2003
Revue française de psychanalyse
II - Forme et expression
Note sur le cinquième privilège de l’inconscient
Boris Eizykman
214, rue Marie-de-Beaumont
76230 Bois-Guillaume
Annoncé, mais non défini, dans une note de l’Essai métapsychologique sur l’inconscient (1915), le “ cinquième privilège de l’inconscient ”, relatif au pouvoir des motions inconscientes sur le corps, ne sort de l’ombre que dans une lettre adressée en 1917 à Georg Groddeck, puis, amputé de l’une de ses deux facettes, réapparait dans diverses correspondances. On s’interroge sur les raisons de l’existence semi-clandestine d’un “ privilège ” qui, contrairement aux quatre premiers, n’a pas bénéficié de développements particuliers dans les ouvrages de Freud, ainsi que sur le rôle que peut jouer le “ cinquième privilège ” dans le domaine esthétique.Mots-clés :
Freud, Groddeck, Ferenczi, Lamarck, Hystérie, Autoplastique, Plasticité, Toute-puissance des idées.
Pronounced, but not defined, in a note to the metapsychological essay on the unconscious (1915), the “ fifth privilege of the unconscious ”, with reference to the power of unconscious motions on the body, only emerges from its shadow in a letter addressed in 1917 to Georg Groddeck, and then, amputated of one of its two facets, reappears in a number of letters. We are interested in the reasons for the semi-clandestine existence of a “ privilege ” that, contrarily to the first four, has not benefited from particular development in Freud’s work, and in the role that the “ fifth privilege ” can play in the domain of aesthetics.Keywords :
Freud, Groddeck, Ferenczi, Lamarck, Hysteria, Autoplastic, Plasticity, All-powerful character of ideas.
Angekündigt, aber nicht definiert, in einer Notiz des “ metapsychologischen Essai über das Unbewusste ” (1915), tritt das “ fünfte Privileg des Unbewussten ”, das sich auf die Macht der unbewussten Bewegungen auf den Körper bezieht, nur in einem Brief, 1917 an Georg Groddeck geschrieben, hervor und erscheint danach, von einer Fazette amputiert, in verschiedenen Korrespondenzen wieder. Man kann sich Fragen stellen über die halbgeheime Existenz eines “ Privilegs ”, das, im Gegensatz zu den vier ersten, keine spezielle Entwicklung in den Werken Freuds erhalten hat, sowie auch über die Rolle, welche das fünfte Privileg im ästhetischen Raum spielen kann.Schlagwörter :
Freud, Groddeck, Ferenczi, Lamarck, Hysterie, Selbstplastik, Plastizität, Allmacht der Ideen.
Anunciado, pero sin definir, en un texto metasicológico sobre el inconsciente (1915), el “ quinto privilegio del inconsciente ”, relativo al poder de las mociones inconscientes sobre el cuerpo, sólo sale a la luz en una carta dirigida en 1917 a Georg Groddeck, luego, amputada de una de sus dos facetas, reaparece en varias correspondencias. Nos interrogamos sobre los motivos de la existencia semiclandestina de un “ privilegio ” que, contrariamente a los cuatro primeros, no obtuvo beneficios de desarrollos particulares en los trabajos de Freud, como así también sobre el papel que puede desempeñar el “ quinto privilegio ” en el dominio estético.Palabras claves :
Freud, Groddeck, Ferenczi, Lamarck, Histeria, Autoplá stica, Plasticidad, Omnipotencia de las ideas.
Annunciato senza essere definito in una nota del saggio metapsicologico sull’inconscio (1915), il “ quinto privilegio dell’incoscio ” relativo al potere delle mozioni incoscie sul corpo, usciirà dall’ombra solo in una lettera indirizzata nel 1917 à Georg Groddeck, che in seguito venne amputata di una delle sue faccette, riapparirebbe in varie corrispondenze. Ci si chiede le ragioni dell’esistenza semi-clandestina d’un “ privilegio ” che contrariamente ai primi quattro, non ha benificiato di particolari sviluppi nelle opere di Freud, né sul ruolo che il “ quinto privilegio ” puo’ svolgere nell’ambito dell’estetica.Parole chiave :
Freud, Groddeck, Ferenczi, Lamarck, Isteria, Autoplastico, Plasticità, Onnipotenza delle idee.
“ Les passions causent nécessairement certains mouvements dans les humeurs ; la colère agite la bile, la mélancolie et les mouvements des humeurs sont quelquefois si violents qu’ils renversent toute l’économie du corps et même causent la mort. ”
Bayle et Grangeon, 1682.
« La peau, prise comme premier support des signes chez nos ancêtres de la préhistoire et dans les sociétés non occidentales, a beau avoir délégué son office à la paroi, au panneau ou à la toile, elle reste sensible comme une sorte d’inconscient corporel de la création artistique, qui n’a jamais succombé totalement au refoulement. »
Michel Thévoz.
Le 27 mai 1917, Georg Groddeck écrit sa première lettre à Sigmund Freud
[1]. Il commence par faire amende honorable pour avoir jugé de façon cavalière la psychanalyse qu’il ne connaissait pourtant que par ou ï-dire
[2]. Son autocritique s’applique également à une ambition malvenue : convaincu d’être depuis 1909 le découvreur des grands principes psychanalytiques (à l’aide seulement du transfert et des refoulements d’une patiente), trop bouleversé en 1913 par la
Psychologie du quotidien (sic) et
L’interprétation des rêves pour en achever la lecture, il poursuit ses traitements psychiques de maladies organiques dans son sanatorium de Baden-Baden quand, en 1916, il relit les ouvrages de Freud et se rend enfin à l’évidence qu’il ne peut revendiquer la paternité des idées qu’il met en pratique depuis plusieurs années.
