Revue française de psychanalyse
P.U.F.

I.S.B.N.2130526527
250 pages

p. 1771 à 1778
doi: 10.3917/rfp.665.1771

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Les transformations aux limites et les défenses autistiques

Volume 66 2002/5

2002 Revue française de psychanalyse Les transformations aux limites et les défenses autistiques

Les états autistiques : une figure de la défaite de la psyché ?

Nicole Minazio Dieweg 55 1180 Bruxelles (Belgique)
La modalité transférentielle, lors de la prise en charge des enfants autistes, nous confronte aux mystères d’une souffrance psychique dont le sujet est coupé, tant est massif le désinvestissement des objets, des liens à ceux-ci, de la réalité psychique elle-même et finalement de tout ce qui a fonction de lien avec le monde extérieur.
En interrogeant les conditions et le destin des processus de désinvestissement et de la destructivité humaine, la question de la constitution du matériau psychique est prépondérante.
Les états autistiques pourraient-ils être considérés comme une des figures paradigmatiques des états de défaite psychique dont on peut d’ailleurs retrouver certains aspects au niveau de la problématique narcissique identitaire ?Mots-clés : Fonctionnement autistique, Expérience de non-satisfaction, Démantèlement, Sensorialité, Amour impitoyable, Champ interpsychique.
SummaryThe modality of transference in the treatment of autistic children, confronts us with the mysteries of psychic suffering from which the subject is cut off, so great is the disinvestment of objects, of the links with these, of psychic reality itself and finally, of everything that has the function of a link with the external world.
On questioning the conditions and destiny of the processes of disinvestment and human destructivity the question of the constitution of psychic material is at the forefront.
Could autistic states be considered as one of the paradigmatic figures of the states of psychic defeat of which we indeed find certain aspects at the level of the narcissistic-identity problematic.Keywords : Autistic functioning, Experience of non-satisfaction, Dismantling, Sensoriality, Pitiless love, Interpsychic field.
Die Übertragungsmodalität, wenn wir uns um autistische Kinder kümmern, konfrontiert uns mit den Mysterien eines psychischen Leidens, von dem das Subjekt abgeschnitten ist, denn die Entziehung der Besetzung der Objekte ist sehr massiv, sowie auch der Bindungen mit letzteren, sowie auch der psychischen Realität selbst und zuletzt von allem, was eine Bindungsfunktion mit der Aussenwelt hat.
Wenn man die Bedingungen und das Schicksal der Entziehungsprozesse der Besetzung und der menschlichen Destruktivität befragt, steht die Frage des psychischen Stoffes in erster Linie.
Könnten die autistischen Zustände als paradigmatische Figuren der psychischen Niederlagszustände betrachtet werden ? Man kann übrigens gewisse Aspekte auf der Ebene der narzisstisch-identitären Problematik wiederfinden.Schlagwörter : Autistisches Geschehen, Erfahrung von Nichtbefriedigung, Zerschlagung, Sensorialität, Erbarmungslose Liebe, Interpsychisches Feld.
La modalidad transferencial, al ocuparnos de niños autista, nos confronta con los misterios del sufrimiento psíquico del cual el sujeto está desconectado, tal es importante la descarga de los objetos, de los lazos con los mismos, de la realidad psíquica y por último de todo aquello que guarda función de vínculo con el mundo exterior.
Al interrogar las condiciones y el destino de los procesos de descarga y de destructividad humana, el tema de la constitución del material psíquico es preponderante.
¿ Pueden los estados autitísticos ser considerados como una de las figuras paradigmá ticas de los estados de fracaso psíquico en el cual, por otro lado, podemos encontrar determinados aspectos concernientes a la problemá tica narcisista-identitaria ?Palabras claves : Funcionamiento autístico, Experiencia de no-satisfacción, Desmantelamiento, Sensorialidad, Amor despiadado, Campo intersíquico.
Riassunto Nella presa in cura dei bambini autisti, la modalità transferenziale ci fa confrontare ai misteri d’una sofferenza psichica da cui il soggetto è tagliato, tanto è massccio il disinvestimento degli oggetti, dei legami con loro, della realtà psichica stessa ed in fondo da tutto quello che ha una funzione di legame col mondo esterno. Interrogando le condizioni ed il destino dei processi di disinvestimento e della distruttività umana, è preponderante la questione della costituzione del materiale psichico. Gli stati autistici potrebbero essere considerati come una figura paradigmatica degli stati di disfatta psichica di cui tra l’altro si possono ritrovare alcuni aspetti al livello della problematica narcisistico-identitaria ?Parole chiave : Funzionamento autistico, Esperienza di non-soffisfazione, Smantellamento, Sensorialità, Amore implacabile, Campo interpsichico.
Merci, Denys Ribas, pour ce travail dense et audacieux qui nous mène à interroger les confins du représentable, du pensable et de l’analysable.
Votre réflexion vous entraîne, à la fin de votre rapport, à questionner les limites du dispositif de la cure type et de son aménagement pour qu’advienne, grâce au travail de l’analyste, le processus analytique.
En vous penchant sur les conditions et le destin de la destructivité humaine, la question de la constitution du matériau psychique court tout au long de votre rapport.
