el hecho de que una solución sá dica llega a imponerse sobre un plan colectivo ?
¿ En este caso acaso el vínculo social se reestructura en el placer común del odio y su ejercicio ?Palabras claves : Sadismo, Solución (sá dica), Masoquismo, Ley, Realidad, Aniquilamiento, Perversión, Traumatismo, Subjetivación, Transubjetivo (lazo), Juego (perverso).
Riassunto — In questo articolo, la questione dell’istigazione al sadismo viene trattata in due tempi. L’affronteremo dall’angolo di cio’che suscita sul piano individuale la messa in gioco di pulsioni sadiche. Distingueremo la conflittualià del nevrotico dall’organizzazione d’una “ soluzione sadica ” che straripa le dighe della rimozione. La genesi di queste organizzazioni si pone in termini di rottura nel processo di soggettivazione. Non smetteremo pero’di constatare che quelli che sono più orientati verso un funzionamento perverso possono riuscire ad indurre altri ad agiti sadici, a livello di piccoli gruppi come sul piano collettivo. Quali sono allora le condizioni ed i meccanismi che arrivano a togliere le inibizioni legate al superio, a tal punto che una “ soluzione sadica ” arriva ad imporsi sul piano collettivo ? In tal caso, il legame sociale si richiuderebbe sul piacere ottenuto in comune con l’odio ed il suo uso ?Parole chiave : Sadismo, Soluzione (sadica), Masochismo, Legge, Realtà, Annientamento, Perversione, Trauma, Soggettivazione, Tran-soggettivo (legame), Gioco (perverso).
Je verserai dans l’oreille de celui-ci la pensée pestilentielle.
Iago.
L’effort des civilisations est justement d’effacer ce besoin sauvage de se jeter sur son semblable, quand il n’est pas tout à fait semblable.
Émile Zola, Le Figaro, 16 mai 1896.
Dans les groupes restreints, comme à l’échelle des peuples, ceux qui sont le plus orientés vers un fonctionnement pervers réussissent périodiquement à susciter des agirs sadiques.
Si la structure psychique des suiveurs ne relève pas, a priori, de la perversion, nous allons chercher quelle est la nature de la collusion inconsciente qui s’établit entre l’inducteur et ceux qu’il manipule.
Quels sont alors les mécanismes venant lever les inhibitions liées au surmoi, au point qu’une « solution sadique » puisse venir s’imposer sur un plan collectif, avec les conséquences les plus délétères ?
Dans ce cas, le lien social en viendrait-il à se reformer sur le plaisir pris en commun à la haine et à son exercice ?
 
FABRIQUER ET UTILISER LA DÉTRESSE
 
 
Fin connaisseur des perversités humaines, Shakespeare nous a livré dans le couplage Iago-Othello, une sorte de modèle du processus d’induction du sadisme.
D’entrée de jeu, Shakespeare [1] nous montre la blessure de Iago. Othello a donné à Cassio le poste de lieutenant qu’il convoitait ; Iago pense qu’il vaut cette fonction et ne se sent plus reconnu par le général prestigieux qu’il va entraîner vers l’abîme.
Notons que, par associations d’idées, Iago en vient à penser à ces serviteurs qui s’échinent leur vie durant à satisfaire le maître, mais « se font-ils vieux, on les chasse » (Shakespeare, p. 24). Au-delà de la blessure narcissique évidente, liée au choix par Othello du rival, se profile une figuration de la détresse originaire [2], du désaide qui génère l’angoisse de néantisation. La perversité de Iago se conçoit en une fuite de cette angoisse, qu’il ne pourra contrôler et rejeter qu’en s’efforçant de tirer toutes les ficelles des autres personnages.
Ce qui s’apparente à un cercle vicieux apparaît bien à plusieurs reprises dans la pièce. Luttant contre l’angoisse de néantisation, la logique perverse s’emploie à réduire l’autre à n’être qu’un objet partiel dont on se sert pour assouvir son désir ; consommé il est jetable [3]. Le problème tient au fait que le sadique ne peut qu’imaginer devoir connaître le même triste sort, ce qui renforce son angoisse, à moins de se placer sans cesse en position de « domination », de manipulation d’objets partiels...
