Revue française de psychanalyse
P.U.F.

I.S.B.N.2130526519
376 pages

p. 1247 à 1267
doi: 10.3917/rfp.664.1247

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À partir des états limites

Volume 66 2002/4

2002 Revue française de psychanalyse À partir des états limites

Les avatars de l’analité chez les patients limites et la problématique de la cure

Bérengère de Senarclens 95, route de Florissant
Ma pratique avec les patients limites et la spécificité de leurs quêtes m’amènent à me pencher sur certains aléas de l’analité et ce qu’ils semblent entraîner. Je souhaite retravailler l’hypothèse qui fait de cette période anale et de son élaboration un moment crucial pour l’évolution de la personnalité. Je me centrerai sur ce temps de subjectivation en envisageant les difficultés spécifiques qui peuvent le mettre en échec. En effet, les divers processus qui s’y mettent en jeu peuvent être freinés, rester dysfonctionnels ou générer des troubles de la fonction symbolique, de la fonction tierce au sens large. Je voudrais mettre en évidence les liens qui existent entre ces processus et certaines caractéristiques de la pathologie limite et examiner dans quelle mesure cela infléchit notre technique avec ce type de patients.Mots-clés : Analité, Patients limites, Technique. My experience of borderline patients and the specificity of their quests have led me to consider certain factors of anality and what they seem to entail. I wish to work further on the hypothesis that considers this anal period and its elaboration a crucial moment in the development of personality. I shall focus on this moment of subjectivisation and consider the specific difficulties that can cause it to fail. Indeed, the different processes that are set going can be checked, remain dysfunctional or generate problems in symbolic functioning, third party functioning in a wide sense. I would like to highlight the links that exist between these processes and certain characteristics of borderline pathology and examine in what measure this determines our technique with this type of patient.Keywords : Anality, Borderline patients, Technique. Meine Praxis mit den Grenzfällen und die Spezifizität ihrer Erwartungen bringen mich dazu, mich für gewisse Zwischenfälle der Analität zu interessieren und auch wozu sie führen. Ich möchte die Hypothese wieder aufnehmen, welche diese anale Periode und seine Ausarbeitung als einen zentralen Punkt für die Entwicklung der Persönlichkeit hält. Ich werde mich auf die Periode der Subjektivation konzentrieren, indem ich die spezifischen Schwierigkeiten angehe, welche zum Misserfolg führen können. Die verschiedenen Prozesse, welche im Spiel sind, können gehemmt werden, dysfunktionieren oder Störungen der symbolischen Funktion hervorrufen, der Drittfunktion im weiten Sinn. Ich möchte die Bindungen, welche zwischen diesen Prozessen existieren, hervorheben, sowie auch gewisse Eigenschaften der Grenzpathologie und untersuchen, inwiefern dies unsere Technik mit diesen Patienten beeinflusst.Schlagwörter : Analität, Grenzfälle, Technik. Mi prá ctica con pacientes límites y lo específico de su búsqueda me conduce a concentrarme en ciertos vaivenes de la analidad y lo que parecen conllevar. Deseo retrabajar la hipótesis que hace de la étapa anal y de su elaboración un momente crucial para con la evolución de la personalidad. Voy a centrarme en el tiempo de subjetivación considerando las dificultades específicas que pueden hacerla fracasar.
Efectivamente, los diferentes procesos que entran en juego pueden ser frenados, permanecer disfuncionales o generar trastornos en la función simbólica, en amplio sentido. Quisiera poner en evidencia los lazos que existen entre estos procesos y otros característicos de la patología límite y examinar en que medida modifica nuestra técnica con dichos pacientes.Palabras claves : Analidad, Pacientes límites, Técnica.
Riassunto — La mia pratica con i pazienti limite e la specificità delle loro inclinazioni mi portano ad occuparmi di alcuni rischi dell’analità e su quanto sembrano comportare. Vorrei lavorare di nuono l’ipotesi che fa di questo periodo anale e delle sue elaborazioni, un momento cruciale nell’evoluzione della personalità. Mi centrero’su questo tempo della soggettivazione considerando le specifiche difficoltà che possono farlo fallire. In effetti, i diversi processi che vi si attivano possono essere frenati, restare disfunzionali o generare dei disturbi della funzione simbolica, della formazione del terzo in senso largo. Vorrei mettere in evedenza i legami che esistono tra questi processi e certe caratteristiche della patologia limite ed esaminare in quale misura questo influenza la nostra tecnica nella cura di questi pazienti.Parole chiave : Analità, Pazienti limite, Tecnica.
 
