Revue française de psychanalyse
P.U.F.

I.S.B.N.2130526527
250 pages

p. 1653 à 1659
doi: 10.3917/rfp.665.1653

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Retours sur le contre-transfert et l'espace analytique

Volume 66 2002/5

2002 Revue française de psychanalyse Retours sur le contre-transfert et l’espace analytique

Apories de la transformation dans l’activité psychique du psychanalyste en exercice : taches aveugles et interprétations-bouchons

Florence Guignard Square d’Orléans 80, rue Taitbout 75009 Paris
Au niveau préconscient, la rencontre psychanalytique s’effectue entre l’Infantile de l’analysant et celui de l’analyste. L’activité de transformation inhérente à tout processus psychanalytique rencontre, chez le psychanalyste en exercice, des apories qui le conduisent à éprouver ses propres taches aveugles et à prodiguer parfois des interprétations-bouchons. L’auteur examine le fonctionnement de l’analyste en séance et en propose un exemple clinique en psychanalyse de l’enfant.Mots-clés : L’Infantile, Excitation, Perte d’objet, Tache aveugle, Interprétation-bouchon. At a preconscious level, the psychoanalytic encounter takes effect between the analysand’s Infantile component and that of the analyst. The activity of transformation inherent in all analytic processes meets, in an exercising psychoanalyst, aporias that lead him to experience his own blind patches and sometimes offer stopper-interpretations. The author examines how the analyst in the session functions and gives a clinical example of this in a child analysis.Keywords : Infantile component, Excitation, Object loss, Blind patch, Stopper-interpretation. Auf der vorbewussten Ebene, findet die psychoanalytische Begegnung zwischen dem Infantilen des Analysanden und jenem des Analytzkers statt. Die Verwandlungsaktivität, welche jedem psychoanalytischen Prozess innewohnt, begegnet, beim ausübenden Psychoanalytiker, Aporien, welche ihn dazu führen, seine eigenen blinden Flecken zu empfinden und manchmal “ Zapfendeutungen ” auszusprechen. Die Autorin untersucht das psychische Geschehen des Analytikers in der Sitzung und schlägt ein klinisches Beispiel aus der Kinderanalyse vor.Schlagwörter : Das Infantile, Reiz, Objektverlust, Blinder Flecken, Zapfendeutung. En el nivel preconsciente, el encuentro psicoanalítico se produce entre lo Infantil del analizante y él del analista. La actividad de transformación inherente a todos los procesos psicoanalíticos halla, en el psicoanalista en ejercicio, aporías que lo llevan a resentir sus propias manchas ciegas y a prodigar a veces interpretaciones-tapones.
El autor examina el funcionamiento del analista en sesión y propone un ejemplo clínico de psicoaná lisis de niño.Palabras claves : Lo infantil, Excitación, Pérdida de objeto, Mancha ciega, Interpretación-tapón.
L’incontro analitico, a livello preconscio, si effettua fra l’Infantile dell’analizzando e quello dell’analista. Nell’attività dell’analista in esercizio, l’attività di trasformazione inerente ad ogni processo analitico incontra delle aporie che lo conducono a provare le proprie pecche cieche ed a prodigare a volte delle interpretazioni-turacciolo. L’autore esamina il funzionamento dell’analista in seduta e ne dà un esempio clinico in psicoanalisi infantile.Parole chiave : L’Infantile, Perdita d’oggetto, Pecca cieca, Interpretazione-turacciolo.
 
INTRODUCTION : L’INFANTILE ET LES PIÈGES DE LA REPRÉSENTATION DANS L’INTERPRÉTATION
 
 
Au cours de ces cinquante dernières années, maintes recherches ont porté sur le fonctionnement psychique de ce « complémentaire » du couple analytique qu’est le psychanalyste en séance. C’est dans cette perspective que je me suis intéressée, en 1994 [1], aux pièges de la représentation dans l’interprétation.
Poursuivant simultanément mon exploration de la névrose de transfert en relation avec la névrose infantile, j’ai repris et développé la notion d’infantile. Omniprésente dans l’œuvre de Freud, cette notion se dessine notamment dans la découverte de la sexualité infantile, dans la formulation de l’organisation œdipienne universelle, dans la double conceptualisation de la névrose infantile et de la névrose de transfert qui se renvoient l’une à l’autre. Je l’ai trouvée suffisamment importante pour prétendre à constituer, dans notre réflexion théorico-technique, un concept à part entière : l’Infantile [2].
Cette conceptualisation de l’Infantile a entraîné, pour moi, la formulation des deux postulats suivants :
1 / Chez tout être humain, l’Infantile est le lieu d’impact et de communication avec un autre être humain.
2 / En raison de la force pulsionnelle peu liée qui se dégage de l’Infantile, son point d’impact sur un autre psychisme engendre une excitation au niveau de l’Infantile de ce dernier.
 