Othello, le maître, est celui dont il faut posséder les clés, pour se venger de l’objet. Si l’on suit les propositions de Stoller [4], le sadisme apparaît comme paradigmatique des perversions. L’hostilité présente dans la perversion prend ainsi la forme d’un « fantasme de vengeance masqué dans les actes qui constituent la perversion et sont destinés à transformer le traumatisme infantile en triomphe adulte » (Stoller, p. 18).
Iago s’efforcera de s’emparer de la psyché d’Othello en lui révélant la passion d’une haine qu’il ignore, actualisant ce qui n’était qu’une virtualité d’ambivalence à l’égard de sa bien-aimée.
À ce farouche général, pourtant si tendrement amoureux de Desdémone, il va instiller le poison de la haine de l’objet d’amour, de la jouissance à le ha ïr et le détruire, s’il n’est pas possédé comme sa chose. La problématique de Iago concernant son objet se trouve ainsi externalisée.
Iago joue sur la confiance qu’il a su gagner auprès d’Othello ; ce dernier ne cesse de répéter à quel point il croit en sa parfaite honnêteté et sa loyauté sans failles. Il séduit ses victimes successives, les autres personnages de la pièce manipulés tour à tour, au nom de la réalisation d’un désir qu’il révèle ou encourage, même si le sujet l’ignore.
La stratégie de l’incitation au sadisme passe par la fabrication et l’amplification de l’angoisse du récepteur, ici sous la forme d’une angoisse de perte d’objet imaginaire, qu’il s’agit pour Iago de faire prendre par Othello comme naufrage de son être. Les insinuations de Iago sur l’infidélité de Desdémone vont en effet déstabiliser tout le système narcissique phallique du guerrier prestigieux ; pris par le doute, celui-ci se demandera si la trahison de sa femme n’est pas due au fait qu’il est noir, qu’il ne sait pas parler ou qu’il est peut-être trop vieux... Ces angoisses concernant son image, sa capacité d’être aimé, le renvoient d’ailleurs rapidement à une « destinée inévitable comme la mort » (Shakespeare, p. 76). La passion d’Othello est à la mesure de sa détresse : Desdemone est perçue par lui comme « Le lieu choisi dont j’avais fait le grenier de mon cœur, et d’où je dois tirer la vie, sous peine de la perdre ! La fontaine d’où ma source doit couler pour ne pas se tarir ! »
En perdant cette source, Othello se sent mourir psychiquement. Dans la logique qui s’est emparée de lui, il n’a plus d’autre choix que d’en être dépossédé ou la garder « comme une citerne où des crapauds hideux s’accouplent et pullulent ! » (Shakespeare, p. 100). La manœuvre perverse de Iago trouve sa prise d’avoir fait émerger ce type d’angoisse archa ïque : perte de l’objet-source générant l’angoisse de néantisation, émergence de parents combinés monstrueux, cauchemardesques, insoutenables persécuteurs chargés de toute l’analité.
Toute l’histoire tourne autour de la preuve, de l’élément de réalité nécessaire pour faire basculer le doute dans l’assouvissement du désir de tuer. Roi du faux-semblant, Iago joue de toutes les ambigu ïtés pour transformer le mensonge en vérité, donnant à l’illusion son cachet de réalité.
À travers tout un montage, le fameux mouchoir brodé de fraises, perdu par Desdémone et récupéré par Iago, sera présenté par celui-ci comme la preuve irréfutable de l’adultère, puisqu’il serait maintenant en la possession de Cassio.
Iago sait trouver les images qui vont faire monter violence et sadisme chez Othello. Ainsi, il lui agite la représentation de Cassio s’essuyant la barbe avec ce mouchoir avant d’en faire cadeau à une prostituée de ses amies.
Ce mouchoir a une histoire ; objet magique, il avait valeur de fétiche par ses pouvoirs surnaturels, supposés garder le désir du père à la mère [5]. Il avait été donné par sa mère à Othello, à sa mort, scellant la collusion entre le fils et sa mère, partageant le rêve de contrôler le désir de l’autre. La mort de la mère n’était-elle pas déjà déniée par cette co ïncidence entre sa fin et la transmission du mouchoir antiperte d’objet d’amour ?
En faisant cadeau de ce mouchoir à sa femme, Othello avait donc hérité de cette fétichisation de la relation, de cette assurance tous risques concernant le désir de l’objet.
