Revue française de psychanalyse
P.U.F.

I.S.B.N.2130526527
250 pages

p. 1619 à 1626
doi: 10.3917/rfp.665.1619

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Théorie de l'agir

Volume 66 2002/5

2002 Revue française de psychanalyse Théorie de l'agir

Inaction, action et liaison ; un préalable pour la transformation

Madjid Sali 1, avenue Foch 69006 Lyon
Notre congrès nous a montré l’importance du débat sur l’action, l’acting-in et out ainsi qu’il a mis en évidence la part incernable de l’intrication.
Si, en 1914, avec “ répéter, remémorer, perlaborer, ” la répétition est solidarisée avec l’action au sein d’un comportement en lien avec la situation de transfert, en 1920 elle est fermement rattachée à la fixation des charges, à la liaison minimale permettant d’assurer quelques chances à l’instauration du principe de plaisir.
La question des transformations, amplement évoquée dans nos échanges, ne peut dès lors se jouer sur le même registre ou sur le même tempo s’agissant des parties d’où s’est retirée l’activité psychique (Freud, 1911) ou s’agissant de celles déjà investies par la vie psychique en prise avec le désir, l’interdit, le refoulement et le retour du refoulé.Mots-clés : Inactivité, Activité psychique, Principe de contrainte, Liaison, Transformation.
Our congress has shown the importance of debate on action, acting-in and out, as well as highlighting the unidentifiable part of fusion.
If in 1914 in “ Repetition, rememoration and working through ”, repetition goes hand in hand with action at the heart of behaviour linked to the situation of transference, in 1920, it is firmly linked to the fixation of charges, to the minimal binding that makes it possible to provide a chance for the pleasure principle to be installed.
The question of transformation, much evoked in our discussion, can subsequently no longer take place on the same register or on the same tempo with regard to the parties from which psychic activity has been removed (Freud, 1911) or with regard to those already invested by psychic life at grips with desire, interdiction, repression and the return of the repressed.Keywords : Inactivity, Psychic activity, Principle of constraint, Binding, Transformation.
Unser Kongress hat die Wichtigkeit einer Debatte über die Aktion aufgezeigt, acting-in und out, sowie auch den unerfassbaren Teil der Vermischung. Wenn auch 1914 mit “ wiederholen, erinnern und durcharbeiten ”, die Wiederholung mit der Aktion solidarisiert wird, innerhalb eines Verhaltens, in Verbindung mit der Übertragungssituation, wird sie 1920 klar mit der Fixierung der Belastung verbunden, mit der minimalen Bindung, welche einige Chancen für den Aufbau des Lustprinzips versichern.
Die Frage der Verwandlungen, in unseren Diskussion oft angeschnitten, kann sich jetzt nicht mehr im gleichen Register oder im gleichen Tempo abspielen, da es sich um Teile handelt, aus denen sich die psychische Aktivität zurückgezogen hat (Freud, 1911) oder um Teile, in welche das psychische Leben bereits investiert ist, in enger Verbindung mit dem Wunsch, dem Verbot, der Verdrängung und der Rückkehr des Verdrängten.Schlagwörter : Untätigkeit, Psychische Aktivität, Prinzip des Zwangs, Bindung, Verwandlung.
Nuestro congreso nos ha mostrado la importancia del debate sobre la acción, el acting-in y out como así también ha puesto en evidencia la parte inabarcable de la fusión.
