2002
Revue française de psychanalyse
Retours sur le contre-transfert et l’espace analytique
De l’inter à l’intra
Jean Cournut
4, rue du Vert-Bois
75003 Paris
L’analyse fait revivre les transactions précoces de la relation mère-enfant ; elles s’expriment souvent dans la cure en comportements. Pour les analyser, encore faut-il “ passer ” par les zones érogènes.Mots-clés :
Intrapsychique, Intersubjectif, Identification primaire, Préobjectal, Zones érogènes.
Analysis causes early transactions in the mother-child relation to be relived. These are often expressed in treatment through behaviour. In order to analyse them, it is necessary to “ pass ” via the erogenous zones.Keywords :
Intrapsychic, Intersubjective, Primary identification, Preobjectal, Erogenous zones.
Die Analyse lässt die frühen Transaktionen in der Mutter-Kind-Beziehung wieder erleben ; sie drücken sich in der Kur oft im Verhalten aus. Um sie zu analysieren, muss man via die erogenen Zonen gehen.Schlagwörter :
Intrapsychisch, Intersubjektiv, Primäre identifizierung, Preobjektal, Erogene Zonen.
El aná lisis logra revivir las transacciones precoces de la relación madre-hijo ; se expresan a menudo en la cura por comportamientos. Para analizarlos, aún es necesario “ pasar ” por las zonas erógenas.Palabras claves :
Intrasíquico, Intersubjetivo, Identificación primaria, Preobjetal, Zonas erógenas.
L’analisi fa rivivere le transazioni precoci della relazione madre-bambino ; spesso nella cura si esprimono con comportamenti. Per analizzarle, bisognerebbe “ passere ” per le zone erogene.Parole chiave :
Intrapsichico, Intersoggettivo, Identificazione primaria, Preoggettuale, Zone erogene.
C’est un vieux débat toujours actuel vis-à-vis duquel j’éprouve un certain malaise ; relancé par les tenants de l’observation directe et par les cognitivistes, il intéresse aussi les psychanalystes quand, d’aventure, ils sont en mal de théories du sujet, du moi, du je, du self, de la personne, de l’action, etc. et du narcissisme. La question d’ailleurs est à double sens. Ou bien c’est la rencontre de deux intra psychiques qui produit de l’interpsychique ; ou bien c’est l’inter qui produit de part et d’autre de l’intra. Mais, de toute manière, penser en terme d’ “ inter ” oblige à définir en termes analytiques ce que l’on entend par “ intra ”.
Il s’agit en somme de repartir de l’hypothèse freudienne d’un appareil psychique fermé, compartimenté et parcouru par une énergie à trajets réversibles (hypothèse présente dès L’Esquisse et L’interprétation des rêves, et encore dans l’Abrégé). Selon cette hypothèse, tout événement, toute relation, tout stimulus venant du dehors sont travaillés, transformés, métabolisés, et pour tout dire : « intrapsychisés par cet appareil qui se constitue par le fait même qu’il... intrapsychise ». Bien évidemment ce modèle d’une monade solipsiste, inspiré de la thermodynamique et de la neurophysiologie, est contestable, et d’ailleurs fut rapidement révisé par Freud (voir le Nebenmensch de L’Esquisse et la note célèbre de 1911 : « Si l’on inclut les soins maternels »). Toutefois ce modèle théorique présente un certain nombre d’avantages :
- il constitue une unité foncière qui s’autonomise dans les trois polarités définies en 1915, Moi-Non/moi, Plaisir-Déplaisir, Activité-Passivité ;
- il élimine la na ïveté des causalités à courte vue : on n’est pas malade à cause d’un trauma mais du fait des effets intrapsychiques de ce trauma ;
- il intériorise les conflits : ceux-ci ne seront plus entre le dehors et le dedans, mais entre des instances de l’appareil (ceci depuis les « pensées inconciliables » de 1894 jusqu’au « surmoi » des Nouvelles Conférences) ;
- ce modèle oppose perception et représentation ; l’expérience des sens est peu fiable et l’épreuve de réalité parfois trompeuse (voir le déni et l’hallucination négative) ;
- cet intrapsychique est un appareil de mémoire qui garde la trace des expériences passées ;
- c’est un appareil de langage et de symbolisation (ce qui pose d’emblée la question de l’autre, de l’altérité) ;
- c’est, enfin, un appareil pulsionnel (ce qui pose d’emblée la question de l’objet). Cet appareil transforme les stimuli, excitations, sensations venant de l’extérieur en pulsions. C’est la définition de la pulsion « concept limite », délégation envoyée par le somatique dans l’intrapsychique.