À partir de votre expérience clinique, vous radicalisez votre réflexion métapsychologique en vous attaquant aux états les plus énigmatiques qui soient : les états autistiques.
Pour ce faire, vous mettez au travail les concepts de la deuxième topique freudienne, particulièrement la question complexe de l’intrication-désintrication des pulsions de vie et de mort.
Vous ne cessez d’en questionner les conséquences au niveau du champ psychanalytique contemporain et d’en repérer les enjeux théorico-cliniques. Ceux-ci se présentent à différents niveaux et nous confrontent à l’hétérogène et à l’instable. Vous en brossez une fresque étendue. Démarche donc qui témoigne d’un souci de ne pas esquiver la complexité croissante des modèles qui rendent compte de la vie psychique. Les questions épistémologiques de leurs points d’articulation ou de leurs incompatibilités me semblent importantes dans nos débats actuels. Vous utilisez le concept d’intrication-désintrication comme outils d’exploration, de compréhension et de mise en forme des aspects les plus élémentaires du psychisme.
Freud nous a montré combien il lui était difficile de superposer le conflit pulsionnel au conflit psychique entre les instances, car les deux types de pulsions se manifestent l’une et l’autre au niveau de chaque instance, ce qui pour lui révélera de nouveaux abords de la clinique, et plus particulièrement de celle des psychoses. C’est sur cette voie que vous vous dirigez. À partir de la conception freudienne de masochisme primaire et vous appuyant sur les théories de Benno Rosenberg (masochisme de vie – masochisme de mort), vous partez en quête des effets de la désintrication au niveau des psychopathologies les plus lourdes. Vous en arrivez ainsi à définir le couple pulsion-objet, incluant la réponse psychisante, intricante et transformatrice de l’objet primaire comme constituant de l’organisation pulsionnelle primaire.
À partir d’un vaste itinéraire qui nous permet de rencontrer les différentes conceptions des structures et dynamiques psychiques élémentaires, vous posez plus précisément vos hypothèses à partir de votre expérience clinique et vous ouvrez la réflexion. Cela me semble important au niveau du déroulement de la cure type avec les patients difficiles, les cas-limites. Je vous cite : « Faire jouer à plein l’intrication pulsionnelle et utiliser une variabilité primitive de l’investissement pulsionnel m’aide à maintenir ouverte de manière importante la possibilité d’évolution en divers registres de l’organisation psychique » (Denys Ribas, Rapport, 2002).
Il me semble que vos réflexions métapsychologiques nous entraînent à pouvoir penser le fonctionnement autistique comme une des figures paradigmatiques des états de défaite psychique dont on peut retrouver certains aspects au niveau de la problématique narcissique-identitaire.
Je pense au nombre important de personnes que nous rencontrons dans l’intimité de nos échanges transféro/contre-transférentiels, dont les capacités de symbolisation et de pensée sont défaillantes et dont le manque à représenter se laisse appréhender en séance par la prévalence du registre perceptivo-moteur et hallucinatoire. Le travail de l’analyste est alors particulièrement sollicité et il consisterait davantage à remailler, à lier, les fils perdus de la trame des processus psychiques eux-mêmes. Ce qui nous conduit à questionner les modalités de liaison primaire antérieure au plaisir et les conditions de l’instauration du principe de plaisir.
Même si, comme le dit Freud en 1932 dans les Nouvelles Conférences, « les pulsions sont des êtres mythiques, grandioses dans leur indétermination », le remaniement théorique de la deuxième topique est fondamental en ce que les pulsions érotiques et destructrices sont inclues au sein même de l’appareil psychique et il introduit une mise en tension, une dynamique primordiale entre deux pôles antagonistes initiant et organisant le mouvement pulsionnel qui subira des transformations au niveau des divers espaces psychiques traversés, et ce à partir de son enracinement dans le corporel. La deuxième topique met l’accent sur la potentialité agissante de la pulsion, sur le mouvement plus que sur la remémoration et la représentation.
S’il est plus facile, comme le dit Freud, d’observer les destins de la libido, il n’en est pas de même en ce qui concerne la pulsion de destruction dont l’observation est malaisée. C’est ainsi, dit-il, que les pulsions n’existent que dans leur alliage qui se fait ou se défait dans des proportions variables. C’est donc de la dynamique essentielle au sein de cet alliage que dépendraient les mouvements transformationnels ou anti-transformationnels.
Il existerait donc des points de nouage comme condition de la transformation de l’excitation en sens et de la quantité en qualité. C’est ce que réalise le masochisme érogène grâce à la coexcitation libidinale.
S’agirait-il de réintégrer par cette modalité de liaison, les expériences traumatiques non élaborées et douloureuses dans le soi en se servant de la capacité liante de la pulsion sexuelle et de restaurer ainsi le primat du principe de plaisir-déplaisir au niveau du fonctionnement psychique, en inversant l’expérience traumatique en expérience productrice de plaisir (R. Roussillon, 1999). René Roussillon émet l’hypothèse d’une forme de sexualisation seconde d’une expérience n’ayant pas entraîné la satisfaction primaire.
 