Cet aveu courageux qui le rend malade – mais qui doit au passage suggérer la validité de ses thèses – est rendu public quelques mois plus tard, au tout début de l’article annoncé et résumé dans sa lettre. On y trouve décrits un rêve récent et plusieurs symptômes organiques associés – difficultés de déglutition, fond du palais, voile du palais et luette enflammés, enflement des amygdales – qui disparaissent rapidement une fois comprises les résistances soulevées par son renoncement à la priorité dans la découverte de l’inconscient. « Je parvins au résultat que mon inconscient, mon ça, se refusait à avaler une reconnaissance qui lui était désagréable. Cette reconnaissance avait trait au fait que certaines découvertes concernant les relations entre l’inconscient de l’homme et sa vie n’étaient pas, comme je me l’étais assuré pendant des années, ma propriété intellectuelle, mais celle de Sigmund Freud. »
[3]
Dans sa lettre inaugurale, Groddeck ne s’en tient pas à cet acte d’allégeance envers le véritable fondateur de la psychanalyse, il enchaîne sur un florilège de réussites thérapeutiques plus ou moins stupéfiantes pour revendiquer la spécificité d’une démarche qu’il voudrait voir admise (ou condamnée) par Freud. Tandis que la psychanalyse ne foulerait que le territoire restreint des névroses, Groddeck se targue d’opérer une extension des pouvoirs de l’inconscient, de manière à saisir non seulement les attitudes et les conformations corporelles, mais aussi les maux organiques, des plus bénins aux plus graves comme le cancer, les pneumonies, la sclérodermie, les défauts cardiaques, les polyarthrites, etc. Parce qu’il vise le moteur secret de la « chimie médicale », c’est-à-dire le fonctionnement intégral de la vie organique, Groddeck, tout en acceptant la « nomenclature freudienne », demande à Freud que le « concept de l’inconscient » soit élargi pour rendre compte aussi bien des névroses que des troubles organiques. Il formule cette requête, à vrai dire orgueilleuse, au motif que le texte de Freud sur l’inconscient (1915) en limite « expressément la portée » aux affections psychiques et se révèle par conséquent incapable de « défendre l’idée que toutes les maladies de l’être humain, ainsi que sa vie entière sont sous l’influence d’un inconscient. » Il précisera la charge dans l’article précité : « Je considère que c’est une erreur fondamentale et dangereuse de supposer que seul l’hystérique possède le don de se rendre malade pour une raison déterminée. Tout homme possède cette faculté, et en fait un usage tel qu’il est difficile de se le représenter. »
[4]
Freud répond sans tarder – le 5 juin
[5] – à cette lettre du 27 mai qu’il présente à Ferenczi comme « la plus intéressante [qu’il ait] jamais reçue d’un médecin allemand [et] dont le contenu a de nombreuses convergences avec vos pathonévroses et la pensée lamarckienne »
[6]. Soulignant la concordance de leur démarche de pensée, il accueille Groddeck à bras ouverts au sein de « la horde sauvage » des psychanalystes, mais regrette sans détour qu’il n’ait pas suffisamment renoncé à l’ambition aussi banale qu’injustifiée d’ « être le premier » ; il critique enfin son monisme mystique qui le conduit à supprimer toute différence entre le psychique et le somatique, alors que la distinction devrait s’imposer et que l’inconscient est certainement le « véritable intermédiaire », sinon, le
missing-link entre les deux parties interdépendantes de l’être humain. Surtout, il oppose une fin de non-recevoir à la demande de redéfinition du périmètre de l’inconscient, car il le juge apte, en l’état, à englober la compréhension des maladies organiques. Il dévoile à cet effet le contenu d’une note sibylline placée dans le chapitre V de
L’inconscient
[7] auquel se réfère précisément Groddeck pour dénoncer le caractère restrictif du concept d’inconscient. « Laissez-moi vous montrer que le concept de l’Ics n’a besoin
d’aucune extension plus grande pour couvrir vos expériences sur les maladies organiques. Dans mon essai sur l’inconscient que vous mentionnez, vous trouvez une note en apparence insignifiante : “Nous mentionnerons dans un autre contexte une autre prérogative importante de l’inconscient.” [Je retiendrai plutôt la traduction de cette note par Laplanche et Pontalis dans
La métapsychologie : “Nous nous réservons de mentionner dans un autre contexte un autre
privilège important de l’Ics.”
[8]] Je vais vous révéler ce que cache cette note :
l’affirmation que l’acte inconscient exerce sur les processus somatiques une action plastique intense que n’obtient jamais l’acte conscient. ”
[9] Reproduisant la teneur de sa lettre à Ferenczi, Freud ajoute que ce dernier a écrit un article sur les pathonévroses
[10] très proche des communications de Groddeck, et qu’il a réalisé, à son instigation et dans le même esprit, une expérience biologique « pour montrer comment une continuation logique de la théorie de Lamarck sur l’évolution co ïncide aussi avec la pensée psychanalytique »
[11]. D’après Freud, les observations de Groddeck comportent de telles affinités avec le travail qu’il a lui-même engagé en compagnie de Ferenczi, qu’il souhaite pouvoir les citer dans une publication commune en préparation... qui ne verra jamais le jour.
Les deux facettes du cinquième privilège sont ainsi posées, quoique de façon relativement vague
[12] : d’une part, l’emprise plastique intense exercée sur le corps – responsable de ses mises en forme, déformations, métamorphoses –, qui paraît bénéficier, par défaut, d’un domaine de validité universel, histoire sans doute de rivaliser avec la démesure des déclarations de Groddeck (on remarquera la contradiction apparente entre l’intensité reconnue de cette emprise et l’affirmation selon laquelle « à lui seul, le système Ics ne saurait mener à bien dans des conditions normales aucune action musculaire appropriée »
[13]) ; d’autre part, le transformisme lamarckien revisité par la psychanalyse qui attribue les changements biologiques à cette puissance plastique des motions inconscientes.
En avril 1915
[14], Freud confie à Ferenczi que, parmi les textes synthétiques – métapsychologiques – dont il vient de lancer le chantier, le troisième, consacré à l’inconscient, sera son préféré : manière discrète et inlassable de souligner que l’inconscient représente sa « découverte » par excellence. Il va donc en exposer les « caractères et (...) particularités
(Charakteren und Eigentümlichtkeiten) qui nous apparaissent comme étranges et même incroyables et qui vont directement à l’encontre des propriétés
(Eigenschaften) de la conscience que nous connaissons »
[15]. Le cinquième chapitre de cet essai préféré s’intitule « Les propriétés particulières
(besondere Eigenschaften) du système Ics »
[16]. Freud détaille puis résume ces propriétés fondamentales, qui s’élèvent comme on le sait au nombre de quatre, en utilisant à nouveau le substantif
Charakter : « Absence de contradiction, processus primaire (mobilité des investissements), intemporalité et substitution à la réalité extérieure de la réalité psychique, tels sont les caractères que nous devons nous attendre à trouver aux processus appartenant au système Ics. »
[17] Pour la cinquième propriété, celle signalée et tenue en réserve dans la note appelée à la fin du résumé, Freud change de mot : au lieu d’employer
Charakter (caractère),
Eigenschaft (propriété) ou
Eigentümlichkeit (particularité), il écrit
Vorrecht, qui se traduit par privilège ou prérogative. Relativement à caractère, propriété et particularité, les traductions de
Vorrecht – privilège et prérogative –, de même qu’apanage, détiennent un sens supplémentaire commun fondé sur l’exclusivité de l’avantage qu’ils confèrent. Comme il n’y a pas lieu de soupçonner que Freud exhume en 1917 une note ne concordant pas avec ses intentions de 1915, on doit se demander si le cinquième privilège, “indice de préférence” dissimulé dans un texte de prédilection, peut prétendre constituer la figure emblématique du système inconscient, la marque privilégiée de son pouvoir et de sa différence.
Entre juin 1917 et la fin de cette même année, une fois révélée la formule du cinquième privilège qui rétablit la priorité freudienne sur les régions de l’inconscient en faisant pièce aux réclamations de Groddeck, on va voir Freud émettre à son sujet des signaux contradictoires. Il témoigne d’une part qu’il a immédiatement saisi l’importance de la contribution « excessive » de Groddeck, à qui il confirmera l’intérêt prononcé qu’il porte à ses hypothèses. Ainsi, Ferenczi qui vient de lire la première lettre de Groddeck et qui estime courante et connue « l’application des principes psychanalytiques au corporel », s’attire une réplique sans appel : les expériences de Groddeck mettent « en évidence une force –
insoupçonnée – du facteur psychanalytique »
[18]. Voilà sans doute le « quelque chose d’authentique » distinguant le ça « mal délimité » de Groddeck qu’il soumet à l’attention de Lou Andréas-Salomé
[19], et qui l’incite à conclure sa lettre à Ferenczi par cette phrase révélatrice : « Tout nous pousse vers notre travail sur Lamarck. » De surcroît, à cette époque, Freud admet, même si c’est à son corps défendant, la pertinence des thèses de Groddeck, dans des circonstances où il pourrait recourir à l’autorité de son cinquième privilège. Le 6 novembre 1917, il indique à Ferenczi qu’il a augmenté son nombre de patients en même temps que ses honoraires : « Je m’en trouve fort bien, seule l’abstinence de tabac [pour cause de guerre] n’est pas compatible avec un tel travail. Hier, j’ai fumé mon dernier cigare ; ensuite, j’étais fatigué et de méchante humeur, j’avais des palpitations et une augmentation de l’œdème douloureux du palais, notable depuis les jours maigres (carcinome ?, etc.). Puis un patient m’a apporté cinquante cigares, j’en ai allumé un, je suis devenu gai et l’affection du palais a rapidement régressé !