INTRODUCTION
 
 
Ma pratique quotidienne avec des patients limites et la spécificité de leurs quêtes m’amènent à me pencher sur certains aléas de l’analité et ce qu’ils semblent entraîner. Je laisserai délibérément de côté la problématique de l’analité en tant que caractère anal. J’aimerais envisager l’analité comme un pivot, un moment organisateur et une période de métamorphose de la relation aux autres et à soi-même, un temps de fortes stimulations où les modalités de réponse de l’environnement et ce que l’enfant va pouvoir en faire, vont entraîner pour lui un début d’organisation mo ïque et de différenciation. L’analité pourrait être appréhendée comme un carrefour libidinal, où narcissisme et relation d’objet s’entrecroisent. Winnicott (1958) parle d’un temps où se développe « la capacité à être seul en présence de l’objet ». Il montre toute l’importance de la constitution d’un lieu psychique, d’un espace subjectif de « jeu », pour aborder les défis ultérieurs et pour vivre indépendamment de l’intrusion ou du lâchage de l’objet. C’est cette appropriation subjective, qui relève bien d’un processus de symbolisation de l’expérience de soi, qu’il s’agit de constituer.
L’analité est également un temps de cicatrisation possible ou de réélaboration « après coup » des traumas primaires, blessures et effractions de toutes sortes auxquelles l’immaturité du moi de l’infans n’a pu donner un statut enregistrable et métabolisable. On sait que ces vécus archa ïques non représentés, restés en attente, mus par un appel pulsionnel inlassable, reviennent automatiquement sous forme de perceptions, d’hallucinations ou comme des vécus à la fois actuels et réels. Le moi peine à les accueillir ou à s’en défendre.
Dans cet article, je souhaite retravailler l’hypothèse qui fait de cette période anale et de son élaboration un moment crucial pour l’évolution de la personnalité. Je me centrerai donc sur ce temps de subjectivation [1] en envisageant les difficultés spécifiques qui peuvent le mettre en échec. En effet, les divers processus qui s’y mettent en jeu sont délicats ; ils peuvent être freinés, rester dysfonctionnels ou générer des troubles de la fonction symbolique, de la fonction tierce au sens large. Je voudrais mettre en évidence les liens qui existent entre ces processus et certaines caractéristiques de la pathologie limite et examiner finalement dans quelle mesure ceci infléchit notre technique avec ce type de patients. Pour que ces potentialités de l’analité s’actualisent, je voudrais insister sur le rôle des excitations provenant de l’environnement, de la rencontre avec l’objet autant que sur celui des diverses excitations pulsionnelles d’origine interne. Ceci souligne la nécessaire articulation de la théorie des pulsions à la théorie de la relation d’objets et c’est résolument dans cette intrication-là que je situe ce travail sur les processus de l’analité et leurs avatars.
Je souhaite partir du concept de divided line proposé par Robert Fliess en 1950. Cet auteur, disciple d’Abraham et fils de W. Fliess, situait au moment de l’organisation de l’analité une sorte de « point de bascule » entre les structures névrotiques et les structures non névrotiques. Il souligne la valeur d’une ligne de partage (divided line) entre les « deux pentes “prégénitale” et “génitale” de structuration » et illustre son importance quant à l’évolution œdipienne ultérieure. Le « passage » de cette ligne devant marquer « le début de la capacité pour le sujet de disposer d’une efficace maîtrise anale ». Si ceci échoue, les fixations précoces antérieures organiseraient « l’érotisation des pulsions violentes initiales sous le primat d’une agressivité globalement envahissante faisant le lit de la psychotisation ». J. Bergeret en déduit que les états limites tirent leur origine d’une sorte de « fixation ambiguë, et profondément inhibante du point de vue évolutif, à cette divided line d’hésitation entre tendances organisatrices à vectorisations psychotiques ou névrotiques » [2].
En 1924 déjà, K. Abraham avait proposé d’envisager deux phases au sein du stade sadique anal ; pour chacun de ces temps, il distinguait deux types de comportements opposés par rapport à l’objet. Dans la première phase, l’érotisme anal est lié à l’évacuation, la pulsion sadique à la destruction de l’objet ; dans la seconde phase, l’érotisme anal est lié à la rétention et la pulsion sadique au contrôle possessif et dominateur. Le passage d’une phase à l’autre constitue pour Abraham un progrès décisif vers l’amour d’objet. Le fonctionnement aléatoire et fragile des organisations narcissiques oscillerait autour de cette « frontière » ; le patient limite aurait dépassé la période anale de réjection violente, sans avoir encore acquis les intégrations narcissiques qui en principe accompagnent la phase de maîtrise anale plus tardive.
Jean Bergeret encourage les analystes à s’intéresser à l’ « analité » de ces patients ; ce serait là que se situerait le fondement de leur histoire. Il parle de pivot pour illustrer le stade anal ; ce terme me paraît évoquer un processus plus dynamique que celui de « ligne de partage ». Tout en montrant l’importance de l’apport de Fliess avec la divided line, il suggère d’envisager cette hypothèse de façon plus nuancée et propose, tout comme R. Henny (1998), de prendre en compte les nombreuses modifications de trajectoires possibles, en après coup, en particulier à l’adolescence.
D. Braunschweig (1971) insiste sur l’importance du sphincter dans l’organisation psychique ; il est le lieu-frontière entre dedans et dehors et celui où se jouent les érotismes passifs et actifs. Ceci est fondamental pour une différenciation ultérieure vers des modes d’organisations masculines ou féminines. On est là au cœur de la constitution de l’identité, de la subjectivation [3]. De nombreux auteurs, parmi lesquels A. Schteingart-Gitnacht (1998) et D. Ribas (1995) soulignent l’importance de l’analité comme carrefour de la structuration psychique et son rôle facilitant ou bloquant le chemin qui mène au primat du génital.
La théorisation d’A. Green dans son article « L’analité primaire » [4] montre de manière exemplaire les liens entre les structures limites et certains avatars de l’analité. Pour lui, la relation d’objet à tonalité anale de ces patients diffère de l’analité classique car « la nature des investissements y est avant tout narcissique ». Il parle d’oranalité pour bien montrer combien l’avidité affective et toutes les traces de la relation orale infiltrent encore l’analité. Il décrit pour ces sujets « un narcissisme meurtri, en pièces, où la blessure narcissique de l’enfance n’est pas cicatrisée. Elle serait comme une plaie ouverte, intraitable qui provoquerait une douleur psychique aiguë ». Green parle ici d’un « trouble des limites du moi où derrière un comportement social d’apparence normal, le moi subit les contrecoups d’une économie narcissique chaotique des plus précaires, sans frontières éprouvées ». Il montre comment ces patients donnent la sensation d’être des écorchés vifs, exposés à toutes les agressions, alors que, paradoxalement, ils semblent « dotés d’une ossature rigide qui peut donner une impression de fermeté ». Il montre comment l’opposition est vitale pour ces sujets : « Elle leur sert à mieux délimiter leur identité, leur différence. » Le deuil paraît impossible : « Le sujet entretient en quelque sorte la plaie du tort qu’il a subi. » [5] Et les conflits ne semblent que l’occasion de répéter un trauma parental. Ces sujets défendent avec force leur « territoire subjectif » ; c’est comme s’ils se réfugiaient dans une retraite solitaire, tellement ils ont peur du pouvoir ou de l’envahissement de l’objet. Green parle d’une « excitation constante qui taraude le moi » qu’il met justement en lien avec un affect d’intrusion ou d’abandon.
 