DÉFENSES AUTISTIQUES, MÉCANISMES DE SURVIE ET PARADOXALITÉ
 
 
La modalité transférentielle, lors de la prise en charge des enfants autistes, nous confronte – comme vous l’avez montré – aux mystères d’une souffrance psychique dont le sujet est coupé, tant est massif le désinvestissement des objets, des liens à ceux-ci, de la réalité psychique elle-même et finalement de tout ce qui a fonction de lien avec le monde extérieur.
Nous pouvons être confrontés à de tels moments qui peuvent passer inaperçus au cours de certains processus analytiques et qui nous mettent en contact avec le sentiment de ne plus exister pour l’analysant enfermé dans un retrait où l’utilisation des mots et du sens s’efface derrière la prévalence de la voix et de la prosodie, révélant une utilisation sensorielle du langage. Celui-ci peut d’ailleurs être utilisé également comme moyen d’évacuation motrice – les mots peuvent être utilisés comme des actes, dit Bion.
Ce ne sont donc pas nécessairement des cas extrêmes qui peuvent révéler ces états de désymbolisation où la compulsion de répétition y est manifeste, au-delà du principe de plaisir.
Lorsque Frances Tustin décrit les enfants autistes comme les plus grands traumatisés qui soient, oscillant entre l’être et le non-être, on peut y relever la paradoxalité d’un fonctionnement défensif et protecteur anti-pensée et antitraumatique tout à la fois. À peine éclose, la vie psychique meurt dans l’œuf ; la vie pulsionnelle semble pétrifiée, et la topique est désorganisée.
Mécanismes de survie et processus défensifs ont partie liée pour faire barrage au retour d’une situation traumatique primaire, clivée du moi et de la subjectivité. Elle se situe au niveau même de la continuité somato-psychique et serait générée par la conscience prématurée et décevante de la séparation avec le corps de la mère à un moment où le moi de l’enfant n’est pas intégré. L’expérience essentiellement sensorielle reste dépourvue de sens pour l’enfant qui se détourne de l’objet. Il s’agirait d’une perte au niveau du moi-sensation et de l’objet-sensation indifférenciés qui porte atteinte à la constitution du moi corporel, des auto-érotismes et du narcissisme. Tout se passe comme si les pulsions libidinales étaient ramenées à des buts d’auto-conservation et comme si l’affect en tant que représentant de la pulsion étaient remplacé par la sensation.
Le désinvestissement de l’objet et d’une part importante de la psyché témoigne évidemment de l’emprise du processus de déliaison, laissant la pulsion de mort occuper le terrain. Mais serait-ce la déliaison qui garantirait la survie, puisqu’elle empêche l’éprouvé d’une souffrance impensée et impensable (à cause des défaillances de l’objet, nous y reviendrons) dans le but d’une autoconservation ? Ou/et serait-ce une intrication a minima qui garantirait le dernier bastion contre un désinvestissement du moi, du sujet et de l’objet qui mettrait la vie même en danger ?
Effectivement, il existe toujours une intrication minimale qui protège de la mort pure et simple, car, si l’on imaginait une victoire totale de la pulsion de mort, celle-ci affecterait les processus eux-mêmes. Aucun déplacement d’un objet à l’autre ne serait possible, et ce serait la néantisation des processus d’intrication-désintrication eux-mêmes entraînant le désinvestissement du mouvement pulsionnel tout entier.
Ne serait-ce point cette intrication a minima qui se manifesterait au niveau de l’identification adhésive, collage à l’objet mais qui ne constitue pas un lien pour autant ; le lien suppose un écart minimum entre deux éléments, entre le moi et l’objet pour que se constitue et se développe la vie psychique.
La pulsion de vie, elle, pourrait se concevoir au travers de ces mouvements pulsionnels extrêmement intenses et dévastateurs parce que cause d’angoisses d’effondrement – qui surgissent lors de la situation psychothérapeutique avec l’enfant, de même que dans les états psychotiques, en quête de l’objet externe contenant, pare-excitant et pensant.
L’expérience thérapeutique avec les patients qui présentent des troubles de la pensée peut ainsi mettre en jeu une situation subie dans l’impuissance et dans la détresse où les éléments clivés du moi naissent avec violence comme des catastrophes issues indifféremment de soi ou de l’objet en quête d’un objet (l’analyste) capable d’aménager un espace commun de régulation et de stabilisation de ces états caractérisés par la violence et la démesure au travers des agis.
Didier Houzel définit ainsi le monde tourbillonnaire de l’enfant autiste « créé par ses propres mouvements pulsionnels et émotionnels, faute d’avoir pu se constituer une enveloppe psychique adéquate qui lui serve de repère, qui marque ses limites et celles de l’autre, celles du monde imaginaire et celles du monde perceptif » (Didier Houzel, 2002).
La pulsion de vie désintriquée sous-tendrait cette précipitation vers l’objet si des formes n’émergeaient pas au sein du champ de la rencontre spécifique entre le moi et l’objet.
 