Précisions :
- cette pulsionnalisation s’effectue sur et à partir du socle biologique, génétique et immunologie comprises, et s’inscrit dans les réseaux d’assignations symboliques (filiation, alliance, nomination, etc.) ;
- l’idée du concept limite va à l’encontre d’un dualisme opposant corps et âme et affirme une vision moniste de l’humain. On voit bien là ce qui pour Freud caractérise l’humain, à savoir la transformation des excitations en processus intrapsychiques.
LA QUESTION DU « PRIMAIRE »
Après ces rappels, il faut en revenir aux paramètres de la pulsion, tels que Freud les définit en 1915 : le but (satisfaction et ce qui concerne la sublimation), la source (les zones érogènes), la force (la poussée pulsionnelle est constante mais sa force connaît plus ou moins d’intensité ; c’est le facteur quantitatif maintes fois évoqué par Freud), et l’objet, considéré par Freud comme contingent et interchangeable. Cette option a fait qu’une bonne partie de l’histoire de la psychanalyse est centrée sur, précisément, une réhabilitation de l’objet. Mais cet objet, quel est-il et où est-il, dehors, dedans, quelles sont ses origines, son devenir, ses qualités, et à partir de quoi et de quand devient-il interne, c’est-à-dire intrapsychique ? Voilà donc qu’apparaît la question de l’objet primaire.
Pour tenter de répondre, encore est-il nécessaire de rappeler deux processus qui s’effectuent dans l’appareil psychique ; tous deux impliquent l’objet de la pulsion et sa force : les identifications, et les investissements qui, tous deux aussi, doivent être interrogés quant à leur éclosion. Et voilà donc qu’apparaît, face à la question de l’objet primaire, celle de l’identification primaire et des premiers investissements. Ce qui nous place au cœur de l’excellent travail de Jacqueline Godfrind-Haber et de Maurice Haber, qui eux en effet soutiennent, plus qu’une analogie, mais davantage une communauté de nature entre les transactions mère-enfant du tout début de la vie et certains aspects souvent ineffables et méconnus de la relation analytique.
QUID DE LA PREMIÈRE IDENTIFICATION ?
— On connaît l’option freudienne de 1923 concernant la première identification au père de la préhistoire, préalable aux premiers investissements et en rapport direct avec la constitution de l’idéal du moi. On connaît aussi le repentir de Freud qui, en note, évoque l’identification aux parents avant la reconnaissance de la différence des sexes. On peut ajouter un autre correctif : outre le fait que l’on sait maintenant que le fœtus distingue la voix de sa mère parmi d’autres voix, il faut rappeler que si l’infans ne connaît pas encore la différence des sexes, ses parents, eux, la connaissent, ce qui signifie que c’est à des êtres sexués que s’effectue cette identification primaire. En fait, cette option freudienne concernant l’identification au père primitif procède d’une position ontologique. Pour qu’un intrapsychique se constitue en tant que sujet, encore faut-il l’inclure dans une lignée, une histoire et dans une filiation identitaire et identificatoire. Cette option va dans le sens de l’hypothèse du père de la horde et du repas totémique ; elle est, si l’on peut dire, structuraliste avant la lettre, reprise d’ailleurs par Lacan à propos de l’ordre symbolique et du Nom du Père. À moins que chez Freud, cette option ne tienne à une certaine difficulté face à un féminin maternel ante-œdipien !