ANALITÉ ET MOUVEMENTS PSYCHIQUES ORGANISATEURS
 
 
Un premier point sur les autoérotismes
En reconnaissant peu à peu une réalité séparée de lui, un non-moi, le petit enfant perd l’illusion de sa toute-puissance animique initiale ; cette perte le met en quête de cet idéal perdu. Mais, rien n’est simple car si, dans un premier temps, l’enfant va projeter cet idéal sur sa mère, ceci le confronte du même coup à l’altérité, à la dépendance, à la déception. Pour se défendre de ces premiers conflits tout empreints de détresse et de haine, l’enfant va chercher avec force à mobiliser des autoérotismes. Mais souvent, il s’angoisse à l’idée d’amputer ses objets justement par le plaisir autoérotique qu’il se procure. C’est un cercle vicieux car une carence autoérotique ne peut conduire qu’à une appropriation subjective problématique.
Les patients limites expriment des angoisses analogues qui semblent s’originer dans ces premières expériences. Ils craignent qu’en prenant du plaisir, ils vont dépouiller leur analyste. Ces fantasmes s’accompagnent d’angoisses et de noyaux de culpabilité très résistants à la perlaboration. C’est comme si le patient devait renoncer à des apports narcissiquement précieux et rester dépendant de l’objet pour ne pas le blesser.
On connaît l’impact du « détruit-trouvé » qui vient démentir le fantasme de destruction ; cependant, l’expérience est subtile car il paraît important aussi que l’enfant sente que l’objet, qui a survécu à sa destructivité, puisse être touché par ses conquêtes autoérotiques, qu’il y prenne plaisir lui aussi. Ces éléments se retrouvent dans la clinique des états limites ; on observe les séquelles d’une sorte de cercle infernal où moins la relation aux objets est bonne, plus les autoérotismes risquent d’être inefficaces à atténuer le sentiment de dépendance vis-à-vis de l’objet et la haine qui en découle.
René Roussillon met l’accent sur trois temps forts de l’organisation de la libido sous le primat de la zone érogène anale : les processus de retournement, la problématique du miroir et l’intégration de ce qui tourne autour de la notion de non. J’y reviendrai. Cette sorte de « trépied » me paraît fondamentale pour accéder à la symbolisation et finalement au langage qui représente bien le pôle le plus évolué des processus de l’analité.
Tout d’abord quelques mots sur le retournement.
La manière dont les selles de l’enfant seront investies va influencer beaucoup la perception qu’il en aura ; le « retournement » de cette perception sur le « dedans » de son corps risque bien d’influencer son vécu intrapsychique et son sentiment d’identité. L’élaboration de ce jeu entre l’objet au-dedans et l’objet au-dehors va contribuer à la différenciation moi/non-moi et donc à la constitution de l’objet. Par ailleurs, en développant une plus grande maîtrise de ce qui entre et sort de son corps, l’enfant obtient un certain contrôle sur l’objet. Il possède, mais cette fois à l’intérieur de lui, un objet convoité qui prend valeur d’idéal. Ses selles sont précieuses justement parce qu’elles lui permettent de « retourner » son sentiment d’impuissance. Ce retournement passif-actif sera une sorte de revanche, un levier relationnel. Mais les choses peuvent se passer bien différemment et générer des émotions inverses. Si l’enfant veut trop contrôler ses selles, tout risque de se retourner contre lui ; soit il a mal au-dedans de lui et c’est l’angoisse, soit il perd tout et se sent vide, honteux et misérable. Il est dans le « tout ou rien » et n’a plus rien du petit enfant triomphant. Or, autant il est important que l’enfant développe un certain sentiment de pouvoir, autant il est essentiel qu’il réalise qu’il n’est pas tout-puissant, que tout ne dépend pas de lui. C’est un ajustement difficile. Green (1993) a bien montré combien les patients limites ont tendance à confondre pouvoir et puissance. Cette confusion est centrale et imprègne la relation de transfert.
La pathologie narcissique est aussi le règne des mécanismes en « tout ou rien ». Ces patients donnent l’impression d’être face à un choix impossible : ils auraient un besoin pulsionnel de « tout lâcher » tant la tension est grande ; mais il sont terrorisés à l’idée d’être alors rejetés, vides ou impuissants. Ce n’est qu’au gré d’une longue perlaboration dans le transfert que peut se profiler une sorte de « compromis » psychique. Je pense aussi à certains patients, dont la conscience d’eux-mêmes et de leur valeur chancelle à tout moment. Ils nous donnent à voir, dans une alternance déconcertante, imprévisible et douloureuse, deux images d’eux-mêmes totalement contrastées qui semblent ne pouvoir s’intriquer pour former un tout plus réaliste. À l’instar des deux faces d’une pièce de monnaie qui ne peuvent se voir dans un même coup d’œil, ces deux temps se succèdent sans s’altérer. La moindre désillusion fait d’ailleurs « basculer » aussi bien leur image que celle de leurs objets, dans un renversement complet. Comme l’enfant qui vit alternativement ses selles comme un bien précieux ou comme une chose honnie qu’il faut faire disparaître, le patient limite a l’air confronté à un conflit d’ambivalence difficile, ou plutôt à une insoluble confrontation amour-haine qui semble bien en lien avec un avatar de ces processus de l’analité. Freud insistait déjà sur la spécificité dans la symbolique anale du renversement de valeur : ce qui est précieux et valorisé quand il est interne devient soudain, lorsqu’il est à l’extérieur, un déchet à éliminer.
Cette alternance d’images opposées ou de vécus difficilement intricables me fait penser aussi au fonctionnement bi-logique. Souvent, on observe chez ces patients comment deux logiques subsistent côte à côte dans la contradiction, sans pouvoir se dialectiser le moins du monde. Or, si deux logiques se côtoient, si les choses peuvent être « ça et son contraire », on risque fort d’entrer dans l’impensable.
Venons-en à la problématique du miroir
Pour Winnicott, le premier miroir auquel l’enfant est confronté est le regard maternel. L’enfant y perçoit alternativement son propre visage et celui de sa mère. Ainsi, par un ensemble d’ajustements progressifs, la mère introduit l’enfant à l’altérité. Elle est à la fois un miroir de soi et un « différent » ; elle est autre et double. La construction de cette relation « en double » permet de sortir de la fusion initiale. Non seulement elle est fondamentale pour la reconnaissance de soi, mais cette nécessaire conjonction du semblable et du différent est bien un élément fondamental de la capacité à symboliser. Or, on retrouve des traces de cette réalité chez certains patients et cela paraît en lien avec un lien précoce problématique ; ils semblent venir chercher en nous, comme dans un miroir, quelque chose qu’ils n’ont pas la possibilité de sentir ni de formuler en eux. C’est comme s’ils nous demandaient de les « déchiffrer », pour prendre l’image d’une partition de musique.
Dans son entourage, Roussillon le souligne (1999) en parlant d’une fonction miroir de l’environnement, l’enfant va être confronté à différents modèles d’élaboration de la dépendance. Si ses objets lui reflètent une certaine tolérance à l’attente, une certaine modulation des interdits, il est probable qu’il intègre une expérience lui permettant de se sentir moins blessé par la frustration et la dépendance ; tout le lien à l’objet, tout le fonctionnement psychique risque d’en être influencé.
Analité, haine et destructivité