Je ne l’aurais pas cru si cela n’avait été aussi flagrant. Tout à fait Groddeck. »
[20] Ferenczi se pique à ce jeu ambigu et entonne le même refrain à plusieurs reprises. Le 11 novembre 1917, à propos d’un mal de gorge : « Aha ! D
r Groddeck, me dis-je » ; un an et demi plus tard, après la conclusion laborieuse de son mariage, quand il avertit Freud qu’il a retrouvé ses capacités de travail, ou tout au moins celles de concevoir de nouveaux projets – rangeant parmi ceux-ci la « spéculation paléo-biologique » –, et qu’il délivre enfin cette information : « Les restes de Basedow commencent à disparaître ces derniers temps ; le pouls, qui approchait les 90, est descendu à 60-70 ; le tour du cou s’est réduit de 2 cm. Donc, chez moi aussi, “Groddeck” ! »
[21]
Une fois prise la mesure de l’apport groddeckien – la généralité de la force insoupçonnée de l’inconscient sur le corps –, il apparaît que la découverte prioritaire du cinquième privilège revendiquée par Freud ne suffit pas à calmer ses appréhensions : le thème lamarckien, remis alors sur le tapis, semble destiné à gommer ou à désamorcer l’incursion de Groddeck dans le pré-carré de l’inconscient.
Le 5 octobre 1917, Freud demande à Karl Abraham s’il lui a déjà signalé l’ouvrage de Lamarck où il est question de la « toute-puissance des pensées » qui aurait aussi
« été autrefois réalité »
[22]. La réponse négative et intriguée d’Abraham conduit Freud à expliciter le versant lamarckien, vestigial et par conséquent restrictif, du cinquième privilège : « Je ne vous ai donc jamais parlé de l’idée de Lamarck ? Elle a germé entre Ferenczi et moi, mais aucun de nous n’a en ce moment le temps ni le courage d’y toucher. Notre intention serait de faire venir L. sur notre terrain et de montrer que son “besoin”, qui crée et transforme les organes, n’est rien d’autre que la puissance exercée par la représentation inconsciente sur le corps propre, dont nous voyons les vestiges dans l’hystérie, bref, la “toute-puissance des pensées”. La finalité serait alors vraiment expliquée psychanalytiquement ; ce serait le parachèvement de la psychanalyse. On dégagerait deux grands principes de changement dans le progrès : le changement par adaptation du corps propre, et le changement ultérieur par reformation du monde extérieur (autoplastique et hétéroplastique), etc. »
[23] Bien qu’il demande immédiatement à son correspondant s’il lui a recommandé la lecture de l’article de Groddeck sur les affections organiques, Freud n’établit aucun lien entre l’idée de Lamarck et les théories groddeckiennes. L’oubli se double d’un rejet sans équivoque de ces théories puisque le cinquième privilège – « la puissance exercée par la représentation inconsciente sur le corps propre » –, équivalent freudien de l’extension de l’inconscient effectuée par Groddeck, apparaît ici comme la trace d’une réalité perdue que seule l’hystérie a su conserver : or, dans sa lettre du 6 juin 1917, Freud ne parlait pas du cinquième privilège d’un inconscient hystérique, pourvu de particularités régressives, mais bien du cinquième privilège de l’inconscient, actif au même titre universel que les quatre premiers.
Ce qui peut accroître la curiosité à l’égard de ce revirement qui efface l’originalité de Groddeck et atténue l’impact du cinquième privilège derrière la « fantaisie biologique », c’est qu’en cette fin d’année 1917, Freud a déjà abandonné le projet lamarckien. À la suite de quelques discussions et d’un bref échange épistolaire avec Ferenczi sur des considérations phylogénétiques (1914-1915), après deux allusions les 6 janvier et 26 février 1916
[24] portant sur la « régression phylogénétique à un stade de transformation autoplastique », curieusement associée dans la première lettre au mimétisme artistique, le projet lamarckien est relancé avec vigueur pour s’éteindre au bout d’à peine un mois. Une lettre du 22 décembre 1916 manifeste tout d’abord l’espoir que Freud place dans le projet sur « Lamarck et la psychanalyse ». L’entreprise commune démarre ensuite avec une esquisse de travail rédigée par Freud le 1
er janvier 1917 (non reproduite dans la
Correspondance) et l’accord enthousiaste de Ferenczi dès le lendemain. Suivent rapidement les modalités très générales de travail proposées par Freud (4 janvier) et l’envoi d’aphorismes – non publiés – par Ferenczi (9 janvier), que leste déjà la crainte que des ennuis de santé puissent gêner la tâche. La réponse approbative de Freud (12 janvier) marque la fin de la période d’engouement. Le 22 janvier en effet, Freud aligne les raisons qui justifient son retard « sur Lamarck », et leur accumulation comique – un registre en dessous des contradictions du « chaudron percé » – dégage un parfum de rationalisation : il attend les livres commandés, d’autres sont impossibles à obtenir, aller à la bibliothèque de l’Université prend un temps fou alors qu’il a davantage de clients le matin, de plus « il fait si froid, le soir, dans la pièce, que la production gèle. Le poêle à gaz ne chauffe pas »
[25]. Le 25 janvier, Ferenczi lui répond sur le même ton : il a bien trouvé quelques livres, mais la fatigue après les séances l’empêche de les lire. Trois jours plus tard, Freud ébauche une analyse de fond qui augure mal de la suite des événements. « J’ai fini par recevoir quelques livres sur L. Mon impression est que nous rejoindrons entièrement les psycho-lamarckistes comme Pauly et que nous aurons peu de choses tout à fait nouvelles à dire. »
[26] Dans ces conditions démoralisantes, on comprend que, pour rassurer Ferenczi qui ne piétine pas moins que lui, Freud invoque l’évanouissement de ses motivations, ce qui ne l’empêche d’ailleurs nullement de fournir des arguments qui ne le trompent plus : l’éclairage lui « procure un prétexte rêvé pour [...] reporter [le travail] »
[27]. Le 29 mai
[28], soit au moment de recevoir la première lettre de Groddeck (écrite le 27 mai), Freud annonce avec une belle constance qu’il n’est « pas du tout d’humeur à faire le travail sur Lamarck » et pense le confier totalement à Ferenczi.