LES TACHES AVEUGLES
 
 
Quel est le devenir, dans la cure analytique, de la rencontre des deux Infantiles en présence : celui de l’analyste et celui de l’analysant ? Comment cette rencontre opérera-t-elle sur le travail analytique en séance ?
La levée du refoulement et le remaniement des clivages chez l’analysant au cours de ce travail va susciter la création de nouvelles représentations chez les deux protagonistes de la cure. Ces représentations, qui concernent, à un premier degré, la place transférentielle de l’analyste dans le hic et nunc de la séance, intéressent simultanément, à un niveau plus inconscient et difficile à saisir par le psychanalyste, l’état actuel des deux conflits intrapsychiques suscités, dans les deux psychismes, par la relation analytique.
Au décours de toute analyse, d’adulte ou d’enfant, il s’installe un mode et un rythme de base spécifiques, que l’analyste apprend à observer. Pourtant, il va se produire inévitablement des ruptures dans ce mode et dans ce rythme. Il s’agit là de ruptures de la communication dans la conjoncture transféro - contre-transférentielle. Tant que ces ruptures sont minimes, le couple analytique peut les refouler, voire les dénier. C’est lorsqu’elles deviennent plus importantes dans le hic et nunc de la séance que l’on peut tenter d’en observer la nature et d’en rechercher l’origine.
De telles ruptures se traduisent par un manque à représenter. Je les ai donc désignées par le terme de « taches aveugles ». Expression d’une absence, plus ou moins prolongée, de toute représentation, la tache aveugle est un phénomène banal dans le fonctionnement de tout être humain. Elle est le résultat d’un vécu, inconscient ou préconscient, de perte d’un objet interne signifiant. Il importe peu que cet objet perdu soit bon ou mauvais, total ou partiel, l’important est qu’il soit signifiant pour la personne qui en éprouve la perte et, éventuellement, pour quelqu’un d’autre, qui se trouverait dans un état particulier de proximité émotionnelle et d’identification projective avec cette personne – en l’occurrence, son analyste. Réponse inconsciente au transfert du patient dans le hic et nunc de la séance, la tache aveugle surgit dans le contre-transfert de l’analyste, toutes les fois qu’il se retrouve en identification projective avec l’un des objets internes du patient ou, parfois, avec une partie clivée et déniée de son Moi.
Au fil de la répétition et de la régression liées au processus analytique, la rupture de communication dans le couple analytique, signalée par une tache aveugle, va, par conséquent, concerner également la remémoration et, a fortiori, l’élaboration [3]. Ces ruptures peuvent se produire du côté de l’analysant, mais également du côté de l’analyste. J’ai tenté d’examiner de plus près ces dernières, en portant mon attention sur l’illusion de protection que constitue, pour le psychanalyste, la réalité de la dissymétrie inhérente à la situation analytique, au regard de la levée de son propre refoulement et du remaniement de ses propres clivages. En effet, cette protection illusoire peut contribuer à perturber l’attention flottante de ce dernier, et constituer, par conséquent, un facteur d’aveuglement. Car l’attention flottante favorise autant la perméabilité de la barrière du refoulement chez l’analyste que la règle d’associativité le fait chez l’analysant. Conduit, lui aussi, aux limites de ses propres capacités de transformation psychique, le psychanalyste sera donc confronté à sa propre régression inconsciente dans la situation interpsychique de la cure analytique.
 