S’attaquant au lien amoureux entre Othello et Desdémone, générant son désêtre, Iago pulvérise tout ce qui dans le surmoi d’Othello pourrait lui interdire de tuer sa femme. Il attaque là où il sent intuitivement que le mouchoir maternel fétichisé tient toute l’économie identificatoire d’Othello. Son sadisme flambera donc au moment où Iago fait exploser le système de croyance transgénérationnel qui lie la mère et le fils dans la communauté du déni magique de la perte de l’objet. Cette bascule met quasiment le manipulateur en position d’hypnotiseur, tant Iago se retrouve dans la position d’un maître en savoir concernant le désir, au moment où Othello voit le fétiche lui échapper.
Ce serait une erreur de méconnaître la dimension du sadisme dans la passion [6] de la cruauté qui va saisir Othello, de manquer ici son intrication à la jalousie, le goût du sang qui le saisit.
Le sadisme induit passe au préalable par une déshumanisation de sa victime : « Son nom, qui était pur comme le visage de Diana, est maintenant terni et noir comme ma face !... S’il est encore des cordes ou des couteaux, des poisons ou du feu ou des flots suffocants, je n’endurerai pas cela (Shakespeare, p. 79). Une fois le changement effectué sur le visage de l’objet, la montée des représentations liées aux diverses pulsions sadiques peut se déployer dans toute sa violence et Othello ne cessera plus de rêver dans ses moments d’exaltation d’une orgie de sang et de tortures (Shakespeare, p. 81).
Nous retrouvons chez Othello le renversement qu’opère le sadisme, le passage de l’effondrement narcissique à un triomphe sur l’objet. Sa jouissance est dans le pouvoir de faire souffrir et tuer sa femme, restaurant l’omnipotence en lieu et place de l’effondrement. La cruauté d’Othello culminera dans la scène du meurtre de Desdémone, lorsqu’il jubile de rester insensible aux supplications de sa victime, lui demandant de l’épargner ou au moins de lui donner un peu de temps.
La détresse liée à un sentiment de néantisation aura donc circulé dans la pièce, passant de Iago à Othello pour se retrouver finalement dans l’atroce montée de l’angoisse chez la victime confrontée à sa mort.
Lors de son châtiment, Iago n’échappera pas à ce cercle qui se referme sur lui : il lui sera réservé un châtiment « pire que la mort », un supplice lui infligeant une douleur assez prolongée pour lui faire vivre pleinement dans le temps l’idée même de la mort.
 
LA SOLUTION SADIQUE ET LE COLLECTIF
 
 
Si la pièce de Shakespeare met au jour les mécanismes de l’incitation au sadisme dans le cercle restreint d’un petit groupe [7], l’Histoire ne cesse de répéter l’émergence de meneurs réussissant à diffuser dans de vastes ensembles groupaux une « solution sadique » en réponse à une problématique identificatoire.
Le XXe siècle a été de manière caricaturale exposé au déchaînement du sadisme de masse, alors que la civilisation en ce début de millénaire semble toujours peiner à s’opposer à la séduction perverse des inducteurs [8].
Meneurs extrémistes, chefs terroristes, réussissent à diffuser leur vengeance personnelle contre l’objet à l’échelle du collectif, se présentant comme dévoués corps et âme au bien de ceux qu’ils prétendent restaurer dans leur plénitude.
Le discours du meneur saura mettre l’accent sur les blessures, les détresses, les humiliations renvoyant chacun à sa propre néantisation et à des sentiments d’envie d’autant plus exacerbés.
Un élément de réalité intervient souvent, les causes tournant autour d’une crise identitaire : perte des idéaux, effondrement d’un système de valeurs, augmentation de l’exclusion, humiliations d’un peuple vaincu...
L’élément de réalité, pour être souvent présent comme terreau, ne peut faire oublier la manipulation du sens opérée par le meneur pervers, et tout le processus de fabrication qui lui permet de mener à bien sa mystification. Il saura si bien jouer sur des phénomènes identificatoires, que même ceux qui ne sont pas directement concernés par la détresse d’un groupe se rallieront à son offre de jouissance du partage de la haine et de la levée du refoulement des pulsions sadiques.