Le coup de fouet que constitue selon toute probabilité la lettre de Groddeck renverse alors momentanément les dispositions de Freud vis-à-vis du « projet Lamarck ». Le 24 septembre, annulant sa proposition de tout abandonner à Ferenczi, il écrit de façon inattendue – sauf à considérer l’hypothèse d’une priorité à rétablir – qu’il va peut-être se mettre lui-même à leur « grand travail sur Lamarck, si tout va bien ». C’est bien sûr durant cette courte période de l’automne 1917 que Freud divulgue quelques informations sur le grand projet
[29] auquel il ne croit plus. Comme d’habitude, Ferenczi emboîte le pas de Freud dans deux lettres datées des 10 et 14 octobre exprimant le souci de faire repartir le projet. Mais bientôt tout retombe à l’eau, Freud se déclarant le 27 décembre incapable de « se décider pour le Lamarck ». Six mois plus tard enfin, il allègue que les difficultés de transport de la « littérature Lamarck-Darwin » rendent impossible la reprise estivale du travail et suggère que Ferenczi occupe d’une autre façon sa lune de miel.
Si une phrase comme « tout nous pousse vers notre travail sur Lamarck » signale qu’il y a le feu au lac, s’il faut accueillir franchement Groddeck, l’intégrer dans le « cercle des collaborateurs » – et le défendre sans hésitation contre la « respectabilité » ou le conservatisme de certains de ses membres, Pfister par exemple –, s’il faut demander expressément à Ferenczi, malgré ses réserves notoires, un compte rendu bienveillant sur l’article de Groddeck consacré aux maladies organiques
[30], ce n’est pas seulement pour neutraliser ce dernier et mieux surveiller ses éventuels débordements d’ « enfant terrible », il s’agit aussi de reconnaître – « Tout à fait Groddeck » – le tribut qu’il paie à la psychanalyse. L’édifice freudien reposant sur la « découverte » de l’inconscient, Groddeck peut y déposer sa pierre, vite recouverte par le cinquième privilège, et se fondre dans la horde, sous l’autorité bienveillante du père fondateur. L’estime que Freud porte à Groddeck, le travail d’exorcisme qu’il entreprend avec la découverte recouvrante du cinquième privilège, bref son ambivalence, attestent l’importance qu’il accorde au « ça mal délimité » du médecin allemand. « Le génie de Groddeck devait être aux yeux de Freud de laisser parler le ça, dans l’extrême de sa sauvagerie ou de sa sophistication, de consentir toute sa place à l’inconnu, sans jamais prétendre parler en son nom. »
[31]
Étant donné sa sensibilité aux questions de priorité – de la découverte de la bisexualité à l’utilisation thérapeutique de la coca ïne
[32] – et le rôle capital de l’inconscient pour la psychanalyse, Freud pouvait difficilement abandonner au seul crédit de Groddeck le dévoilement d’une propriété insoupçonnable et souveraine de l’inconscient, sinon le foyer de sa toute-puissance. Resurgissant pour préserver l’ascendant de Freud sur l’instance de l’inconscient, le cinquième privilège – y compris son versant phylogénétique – tombera en déshérence
[33] une fois la crise passée.
Dans ce contexte rien moins que transparent, il n’est pas surprenant que J.-B. Pontalis – qui, avec Jean Laplanche, a joué un rôle majeur dans l’histoire de la redécouverte de Freud et a montré de façon magistrale que la plasticité théorique de son œuvre se fondait sur la nécessité de garantir l’altérité radicale de l’inconscient – commette un acte manqué en présentant les deux premières lettres échangées entre Groddeck et Freud
[34] : il nous étonne tout de même en oubliant que le contenu caché de la note de 1915 sur le cinquième privilège, que Groddeck ne pouvait pas connaître, n’a pas été publié par Freud dans
L’inconscient, mais révélé en juin 1917 à l’intention du seul Groddeck. Avec cette petite erreur et malgré la sympathie qu’il affiche à l’égard de Groddeck, Pontalis accrédite trop diligemment la priorité de Freud sur l’extension des pouvoirs de l’inconscient.
Il ne semble pas que le cinquième privilège de l’inconscient ait donné matière à des développements dans l’œuvre ultérieure de Freud, il a plutôt suscité des rappels sans grande conséquence : « ... parmi les thérapeutes, des voix se sont élevées (Groddeck, Jelliffe) qui tiennent pour prometteur même le traitement psychanalytique de graves souffrances organiques, étant donné que dans beaucoup de ces affections est entré un facteur psychique, sur lequel on peut acquérir de l’influence. »
[35] Il nous est par conséquent loisible, par-delà les prodromes de la médecine psychosomatique, de porter nos regards sur divers effets du cinquième privilège croisant les « expériences » de Groddeck ou la « physiologie du plaisir »
[36] – et du déplaisir – que Ferenczi aurait voulu consacrer à l’examen des actions plastiques de l’inconscient sur le corps non hystérique, souffrant ou non. Il conviendrait aussi, dans un autre contexte, d’aborder les processus « régressifs » de l’hystérie en les rattachant au fonctionnement d’un inconscient élargi à l’aune de son cinquième privilège “ordinaire”.
Les sociétés se définissent essentiellement par les modalités particulières qu’elles mettent en œuvre et transmettent – circuits généraux d’investissements
[37], techniques du corps
[38], conditionnements rythmiques
[39] – pour endiguer, canaliser et tirer parti de la puissance métamorphique de l’inconscient qualifiant l’enfance, l’art et l’humour. La nature – ordre, transgression, dérive, doublage, etc. – de l’ « investissement libidinal » sur un monde spécifiquement réglé par le partage de l’ouvert et du fermé, du permis et de l’interdit, ou du permis sous condition, détermine les métamorphoses du corps : l’intériorisation des règles participant de la sphère de l’inconscient, le cinquième privilège en accompagne nécessairement le progrès.
Moins de dix ans après l’affaire du cinquième privilège dont il n’a pas pu prendre connaissance, Marcel Mauss note que cette intériorisation des valeurs collectives est si prégnante dans les sociétés non occidentales qu’elle déclenche des actions plastiques intenses – et inconscientes prend-il le soin de préciser – sur le corps, protectrices ou détraquantes selon les circonstances : « ... même par rapport aux noirs africains, l’organisme de l’Australien se distingue par d’étonnantes facultés de récupération. L’accouchée retourne immédiatement à ses occupations, se met en marche après quelques heures ; des entailles formidables dans les chairs se cicatrisent avec rapidité ; dans un certain nombre de tribus, une punition usuelle consiste à envoyer une lame dans la cuisse de la femme ou du jeune homme ; des fractures de bras se guérissent très vite avec de faibles attelles. Tous ces cas contrastent singulièrement avec d’autres événements. Un individu est blessé, même légèrement ; il n’a aucune chance de se rétablir s’il croit la lance enchantée ; il se casse quelque membre, il ne se rétablira rapidement que du jour où il aura fait sa paix avec les règles qu’il a violées, et ainsi de suite. Le maximum de ces actions du moral sur un physique de ce genre est évidemment plus sensible dans les cas où il n’y a aucune blessure... »
[40]
À l’heure actuelle, la tendance à l’efficience peut également activer le pouvoir plastique de l’inconscient, comme dans ces phénomènes de « scotome électif » qui sont censés rendre le corps travailleur plus performant (la performance se traduit aujourd’hui surtout par une accélération des cadences qui est en train de faire exploser le nombre des maladies professionnelles et des dépressions)
[41]. Alfred Tomatis parle d’ouvriers qui travaillent auprès d’un alternateur particulièrement bruyant : « Il produisait un bruit à 2 000 Hz qui vous donnait l’impression qu’une aiguille s’enfonçait dans votre crâne ! Or, chose très étrange, les deux ouvriers qui se trouvaient là n’avaient pas l’air autrement affectés ; il y en avait même un qui faisait son courrier tranquillement ! J’ai bien sûr voulu l’examiner et je me suis aperçu qu’il avait un scotome électif (un “trou” dans son audition en quelque sorte) à 2 000 Hz. Autrement dit, il entendait tout parfaitement, sauf le bruit de l’alternateur ! De là à former l’hypothèse que c’était au niveau psychologique que s’était élaborée cette autodéfense particulièrement adéquate, il n’y avait qu’un pas qui fut vite franchi. »
[42] Tomatis n’entend peut-être pas suffisamment dans cette anecdote la violence du contexte social. Un milieu professionnel abusif remplace ici l’intensité complexe de la vie tribale, et ce sont des individus isolés, soumis à la loi intériorisée d’une productivité toute-puissante, qui en viennent à utiliser les ressources autoplastiques du cinquième privilège pour supporter une situation insupportable, au prix d’une amputation, d’une fermeture partielle du corps. Dans ce cas, probablement obsolète (d’un côté, on insonorise les machines, on fournit des casques acoustiques, d’un autre côté, on ne tolère plus le temps perdu, les correspondances personnelles sur le lieu de travail), la solution alloplastique – la revendication collective de conditions de travail humaines, non mutilantes –, s’avère préférable à la solution autoplastique, individuelle et délétère. De plus, cette utilisation professionnelle du cinquième privilège de l’inconscient aggrave les risques actuels de déshumanisation
[43], car elle ne répond qu’à une visée fonctionnelle, suivant le modèle du mimétisme animal (moyen de défense ou d’attaque)
[44] ou de l’activité mécanique.