LA QUESTION DE L’HALLUCINATOIRE
 
 
Si l’autisme s’avère être un état dominé par la sensation, il nous confronte au problème de l’hallucinatoire dans ses liens avec le sensoriel et le perceptif.
L’autistisation des processus révèle un monde subjectif de sensations auto-générées dérivées des sensations tactiles. Leur surinvestissement renverse le processus normal d’intégration psychique entraînant une désintégration des données des sens en fragments.
C’est ainsi que Meltzer décrit le démantèlement qui, dit-il, s’effectue passivement et automatiquement. Celui-ci, sous la domination de la compulsion de répétition, pourrait alors spécifier une modalité extrême de déliaison avec tentative de liaison non symbolique dans le surinvestissement d’une modalité sensorielle. Le démantèlement maintient donc non l’illusion mais l’expérience hallucinatoire de la continuité moi/non-moi. Si effectivement le processus projectif est absent d’un tel tableau, je ne suis pas sûre qu’il en aille de même pour l’hallucinatoire. La carence dont vous parlez ne relèverait-elle pas d’une non-organisation de l’hallucinatoire que les Botella définissent comme une potentialité permanente du psychisme : « une tendance, un mouvement, un état de qualité psychique de continuité, d’équivalence, d’indistinction représentation-perception » (César et Sàra Botella, 2001).
Mais ici ce sont les traces d’une situation antérieure de non-satisfaction et la manière dont l’expérience n’a pu être subjectivée ni symbolisée qui sont investies sur un mode hallucinatoire. Situation liée aux défaillances de la rencontre avec l’objet primordial.
La compulsion de répétition comporterait donc, comme le pense René Roussillon, un fond passif de la vie psychique par rapport au processus hallucinatoire primaire et un retour de l’état antérieur automatique et compulsif. Ce dernier pourrait être considéré comme une défense par retournement passif/actif du retour à l’état antérieur. Ce retournement me semble être manifeste dans tous les états psychotiques. Avec la levée des clivages et des défenses narcissiques et autistiques qui tentent d’y faire obstacle, on pourra observer l’affleurement de l’agonie psychique (Winnicott) ou de la terreur sans nom (Bion), dépression psychotique sans objet.
Le retrait autistique pourrait-il être considéré comme un retrait dans l’hallucinatoire, sans espoir de satisfaction, ni de plaisir ? Hallucinations tactiles contre l’activité perceptive.
Enfin, j’aimerais, pour terminer, revenir sur l’importance donnée à la rencontre avec l’objet primordial comme condition même de l’organisation de la vie pulsionnelle et de son destin.
Comment concevoir la réponse intricante et transformationnelle de l’objet ?
Winnicott définit un amour impitoyable de l’enfant pour son objet primaire, la mère, dans lequel pulsions de vie et de mort sont indistinctes. L’élan pulsionnel rencontre donc sur son passage l’objet de la satisfaction qui offre à l’infans une perception qui corresponde suffisamment à l’objet halluciné.
Traitement donc de l’hallucination par la perception pour que s’ouvre l’espace d’illusion.
Le caractère impitoyable caractérise une destructivité primaire qui présiderait à la construction de l’extériorité de l’objet à condition que celui-ci survive aux attaques fantasmatiques. Par contre, la destructivité mortifère témoigne, elle, de l’échec de la capacité de survie de l’objet. Celui-ci échoue à transformer le débordement pulsionnel en un jeu de déplacement des objets, de présentation de l’objet. L’inadéquation de l’objet et de l’environnement entraîne un éprouvé de rupture dans la continuité d’être de l’enfant, empêchant l’intégration du moi par la mise en place des mécanismes de clivage. Le vécu d’agonie psychique est ainsi mis hors circuit au prix d’une amputation du moi.