Les patients limites présentent souvent les caractéristiques d’une destructivité froide, sans colère et désintricante qui est bien différente d’une agressivité structurante que l’on rencontre chez d’autres types de patients. On dirait que l’objet est expulsé, rayé de la carte sans culpabilité. « Mon père n’existe pas, il n’a jamais existé », me répétait inlassablement un patient. On sait combien cette « expulsion » d’allure anale est liée à une blessure douloureuse et à une détresse irreprésentable. Elle est aussi en lien avec un fantasme du type : « Si tu es, je ne suis pas. » Freud reconnaissait le prototype de la haine dans la lutte que mène le moi pour son affirmation. Green [6] évoque ces mesures extrêmes de déni de l’existence de l’objet, ou alors de soi, que ces patients semblent adopter pour lutter contre une détresse terrible ou contre le poids que l’objet exerce autant par ses défaillances que par ses exigences. Or, dans sa description du stade expulsif, le premier sous-stade anal, Abraham montrait bien comment cette destruction de l’objet ne pouvait que produire en retour la destruction du sujet. Ce n’est qu’au deuxième stade anal que les choses pouvaient se vivre autrement, en lien avec une constitution moi-non moi mieux établie.
Le patient limite oscille constamment entre ces deux types d’agressivité et cela représente un aléa de taille des processus de l’analité. Chez ces patients on voit aussi comment soudain la confusion s’installe : représenter et faire ne sont plus différenciés ; on sait que le chemin est semé d’embûches jusqu’à ce que le patient puisse « utiliser » l’analyste en étant libéré du fantasme de le détruire et d’être détruit en retour, jusqu’à ce qu’il acquière une liberté fantasmatique l’autorisant à un jeu psychique plus souple avec ses imagos.
Intégration du NON, troisième pilier constitutif de l’analité
Le non implique la limite, il est constitutif de la subjectivation, inhérent à l’affirmation du moi. S’il est aussi une ébauche de surmoi, il implique également une organisation élémentaire de la temporalité. Il s’exprime par des formules comme : « Non, pas maintenant, pas tout de suite, plus tard. » L’enfant qui intègre peu à peu la limite que ce non instaure et la temporalité qu’il implique va pouvoir sortir du « tout ou rien », du « tout garder ou tout lâcher ». [7] Les patients limites présentent des difficultés avec cette intégration. Ils ressentent les fins de séance comme un échec, une fin en soi, hors de toute notion de temps, ou comme une « faille » précipitant tout leur narcissisme. Pour eux, l’objet cesse d’exister si l’on ne le perçoit pas. On observe comment, dans un mouvement dialectique, une aptitude plus grande à symboliser va permettre à l’enfant de mieux différer la satisfaction. On le voit avec le jeu de la bobine qui représente bien un moyen de faire face à l’absence. En élaborant au cours de la cure ce problème de la temporalité, du « différé », l’analyse offre une possibilité d’intégrer psychiquement une continuité. Pour formuler les choses autrement, cela représente aussi une tentative de relance d’un noyau masochique défaillant. En effet, l’acceptation progressive que la satisfaction n’est pas immédiate signifie l’intégration d’un certain masochisme. Ce noyau est fondateur du moi et de la vie psychique. Des avatars dans la constitution de ce noyau masochique ont un impact central sur la pathologie et se retrouvent dans l’ensemble des pathologies non névrotiques. Benno Rosenberg insiste sur la nécessité d’un tiers médiateur, « intricateur » car l’intrication pulsionnelle se fait à travers un objet bi-pulsionnellement investi. Or, on le voit, un défaut d’intégration masochique, d’intrication pulsionnelle semble renvoyer précisément à une élaboration défectueuse de certains processus de l’analité.
Si le cadre analytique contient le NON du père œdipien, le timing, le « non-pas maintenant », par la consigne de l’association libre, il contient en même temps un OUI et une ouverture ; on remarque comment le vécu intrapsychique de cette intrication amène peu à peu à une intériorisation plus fine d’une capacité de différer et ainsi à une possibilité de reprise dans la cure de ce qui semble s’être immobilisé dans les processus de l’analité.
Le père, présent dans la tête de la mère [8], présenté par elle en quelque sorte, serait ce premier « autre », séparateur de la « relation en double » mère-bébé. Il semble introduire aussi bien à la différence et à l’altérité qu’au plaisir d’une certaine complexité. Si cette intrication particulière « père-mère » s’organise mal, le père ne va pas pouvoir jouer son rôle de tiers séparateur et les incidences sur la pathologie en sont évidentes. C’est sur cette ébauche de jeu triangulé que se construit la symbolisation. Et, au gré de différenciations toujours plus fines des diverses parties de son corps, l’enfant saisit que le tout n’est plus menacé de partir avec la partie ; il comprend que le mot peut être détaché de la chose qu’il signifie et symboliser la chose qu’il désigne. Or, pour le patient limite soudain la symbolisation ne tient pas ; il n’y a plus de « comme si », plus d’espace de pensée ni de tiers. Le mot devient la chose. Il n’arrive plus à se représenter qu’il ne fait que représenter [9]. Le transfert devient la répétition et non la représentation du lien à l’objet. Ces ruptures de la fonction symbolique, si caractéristiques du transfert narcissique, reflètent bien les vicissitudes du lien précoce.
Le paradoxe est omniprésent pour ces patients ; l’altérité de l’objet leur est insupportable quand bien même ils exigent, eux, d’être reconnus dans leur propre singularité. Confrontés à notre différence, ces patients se désorganisent et oscillent entre élan fusionnel et haine. L’envie de détruire semble équivaloir à la preuve qu’ils existent bel et bien. Le conflit est inextricable puisque l’objet leur est aussi redoutable qu’indispensable. Toute variation de distance est ressentie comme une attaque. Alors que dans la cure ils se disent souvent sans mémoire et sans souvenirs, on observe que ce vide cache les traces d’objets imprévisibles, inconstants ou insaisissables. Leur pulsionnalité semble avoir été ressentie comme une tyrannie venant de l’extérieur et non pas comme une force de leur propre moi, leur permettant de se sentir exister. Les processus de l’analité ont dû échouer à intégrer un trauma primaire qui semble en lien avec la prise de conscience de l’état séparé de l’objet ; ni le double, ni aucun jeu triangulé n’ont pu se constituer.
Toute la problématique de la limite va dépendre de la manière dont ces enjeux de l’analité vont s’élaborer et ceci va se rejouer dans la cure de ces patients. Il s’agit d’intégrer le fait que l’analyste puisse à la fois « recevoir » et poser des limites, être un double et un différent. Il y a tout un jeu entre le ni trop, ni trop peu, qui évoque l’analité et qui est d’une extrême sensibilité dans les mouvements transférentiels.
Ce temps d’élaboration anale devrait permettre aussi une ébauche d’intégration de la bisexualité psychique. D’ailleurs, l’enfant n’est-il pas confronté au fait que c’est un même objet qui est détenteur de qualités diverses ? Dans un tout premier temps, n’est-ce pas les aspects paternels de la mère qui introduiront au père, dans un rôle structurant et dans une fonction protectrice face à une effraction destructrice ? Cette médiation du « paternel » ou du masculin à l’intérieur de l’objet maternel est aussi importante que l’intégration ultérieure des éléments contenants de l’image paternelle elle-même. Cet ajustement progressif des imagos me semble bien dans la ligne des différents autres ajustements dont il a été question ici.