La plasticité corporelle régie par le cinquième privilège de l’inconscient ne permet pas seulement de mesurer la rigueur d’un “surmoi social” ou l’efficacité de l’adaptation. De nos jours, certaines métamorphoses du corps manifestent au contraire une résistance désespérée à la pression d’une société que son absolutisme économique prive de sens et de valeurs collectives : les dérèglements, voire la mort des individus assimilés à de pures forces de production les rendent alors à leur inutilité première. Ainsi, Kafka écrit en 1920 à Milena que « le mal des poumons n’est qu’un débordement du mal moral », Nietzsche, de son côté, dénonce une « société policée, médiocre, castrée » qui rend malades et transforme en criminels les hommes forts privés d’une vie libre et dangereuse au contact de la nature
[45]. De Wilhelm Reich
[46] à Fritz Zorn
[47] et à
L’incurable de David G. Compton
[48], on ne craint pas d’interpréter « politiquement » le cancer comme l’implosion dans les cellules d’une déplaçabilité pulsionnelle irréductible et entravée
[49]. Zorn estime ainsi que « quiconque a été toute sa vie gentil et sage, ne mérite rien d’autre que d’avoir le cancer », et Aldolf Muschg, son préfacier, que « le cas de Z. devrait nous permettre d’étudier ce que le cancer d’un individu
est, selon toute probabilité : une protestation contre des conditions objectives qui rendent la vie invivable : un signal de mort que l’organisme déjà diminué se donne à lui-même en développant, rien que pour soi, et finalement contre soi, un accroissement compensateur »
[50].
Le privilège plastique des organismes animaux et humains justifie la théorie lamarckienne selon laquelle « la vie résiste uniquement en se déformant pour survivre »
[51]. Les scientifiques savent depuis longtemps que « dans un organisme, on observe des phénomènes d’autoconstruction, d’autoconservation, d’autorégulation, d’autoréparation [...], une vicariance des fonctions, une polyvalence des organes »
[52], et n’en finissent pas de redécouvrir cette plasticité absolue en l’étendant jusqu’à l’infiniment petit, au risque de n’en décrire que les effets vertigineux : déplaçabilité des zones du cortex cérébral
[53], phénomènes d’interférences de l’ARN
[54], polymorphie des cellules souches... Parce que la recherche médicale ne se préoccupe que des voies, des mécanismes, et non des causes, ses succès thérapeutiques peuvent représenter un leurre pernicieux : mieux seront réparés ou guéris les corps, et plus nos sociétés obstinément « toxiques » pousseront au déplacement des états morbides et à l’ouverture de nouveaux fronts pathologiques, l’inconscient et son cinquième privilège disposant pour « protester » des ressources illimitées du corps.
La toxicité occidentale, c’est aussi le refoulement des propriétés physiques qui perturbent l’idéal d’un corps utile et sain, comme nos capacités originaires d’émettre des sons simultanés, condensés, que sauvegardent heureusement quelques rares sociétés orientales.
[55] De même que la logophilie de l’Occident moderne, au nom de l’efficacité de la lecture, ignore la valeur plastique des lettres, des mots et des pages, l’usage pratique du langage articulé et de son procès linéaire commande l’exclusion des qualités primaires de la voix.
« On dirait qu’une fois encore, Rembrandt se rêvait autre [...], mais s’est rappelé à l’ordre en chemin de métamorphose. »
Jean Paris.
Parmi les pistes reliées au cinquième privilège, on pourrait par exemple s’intéresser à la prise en considération de la figurabilité des mots – des mots ou des assemblages de lettres voués à faire image, comme dans le rêve ou les
Alphabêtes de Jack Wohl
[56] – qui constitue une première étape spirituelle au service de la matérialisation corporelle des actes inconscients. Cet usage déplacé, sinon ludique, des mots soumis à la déplaçabilité des motions inconscientes et préparant les métamorphoses d’un corps doté d’une plasticité exceptionnelle, rencontrerait la « primitivité » du langage que Michel Foucault évoque à propos de Jean-Pierre Brisset, pour qui elle est « un état fluide, mobile, indéfiniment pénétrable du langage, une possibilité d’y circuler en tous sens, le champ libre à toutes les transformations, renversements, découpages, la multiplication, en chaque point, en chaque syllabe ou sonorité, des pouvoirs de désignation »
[57]. L’étude des mots, des images, des formes et des corps que travaillent les processus inconscients (couronnés par leur cinquième privilège), déboucherait sur la perspective d’une théorie de la métamorphose, dont une esquisse transparaît dans plusieurs textes de Jean-François Lyotard
[58].
Alors que la poésie se charge de réintroduire les métamorphoses et la simultanéité au sein même de la succession verbale – l’ordre secondaire par excellence –, la connivence générale des images, des figures et des formes avec le système inconscient se noue dans l’effervescence de la simultanéité : processus primaire et intemporalité fabriquent la simultanéité fondamentale des images, et la plasticité enfin peut être identifiée au processus primaire. « Les tendances sexuelles [
die sexuellen Triebregungen = les motions pulsionnelles sexuelles] sont, si je puis m’exprimer ainsi, extraordinairement plastiques. Elles peuvent se remplacer réciproquement, l’une peut assumer l’intensité des autres ; lorsque la réalité refuse la satisfaction de l’une, on peut trouver une compensation dans la satisfaction d’une autre. »
[59]
Ferenczi, qui balance sans cesse entre Freud et Groddeck à propos du domaine de validité du cinquième privilège et qui restitue, expurgée de sa fibre mimétique, une partie du contenu de la lettre que Freud lui a adressée le 6 janvier 1916, fait dépendre le « don artistique » d’une capacité de modelage interprétée comme la projection du cinquième privilège réduit aux exploits de l’hystérie. Le problème du «
don artistique (...) est éclairé quelque peu par l’aspect organique de l’hystérie. L’hystérie, selon l’expression de Freud, est une caricature de l’art. Or, les “matérialisations” hystériques nous montrent l’organisme dans toute sa plasticité et même son habileté créatrice. Les prouesses purement “autoplastiques” de l’hystérique pourraient bien constituer le modèle des performances corporelles réalisées par les acteurs et les artistes, voire même le modèle des arts plastiques où les artistes travaillent un matériau fourni non par leur propre corps mais par le monde extérieur »
[60]. La peau – tatouée, peinte, scarifiée – et le corps dans sa totalité érogène, forment donc l’avers et le faux envers d’un support originaire où se donne libre cours la disposition métamorphique foncière du système inconscient. Celui-ci apparaît dès lors comme le creuset des prédispositions artistiques.