LES INTERPRÉTATIONS-BOUCHONS
 
 
La tache aveugle chez l’analyste connaît un double destin : indissociable du champ de tension suscité, dans son système PCS, par l’excitation liée à son écoute, elle va s’organiser simultanément en une motion refoulante de cette excitation et en une préforme cadrante-contenante pour la cure analytique. Face à l’angoisse liée à la carence représentationnelle que constitue la tache aveugle, l’une des formes d’organisation de compromis qui va tenter l’analyste pour réprimer l’excitation va consister à remplir ce vide – éprouvé par lui autant que par son analysant – par ce que j’ai appelé une interprétation-bouchon.
Destinée à dénier ce manque et à enrayer l’hémorragie libidinale et objectale qui est en train de se produire silencieusement, quelque part dans le champ relationnel établi entre l’analyste et l’analysant, l’interprétation-bouchon se sert le plus souvent d’une pseudo-association « prête-à-porter », d’une image statique que l’analyste s’était faite précédemment à propos d’un matériel antérieur de l’analysant. Le niveau de fonctionnement de l’analyste va baisser d’un cran, abandonnant les affres de l’incertitude et de la position sans mémoire ni désir, quitte à recourir, pour se défausser, à l’histoire personnelle de l’analysant, ou à la théorie psychanalytique, ou encore, à l’accusation de l’analysant : celui-ci, tel un mauvais élève, refuserait d’entendre une interprétation, pourtant claire, et répétée plusieurs fois par l’analyste, sans succès... et pour cause !
Quel que soit le membre du couple analytique chez lequel survient la tache aveugle, le vécu préconscient de perte d’objet qui sera ressenti dans le champ commun de la séance va mettre en mouvement chez l’un ou l’autre, voire chez les deux protagonistes de la cure, un processus de figuration apparenté au rêve. Comme le rêve, ce processus de figuration pourra être instantanément refoulé ; il pourra aussi donner lieu à un surgissement confus d’images avec perte des limites entre soi et l’autre, l’externe et l’interne, la perception et l’hallucination. Dans tous les cas, il appartiendra à l’un des deux membres du couple analytique, mais avant tout à l’analyste, de tenter un travail psychique de décondensation et de figuration de choses et de mots.
L’analyste aura donc la tâche difficile d’être simultanément à l’écoute interne de deux Infantile hétérogènes : celui que l’analysant projette en lui, du fait du transfert, et le sien propre, du fait du contre-transfert. On se trouve là face à une occasion privilégiée de surgissement de taches aveugles. Face à ce risque, les qualités et les caractéristiques de l’Infantile du psychanalyste vont jouer un rôle capital. En effet, l’Infantile d’un analysant est toujours prêt à se mettre au service de celui ou celle qui représente un objet d’amour et de dépendance du passé – en l’occurrence, au service de l’analyste. Il dépendra alors de la manière dont l’analyste gère son propre Infantile qu’il utilise ou non à son profit pulsionnel et narcissique personnel le point aveugle d’excitation suscité, dans son psychisme, par l’Infantile de son analysant.
 
LA MAGIE DES GROS MOTS [4].
 