Pour C. Bollas (1996), le maternel serait la manière dont on exprime les mots, l’indescriptible, l’informulable ; le père, ça serait les mots, le langage, le tiers, la symbolisation. Ces deux ordres se combineraient par l’acquisition du langage, pôle le plus évolué des processus de l’analité. Pour formuler les choses autrement, on pourrait dire que la mère serait du côté du perceptif, des sensations, des émotions et le père du côté de la mise en sens, de l’interprétation. Cela souligne les éléments paternels et maternels de la règle d’association libre : d’un côté, la mise en mots qui est séparatrice et de l’autre le contenu, le créatif, le « tout ce qui vous vient en tête ».
Poursuivons le parallèle entre les processus de l’analité et la pathologie limite en évoquant un mécanisme défensif précoce typique de ces patients.
En effet, certains stimulis internes ou externes semblent avoir été éjectés « hors moi ». Ils ont échoué à s’intégrer et à se représenter, du fait de leur intensité face à l’immaturité du moi de l’enfant. Ces éprouvés ont néanmoins laissé des traces dans la psyché, dans un hors-temps sans repère. Cette éjection, ce « balayage », n’est pas une déchirure du tissu représentatif du moi, un clivage du moi tel qu’il est décrit par Freud. Il n’est pas davantage un clivage du moi et de l’objet tel qu’en parle M. Klein. Il apparaît comme un processus typique de l’analité, une tentative de séparer une partie du tout dans un but défensif. Des éléments irreprésentables sont tout simplement lâchés et le moi va tenter ensuite d’immobiliser cette partie abandonnée. Cette évacuation appauvrit le moi mais tout s’organise contre le retour de ce « clivé » et de la détresse qu’il contient. La formule de « trou noir » [10] de F. Tustin ne suggère-t-elle pas quelque chose d’un peu analogue, une hallucination négative de l’abominable ? Le patient est ainsi coupé de la zone atroce quand bien même cette zone-là est un morceau du psychisme. Tout n’est pas représentable, il y a toujours du « reste » [11] et ce reste est bien en lien avec l’analité. Mais ce qui est fondamental pour l’évolution future, c’est comment cette partie endolorie, ces traces brutes, éjectées du moi vont pouvoir être transformées en pensées et en affects dans un temps ultérieur. Winnicott affirmait que « le pire » c’est ce qui a eu lieu mais n’arrive pas à se faire reconnaître dans le tréfonds de soi, ce qui n’a pas reçu d’écho de l’environnement et n’a pas été investi par les objets primaires, et qui « a été délaissé petit à petit, à force de n’être ni senti, ni vu, ni entendu par le miroir primaire de soi, et qui depuis lors reste silencieusement tapi hors moi, en attente, dans l’oubli de soi » [12]. À ce propos, il me vient à l’esprit les mots d’une patiente ; elle semblait tétanisée ; quelque chose dans le matériel analytique la « renversait » dans un traumatique sans représentation. Par un effet miroir, j’essaie de faire un lien et de lui renvoyer quelque chose lui appartenant. Elle me dit alors : « Quand vous faites des liens, je les reconnais. » J’ai été intéressée par ce terme « reconnaître », comme si tout d’un coup quelque chose avait pris forme ; tel le négatif d’un cliché photographique du passé qui soudain aurait laissé place à quelque chose de visible, de représentable et d’intégrable. Avant c’était hors d’elle, hors d’atteinte dans un chaos opaque.
Je pense à toutes ces choses qui seraient ainsi balayées, mais qui resteraient dans des containers nauséabonds dont les relents ne cesseraient d’importuner l’habitant du lieu. Ou encore à des déchets radioactifs qui finissent toujours par « émettre » à travers une fissure. Il me paraît clair que cette défense par « éjection », qui par son côté évacuateur, évoque l’analité, est déjà opérante, sous une forme orale expulsive, dès le début de la vie car elle est en lien avec la néoténie même du nourrisson. Ces vécus perceptifs, non liés, semblent créer une sorte de force traumatique, ou alors, ce qui revient un peu au même, un « trou » vide de sens. On peut imaginer que les acquisitions de l’analité vont permettre dans l’après-coup la liaison de certains de ces contenus ou alors, au contraire, ce « réservoir traumatique » va laisser le sujet peu armé pour gérer les enjeux si importants de l’analité. Ceci risque de rendre la subjectivation précaire et de contribuer à générer des pathologies du manque à être que sont les pathologies narcissiques. On est bien sur la divided line. Cela souligne les liens entre le devenir de ces traces clivées d’éléments traumatiques et l’évolution pathologique future vers des organisations névrotiques ou non névrotiques.
Dans la clinique, on voit combien ce matériel traumatique brut est une source d’inquiétude et représente une menace de désorganisation. Le patient sent que « quelque chose » irrite et tente de faire retour en forçant le passage. Ceci peut revenir sous forme perceptive ou hallucinatoire et représenter une tentative d’élaboration d’un vécu traumatique. C. et S. Botella parlent de l’ « an-histoire » correspondant au versant non historique de l’amnésie infantile. Cela me fait penser à la « crainte de l’effondrement » qui serait la crainte d’un événement passé, qui n’a pas encore été assimilé ou représenté, mais qui s’est néanmoins produit dans le passé et qui est craint dans le futur.
Au gré de la perlaboration transférentielle, ces traces d’éléments indicibles devraient pouvoir être réinvesties, intégrées au moi et s’associer au reste de la vie psychique. Par un travail de type onirique, l’analyste va tenter de « traquer » ces restes infantiles. On sait l’importance narcissique de tout ce travail de mise en histoire, de réappropriation subjective et de reconnaissance de ce qui vient de soi et de ce qui vient de l’autre. À côté d’une tentative de relance du jeu psychique entre le secondaire et le primaire, le travail analytique serait ainsi un essai de dévoilement et de reconstruction de la préhistoire du patient. En deçà de ce travail de représentation par le moi, C. Smadja (1998) émet même l’hypothèse d’une tentative de reliaison psychosomatique par recours au soma, ou alors d’une reliaison comportementale. Toutes deux tenteraient avec force de raviver ces traces de souffrances inélaborées éjectées hors moi et de les intégrer.
Selon Green (1993), c’est bien par la représentation progressive de l’absence maternelle, du « rien », que va pouvoir se dégager un espace psychique où quelque chose va pouvoir se représenter. Mais, il est difficile de faire le deuil de ce qui ne s’est pas passé. Pour réussir à penser un manque, il faudrait pouvoir se le représenter. Cependant, à dose homéopathique, il semble bien que, dans la cure, l’expérience de manque et de détresse clivée émerge parfois, transformée, au gré de possibilités de représentations accrues. La symbolisation progressive de ces expériences devrait permettre, par la suite, qu’un refoulement s’instaure.
Une assise narcissique implique que l’enfant puisse s’envisager seul face à ses pulsions en présence de l’objet. On est bien au carrefour du pulsionnel et des relations d’objets. Cette assurance ne se forge-t-elle pas dans ce jeu du « trouvé-créé » des deux premières années de la vie ? Elle serait comme une « base arrière » qui devrait permettre au moi de ne pas être constamment débordé par son monde pulsionnel ou ses objets. Si cette base arrière est trop fragile, le patient est terrifié à l’idée de perdre des limites péniblement acquises. Tout ce qui viendra menacer cet équilibre fragile risque d’engendrer une grande violence. Ces patients ont une sensibilité particulière à l’image que le groupe leur renvoie d’eux-mêmes. Cette dépendance-là relève bien d’une assise qui n’a pu s’intérioriser dans les stades précoces.
 