Dans cet article, Ferenczi revient aussi sur le thème de la magie de l’art traité dans Totem et tabou. À la magie du modelage des matériaux suivant le désir de l’artiste – et « l’appareil conceptuel le plus sophistiqué » (Lyotard) –, correspond la magie de la matérialisation hystérique – cinquième privilège borné – qui donne au désir une « représentation plastique » dans le matériau corporel. Le privilège artistique qui consiste à réconcilier principe de plaisir et principe de réalité en préservant la toute-puissance des pensées et la libre déplaçabilité de la libido dans les mises en forme, le jeu complexe des métamorphoses, dérive bien du cinquième privilège qui, lui, manifeste la toute-puissance des pensées dans le modelage corporel. La magie de l’art, identifiée à son pouvoir de mettre et démettre en forme, procède d’une projection du cinquième privilège dont les métamorphoses corporelles fondent également l’efficacité de la magie (et des miracles).
La préoccupation principale des arts visuels – même en phase figurative – n’est jamais de copier les formes « référentielles », de s’effacer dans l’abnégation mimétique, il s’agit avant tout de modeler et de métamorphoser pour créer des intensités formelles. Circonscrivant aux peintures de Rembrandt un propos général de Nietzsche, Wölfflin répète que ce qui compte en la matière n’est pas tant le sujet (une copie du réel) que la manière de faire, le jeu singulier des formes, des couleurs, de l’espace. Le constat que, quels que soient les idées, l’usage, le programme, les contraintes de départ, toute œuvre d’art visuelle confrontée aux intensités métamorphiques n’empêche pas les artistes de s’attaquer parfois à la (re)présentation explicite de la métamorphose : des figures composites d’Arcimboldo (poursuivant une tradition millénaire) à Moscoso, des monstres mythologiques
[61] et de science-fiction
[62] aux dessins d’animation en pâte à modeler, des paysages anthropomorphes à Victor Brauner (
L’étrange cas de monsieur K)...
L’humanité se passionne depuis longtemps, au moins depuis l’Antiquité gréco-romaine, pour le mystère de la liaison entre les « phénomènes de la vie psychique et les mouvements du corps »
[63]. « Le corps de l’homme a, de tout temps, été scruté par les devins et par les philosophes, qui y cherchaient les signes de ses dispositions profondes. »
[64] Résultante corporelle des mouvements de la vie impulsionnelle, la grâce, dans laquelle Simmel repère une beauté fluide et Bachelard une qualité pure et insouciante (inconsciente ?), est analysée par Françoise Coblence, à travers la
Gradiva, comme la « présentation de la plasticité elle-même : plasticité de la vie psychique, plasticité des pulsions et des composantes sexuelles... »
[65] Les « dispositions profondes » de l’humanité qui s’impriment dans la grâce – et par la grâce du cinquième privilège – concernent ainsi la capacité « artiste » de maintenir la libre déplaçabilité des forces inconscientes. C’est évidemment le plus souvent sur le visage épuré de ses passions animales qu’une civilisation chrétienne va débusquer les traces d’une spiritualité bancale
[66].
Rodolphe Töpffer, dans ses
Essais de physiognomonie (1845), distingue deux catégories de « signes d’expression » (Ferenczi, démarquant Darwin, parle d’ « actes » ou de « mouvements expressifs ») : d’une part, les signes d’expression permanents « qui expriment les habitudes (...) permanentes de l’âme, celles que nous embrassons sous le terme général de caractère ; et ses habitudes permanentes de pensée, d’activité, de puissance, celles que nous embrassons sous le terme général d’intelligence », et d’autre part, les signes d’expression non permanents « qui expriment tous les mouvements et toutes les agitations temporaires ou occasionnelles de l’âme, comme le rire, la colère, la tristesse, le mépris, l’étonnement, etc., et que nous embrassons sous le terme général d’affection »
[67]. L’intérêt de ce texte – indépendamment, si j’ose dire, des dessins qui l’illustrent et en vérifient le bien-fondé – est au moins double. Il prend d’abord un parti transversal en discernant sur le visage des signes permanents aussi bien que des signes non permanents, contrairement à Georg Simmel
[68] qui oppose de façon classique le corps et le visage pour loger les caractères permanents dans la malléabilité (la plasticité) du visage, et les signes non permanents dans le corps. Une telle coupure s’avère pour le moins discutable, car, passé un certain âge, ou suivant la virulence des modelages subis et le degré de viscosité de la libido, les gestes, les attitudes, la démarche
[69], les mouvements, condensés en allure corporelle, se figent et deviennent des révélateurs permanents. On notera que les signes non permanents correspondent à « un type élastique qui comporte un retour à l’état initial », tandis que les signes permanents supposent « un type plastique où se crée une structure nouvelle et originale »
[70].
Töpffer est donc fondé à répartir la permanence et la fugacité des signes expressifs indifféremment sur le visage ou sur le corps, et d’aborder en outre son sujet en artiste, c’est le second intérêt de son texte, puisqu’il considère qu’un signe – un indice – permanent ne suffit pas à révéler un caractère, seule la composition d’ensemble des traits pouvant le rendre visible : « ... en ce qui concerne les signes permanents d’intelligence et de caractère (...), d’une part, ils varient avec chaque tête ; (...) d’autre part, aucun d’eux considéré isolément n’est un critère absolu et certain, tandis que considérés dans leur ensemble, ils sont des indices généraux, tout au plus probables, et jamais infaillibles. »
[71] Freud, qui rapporte les signes d’expression non permanents aux motions inconscientes – « ... je lui appris que le jeu de la physionomie et l’expression des sentiments obéissent davantage aux forces de l’inconscient qu’à celles du conscient et qu’elles trahissent l’inconscient »
[72] –, fournit le meilleur moyen, avec le cinquième privilège, de concevoir également les modes de formation des « signes permanents » sur tout le corps.