— En contrepoint de cette option qui se veut fondatrice de l’intrapsychique, on connaît les autres positions, toutes aussi fondatrices, mais disons plus pragmatiques, qui, en deçà de leur diversité, pourraient être résumées par le constat de Winnicott : un enfant sans sa mère, ça n’existe pas ! Dans cette perspective, objet primaire, identification primaire, premier investissement sont en rapport direct, corps à corps fusionnel, avec la mère. Cependant ce rôle prévalent ainsi reconnu à la relation maternelle donne lieu, là aussi, à des positions extrêmement différentes les unes des autres. Lors des discussions de ces diverses théorisations, il ne faut surtout pas négliger le fait que les options des auteurs et chercheurs peuvent se trouver infiltrées par des positions proprement idéologiques, si ce n’est personnelles. En d’autres termes et sans mettre en doute l’honnêteté intellectuelle de quiconque, il faut bien reconnaître qu’en arrière-fond, c’est la place et le rôle imputés à la sexualité, et tout particulièrement à la sexualité infantile qui sont en jeu. Pour les psychanalystes, c’est la théorie des pulsions qui se trouve menacée par les théories dites de la relation d’objet. Il serait du reste intéressant et même nécessaire de se demander pourquoi et pour quels motifs on tient tant à cette théorie des pulsions !
Les tenants de l’ « attachement » et de l’ « accordage » s’étayent sur l’observation des patterns de dépendance et d’attachement du jeune enfant et de sa mère et sur l’appréciation, voire les mensurations, de leurs comportements et de leurs interactions. C’est le règne de l’ « inter », mesurable, étalonnable, jusque et y compris les dosages du déterminant hormonal de la parentalité et le recueil des empreintes génétiques de l’instinct maternel. Pour que les débats ne soient pas trop stériles, on doit délimiter les champs ; ce que fait, par exemple, Daniel Widlöcher
[1], quand il écrit : « C’est l’activité fantasmatique qui traite en après coup les expériences vécues des conduites d’attachement. Elle reprend sur le mode imaginaire ce qui a dépendu des patterns relationnels et des réponses de l’entourage. »
Si, par contre, c’est en se focalisant sur l’expérience analytique que l’on reconstruit l’aube de la vie et la « mère première », on valorise la notion d’objet interne, ou mieux introjecté (dans des mouvements d’introjection et de projection), c’est-à-dire inclus dans l’intrapsychique. La théorie freudienne de celui-ci s’en trouve élargie : la pulsion invente l’objet, mais l’objet révèle la pulsion (on sait l’insistance d’André Green sur la « fonction objectalisante »). La vie psychique dans cette perspective se joue dans un va-et-vient topique, dynamique et économique en perpétuelle mouvance. Celle-ci fera, et sera faite des identifications et des investissements en rapport avec l’objet. Dans la première topique, la pulsionnalisation s’effectue dans la mise en représentations affectées, refoulables et symbolisables. Notons que – et ce n’est pas rien – la représentation naît de la perte de l’objet externe jusqu’alors investi parce que satisfaisant, mais qui, dès lors qu’il manque, est halluciné, puis représenté. Dans la deuxième topique, on insiste davantage sur le jeu des investissements, désinvestissements, contre-investissements, dans la mouvance des intrications-désintrications des pulsions de vie et des pulsions de mort.
Quoi qu’il en soit, c’est la relation à l’objet, c’est-à-dire à la mère première qui est en jeu. On ne dit pas : à la mère – première – objet, car on suppose un temps préobjectal, transitionnel entre la fusion et l’objectalisation. C’est ce temps premier que l’expérience analytique frôle, retrouve, reconstruit. Les observations cliniques et les hypothèses théoriques sont, sur ce thème central de la psychanalyse, plutôt nombreuses, soit selon l’insistance des auteurs sur l’étude d’un processus (par exemple : identification primaire, précoce, archa ïque, adhésive, mimétique, fusionnelle, etc., y compris cannibalique), soit selon l’ensemble d’un système théorique.