ÉLÉMENTS CLINIQUES, INCIDENCES TECHNIQUES
 
 
Pour A. Green (1990), c’est bien avec les états limites que la soi-disant pureté analytique est mystifiante ; non pas parce que l’analytique aurait déserté le terrain mais parce qu’il y apparaît sous un jour déconcertant qui nous confronte aux carences de notre entendement [13]. Comment faire pour appréhender psychanalytiquement ce qui émane d’un temps avant le langage ? Ces patients sollicitent notre inventivité technique, notre liberté de réflexion aussi bien que nos capacités régressives. La violence de leurs régressions nous confronte à une variation de niveaux émotionnels qui reflètent bien la discontinuité qui semble au cœur même de leur problématique. La tâche est délicate si l’on souhaite à la fois « surprendre » le patient et nous situer là où il va pouvoir entendre et sentir. D. Quinodoz (2000) préconise que l’analyste puisse développer ses capacités hallucinatoires et s’accorder assez de liberté psychique pour aller à la découverte de ses propres aspects fous. Nos associations pourraient ressembler à des rêveries concernant la « folie » du patient, nous renvoyant ainsi à un temps qui précède la différenciation moi non-moi.
On peut imaginer que ces patients ont vécu des liens précoces à la fois tellement brûlants et tellement froids que, pour protéger un narcissisme écorché, nous soyons amenés à prendre des gants dans la formulation de nos interventions. Cela renvoie à la notion de « tact » évoquée par Ferenczi. Ces patients me paraissent nécessiter un « jeu » délicat entre le sexuel et le maternel. Toute interprétation risque d’être ressentie comme aliénante si le patient n’a pas pu constituer un lieu psychique où il ne craint pas trop l’intrusion ou l’abandon. Leur mobilité affective rend la mise en mots difficile. Comment concilier une nécessaire verbalisation et le côté insoutenable et douloureux des mots eux-mêmes ? Comment exprimer conjointement la haine et son contenu de désespoir ? On court le risque d’une formulation qui en réduise la richesse et la pertinence. Comment trouver les métaphores pour figurer le perceptif, le touché, la sensation ? Comment être entendu dans des moments où justement le patient régresse vers un « hors-temps », avant le langage ? « Les mots soudain n’ont plus aucun sens ; je ne les comprends plus », me disait un patient. Le timing des interprétations se révèle pour eux d’une importance particulière ; cela me paraît en lien avec ce vécu dysrythmique dans le lien à l’objet primaire. Cette attention au rythme intérieur du patient semble aller de pair avec une écoute du type de mots qu’il utilise ; est-il dans un registre visuel, auditif, kinesthésique ? À travers cela que nous révèle-t-il de ses vécus primaires ? Cela renvoie à l’écoute régrédiente dont parlent C. et S. Botella et à son potentiel transformateur pour appréhender les souffrances psychiques précoces du patient et le matériel « évacué ». Cette modalité d’intervention serait créatrice de sens là où il n’y avait que désorganisation.
Notre attention est donc loin d’être toujours « flottante » et notre contre-transfert est abondamment sollicité. Il devrait nous aider à évaluer l’opportunité de nos interventions ou à psychiser du matériel qui ne l’a jamais été. Mais, comme l’évoque Searles (1994), à la suite de Winnicott (1947), l’analyste est souvent envahi d’affects violents qu’il a de la peine à réprimer. Pourtant, il me semble que bizarrement l’analyste a plus de facilité à interpréter le mouvement transférentiel de haine que de se pencher sur le transfert positif ou amoureux de ces patients. Serait-ce une façon d’élaborer un contre-transfert haineux ? Pourtant, en restant sourd aux désirs libidinaux du patient, on risque de réactiver une blessure sensible ou de raviver une sensation que leur monde pulsionnel serait inaudible ou méprisable.
D’ailleurs, ces patients, qui présentent un avatar des processus de l’analité autour de la problématique du « miroir » ne sollicitent-ils pas, par la violence pulsionnelle de cet appel et de cette nostalgie du double, un éprouvé contre-transférentiel d’autant plus fort ? C. Janin (1996) utilise la formule d’ « animisme à deux » pour illustrer l’intensité de ces moments régressifs et M. de M’Uzan parle du fait que « ces pensées, qui appartiennent à l’analysé ou plutôt qui sont potentiellement en lui, se forment pourtant chez l’analyste » [14]. Ceci souligne l’importance d’interventions-échos de nos éprouvés, pour tenter de refléter une émotion à laquelle le patient n’aurait pas accès, mais que paradoxalement il semblerait nous demander de décrypter. Pour tenter de dégager du sens, C. Parat (1995) évoque la notion de coéprouvé et de miroir affectif. Parfois, il me paraît judicieux de verbaliser ce pulsionnel de façon quasi psychodramatique. C. Bollas (1996) suggère des interventions-miroir où il exprime ce qu’il ressent face au corps du patient, à son état d’épuisement ou à son comportement.
Dans ces cas où la contrainte de répétition est au premier plan, cette fonction miroir correspondrait à « réfléchir » la répétition. En effet, si elle se « fait voir », elle peut se représenter. Par ce biais, on pourrait faire des hypothèses concernant les relations précoces du patient et le mode d’expression de ses demandes à l’objet.
L’idéal du moi de ces patients est souvent distordu et en tout cas très exigeant. Cette situation me semble en lien avec le deuil difficile d’un objet idéalisé et avec la problématique du « tout ou rien ». Le sujet est écartelé entre ses différentes aspirations et craint de ne pas arriver à les tenir toutes ensemble ; cet idéal bien typique de la problématique anale va être au premier plan dans la relation de transfert, probablement aussi par un jeu de miroir.
Les difficultés de ces patients peuvent leur faire ressentir de façon très intrusive toute introduction d’un tiers, quel qu’il soit ; il arrive que l’aspect limitant du cadre et la césure des quarante-cinq minutes soit vécue comme une intrusion tierce incroyablement douloureuse. Or, paradoxalement, le tiers leur a souvent dramatiquement fait défaut.
Ils nous placent devant une situation délicate car, compte tenu de leur sensibilité à la désorganisation, il est aussi fondamental de tenir le cadre avec rigueur que de le manier parfois de façon plus souple. Dans ce contexte, on peut être amené à « inventer » ponctuellement des aménagements, une sorte de « nouveau cadre ». Je pense à la détresse si « agonistique » d’une patiente face à la séparation des vacances que j’ai pensé nécessaire de lui proposer un rendez-vous téléphonique hebdomadaire. La séparation signait pour elle la disparition de l’objet « pour de vrai » ; l’épreuve de réalité se perdait soudain et laissait place à un chaos interne où ne régnait que l’omnipotence destructrice. Je pense encore à cette femme à laquelle j’ai senti devoir proposer un objet de mon bureau, tel une sorte d’objet transitionnel, support perceptif d’une représentation qui avait du mal à se tisser et à tenir. Je me suis beaucoup questionnée sur mon fonctionnement. Je constate que ce « dérapage contrôlé » momentané avec ces patients très perturbés a permis une ouverture et des potentialités nouvelles. Est-ce que les éléments « délirants » du transfert ne nous amènent pas à penser un préalable à l’interprétation qui, par la suite, permet un travail interprétatif formulable et maturatif ? À d’autres moments, il arrive que tout changement du cadre, la moindre séance déplacée, soient vécus comme un bouleversement interne qui enfonce le patient dans un trou sans fin où tout repère logique et temporel se perd. Il est envahi de terreur et l’analyse est douloureusement vécue comme « la répétition » de l’absence.
Sur ce « fil du rasoir », notre travail consisterait à respecter la douleur psychique du patient et la défense par clivage tout en tentant de l’organiser en souffrance psychique [15]. Il devrait favoriser la mise en place d’une matrice de pensée, le tissage d’un filet où le matériel sexuel traumatique éjecté hors moi pourrait peu à peu se déposer. C’est délicat car ces éléments bruts, qui menacent de faire retour, peuvent provoquer à nouveau un vécu traumatique et une nouvelle éjection. On entre alors dans un cercle infernal.
Lorsque ces éléments traumatiques ne réussissent à s’exprimer que par des actings, on peut se demander si cela ne nous fait pas courir à nous le risque de sombrer dans une néfaste contagion à agir, ne serait-ce qu’à trop verbaliser ? Le psychanalyste est d’autant plus sollicité que la capacité de ces patients de jouer avec les mots est maigre par rapport à ces mises en actes qu’il s’agit de décoder. C’est un travail bien différent de celui qui passe d’emblée par le langage et la symbolisation. Il semble aussi que certaines traces d’éléments traumatiques précoces ne pourront s’élaborer qu’autour d’un « événement » fantasmatique ou historique repérable et imageable. Cela paraît également important de favoriser une sorte d’ancrage perceptivo-sensitif pour permettre au patient d’accéder à un espace représentationnel ; j’ai en tête une patiente qui se centre massivement sur les effets de ma voix et on peut penser que ces traces sonores vont l’aider peu à peu à construire une représentation moins chaotique et diffuse d’un objet d’investissement.
En quelque sorte, ces patients nous poussent à élargir la fonction de l’analyste et à ne pas sous-estimer leur tendance à nous utiliser « en tant que personne ». Ils attachent une grande attention à notre degré de présence et d’effacement, à certains détails de notre style personnel et de nos interventions ; mais ils nous utilisent plus particulièrement comme des véhicules, des outils pour se réapproprier de multiples manières ces expériences non subjectivées, ces inscriptions « en creux » qui assaillent leur moi. N’est-ce pas conjointement à cette « utilisation » que pourra peu à peu émerger un tiers et se constituer le pôle de l’absence ? Il faut bien sortir du « double » et que se constitue un lien avant de pouvoir le négativer. Ceci devrait permettre d’initier une sorte de second temps de l’analyse, où l’interprétation de transfert et l’attention flottante seront au premier plan. On constate fréquemment avec ces patients l’exigence d’un travail analytique en deux temps.