Si en 1914 con “ repetir, rememorar, trabajar elaborando ”, se solidariza la repetición con la acción central de un comportamiento relacionado con la situación de transferencia, en 1920 la misma está decididamente vinculada con la fijación de las cargas, con la ligazón minimal que permite asegurar algunas oportunidades a la instauración del principio de placer.
El tema de las transformaciones, ampliamente evocado en nuestros intercambios, ya no puede realizarse en el mismo registro o al mismo tempo al tratarse de las partes de la que se ha retirado la actividad psíquica (Freud, 1911) o tratá ndose de aquéllas ya cargadas por la vida psíquica frente al deseo, a lo prohibido, a la represión y al retorno de lo reprimido.Palabras claves : Inactividad, Actividad psíquica, Principio de obligación, Ligazón, Transformación.
Il congresso ci ha mostrato l’importanza del dibattito sull’azione, l’acting-in o out, che ha messo in evidenza la parte indelimitabile dell’intricazione. Se nel 1914 con “ ripetre, ricordare, rielaborare ”, la ripetizione è solidarizzata con l’azione al centro d’un comportamento legato alla situazione di transfert, nel 1920 è fortemente legata alla fissazione delle cariche, al legame minimo che permette d’assicurare alcune chance all’istaurarsi del principio di piacere. La questione delle trasformazioni, ampiamente evocata nei nostri scambi, non puo’ quindi giocarsi sullo stesso registro o sullo stesso tempo trattandosi delle parti da cui l’attività psichica si è ritirata (Freud, 1911) o si tratta di quelle già investite dalla vita psichica alle prese con il desiderio, l’interdizione, la rimozione ed il ritorno del rimosso.Parole chiave : Inattività, Attività psichica, Principio di costrizione, Legame, Trasformazione.
Notre Congrès a permis pour une grande part de ses débats de remettre en travail la question de l’action dans le champ de la psychanalyse. L’idée d’action se révèle assez rapidement recouvrir une multitude de significations pas faciles à distinguer et difficiles à tenir ensemble dans une seule et même compréhension, dans une seule et même logique.
De la répétition agie, concernant une action inscrite dans un comportement et expression d’un transfert qui échoue à se dire en mots en 1914 (remémoration, répétition, perlaboration), à la pulsion « morceau d’action » en 1915, à l’agieren et à la répétition dans les états traumatiques, manifestée notamment dans le rêve en 1920, les enjeux sont différents, les approches théoriques évoluent. Il est à mon sens possible de repérer, au moins pour une petite part, le cheminement de l’élaboration qui sous-tend ces variations, ce qui permettrait une première cohésion de l’ensemble tout en évitant l’amalgame. Celle-ci n’apparaît pas d’emblée évidente et encore moins aller de soi.
Un point m’a, malgré la richesse des éléments évoqués dans notre congrès, paru absent des débats. Pourtant sa position en fait un arrière-fond sur lequel s’adossent de fait les approches envisagées, les voies théoriques engagées. Il pourrait à mon sens servir de point de convergence (rétrograde) aux divers cheminements. Il s’agit d’un point de négativité si l’on considère le caractère positif des thèmes d’action, d’activité de transformation et de liaison. L’intrication, elle, pose plus de problèmes.
Ce point dont je prépare si longuement la présentation est celui de l’inactivité psychique [1].
Inactivité psychique qui n’est pas seulement à positionner comme mythe théorique nécessaire pour penser le temps d’avant la naissance de la psyché mais bien comme état pouvant surgir au sein d’un appareil psychique déjà constitué et avoir à la fois des causes et des effets, notamment cliniques peu intelligibles sans ça.
 