Jouant d’une insécurité, faisant miroiter à tous les affres de la détresse originaire, de la décomposition et du néant, le meneur saura tétaniser ses suiveurs. Sentant remonter en eux des angoisses archa ïques, ceux-ci seront réceptifs à l’apologie de la solution sadique. Si le sadisme était plus ou moins refoulé et contenu auparavant, l’inducteur est celui qui sait le promouvoir en valeur nécessaire au Bien du groupe, tel un élément « naturel » qu’il faut maintenant utiliser sans retenue.
Il sera couplé à des promesses évoquant le retour à l’omnipotence, à des lendemains radieux supposés advenir du déchaînement de la barbarie. L’après-sadisme comme retour à la réalisation hallucinatoire du désir.
Tels sont bien les ingrédients de la solution sadique. L’art du meneur consiste à mettre en scène les angoisses du groupe, suscitant le lien à des angoisses de néantisation pour diffuser au plus grand nombre sa vengeance contre l’objet.
Dès lors il lui restera à en figurer la cause, à désigner l’objet de haine, promettant la jouissance d’une revanche, l’ivresse d’infliger souffrances, viols et massacres censés procurer une plénitude omnipotente, éponger les traumatismes anciens.
Désigner au groupe ses victimes correspond à la nécessité pour l’inducteur de jouir de faire expier à travers eux sa propre cassure, telle qu’il a pu l’expérimenter dans ses relations précoces. L’annihilation trop souvent ressentie, la transitionnalité rompue à peine instaurée la confiance en un lien, tout cela sera renversé, infligé au souffre-douleur.
La souffrance infligée par le sadique lui permet de prendre la mesure de ce retournement, d’où le plaisir qui en résulte sur un plan narcissique, pouvant être la condition de l’excitation sexuelle [9].
L’incitateur n’a pas besoin de torturer lui-même : ce que feront ses suiveurs lui tient largement lieu de preuve d’une revanche impitoyable sur l’objet. Il s’agit pour lui de profiter des circonstances pour faire partager au plus grand nombre son effort pour détruire chez l’autre quelque chose de sa fonction sujet, liquider ce qu’elle signifie comme altérité incontournable.
La solution sadique ne peut qu’être répétitive, aucun acte pervers ne pouvant jamais clore le problème d’une rencontre du manque, vécue comme menace d’annihilation ; chaque triomphe ne peut être que passager.
 
LA LOI INHUMAINE
 
 
Ceux qui souhaitent pousser le sadisme à son extrême peuvent tenter d’échapper à la criminalisation de leurs conduites par la propagation d’idées porteuses de massacres ultérieurs.
Passer d’actes individuels pervers à l’incitation au sadisme collectif, permet aux inducteurs d’assouvir la haine qui les anime, à condition de s’emparer de la place de l’Idéal du Moi, comme l’avait montré Freud [10] à propos du meneur des masses. Cette prise leur permet de pervertir le surmoi collectif, à condition que la solution sadique puisse apparaître aussi incontournable que « morale ».
Le combat autour de la nature de la Loi [11] devant organiser le groupe sera donc un enjeu décisif.
L’instauration d’identifications par la communauté du sadisme passe par une subversion du rapport à la Loi. Promouvoir une Loi aussi inhumaine qu’irréfutable, sera un des enjeux de cette induction du sadisme à l’échelle du collectif.
Comment le sadisme peut-il réussir à polariser le rapport à la Loi, à se présenter de manière convaincante sous le masque du Bien ?
Sade nous donne déjà des indications dans son célèbre texte intitulé « Français encore un effort si vous voulez être républicains » [12] (Sade, p. 191). S’il témoigne d’un désir de nous convaincre, son discours ne vise pas la prise de pouvoir politique, et peut donc se permettre d’éviter certains faux-semblants. Ce discours, pour se poser sur un plan politique, est cependant fondamentalement celui d’un écrivain, cet éternel embastillé jouissant de sa liberté d’inscrire ses scénarios. Il n’en reste pas moins, dans son étrange mélange de na ïveté et de cruauté, paradigmatique d’autres discours, tout aussi pervers, mais avançant plus masqués dans leur visée de propagande idéaliste.
Après tout, Sade n’avait nul besoin de dénier son sadisme.
Dans le contexte de la révolution, il se veut à l’avant-garde, extrémiste de la Liberté, la menant à ses conséquences les plus paradoxales, cherchant ainsi à accorder la Loi à sa conviction de l’absence de fondement des limites.