En fait, les Haber se situent entre ces deux options. La question posée est simple, immense et réversible : Qu’est-ce qui se passe quand un « intra » (psychique) rencontre un autre « intra » ? Il se font de l’ « inter », certes. Mais on peut dire aussi que c’est l’inter qui fait de l’intra, à condition de considérer que dans cette affaire l’un des intra est évolué, pulsionnel, sexué, narcissique et objectal, et œdipien, alors que l’autre intra n’est rien, ou presque, et en tout cas pas encore quelque chose et encore moins quelqu’un, quelqu’un ayant un intrapsychique. On peut valablement supposer que chaque intra va prendre l’autre comme objet de ses pulsions, l’un – ou plutôt l’une – à part entière, l’autre en balbutiant. Le type de ces relations – j’allais dire embryonnaire – connaîtra des modalités variables d’identifications et d’investissements selon des modes variés, de dévoration, de rejet, de maîtrise, d’expulsion, de mise en représentations et en affects, de mise en sens, etc. L’intra et l’inter se jouent autour de la question : viens voir si j’y suis, ça m’apprendra ; à quoi l’autre répond : je ne serai pas là si tu ne m’avais pas déjà trouvé (trouvé : au sens de Freud et de Winnicott, raté : au sens de Lacan).
LA COMMUNICATION SOUTERRAINE
Mais les Haber situent leur recherche bien avant ces péripéties. Non pas vraiment dans la rêverie de la mère, non pas vraiment dans l’expérience émotionnelle (fût-elle partagée), ni vraiment dans la « détoxication » bionnienne, ni dans l’objet-source et la séduction généralisée, ni dans la réception de la parole de l’Autre qui inscrit le signifiant, ni dans les messages inconscients qu’adresse la mère, mais dans la rencontre psychanalytique interpsychique, et, qui plus est, dans l’en deçà de la névrose de transfert. Ils traquent les effets intrapsychiques de l’infraverbal dans le registre des « agir », manifestations corporelles motrices, mimique, etc., passage à l’acte compris, induits, inconsciemment des deux côtés, par le patient chez l’analyste. L’hypothèse de fond étant que ces « agir » rappellent et même répètent les moyens de communication primaires de la relation à l’objet primaire. On est dans les transformations des données sensorielles, perceptives, affectives et surtout motrices, en mal de symbolisation primaire. Les moyens de ces transformations se meuvent dans le jeu du transfert et du contre-transfert. Ce dernier, pour nos auteurs, a des capacités symbolisantes, et l’on se trouve au niveau de ce sur quoi ils insistent déjà depuis quelques années, à savoir les courants du transfert - contre-transfert de base, évoquant même ce qu’il désigne comme une « communication souterraine ».
L’expression est forte et provocante, à tel point qu’elle induit aussitôt une question crue : « par où ça passe ? ». La question est crue mais ne peut être évitée quand les auteurs parlent de traces d’échanges agies, d’expériences agies partagées inconscientes. Avec de l’inter on fait, certes, de l’intra, mais il est bien précisé que c’est avant toute inscription signifiante : plus anti-lacanien je meurs ! Et si c’est du côté « du beeing winnicottien, plus ante-pulsionnel », je défaille !...
Reste la question théorique de la trace, de l’empreinte de l’agir comme « véhicule privilégié des (premières et toujours persistantes) sollicitations à l’objet ».
FRANCINE ET BRIGITTE : MÊME EFFONDREMENT
L’illustration clinique est intéressante : Francine est une « bonne analysante », tout va bien. Mais voilà que Francine revendique et veut diminuer le nombre de ses séances. Finalement l’analyste cède (d’ailleurs ça l’arrangeait, elle, l’analyste de supprimer une séance), et c’est « la descente aux enfers ». Je n’emploie pas cette expression au hasard : en effet c’est celle que la même analyste avait employée en 1993 en analysant le cas de Brigitte. Dans les deux cas, ou plutôt les trois puisque Francine a récidivé. À la suite d’un événement apparemment anodin ou d’un mot malheureux de l’analyste, subitement est survenu un changement spectaculaire du cours de l’analyse. Dans les trois cas, l’analyste s’avoue sidérée ; en 1993, chez Brigitte, elle évoquait un effondrement narcissique ; en 2002, chez Francine, elle parle de l’expression, ou de la brusque apparition d’un « noyau archa ïque de fonctionnement ».