Les modelages corporels ressortissant à la singularité des vies, le proverbe « qui se ressemble s’assemble » devrait se renverser en « qui s’assemble se ressemble », car le cinquième privilège de l’inconscient s’empare des proximités, autant physiques qu’affectives. Si Nietzsche perçoit dans l’ancestrale imitation des gestes, liée à l’imitation des sentiments, une impulsion si forte que « nous ne pouvons pas regarder les mouvements d’un visage sans subir une innervation du nôtre »
[73], si Saul Steinberg se plaît à brouiller les pistes en faisant se ressembler humains et animaux domestiques (mais aussi tableaux et spectateurs) dans un sens indécidable, Gustave Flaubert nous offre une définition exemplaire de la puissance plastique de l’inconscient, de sa magie sculpturale, dans une lettre du 15 juin 1853 adressée à Louise Colet : « Si nos corps sont loin, nos âmes se touchent. La mienne est souvent avec la tienne, va. Il n’y a que dans les vieilles affections que cette pénétration arrive. As-tu observé que le physique même s’en ressent ? Les vieux époux finissent par se ressembler. Tous les gens de la même profession n’ont-ils pas le même air ? On nous prend souvent, Bouilhet et moi, pour frères. Je suis sûr qu’il y a dix ans cela eût été impossible. L’esprit est comme une argile intérieure. Il repousse du dedans la forme et la façonne selon lui. »
[74] De nombreuses observations confirment que la puissance du cinquième privilège est capable de corriger les empreintes héréditaires du corps. « Que les visages s’influencent les uns les autres à l’intérieur d’un groupe, le phénomène est connu dans les familles, surtout celles où un enfant adopté commence à “ressembler” à ses parents adoptifs (...) Le lien social ne façonne pas seulement les traits et les signes qui s’inscrivent sur le visage, les enfants sauvages nous montrent qu’il contribue aussi de façon singulière à modeler sa forme. À cet égard les modifications spectaculaires que connaissent les visages de Victor, de Kamala ou de Gaspar, entre autres exemples ici privilégiés, rappellent la malléabilité du corps, l’étendue souvent insoupçonnée de ses ressources... »
[75] Les proximités idéologiques – l’adhésion sans partage à des conceptions du monde affectées d’un taux maximum de viscosité –, ne s’accompagnent probablement pas aujourd’hui du risque létal auquel sont exposées les tribus australiennes, mais elles n’en autorisent pas moins la métamorphose des corps et des visages : « On montra le Présidium du meeting, des faciès de bois parfaitement identiques et bouffis, et puis des médailles, des médailles, des médailles. » « Seigneur ! fit Tamourka, n’y tenant plus. Non, mais quelles gueules ! Mais où les prend-on seulement ? – C’est nous qui les produisons, dit Dima. Ce sont des gueules typiquement soviétiques. Le voilà, le visage du communisme, pas la peine d’aller chercher plus loin. Vous pouvez l’admirer dans toute sa splendeur. »
[76] Ce n’est pas par hasard que, dans les systèmes politiques « autoritaires » – de l’Europe de l’Est et de l’Afrique du Nord au Moyen-Orient –, l’art, les petits détournements des « arts de faire »
[77] et peut-être surtout l’humour, cette force des faibles qui renoue avec l’enfance en incarnant la libre déplaçabilité pulsionnelle, peuvent constituer de redoutables moyens de résistance collective : les métamorphoses fissurent les stases de l’ordre.
On comprend au terme de ce cheminement sommaire que la « communication d’inconscient à inconscient » conçue par Freud dépend du balayage et de l’enregistrement par la vision syncrétique (Ehrenzweig) des motions pulsionnelles que le cinquième privilège inscrit à même le corps, dans ses métamorphoses élastiques ou plastiques. En pareille occurrence, l’homme peut réagir inconsciemment à la « mauvaise odeur d’un mot ou d’une pensée » (Groddeck). « Oserais-je évoquer un dernier trait de ma nature qui, dans mon commerce avec les hommes, ne me facilite guère les choses ? Je me distingue par une sensibilité absolument déconcertante de l’instinct de propreté, de sorte que je perçois physiquement, ou que je
flaire – les approches – que dis-je ? – le cœur, l’intimité secrète, les “entrailles” de toute âme... Cette sensibilité constitue chez moi de véritables antennes psychologiques qui me permettent de saisir et de palper tous les secrets. »
[78] Et Freud de conclure : « Celui qui a des yeux pour voir et des oreilles pour entendre constate que les mortels ne peuvent cacher aucun secret. Celui dont les lèvres se taisent bavarde avec le bout des doigts ; il se trahit par tous les pores. »
[79]
Le modèle artistique d’une intensification des forces métamorphiques – inconcevable sans l’intuition ou l’étayage du cinquième privilège de l’inconscient – traverse les sociétés issues de la révolution industrielle depuis la seconde moitié du XIX
e siècle, sans doute, en allant vite, pour résister à la « livraison de l’art au marché » (Benjamin), c’est-à-dire contester la soumission des énergies au seul règne de la valeur d’échange, ou encore pour « secouer le joug de la raison critique » (Freud). Ce modèle ne s’impose pas seulement à Henri Michaux quand il déclare peindre pour se déconditionner des contraintes verbales, ou à Jean-François Lyotard quand il se propose de donner consistance au projet freudien d’une « esthétique économique », on le retrouve peut-être aussi avec le « corps sans organes » que Gilles Deleuze repère notamment dans les peintures de Bacon
[80]. Défaisant l’organisation du corps en déterminant des organes provisoires, le « corps sans organes » ne décrit-il pas la déplaçabilité pulsionnelle – naturellement unie au cinquième privilège – qui investit le corps pour en indéterminer les organes dans la métamorphose ?
[1]
« Les deux premières lettres » (entre Groddeck et Freud), présentées par J.-B. Pontalis,
Nouvelle revue de psychanalyse, n
o 12, « La Psyché », Gallimard, 1975.
[2]
Dans
Nasamecu (1913) : une défense déplorable de la pureté allemande entache une seconde fois la dignité de ce livre. Cf.
L’Arc, n
o 78, « Georg Groddeck », Aix-en-Provence, 1980, p. 72.
[3]
« Détermination psychique et traitement psychanalytique des affections organiques »,
La maladie, l’art et le symbole, Gallimard, 1969, p. 37.
[4]
Ibid., p. 40.
[5]
Lettre traduite dans la
Correspondance générale de Freud (1873-1939), Gallimard, 1966, p. 344-346 ; dans Georg Groddeck,
Ça et Moi, Gallimard, 1977, p. 42-44 ; et dans le n
o 12 déjà cité (en n. 1) de la
Nouvelle revue de psychanalyse, p. 152-154. On pourra préférer la traduction de la
Correspondance, nettement moins rugueuse que celle de Roger Lewinter.
[6]
Correspondance Ferenczi-Freud, t. 2 (1914-1919), Calmann-Lévy, 1996, p. 238.
[7]
Métapsychologie, Gallimard, « Idées », 1968, p. 98. Dans cette même page, Freud écrit pourtant que « les processus inconscients ne nous sont connaissables que dans les conditions du rêve et des névroses ».
[8]
Je souligne et je ne choisis « privilège » que pour éviter la cacophonie gutturale d’une « cinquième prérogative » : cinquième privilège de l’inconscient sonne bien, dans une continuité fluide.
[9]
Sigmund Freud,
Correspondance, op. cit., p. 344-345. Je souligne. James Strachey, dans le t. XIV de la « Standard Edition », suppose que cette note concerne les relations que l’inconscient entretient avec le langage, ou encore l’un des essais métapsychologiques non publiés.
[10]
Sandor Ferenczi, « Les pathonévroses »,
Psychanalyse, t. II, Payot, 1970. Voir également : « Phénomènes de matérialisation hystérique » (1919) ; « Tentative d’explication de quelques stigmates hystériques » (1919),
Psychanalyse, t. III, Payot, 1974.
[11]
Sigmund Freud,
Correspondance, op. cit., p. 345.
[12]
Elles réapparaissent exposées d’une manière identique dans
Thalassa (1924), de Ferenczi,
Psychanalyse, t. III,
op. cit., p. 319.