LE RETRAIT DE L’ACTIVITÉ
 
 
Dès 1911, avec « Formulation sur les deux principes du cours des événements psychiques », Freud propose, en passant, de penser des situations où « l’activité psychique se retire des opérations qui peuvent susciter du déplaisir ». Une lignée de sens pour la compréhension du fonctionnement psychique est dès lors engagée aux côtés, sans s’y confondre, de celle référée au refoulement.
Cette ouverture, que Freud fait sans s’y attarder, s’avérera par la suite essentielle pour sa pensée, non sans avoir posé des questions pour certaines difficilement surmontables.
Il existerait donc des opérations psychiques dont se retire l’activité psychique en raison du trop grand déplaisir, qu’elles occasionnent [2]. On voit d’emblée qu’une conception du traumatique, celle qui prévaudra après 1920 est ici en germe.
Il existe selon cette logique des opérations psychiques qui se déroulent sans que le psychisme soit impliqué activement. Il y est impliqué sur un autre mode. Un mode que le couple habituel activité/passivité ne permet pas d’appréhender malgré son très large champ de pertinence. Quelque chose d’autre exige sa prise en compte : un état psychique d’inactivité. Il s’agirait alors de provinces psychiques dans lesquelles des opérations ont lieu, se déroulent alors qu’elles sont désertées par l’activité psychique. Ce sont des zones d’inactivité psychique où il se passe pourtant quelque chose. Opération qui selon la logique freudienne aura forcément une, voire plusieurs inscriptions : une mémoire. En 1911, on sait déjà que toute expérience même source de désintérêt ou de « pur » déplaisir trouve sa trace, son inscription dans l’appareil de mémoire. Cette règle concerne aussi la trace de l’épisode d’inactivité psychique. Nous voyons là l’émergence de l’idée très éclairante que le champ d’inscription est plus vaste et déborde le champ de l’activité psychique, de la vie psychique. Ce gradient inscription mnésique/vie psychique est source de difficultés particulières et donc de manifestations cliniques atypiques. Cette inscription délimitera, au sein de l’espace interne, les zones marquées par l’inactivité qui a prévalu lors de l’expérience passée. Probablement des traces peu actives, tout au moins pour un temps. Car de quiescentes elles peuvent se réveiller à la faveur des coups de boutoir des parties indomptables ou indomptées de la pulsion.
 
UN MARIAGE INATTENDU
 
 
On se trouve, si on veut bien donner quelque crédit à cette proposition de cohérence, dans la situation intéressante de provinces psychiques désertées par l’activité psychique, qui peuvent à tout moment être mues, activées pour tout dire, par cette part non liée, restée sauvage, de la pulsion.
Ces espaces où le moi n’est pas, ces zones d’inactivité psychique désertées par la vie psychique sont des sortes de tombes à ciel ouvert où gît l’inscription de la part mortifère de l’objet ayant participé à l’opération qui a suscité le retrait de l’activité psychique.
L’intérêt précédemment évoqué augmente si l’on considère que cette alliance concerne la part restée indomptée de la pulsion et les parts mortifères de l’objet gisant dans ces espaces désertés par la vie psychique. Un mariage insoupçonné et mortifiant d’une pulsion sauvage et d’une trace mortifiée de l’objet ; un mariage sans témoins car n’existent ni subjectivité assurée ni objet reconnu dans son altérité. Les raptus des états oniro ïdes, les comportements violents, clastiques de certains délinquants sexuels notamment, les états mélancoliques ou les stratégies perverses nous offrent des illustrations cliniques d’importance.
Dans ce texte de 1911, Freud ne dit pas grand-chose de plus sur ces opérations dont l’activité psychique s’est retirée comme si sa pensée théorisante, mais seulement celle-là, faisait de même et se retirait pour le moment de ce champ. L’on sait que Freud y reviendra sous des angles différents. Cela nous donnera des textes aussi essentiels que « Au-delà du principe de plaisir » et à sa suite, « La perte de réalité dans la névrose et la psychose », « Le clivage du moi », « Construction dans l’analyse », etc.
 