 
(La scène se passe dans une institution qui, très banalement, doit « caser » ses psychothérapeutes dans des locaux souvent étranges, quelque peu désaffectés, « en attendant » des crédits pour des travaux de restauration.)
À l’une de ses toutes premières séances de psychothérapie psychanalytique, un petit garçon de cinq ans manipule pendant un long moment un tuyau de douche dont il manquait la pomme. Son visage reflète un mélange d’excitation et d’inquiétude, et il ne parle pas. Puis il demande à aller aux toilettes. Lorsqu’il revient, l’air soulagé, dans la salle de psychothérapie, l’analyste lui dit : « Peut-être qu’après avoir joué avec le tuyau, tu as eu besoin d’aller vérifier que tout allait bien du côté de ton zizi... » Le petit garçon, très effrayé : « Mais tais-toi ! Ne dis pas de gros mots ! » L’analyste : « J’ai dit un gros mot ? » L’enfant : « Ben oui ! “zizi”, c’est un gros mot ! » Elle : « Ah bon !... et qu’est-ce qui arrive, quand on dit des gros mots ? » Lui : « Tu ne le sais pas ?... quand on dit des gros mots, on devient sourd ! »
La jeune analyste qui me rapportait ce fragment clinique est très douée, et elle s’est critiquée elle-même d’avoir, disait-elle, utilisé une interprétation trop « plaquée », à la limite de la paraphrase. Celle-ci nous a permis néanmoins d’orienter notre réflexion commune, tant il est de fait que la paraphrase est le parasite le plus banal du discours analytique, aussi bien dans les récits cliniques que dans les développements théoriques. Elle constitue notamment l’ingrédient principal des interprétations-bouchons prêtes à surgir toutes les fois où nous nous trouvons aux prises avec notre Infantile dans une configuration de tache aveugle. À condition d’en sortir, la situation de tache aveugle permet à l’analyste de prendre la mesure du malaise, voire de la souffrance intense qui marque de son sceau la relation de l’analysant avec ses objets internes.
Dans ce bref dialogue de l’enfant avec l’analyste, on retrouve toute la cascade des processus primaires que Freud énumère lorsqu’il analyse le récit du rêve [5] : condensation, déplacement, symbolisation, retournement en son contraire, flash hallucinatoire lié à l’illusion d’une identité de perception. Tout indique que l’enfant redoute l’ingérence de l’adulte dans son fonctionnement psychique : son jeu avec l’eau est peu symbolisé, il n’a ni scénario, ni déroulement temporel. Il s’est produit un court-circuit, dans l’économie psychique, entre l’émotion qui suit l’excitation sensorielle et la décharge sensori-motrice dans l’agir. C’est dans l’après-coup de l’interprétation proposée par la psychanalyste que va s’exprimer la pensée du rêve, qui concerne l’angoisse de castration liée aux fantasmes originaires inconscients, tels qu’ils sont exprimés au travers des rêveries masturbatoires.
Dans son jeu solitaire et silencieux du début de la séance, le petit garçon est à la fois excité et angoissé. Excité, il l’est consciemment, parce que, contrairement à ce qui se passe dans la vie quotidienne, la femme adulte avec qui il se trouve lui permet de jouer avec l’eau sans interférer dans son jeu. Excité, il l’est aussi inconsciemment, parce que cette présence ajoute à la dimension sexuelle du « jeu avec le tuyau », représentant du pénis. Angoissé, il l’est consciemment, parce qu’il ressent cette excitation au niveau de son sexe, sous la forme d’une probable érection, masquée par un probable besoin d’uriner – ces deux éléments ne sont que « probables », car l’enfant n’est pas tenu de dire la vérité lorsqu’il demande à sortir de la salle de psychothérapie pour aller aux toilettes. Angoissé, il l’est aussi inconsciemment, parce que l’absence de pomme du tuyau de douche éveille en lui ses angoisses de castration et l’impression que la situation avec cette femme, le tuyau-sans-pomme, et l’eau, est une situation un peu étrange, voire dangereuse. Il tente donc de se protéger, remplaçant le flux de l’échange verbal par le flux de l’eau. Mais cela ne suffit manifestement pas à le rasséréner, et il va donc agir encore, en demandant à aller aux toilettes. Comme toujours, son passage à l’acte condense plusieurs significations : bon prétexte pour quitter la pièce qui commence à devenir un claustrum [6], c’est également une bonne occasion, tant d’aller soulager sa tension excitatoire que de vérifier l’intégrité de son tuyau à lui.
Dans cette perspective, l’intervention de la psychanalyste est pertinente. Elle cherche un point d’impact sur le Préconscient de l’enfant, pour comprendre et soulager, en y mettant des mots, la problématique plus inconsciente mise en jeu par l’excitation sexuelle angoissante. Dans les règles de l’art, elle utilise un mot habituel du vocabulaire enfantin pour désigner l’organe génital de celui-ci. Or, l’enfant réagit comme si l’analyste l’avait concrètement surpris dans un agir masturbatoire. Dans un langage, qui obéit davantage à la logique des processus primaires qu’à celle des processus secondaires, il va alors exprimer l’interdit que lui impose son Surmoi. Sa réponse est l’équivalent d’un récit de rêve. À la causalité proposée par l’adulte, le petit garçon oppose une autre causalité, d’ordre magique : certains mots ont des effets dangereux sur la santé. Il s’indigne du fait que l’adulte ait pu si aisément transgresser ce tabou, puis, davantage encore peut-être, de ce qu’elle semble en ignorer les conséquences dramatiques : donc, l’on se porte d’autant mieux que l’on parle moins, mais aussi, que l’on pense moins.
Le malaise exprimé par l’analyste au sujet de son intervention signe la tache aveugle : au niveau de son Infantile, la petite fille qu’elle a toujours en elle lutte contre la représentation d’un petit garçon en train d’uriner. Différence des sexes, castration, « Œdipe a encore frappé », comme dirait une petite fille que je connais !
Dans la logique des processus primaires, le symbole verbal et la chose symbolisée se trouvent dans un rapport d’équation symbolique [7]. Il ne faut donc pas prononcer le mot « zizi », parce que celui-ci – le mot/chose – devient « gros » dans certaines situations d’excitation. Autre condensation, autre équation symbolique : le mot/chose devient gros parce qu’on y a touché. L’érection vraisemblablement survenue au cours du jeu excitant et angoissant avec le tuyau d’eau doit bien avoir une cause, qui est donc antérieure au moment où, aux toilettes, il aurait touché son pénis à des fins de miction éventuelle. C’est donc parce qu’il a pensé à quelque chose que le mot/chose est devenu « gros ».
Mesurons l’ampleur de la catastrophe : Voilà que « la dame » se met à parler de ce qui s’est passé, comme si elle avait été dans son pantalon à lui ! Comme si ? Est-ce encore de l’ordre du virtuel, ou le mot est-il devenu la chose ? la dame a-t-elle réellement touché à son pénis ? Il réagit comme si « on » avait touché à ce pénis. Un « on » fait de lui et d’elle, mélangés dans un mouvement d’identification projective, sous l’emprise de l’excitation, du désir œdipien et des fantasmes originaires : séduction, castration, scène primitive et retour in utero. Confusion des langues, dirait Ferenczi [8] ? Confusion des désirs, en tout cas, face à l’interdit de l’inceste. Comme il se doit, l’interprétation a opéré une brèche dans l’économie auto-érotique de l’enfant.
 