L’analyste est « utilisé » principalement par le patient, en tant qu’objet qui doit survivre à la répétitivité de ses attaques. À force de constater qu’il y survit, le patient peut se représenter les choses différemment et accéder à une activité plus symbolisante. Winnicott établissait la succession de faits suivante : « Le sujet se relie à l’objet, le sujet détruit l’objet, l’objet survit, le sujet peut utiliser l’objet » [16], et ceci dans une répétition qui me paraît aussi inlassable pour le patient que pour l’enfant. Cela me semble un travail en « boucles » qui évoque le transit anal. Dans une autre formulation, C. Couvreur parle du fait que l’expérience traumatique ne peut s’élaborer « qu’au décours d’après-coups successifs, selon une trajectoire en boucle, en un mouvement de valse qui passe nécessairement par l’objet » [17]. C’est bien parce que le moi s’est renforcé au gré de cette « valse », pour reprendre son expression, qu’il peut intégrer la quantité, la transformer en qualité et faire des liens.
C’est en quelque sorte à un jeu que l’analyste convie son patient ; il l’invite à jouer avec certains aspects de son expérience psychique, à la rejouer pour mieux se l’approprier et la symboliser et ainsi s’en rendre moins dépendant. Ainsi, le préconscient s’épaissit et devient ce terrain de jeu où affect et représentation peuvent se lier. Cette capacité progressive à jouer me paraît une notion précieuse, car elle évoque bien l’idée de la construction à la fois d’un espace et d’un symbole qui devrait permettre un dépassement de ces avatars de l’analité auxquels nous nous sommes confrontés tout au long de ce travail.
Quelques éléments cliniques : Je pense à une patiente d’âge mûr qui se sent faite de morceaux qui ne tiennent pas ensemble. Sa demande est paradoxale : son regard implore mon écoute et m’éjecte en même temps. Elle semble tétanisée par le pressentiment d’une haine transférentielle qui ne pourrait que me détruire. Elle évoque l’impuissance et la solitude d’une enfance marquée du sault de la violence paternelle et de la passivité déprimée de sa mère ; elle parle d’une adolescence faite d’actings et de défis extrêmes ; cette autodestruction semblait canaliser sa haine et, par le retournement que cela représentait, lui faisait paradoxalement vivre des sentiments de triomphe qui semblaient geler momentanément une détresse infantile.
Elle est tiraillée entre deux niveaux de logiques irréconciliables et sombre, à temps réguliers, dans des délires régressifs. Je suis investie d’une toute-puissance magique mais ses désirs fusionnels réparateurs se retournent rapidement en déception et en fantasmes persécutoires. Tout lien la menace, réinvestissant l’état traumatique. « Si je m’attache, le manque arrive au galop ; je glisse dedans. Il m’attire comme un aimant. » Effectivement, parfois on dirait que c’est comme s’il y avait investissement de l’absence de contact avec l’objet. Est-ce ce un des avatars défensifs utilisés contre le retour du clivé traumatique ?
Soudain surviennent des rêves qui font émerger les traces de cauchemars répétitifs de l’enfance ; ils se mêlent à des hallucinations, à des sensations olfactives, tactiles, à des vertiges. Elle associe sur une peur d’enfant : elle fantasmait que si elle était morte, on ne le saurait pas. La douleur qui émerge dans le transfert est un abîme ; elle est en proie à des sensations physiques, des vécus d’agonie, d’écrasement corporel ou d’envahissement. Il semble qu’un vécu psychique de désastre a emporté tant le sujet que l’objet et que rien, ni personne n’a pu apporter sens à ses vécus émotionnels ; ainsi, il n’y avait pas de fil pour tisser une assise narcissique. Ni miroir, ni sens, ni tiers. Elle semble privée de repères quant à l’origine de ce qui l’envahit. On voit bien comment des éléments pulsionnels et perceptifs irreprésentables ont été évacués et maintenus hors d’atteinte de façon très appauvrissante pour son moi ; ils n’ont pas subi les après-coups de l’évolution psychique ultérieure. Dans la cure, c’est comme si elle avait découvert la trace de la violence d’une perte très originaire, l’inscription en creux d’une trace mnésique négativée. Ces éléments ont peu à peu fait retour par le biais de la sensation ou de l’hallucinatoire et la mise en histoire progressive dans la cure de ce qu’il a été possible d’induire de ses vécus semble en permettre un début d’appropriation.
Les séparations sont vécues comme des pertes narcissiques, comme un gouffre et un danger énorme. Elle ressent les liens comme des ondes radio. Ça saute sans qu’elle n’y puisse rien. Du coup, elle a le sentiment de ne plus occuper son corps, comme s’il était trop grand. L’objet devrait être constamment « sous la main » pour conjurer une perte de repères logiques et temporels. Elle ne peut que rechercher dans le transfert une symbiose primaire qui semble en réaction justement à la perte d’un objet pulsionnel porteur de sens. Ces derniers temps, c’est comme si elle jouait au jeu de la bobine : elle me dit : « Avant, il n’y avait rien au bout du manque, maintenant il y a vous, ce qui me fascine c’est de vous retrouver après vous avoir perdue. »
Afin de faire le lien avec les différents acquis de l’analité, il me semble clair que cette patiente n’a pu avoir recours à des autoérotismes efficaces pour atténuer son sentiment de dépendance vis-à-vis de l’objet et la haine qui en découlait. Elle a rejoué dans le transfert la violence de ses vécus en tout ou rien ; elle s’exhibait toute-puissante ou nulle. Elle fantasmait que je devrais tout savoir et la frustration de cette impossibilité lui donnait envie que je ne sache plus jamais rien d’elle. Visiblement, l’enfant qu’elle était n’a pu jouer avec un sentiment de pouvoir vis-à-vis de ses objets, elle semble n’en avoir eu aucun, sauf à l’adolescence où ce processus de retournement passif-actif a pu, trop tardivement, s’instaurer dans une tonalité toute-puissante, malheureusement plus masochique que positive. Et quant à la destructivité, elle peine à s’articuler dans quelque chose de plus adéquat et ambivalenciel. Il semble qu’elle n’a pu intégrer ni limite, ni temporalité ; elle semble coincée dans le conflit du « tout garder ou tout lâcher », rendant difficile l’intégration d’un noyau masochique. Par contre, elle tombe dans un masochisme mortifère comme sur un tobogan où elle ne peut freiner. Elle présente toutes les caractéristiques d’une sensibilité incroyable aux variations de distance avec l’objet, craignant autant le lâchage que l’intrusion. Si le lien est aujourd’hui moins menaçant, il faudra du temps pour qu’elle puisse élucider la dramatique question qu’elle vient de formuler : « Comment vous faites, vous, pour savoir que vous existez dans la tête des autres ? »
Sa crainte de s’effondrer évoque le breakdown de Winnicott. Un jour, elle dit : « Parfois, j’ai l’impression que c’est du passé et que l’explosion a déjà eu lieu ; mais ces sensations c’est devant moi que je les retrouve et j’ai si peur. » Le paradoxe tient au fait que c’est justement cela que l’analysant veut à tout prix éviter de retrouver sur le divan, alors que c’est pour ces retrouvailles avec eux-mêmes qu’ils viennent nous voir. L’angoisse de désorganisation que cela suscite, c’est bien la détresse impuissante de l’enfant et l’envie de tout détruire. Elle semble craindre une dédifférenciation encore plus traumatique que la précarité de sa subjectivation. Cette patiente illustre la notion d’ « analyste à l’état limite », évoquée par Fédida (1992). Il doit survivre à la haine, à l’emprise et se débrouiller pour continuer à entendre, à rêver et penser alors même qu’il est confronté au défi de modes de transfert très fluctuants. Avant de devenir la représentation du lien aux objets, le transfert est ici avant tout narcissique, désobjectalisé ou parfois fétichique ; il nous implique aussi en tant qu’objet d’étayage, en tant que double, ou par une mise en scène répétitive et tapageuse du lien primaire.
En guise de conclusion, il me semble que l’on peut faire un parallèle entre certaines caractéristiques des patients limites envisagées ici comme des aléas des processus de l’analité et certains éléments qui définissent l’esprit de notre temps. Notre époque est effectivement un temps de l’immédiat, « du tout, tout de suite, tout ensemble », un temps de l’anonymat et des identités chancelantes. La fonction paternelle se dilue. Ne perd-elle pas son rôle de tiers protecteur ? On voit surgir des pathologies en lien avec un désir de gratification immédiate ou liées à la problématique de la décharge, une recherche d’excitations et de stimulations qui souvent se solvent par des explosions émotionnelles violentes.
A. Ferro [18] oppose deux cultures, celle de la rêverie et celle de l’évacuation ; la première menant à la transformation, à la démocratie, à l’écoute, la seconde à la tyrannie, à la domination et à l’écrasement. Ces deux catégories évoquent bien sur le plan collectif ce que nous venons de voir sur un plan individuel et cela me fait penser à ce qu’exprime J. Chasseguet-Smirgel pour les patients limites. Elle parle de « voie courte » et par cette notion, elle illustre des processus qui n’arrivent pas à une intégration psychique suffisante. Par opposition, la « voie longue » serait celle de la pensée, de l’élaboration.
On vit dans une sorte de « culture du narcissisme » pour reprendre une expression de C. Eizirik [19]. Cela renvoie à la notion de narcissisme des petites différences : le « comme nous » qui en même temps est différent. Le patient limite est tenaillé par le « narcissisme de la petite différence » [20] ; si la distance est trop grande, si la différence est trop marquée, cela ne va pas. Or, comme nous l’avons mis en évidence pour les processus de l’analité et la problématique des limites, si c’est trop près, cela ne va pas non plus. Il me semble que l’on retrouve aussi sur le plan collectif toute l’importance de ce jeu de miroir que l’on a évoqué concernant la pathologie individuelle. Les membres d’un groupe semblent se « confirmer » en miroir par un jeu d’images. On voit bien que ces différents éléments sont au cœur même de l’analité, de la construction de la subjectivité, donc des limites, alors même que c’est au centre des phénomènes sociaux.
 