LA RÉPÉTITION-REPRODUCTION
 
 
Pour le moment (1911), la logique du texte concerne les formulations faisables sur le principe de plaisir et le principe de réalité. Ce qui intéresse prioritairement Freud, ce sont les provinces du psychisme où les opérations sont soumises au principe de plaisir puis à son dérivé, le principe de réalité, et aux conditions et effets de ce passage qu’on peut d’ailleurs formaliser de la façon suivante : le principe de plaisir/déplaisir se transforme, sous l’effet de la perception et de la représentation interne de la réalité extérieure, en principe de plaisir-déplaisir/principe de réalité [3]. Le changement de place de la barre d’opposition est là un apport décisif. La barre d’articulation, la conflictualité psychique se déplace dans un champ de pertinence qui, lui, reste stable : celui où l’activité est assurée. Le principe de réalité « ne signifie pas une suppression du principe de plaisir, mais seulement une façon d’assurer celui-ci ». Le principe de réalité est une adaptation du principe de plaisir aux exigences des circonstances de réalité.
C’est donc ainsi qu’en 1914 dans « Remémoration, répétition, perlaboration » la répétition en question concerne ces parties, explorées prioritairement aussi en 1911, que l’activité psychique, selon la logique PP-D/PR, n’a pas désertée.
Il s’agit d’une répétition-reproduction par les actes et en actes (ici fermement associés avec comportements), d’éléments refoulés qui ne trouvent pas de possibilité de retour par la voie verbale. La logique est la même : à l’occasion du mouvement transférentiel, des désirs anciens refoulés sont renforcés et tendent à se manifester en contournant l’interdit qui historiquement les frappe. Ils utilisent la voie comportementale, moins psychisée, moins signifiée et échappent en grande partie à la censure.
Il est dès lors cohérent que cette répétition-reproduction soit intimement solidarisée à l’action, l’agir, l’acting-in ou out. La répétition est ici, toute rattachée qu’elle soit à l’action, dans le giron du PP-D/PR.
Notons enfin que dans cette logique le liant des opérations psychiques, l’outil majeur du moi pour assurer ses capacités de synthèse, est le PP-D/PR. Il est l’opérateur principal du lien, de la liaison psychique.
Par la suite cette cohérence mise à mal, l’opérateur de liaison primaire changera.
 
LA RÉPÉTITION, LIAISON MINIMALE
 
 
En 1920 (et après) avec l’au-delà du principe de plaisir, la répétition n’est plus solidarisée à l’action. Il est vrai qu’il ne s’agit plus d’une répétition-reproduction telle qu’en 1914, mais d’une répétition automatique dont l’aspect « compulsion de » est la forme sous laquelle la psyché exprime la contrainte qui de ce fait s’impose à elle.
Si, en 1911, Freud naturellement pris par la logique principale de son texte ne s’étend pas sur la question soulevée par l’idée d’opération désertée par l’activité psychique, en 1920 elle resurgit dans l’ « au-delà... ». Ces zones d’inactivité psychique, ces traces d’expériences où le sujet est passivé (inactivité) par la force du traumatisme, par l’empiétement de l’objet, où on ne peut trouver un quelconque effet du principe de plaisir, se manifestent, mues par la répétition, par une activation du pôle perceptif dans le rêve traumatique notamment et plus tard (1937) dans l’hallucination. Elles y prendront cet aspect désubjectivé de répétition automatique d’une inscription figée. C’est, me semble-t-il, ce point qui fait toute la différence entre la répétition de 1914 et celle de 1920. Si, en 1914, la répétition-reproduction se solidarise avec l’action, avec l’activité du sujet comme on l’a entendu à juste titre pendant ce congrès, en 1920 elle ne peut plus être solidarisée qu’avec passivation (et non passivité) du sujet, qu’avec l’effort le plus répétitif et parfois le plus vain d’animation de zones historiquement désertées par l’activité et pourtant présentes dans cette intériorité clivée où elles seront traitées comme des étrangetés insérées au-dedans. Il s’agit là de ce que j’ai déjà nommé clivage hors du moi, un clivage où le moi n’est pas.
Il n’y a donc pas d’opposition entre répétition automatique et compulsion de répétition, mais différence d’expression selon la position de celui qui a à en rendre compte. Par contre, il y a un saut paradigmatique que de passer de la répétition-reproduction de 1914 à la répétition automatique de 1920 et ceci même si, à plusieurs reprises, Freud lui-même utilise le terme de compulsion de répétition pour l’une comme pour l’autre... Cela en effet se comprend aisément lorsqu’on envisage l’effet « compulsion » comme la traduction par la psyché de l’effet de contrainte que lui impose l’un ou l’autre des deux modèles de la répétition.
Dès lors que ces points sont précisés, l’enjeu de la liaison, central pour le thème de notre congrès, apparaît différent. En 1914, la liaison est constituée par la tendance à rechercher le plaisir. Tendance qui soumet les opérations psychiques à son exigence, y compris par l’érogénéisation de la douleur comme dans le masochisme pervers (1915). La répétition-reproduction n’échappe pas à cette logique. Elle se fait dans le cours d’un transfert organisé et concerne des contenus refoulés, déjà traités psychiquement, portant la marque du désir.
En 1920, il faut aller chercher la liaison au-delà du PP-D/PR. C’est une des propositions majeures de Freud. Un répétition qui tente ou plutôt qui a pour effet, si on veut tenter d’échapper au finalisme, de créer un lien minimum au prix de l’immobilisation des charges, au prix de fixations difficilement dépassables. La fonction de maîtrise des charges par la répétition est clairement soulignée. C’est ce que Freud signale en disant que la liaison, œuvre des fonctions les plus anciennes et les plus importantes de l’appareil psychique, est un acte destiné à préparer et à affermir la domination du principe de plaisir. Fonctions anciennes, d’avant le PP/D, que représente la répétition. Une répétition qui permet le minimum : que quelque chose existe plutôt que rien. Le mariage précédemment évoqué trouve alors, grâce à la répétition, une nouvelle chance. Chance d’être reçu, entendu par le sujet et son objet, notamment l’analyste convoqué, dans la cure, à traiter l’insignifié. Ce qui importe dans ce procès, et cela pèse son poids, ce n’est pas le sens qui plus tard s’y lira, il n’y en a encore pas, mais son existence définie par ses traits : ceux que retrace la répétition.
Sur la question des identités et des différences entre liaison/déliaison et intrication/désintrication, le débat reste ouvert.
 