Si Winnicott a montré la manière dont l’objet survivait, Bion a particulièrement théorisé le processus de transformations psychiques à partir de la transformation des éléments sensoriels en perceptions, puis en concepts.
Pour Bion, le psychisme naissant de l’enfant est incapable de manier et d’utiliser les données des sens ; par conséquent, un psychisme autre lui est nécessaire pour transformer les éléments sensoriels bruts (β), caractérisés par leur concrétude, en leur donnant une forme adéquate pour une utilisation par le psychisme de l’enfant (α) qui intériorisera cette fonction pensante de la mère.
Cet objet présente donc des qualités particulières de réceptivité pour l’accueil des données des sens émanant de l’enfant et des capacités discriminatives de traitement de ces données. Les éléments β sont évacués par la motricité, ce qui rejoint toute la problématique des hallucinations motrices au niveau de la prise en charge des états de non-symbolisation. La psyché ne fait pas que contenir, refouler et représenter. Elle peut aussi – fonctionnant comme un muscle – évacuer.
Le travail contre-transférentiel de l’analyste portant sur la relation contenant-contenu est alors stimulé dans ces cas de figure : « Le contenant et le contenu sont susceptibles d’être conjoints et pénétrés par l’émotion. Ainsi conjoints ou pénétrés ou les deux, ils subissent ce type de transformation que l’on appelle croissance. Lorsqu’ils sont disjoints ou dépossédés de l’émotion, ils perdent de leur vitalité, autrement dit se rapprochent des objets inanimés » (W. Bion, 1979).
Les rythmes sous-jacents à ces rencontres primordiales me semblent fondamentaux pour le traitement de l’excitation. Cadences synchrones mais non identiques se répondent ; un petit espace se crée, dynamisé par un rythme partagé né des rythmes individuels dont il nous faut respecter les pauses, les temps forts et les soupirs.
Oscillations entre les moments d’éprouvés de discontinuité éphémères et ceux du surinvestissement perceptif et sensoriel.
Oscillations dont l’intériorisation progressive organiserait le mouvement pulsionnel d’intrication-désintrication grâce à un objet qui en supporterait puis en rassemblerait les effets, pour les penser.
La capacité de rêverie n’est donc pas une traduction simultanée mais un travail de recherche de signification et d’interprétation d’une rencontre au départ essentiellement sensorielle ou agie.
C’est là que se rejoignent les différents rapports dans lesquels les transformations intrapsychiques sont appréhendées à partir de la relation transféro/contre-transférentielle et du lien qui se tisse entre deux fonctionnements intrapsychiques – parce que c’est effectivement la dualité intrapsychique-intersubjectif qui constitue la trame d’où émergeront les structures psychiques.
Qu’est-ce qui, de l’interpsychique, transforme l’intrapsychique et réciproquement ? Et comment penser l’objet présent-absent au sein d’une économie psychique sans cesse remaniée ?
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Bion W. (1979), Aux sources de l’expérience, Paris, PUF, p. 110.
·  Botella S. et C. (2001), La figurabilité psychique, l’hallucinatoire, Lausanne, Delachaux & Niestlé, p. 181-183.
·  Freud S. (1932), Nouvelles conférences d’introduction à la Psychanalyse – Angoisse et vie pulsionnelle, Paris, Connaissance de l’Inconscient, Gallimard, 1984, p. 129.
·  Houzel D. (2002), L’Aube de la vie psychique, le Monde tourbillonnaire de l’Autisme, Issy-les-Moulineaux, ESF, p. 197-210.
·  Roussillon R. (1999), Agonie, clivage et symbolisation. Traumatisme, clivage et liaisons primaires, Paris, Le fait psychanalytique, PUF, p. 22.
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