Sa revendication est claire : celle du droit de jouir du corps de l’autre, sans retenue aucune, simplement parce que le sujet en a envie. Il s’agit de faire de son désir une Loi opposable à toute autre considération, à toute prise en compte de la limite constituée par le désir de l’autre.
Il propose que « tous les sexes, tous les âges, toutes les créatures » soient offerts aux caprices des libertins qui viendront jouir. La plus entière subordination sera la règle, le plus léger refus étant puni aussitôt arbitrairement par celui qui l’aura éprouvé (Sade, p. 227).
Réalisant ainsi le rêve de l’infantile, le désir se trouverait donc faire force de loi, fondant règles et sanctions. Une telle conception affirme, en toute cohérence avec ses présupposés, la légitimité du meurtre et du viol.
Sade ne manquera pas l’occasion de nous donner au passage son avis sur l’inceste : « L’inceste est-il plus dangereux ? Non, sans doute ; il étend les liens des familles... Il nous est dicté par les premières lois de la nature. » Sa conclusion finale, énoncée avec le franc-parler qui le caractérise sera que l’inceste devrait être la loi : « La loi de tout gouvernement dont la fraternité fait la base » (Sade, p. 241).
L’imago maternelle est en ligne de mire de cet appel à une nouvelle législation. Pour Sade, il s’agit avant tout de jouissance et non de propriété : « Je n’ai nul droit à la propriété de cette fontaine que je rencontre dans mon chemin, mais j’ai des droits certains à sa jouissance ; j’ai le droit de profiter de l’eau limpide qu’elle offre à ma soif » (Sade, p. 232).
Sade cherche à trouver écho dans le désir qu’aurait son lecteur de jouir sans entraves, et donc de vouloir détruire chez la mère son altérité, signifiée par le fait qu’elle est un être de désir et non un objet partiel.
Il se tient aussi dans sa logique de tout refus d’un lien préexistant, qui permettrait à une femme de se refuser à qui la désire. Balayant ainsi le lien entre les parents, s’opposant à la jouissance incestueuse, Sade se débarrasse dans le même mouvement de tout lien amoureux, de tout attachement, ne serait-ce que celui qui serait révélé par un désir de possession.
Ce point peut d’ailleurs nous permettre de discuter les relations du sadisme et de l’emprise. D’un côté sadisme et emprise s’intriquent, tant il s’agit d’empêcher l’autre d’avoir son propre désir. De l’autre le sadisme se différencie de l’emprise, dès que s’introduit la variable du temps : l’objet est tellement contingent, inconsistant, qu’il ne vaut même pas la peine d’être contrôlé sinon dans l’instant du désir d’en jouir.
Le déni de l’importance vitale du sein-fontaine, la lutte contre la terrible angoisse de néantisation [13] liée à des pertes répétées de la continuité de soi, trouvent ici à se réaliser dans le fantasme niant tout désir de posséder l’objet pour soi tout seul. La Loi sadique s’oppose au désir de la mère comme à la temporalité : la légalité qu’elle vise à instaurer serait de contraindre l’objet à se soumettre instantanément à tout désir de jouissance manifesté par le sujet.
La Loi de la nature, sera invoquée de manière lancinante chez Sade, comme fondement et justification de sa revendication. Cette loi de la nature pointe en creux le rejet, la faillite d’un repérage symbolique, lié à la culture humaine qui différencie et reconnaît la place de l’un par rapport à l’autre en fonction d’un tiers.
Quel tiers paternel ? Chez Sade il est situé du côté de l’inceste et de la sodomie, niant lui-même la différence des sexes et des générations. Avec lui peuvent s’établir toutes sortes de collusions, d’alliances, pour torturer ou tuer une mère rendue responsable du trou d’être qui mine le processus de subjectivation.
L’image du père étant disqualifiée, l’autorité reste assimilée à une violence maternelle ravageuse, à son pouvoir menaçant de se servir de l’autre ou de le réduire au néant, à sa guise. Aucune autorité parentale ne pourra être fondée pour assigner une limite à la jouissance, aux droits de se servir du corps de l’autre jusqu’au meurtre. C’est la loi du plus fort qui l’emportera, en l’absence d’intériorisation d’un rapport à la loi liant l’interdit et les limites à un pacte permettant à chacun de se sentir reconnu dans une place, en relation à une succession de générations.