TRANSFORMATION
 
 
Toujours est-il que l’enjeu des transformations change considérablement. Il n’est plus le même pour une répétition-reproduction de contenus essentiellement refoulés (donc psychisés) et pour une répétition automatique de contenus jamais intégrés à la vie psychique à la porte de laquelle ils frappent incessamment (Freud, 1924).
C’est sur le deuxième registre qu’a porté l’essentiel des débats lors de ce congrès ; mais, de façon singulière, sans utiliser les outils de ce niveau, celui de l’inactivité psychique. Ils nous ont montré qu’il n’est pas aisé de définir les contenus ou les modalités précises des transformations de façon directe ou frontale, bien que des approches éclairantes aient été apportées par les uns et les autres. On y note l’importance de la motricité, de la perception, de l’hallucination de désir et de leur conjonction dans la fonction de représentation. Il a été fait par ailleurs, a contrario, un repérage très intéressant des situations et conditions où « ça » ne transforme pas ou si peu (mais si peu est déjà beaucoup pour certains registres) et des configurations clinico-théoriques (identifications-projectives massives, identification adhésive, transfert par retournement, empiétement psychique, inclusion mortifère au Moi de l’ombre de l’objet, etc.) compromettant gravement les possibilités de transformation.
Définir notre objet de travail par le repérage de ses contours ou de ses effets puis ne le désigner que par la négative ne présente pas un caractère parfaitement satisfaisant d’un point de vue esthétique et conceptuel, mais cette perspective possède quelques vertus cliniques et cela reste toujours précieux dans ces espaces aux traitements si difficiles.
 