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NOTES
 
[1] R. Cahn, Du sujet, in RFP, 6/1991, 1353-1490.
[2] J. Bergeret, L’analité et la maîtrise, in RFP, 3/1995, 659-682.
[3] Pierre Marty attache lui aussi une grande importance aux acquisitions du stade anal ; il montre la nécessité de « tenir compte des avatars de ce développement en clinique psychosomatique », in Les mouvements individuels de vie et de mort. Essai d’économie psychosomatique, PBP, 1979, p. 92 et 140-145.
[4] A. Green, L’analité primaire, in Monographies de la Revue française de psychanalyse, juin 1993, PUF, p. 61-86.
[5] A. Green, op. cit., p. 76.
[6] A. Green, L’analité primaire dans la relation anale, op. cit., p. 81.
[7] R. Roussillon, Agonie, clivage et symbolisation, in Le fait psychanalytique, Paris, PUF, 1999.
[8] Voir La censure de l’amante, Michel Fain.
[9] R. Roussillon, op. cit.
[10] F. Tustin, Le trou noir de la psyché, barrières autistiques chez les névrosés, Paris, Le Seuil, 1989.
[11] R. Roussillon, Négation, négativisme, négativité : les destins du reste dans la pensée de S. Freud de 1918 à 1925, in Pouvoirs du négatif, Jean Guillaumin et coll., 1988, Seyssel.
[12] A. Clancier, J. Kalmanovitch, in Le paradoxe de Winnicott, 1999, Paris, Press Éditions, p. 20. Préface de R. Roussillon.
[13] Fairbairn parle d’une torsion à laquelle la clinique anale serait soumise.
[14] De M’Uzan Michel, Contre-transfert et système paradoxal, RFP, 1976-2.
[15] Cf. Conférence de Peter Dreyfus, Journée de la SSPsa, janvier 2000.
[16] D. W. Winnicott, 1966, L’utilisation de l’objet et le mode de relation à l’objet au travers des identifications, in Jeu et Réalité, Gallimard, 1971.
[17] C. Couvreur, in La polarité de l’amour et de la mort, PUF, coll. « Épîtres », 2000, p. 69.
[18] A. Ferro, Conférence de la FEP, Madrid, 2001.
[19] C. Laks Eizirik, A psychoanalytical perspective on mental health, Conférence-Genève, septembre 2000.
[20] S. Freud, Psychologie des masses et analyse du moi, OCF, t. XVI, op. cit., p. 40.
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A. Green, op. cit., p. 76. Suite de la note...
[6]
A. Green, L’analité primaire dans la relation anale, op. c...
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[7]
R. Roussillon, Agonie, clivage et symbolisation, in Le fai...
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Voir La censure de l’amante, Michel Fain. Suite de la note...
[9]
R. Roussillon, op. cit. Suite de la note...
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F. Tustin, Le trou noir de la psyché, barrières autistique...
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R. Roussillon, Négation, négativisme, négativité : les des...
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[12]
A. Clancier, J. Kalmanovitch, in Le paradoxe de Winnicott,...
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Fairbairn parle d’une torsion à laquelle la clinique anale...
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De M’Uzan Michel, Contre-transfert et système paradoxal, R...
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Cf. Conférence de Peter Dreyfus, Journée de la SSPsa, janv...
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D. W. Winnicott, 1966, L’utilisation de l’objet et le mode...
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