Hitler, dont la détresse n’a sans doute rien à envier à celle de Sade, ne cessera de se poser lui aussi en référence aux supposées « lois de la nature », voire à la volonté de celle-ci. Hitler évoquera ces « lois éternelles de la vie sur Terre » posant la lutte pour l’existence, pour l’espace de vie, en un combat incessant ; ces « lois de la nature » veulent aussi que les forts écrasent les faibles, dans la « ruée finale vers la vie » qui est une lutte pour l’hégémonie.
La démocratie et la conception pacifique du monde sont posées en sens contraire de ces lois naturelles : « L’humanité a grandi dans une lutte perpétuelle, la paix éternelle la conduirait au tombeau. »
L’effondrement de l’Allemagne permet à Hitler de figurer sa catastrophe originaire, la situant dans l’Histoire, faute de pouvoir la lier à son histoire.
Elle est explicitement décrite dans les termes de la chute d’un corps, s’écrasant des hauteurs atteintes [14]. Hitler se présente comme un médecin, venant soigner une maladie, et proposant pour cela non seulement un diagnostic mais surtout une cause, avec la figure du juif persécuteur-à-persécuter.
La crise de l’Allemagne était bien réelle et ses propos résonnaient dans la détresse collective. Hitler promettait sous le couvert des lois de la nature, le retour de l’omnipotence narcissique, inscrivant à son programme le triomphe sadique menant à une jouissance illimitée du corps maternel liée à la conquête du monde, à l’asservissement ou l’anéantissement de l’autre.
Le meneur occupe bien ici la place de l’Idéal du moi, cette position lui permettant par un tour de passe-passe, de faire disparaître ce qui dans le surmoi collectif pourrait s’opposer à la montée du sadisme comme lien identificatoire.
Loi divine, Lois de la nature, Lois « scientifiques » de l’Histoire... serviront les mêmes fins, en fonction de variantes culturelles. Le but restera le même, convaincre de vastes ensembles humains de l’équivalence du sadisme au Bien, tout en se parant de l’autorité absolue d’une Loi aussi irréfutable qu’omnipotente, éclipsant son sens de création humaine conçue pour vivre avec l’autre.
 
LE COMBAT SUR LE FRONT DE LA RÉALITÉ
 
 
La « solution sadique » passe aussi par l’effort pour retrouver un ordre du monde. Elle doit donner sens à la catastrophe, permettant ainsi au sujet de sortir du chaos, tout en échappant à la solitude du délirant.
Au bord du délire, prête à tous les trucages, l’incitation au sadisme combat pour imposer sa « Réalité » en partage.
Ainsi le discours de Sade se veut hyper réaliste, s’efforçant de nous révéler une sorte de réalité de la réalité, de nous ouvrir les yeux pour nous montrer à quel point son univers est le nôtre.
N’aurions-nous pas tort de croire en des valeurs et des sentiments qui ne sont que des leurres, le fruit d’une fausse éducation des parents, ou du social ? Aucun crédit ne peut leur être accordé : s’ils veulent donner des limites à leurs enfants, ce ne peut être que pour mieux les contrôler et en abuser.
Il dénonce l’illusion des sentiments, du lien d’amour, non seulement entre les parents mais aussi entre parents et enfants. Là aussi la nature est invoquée, tandis que la culture est dénoncée comme factice. Sade nous montre des pays où les parents tuent leurs enfants, d’autres où ceux-ci égorgent leurs géniteurs. Seule la haine réciproque échappe à l’accusation de n’être que pseudo-sentiments. Elle reste sans doute la seule forme de lien qui soit apparue à Sade, dans son histoire, comme vraie, réelle. Le pire ne serait-il pas de croire au lien d’amour, pour découvrir à nouveau qu’il n’est qu’un leurre ?
Comme le fait remarquer P. Klossowski [15], « La notion de la Nature destructrice de ses créatures procède directement du conflit initial qui détermina le psychisme de Sade ».
Le moment traumatique où l’enfant se sent trahi par sa mère doit être transformé. Motif de souffrance, il doit advenir comme Loi de la nature, ordre universel dans lequel s’intègre la souffrance comme nécessité. L’échec de l’humanisation liée aux premières relations se trouve ainsi normalisé, absorbé par la loi générale d’une nature qui n’aime pas ses créatures, ces parents qui tuent leurs enfants rendus insensibles et meurtriers à leur tour.