RÉPÉTITION, AGIEREN : LE PRINCIPE DE CONTRAINTE
 
 
La perspective qui nous est offerte désormais est d’introduire au-delà du PP, avant que ne s’instaure fermement et durablement le PP sur les opérations psychiques, un autre fondement qui est un principe essentiellement de contrainte. Il nous propose une représentation du fonctionnement psychique dont le fondement est le principe de contrainte à l’activité psychique, dans toutes ses spécificités, là où il n’y avait (et où il peut de nouveau y avoir) qu’un état d’inactivité. Une représentation où l’appareil psychique est agi par la contrainte, par plusieurs contraintes. Tout d’abord celle de donner un destin aux pulsions, ensuite de signifier ses expériences perceptives de la réalité extérieure où l’objet règne en maître avec son désir bien avant d’être reconnu et enfin la contrainte qu’impose la manière même dont l’appareil psychique traite ce qui le stimule, à savoir inscription de l’expérience et répétition de l’inscription. Il s’agit moins d’une action que l’un pousse à l’activité, que d’une exigence de travail imposée au psychisme aux côtés de celles imposées par la pulsion et la perception. L’enjeu concerne ainsi ce qui met au travail l’appareil psychique, ce qui le meut.
Ce principe de contrainte dont la répétition est le premier liant, la première manifestation, ne va pas s’éteindre avec la domination du PP/D. Le PP/D infiltrera au mieux les opérations psychiques, y imposera si possible l’activité psychique et fera prévaloir sa visée au prix parfois d’impostures du moi. On a vu qu’il existe des cas où il n’y parvient pas. Toutefois les deux principes vivront ensemble et leur alliage pourrait se signifier cette fois par le terme d’intrication. On reconnaît dans le principe de contrainte, lorsqu’il a imposé sa domination sans merci sur le déroulement des événements psychiques, la dimension démoniaque signalée par Freud. La répétition dans sa forme automatique apparaît comme prépsychique, comme condition minimale pour que s’installe la vie psychique sans certitude quant à sa réussite.
Le concept d’agieren tellement important dans la dernière théorie des pulsions, semblerait bien correspondre à la manifestation de ce principe de contrainte à l’activité. Il est le mouvement qui aboutit à l’action autant que l’action elle-même. Il inaugure une activité psychique qui, de façon rétroactive, traite les contraintes en essayant de leur imposer la domination du PP/D. L’activité psychique qu’il a initiée a à traiter secondairement la contrainte qui l’a produit.
Il ne s’agit pas, loin s’en faut, d’une opposition de l’interdit contre le désir mais bien d’une contrainte à l’activité psychique. Le principe de contrainte n’est pas issu du désir, d’un quelconque désir. Il est présubjectal et pré-mo ïque. Il est inhérent à tout ce qui peut faire psychisme, à ce qui fait psychisme : pulsion, objet et répétition de l’inscription de leur alliance ou de son défaut.
L’enjeu précédemment évoqué de la transformation est dans ces circonstances celui d’une première transformation. Celle qui accueillerait la répétition comme forme minimale de liaison. Que l’on ne s’y trompe pourtant pas, il s’agit moins d’une position na ïvement bien intentionnée et seulement bienveillante de la part de l’analyste que de celle qui recevrait et signifierait fermement l’existence et la présence de la part empiétante de l’objet, de la part désertée du sujet fondé dans son retrait et surtout de la part du sexuel pulsionnel sauvage qui réveille toutes ces contraintes en y ajoutant la sienne. La subjectivité peut espérer y advenir si l’existence est reconnue, le lien minimal assuré, le plaisir envisagé.
 
NOTES
 
[1] Cf. M. Sali, Inactivité, activité, passivité. Les enjeux du masochisme, RFP, no 5, 1999.
[2] L’idée n’est pas absente chez Winnicott où elle prend la forme d’un sujet qui se rend absent à l’expérience en cours.
[3] Dans la suite du texte, les termes principe du plaisir/déplaisir et principe de plaisir-déplaisir/principe de réalité seront écrits sous la forme respectivement de PP/D et PP-D/PR.
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[1]
Cf. M. Sali, Inactivité, activité, passivité. Les enjeux d...
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[2]
L’idée n’est pas absente chez Winnicott où elle prend la f...
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[3]
Dans la suite du texte, les termes principe du plaisir/dép...
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