Première remarque : les rapporteurs ont tout à fait raison d’insister, et de nous mettre en garde, à propos de ces défaillances de la symbolisation primaire et de ces investissements, inconscients de part et d’autre, d’agissements, j’allais dire : de petits comportements, qui s’échangent subrepticement entre analysant et analyste et dont on s’aperçoit tard, parfois trop tard, qu’ils roulent comme des lames de fond qui n’ont d’équivalent que dans ce que fut – et se répète – la détresse de l’infans, cris, pleurs, bouleversements moteur et viscéral.
Deuxième remarque : les rapporteurs ont encore tout à fait raison de nous montrer combien, inconsciemment dans ces échanges agis, chacun des deux protagonistes peut induire l’autre à des passages à l’acte. Même quand c’est le patient qui, si j’ose dire, les a réclamés, ces « agir » peuvent produire des cataclysmes dans l’économie de la cure.
Troisième remarque, en forme de question : lors de ces cataclysmes, comment calmer le jeu ? En 1993, au sujet de Brigitte, Jacqueline Godfrind-Haber dénonçait « la qualité séductrice, excitante, complice, voire persécutrice, que pouvaient prendre, à certains moments, des interventions dans le registre pulsionnel, celui de la sexualité infantile », alors qu’elle préférait, écrivait-elle à l’époque, « des interventions pare-excitantes, susceptibles de contribuer à la renarcissisation de base à ce moment défaillante ». J’avais, dit en 1993, à J. Godfrind que je restais dubitatif devant ce parti-pris de suspendre en quelque sorte le pulsionnel pour réparer le narcissisme, peut-être, du reste, parce que moi-même je ne saurais pas comment procéder.
Et pourtant la tactique s’était avérée bénéfique, à ceci près que Brigitte, pour sortir de l’enfer, avait trouvé, ou retrouvé, une théorie sexuelle infantile, celle du co ït par le nombril. La renarcissisation avait, semble-t-il bien fonctionné mais le pulsionnel semblait bien revenir en force, par l’investissement d’une zone érogène, et par la mise en mot, et même en théorie, de cet investissement.
À propos du premier épisode de Francine, la réorganisation semble s’effectuer par « un déploiement d’un travail élaboratif » qui produit une réminiscence. Laquelle : celle d’un corps à corps de maîtrise réciproque, de rejet et d’expulsion, entre une fille qui se retient (quand elle était enfant, elle boudait) et une mère geignarde qui « imposait ses maux » à son mari. Ici aussi on retrouve l’investissement de représentations et d’affects issus préférentiellement des zones érogènes de pulsionnalisation.
Lors du deuxième épisode de Francine, l’analyste a tenté, dit-elle, l’exercice périlleux qui consistait à « contenir les excès de Francine ». Je dois dire que j’aimerais beaucoup savoir comment elle s’y est prise, d’autant que, dit-elle, l’épisode s’est terminé par « un heureux dénouement de cette traversée d’un univers en deçà de la symbolisation primaire » et – la phrase est importante – « la rencontre de la question de l’empreinte des caractéristiques des objets primaires dans l’organisation psychique ».
À l’encontre des « produits d’un jeu de projections liées à la conflictualisation pulsionnelle », manifestement les rapporteurs plaident pour un « déploiement des images d’action » qui drainent « des modes d’être à l’autre ». Je veux bien que dans ces eaux-là on n’évoque pas encore le conflit psychique, mais alors, reconnaître cet ante-pulsionnel est pertinent, sûrement nécessaire, mais pas suffisant. Pas suffisant si l’analyste ne désigne pas :
- d’une part, l’excès quantitatif de la force pulsionnelle ;
- et d’autre part, l’investissement originaire des zones érogènes en tant que paramètres pulsionnels. Par sa parole, l’analyste désignera alors et nommera ainsi ce qui fut l’indicible des détresses quantitatives de l’infans dans son corps à corps avec la mère, toutes zones érogènes confondues de part et d’autre.
Dans cette perspective des agis échangés et de l’investissement de représentations issues de zones érogènes, j’ai pensé, à propos de l’inter et de l’intra et pour reprendre la question du : « par où ça passe ? », qu’une « communication souterraine », comme celle dont parlent si bien nos rapporteurs, ça passe par des tubes, des canaux, des tuyaux et des boyaux...
[1]
In
Sexualité infantile et attachement, PUF, 2000.