Mein Kampf, cet ouvrage où Hitler dévoile dès 1923 ses visées, ne manque pas de prendre une tournure franchement parano ïde. Ainsi, le « principe destructif » attribué aux juifs s’oppose dans un clivage au « principe constructif » des peuples aryens. Le peuple allemand y est assimilé au corps propre et la projection s’effectue sur un mode hypocondriaque délirant : « Le juif est l’élément étranger introduit dans le corps du peuple... l’hydre... la sangsue qui se fixe sur lui... C’est la maladie du peuple allemand... la peste morale qui l’infecte... le poison... les ferments de décomposition. »
Le persécuteur est ici d’autant plus dangereux qu’il est interne, intégré au corps social allemand. Sa volonté d’anéantissement des juifs sera obsédante, dès lors qu’il croit avoir trouvé en eux les responsables de sa néantisation interne, dont nous avons vu à quel point elle tente d’être résolue par l’agir sadique.
Tout l’effort de propagande d’Hitler consiste d’abord à éclairer les Allemands sur les « vraies causes » de l’effondrement de leur pays, afin de proposer l’issue vers le sadisme le plus débridé comme solution pour l’ensemble de son peuple.
Médecin miracle, il vise une adhésion immédiate de la foule dont il perçoit le goût pour l’irrationnel, la suspension des critères habituels de l’épreuve de réalité. Le sens qu’il donne à la catastrophe doit s’imposer, être aussi peu contestable que les lois de la nature : c’est la réalité d’une « lutte des races » pour la vie, que tout élément sain de la population se doit d’ériger en vision du monde.
 
LE MASOCHISME NÉCESSAIRE DES SUIVEURS
 
 
Happés par les promesses de jouissance et de renversement de la détresse en triomphe, les suiveurs auront cependant à donner rapidement des gages de leur masochisme.
Hitler avait du mal à cacher son mépris pour les masses qu’il vise à subjuguer et plonger dans un état de croyance irrationnelle. S’il cherche à les faire jouir par ses discours de domination, il leur demande en échange de renoncer à leur Moi autant qu’à leur capacité de penser. C’est en s’incorporant à un ensemble identifié au führer que chacun pourra accéder à cette orgie de puissance et de destruction omnipotente.
La participation au sadisme collectif suppose une désubjectivation. L’avènement d’un narcissisme omnipotent sera projeté au niveau du corps groupal, impliquant l’exigence du sacrifice de soi sur le plan individuel.
Un autre degré de masochisme sera exigé des kamikazes. Dans ce cas les meneurs suscitent le sacrifice de bombes humaines, incitées à perdre autant leur peur de mourir que toute retenue à tuer.
Nous ne méconnaîtrons pas les sentiments diffus de catastrophe identificatoire qui affleurent chez ceux qui sont collectivement pris dans la menace réelle ou imaginaire d’un effondrement de leur système d’appartenance, dans le contexte facilitant de traditions nationales (samura ï, hara-kiri au Japon) ou religieuses (martyrs de l’Islam).
Notons qu’en jouant sur le registre des identifications, les incitateurs pourront recruter bien au-delà de ceux qui sont directement touchés par un déni de reconnaissance.
On pourrait ne voir dans les attentats suicides que des considérations purement factuelles, permettant par exemple de faire des victimes dans les rangs d’un adversaire disposant d’une supériorité militaire, ou de perpétrer des attentats dans un pays particulièrement attentif à leur prévention. De telles considérations, autant que les motivations proprement politiques ne s’opposent pas à la recherche, sur un autre plan, des résonances inconscientes d’actes parfois montés en scénographie d’une super-production de mort.
Ces attentats nous confrontent en effet à une coalescence inou ïe du masochisme de mort et du sadisme : la scène est celle de l’omnipotence du négatif.
Les commanditaires devront par leur discours aller chercher et amplifier le trou d’être d’exécutants incités à mourir, préparés à une mise en équation de leur corps et des explosifs qui le bandent. Ne sont-ils pas incités à fantasmer avec jouissance leur propre explosion, tant elle doit simultanément provoquer le morcellement dévastateur de l’Autre, cet ennemi voué à l’enfer de souffrances infinies ?