CONCLUSION
 
 
L’interprétation invite avec insistance à l’installation d’une communication verbale : sous le coup de la panique, le petit garçon se voit contraint d’utiliser les mêmes armes que l’agresseur et, par conséquent, il sort de son mutisme. À qui parle-t-il, lorsqu’il ressasse cette vieille antienne selon laquelle se masturber rend sourd ? La menace millénaire se transforme, elle envahit la sphère du langage : au travers de cette « magie du gros mot », le mot est devenu la chose, parler rend donc sourd ! Belle métaphore pour nous autres, psychanalystes !
Contrairement à ce qui se passe dans l’analyse chimique, la transformation est inhérente à l’analyse psychanalytique. Les taches aveugles et les interprétations-bouchons émaillent le trajet de cette transformation, rappelant à tout psychanalyste la double empreinte de son Infantile et de celui de son analysant sur la dynamique et l’économie de la cure analytique.
 
NOTES
 
[1] F. Guignard (1994), Les pièges de la représentation dans l’interprétation psychanalytique, Journ. psychanal. de l’enfant, 15, Paris, Bayard.
[2] F. Guignard (1996), Au vif de l’Infantile. Réflexions sur la situation analytique, coll. « Champs psychanalytiques », Lausanne, Delachaux & Niestlé, 2e éd., mars 2002.
[3] S. Freud (1914), Remémoration, répétition et élaboration, La technique psychanalytique, Paris, PUF, 4e éd., 1972.
[4] F. Guignard (2002), La magie des gros mots, Revue Humoresques, no 16 : Santé du rire, Paris, Corhum.
[5] S. Freud (1900), L’interprétation des rêves, Paris, PUF, 1967.
[6] D. Meltzer et M. Harris Williams (1992), Le Claustrum. Une exploration des phénomènes claustrophobigues, suivi d’un essai de M. Harris Williams, Équivoque chez Macbeth. Ambigu ïté chez Shakespeare, Larmor-Plage, Éd. du Hublot, 1999.
[7] H. Segal (1957), Notes on symbol formation, Int. J. Psycho-Anal., 38, p. 391-397. Trad. fr. F. Guignard, Notes sur la formation du symbole, Rev. franç. Psychanal., XXXIV, 4, p. 685-696, Paris, PUF, 1970.
[8] S. Ferenczi (1932), Confusion de langues entre les adultes et les enfants. Le langage de la tendresse et de la passion, Psychanalyse, IV, Paris, Payot, 1982, p. 125-135.
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S. Freud (1914), Remémoration, répétition et élaboration, ...
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[4]
F. Guignard (2002), La magie des gros mots, Revue Humoresq...
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[5]
S. Freud (1900), L’interprétation des rêves, Paris, PUF, 1...
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[6]
D. Meltzer et M. Harris Williams (1992), Le Claustrum. Une...
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[7]
H. Segal (1957), Notes on symbol formation, Int. J. Psycho...
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[8]
S. Ferenczi (1932), Confusion de langues entre les adultes...
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