Faire de son corps une bombe suppose une dédifférenciation, le corps propre étant pris pour les fèces attaquant sadiquement l’objet. Dans cette quête d’une violence originaire, soi et l’autre sont ici conjoints, sadisme et masochisme fusionnent, tant sa propre fragmentation est le morcellement du mauvais objet.
Au-delà de la difficulté d’y parer, cette forme d’attentats a pour effet de produire un effet de sidération, un surplus de terreur liée aux résonances en chacun de l’omnipotence archa ïque de cette autoanéantissement capable de détruire simultanément les objets de haine, devenus indifférenciés dans l’éclatement en instantané de toute temporalité.
Toute incitation aux solutions sadiques s’articule volontiers à la promesse d’une complétude, d’un au-delà du sadisme. Pour les terroristes croyants, l’accès à la vie éternelle sera ouvert au martyr, le sacrifice de son corps propre joint à la destruction de l’autre ha ï devant lui permettre d’accéder au paradis du retour à la réalisation hallucinatoire du désir.
À propos de certaines situations évoquées ici, il aurait sans doute été possible de parler de haine, de jalousie, de violence, d’agressivité...
Si tous ces termes ont leur pertinence, ils tendent à reléguer au second plan la question de la jouissance propre au sadisme, le situant dans la dimension d’un authentique concept psychanalytique.
N’avons-nous pas entrevu dans ce parcours, comment cette prime de plaisir peut toujours être repérée, alors que nous côtoyons le pire ?
Sans elle, il n’y aurait sans doute pas d’incitation au sadisme qui vaille.
 
NOTES
 
[1] W. Shakespeare, Othello, Paris, GF.
[2] « Hilflosigkeit » pour citer le terme original de Freud dans Inhibition, Symptôme et Angoisse (1926).
[3] Cf., par exemple, le propos tenu par la femme de Iago, « Emilia. Ce n’est pas un an ou deux qui font connaître les hommes. Ils ne sont tous que des estomacs pour qui nous ne sommes toutes que des aliments : ils nous mangent comme des affamés et dès qu’il sont pleins, ils nous renvoient... » (Shakespeare, p. 85).
[4] R. Stoller, La perversion, forme érotique de la haine, Payot, 1978.
[5] « Othello. Ce mouchoir, une Égyptienne le donna à ma mère... C’était une charmeresse qui pouvait presque lire les pensées des gens : et lui dit que, tant qu’elle le garderait, elle aurait le don de plaire et de soumettre entièrement mon père à ses amours ; mais que, si elle le perdait ou en faisait présent, mon père ne la regarderait plus qu’avec dégoût et mettrait son cœur en chasse de fantaisies nouvelles. Ma mère me le remit en mourant et me recommanda, quand la destinée m’unirait à une femme, de le lui donner » (Shakespeare, p. 84).
[6] En faire simplement de la violence liée à la jalousie, méconnaîtrait le mélange de jouissance et de haine fort bien décrit par Shakespeare dans la pièce.
[7] Tous les personnages sont manipulés par Iago.
[8] « Iago. — Quand les démons veulent produire les forfaits les plus noirs, il les présentent d’abord sous des dehors célestes. »
[9] La solution sadique dépasse largement le champ de la perversion sexuelle, tout en l’incluant.
[10] S. Freud, Psychologie des masses et analyse du Moi, 1921, trad. franç., Œuvres complètes, XVI, p. 54, Paris, PUF.
[11] Toute communauté humaine fonde habituellement sa structure aussi bien sur l’interdit de l’inceste, que sur les limites apportées au libre cours du sadisme.
[12] Sade, La philosophie dans le boudoir, Paris, « 10/18 » .
[13] Le gouffre ou le vide sous-jacents au sadisme, pourraient être explicités comme un « fond sans fond, et sans visage prêt à nous dévorer et à nous recracher, définitivement démembrés » (E. Bénier-Bürckel, Un prof bien sous tout rapport, Paris, Petrelle, 2000. Ouvrage qui a reçu le prix Sade 2001).
[14] Hitler, Mein Kampf, chap. X, « Les causes d’un effondrement ».
[15] P. Klossowski, RFP, 1933, VI, repris dans RFP, 1987, t. LI, p. 287.
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« Othello. Ce mouchoir, une Égyptienne le donna à ma mère....
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Sade, La philosophie dans le boudoir, Paris, « 10/18 » . Suite de la note...
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