[13]
Métapsychologie, p. 98, soit la même page qui abrite la note relative au cinquième privilège de l’inconscient. Celui-ci ne serait-il capable que d’actions inappropriées ?
[14]
Correspondance Ferenczi-Freud, op. cit., p. 66.
[15]
L’inconscient, op. cit., p. 72 (
GW, X, 269).
[16]
Ibid., p. 96 (
GW, X, 285).
[17]
Ibid., p. 98 (
GW, X, 286).
[18]
Les 13 et 15 juin 1917. Je souligne.
[19]
Lou Andréas-Salomé,
Correspondance avec Sigmund Freud, Gallimard, 1970, p. 84.
[20]
Correspondance Ferenczi-Freud, op. cit., p. 274. Je souligne.
[21]
Correspondance Ferenczi-Freud, op. cit., p. 372. Le « moi aussi » signale à l’évidence une discussion récente ou une lettre non publiée.
[22]
Sigmund Freud - Karl Abraham,
Correspondance (1907-1926), Gallimard, 1969, p. 263. Je souligne.
[23]
Ibid., p. 266. Lettre du 11 novembre 1917 : mais on vient d’entendre que le 6 novembre, soit cinq jours auparavant, Freud a éprouvé sur son propre corps les effets actuels du cinquième privilège.
[24]
Correspondance Ferenczi-Freud, op. cit., p. 118 et 133.
[26]
Ibid., p. 202-203. Cf. Frank J. Sulloway,
Freud, biologiste de l’esprit, Fayard, 1981, p. 261.
[27]
Ibid., p. 209 (2 mars 1917).
[29]
Cf. les lettres du 11 novembre à Karl Abraham (voir
supra, n. 3, p. 544) et du 22 novembre à Lou Andréas-Salomé (
Correspondance avec Sigmund Freud, Gallimard, 1970, p. 90).
[30]
Ferenczi ne peut qu’obtempérer et rédige « La psychanalyse des états organiques » (
Psychanalyse, t. II,
op. cit., p. 299-300) où il consigne que « Groddeck est le premier à s’être lancé dans la courageuse tentative d’appliquer à la médecine organique les résultats des théories de Freud ».
[31]
J.-B. Pontalis, « Entre Groddeck et Freud », in
Perdre de vue, Gallimard, « Folio », 1999, p. 167. Voir également la préface de François Gantheret au livre de Groddeck,
Ça et Moi, op. cit., p. 13.
[32]
Voir Françoise Coblence, « Freud et la coca ïne »,
Revue française de psychanalyse, 2/2002.
[33]
Sur les avatars du lamarckisme dans l’œuvre de Freud, cf. Ernest Jones,
La vie et l’œuvre de Sigmund Freud, t. II, PUF, 1961, p. 208 ; t. III, PUF, 1969, chap. X ; Frank J. Sulloway,
op. cit. ; Ilse Grubich-Simitis, « Métapsychologie et métabiologie »,
in Sigmund Freud,
Vue d’ensemble des névroses de transfert, Gallimard, 1986 ; Patrick Lacoste, « Destins de la transmission »,
ibid.
[34]
La Psyché, op. cit., p. 146.
[35]
« Petit abrégé de psychanalyse » [1924], in
Résultats, idées, problèmes, t. 2, PUF, 1985, p. 116-117.
[36]
« Phénomènes de matérialisation hystérique »,
op. cit., p. 65.
[37]
Cf. Jean-François Lyotard,
Économie libidinale, Éd. de Minuit, 1974.
[38]
Cf. Marcel Mauss, Les techniques du corps [1934], in
Sociologie et anthropologie, PUF, 1950. Éric Michaud a remarquablement analysé le programme hitlérien de modelage du corps social dans
Un art de l’éternité. L’image et le temps du national-socialisme, Gallimard, 1996.
[39]
Cf. André Leroi-Gourhan,
Le geste et la parole, t. 2 :
La mémoire et les rythmes, Albin Michel, 1965 ; Michel Foucault,
Surveiller et punir, Gallimard, 1975.
[40]
« Effet physique chez l’individu de l’idée de mort suggérée par la collectivité (Australie, Nouvelle-Zélande) » [1926],
op. cit., p. 316. Voir David Le Breton,
Anthropologie du corps et modernité, PUF, « Quadrige », 2001, p. 190-192.
[41]
Cf. Daniel Cohen,
Nos temps modernes, Flammarion, « Champs », 2000.
[42]
Alfred Tomatis,
Son-Magazine, n
o 38, mai 1973.
[43]
Voir André Leroi-Gourhan,
op. cit., troisième partie.
[44]
Cf. Georges Pasteur,
Le mimétisme, PUF, « Que-sais-je ?, 1972.
[45]
Friedrich Nietzsche,
Crépuscule des idoles. Divagations d’un inactuel, Œuvres philosophiques complètes, Gallimard, 1974, p. 139-140.
[46]
« Le cancer est une maladie consécutive à la résignation émotionnelle » (Wilhelm Reich,
Reich parle de Freud, Payot, 1972, p. 22).
[47]
Mars, Gallimard, 1979.
[48]
Calmann-Lévy, 1975.
[49]
Cf. Richard Pinhas, « Notes synoptiques à propos d’un mal mystérieux »,
in Boris Eizykman,
Inconscience-fiction, Yverdon, Kesselring, 1979.
[50]
Mars, op. cit., p. 18.
[51]
Georges Canguilhem, « Le vivant et son milieu »,
La connaissance de la vie, Vrin, 1975, p. 136.
[52]
Georges Canguilhem, « Machine et organisme »,
ibid., p. 116-117.
[53]
Voir « Le cerveau des sourds entend le langage des signes »,
Le Monde, 17 février 1999.
[54]
Le Monde, 13 août 2002. Voir également « La nouvelle plasticité du vivant »,
Le Monde, 30 août 2002.
[55]
Voir Daniel Charles, « L’espace, le temps, et les arts du temps »,
L’espace et le temps, Le Seuil, « Points », 1983, p. 255-256.
[56]
Publiés dans les premiers numéros de
Charlie-Mensuel, à partir de 1969.
[57]
« 7 propos sur le septième ange », préface à
La grammaire logique. La science de Dieu, de Jean-Pierre Brisset, Tchou, 1970, p. VIII. Voir Jean-François Lyotard, « Le travail du rêve ne pense pas »,
Discours, figure, Klincksieck, 1971.
[58]
De façon notable dans « Par-delà la représentation », préface à
L’ordre caché de l’art d’Anton Ehrenzweig, Gallimard, 1974.
[59]
Sigmund Freud,
Introduction à la psychanalyse, Payot, 1966, p. 371 (
GW, XI, 357-358). Pour un recensement exhaustif et l’analyse de la plasticité chez Freud, voir Françoise Coblence,
Apathie et passion des images. Habilitation à diriger des recherches en esthétique, 1999-2000.
[60]
« Les phénomènes de matérialisation hystérique »,
op. cit., p. 65.
[61]
Ovide,
Les Métamorphoses, Garnier-Flammarion.
[62]
Cf. Boris Eizykman,
Science-fiction et capitalisme, Mame, 1973, chap. « Le cinquième privilège de l’inconscient ».
[63]
Jolanta Bialostocka, « Introduction » au
Laocoon de Lessing [1776], Hermann, 1990, p. 15.
[64]
Jurgis Baltru
šaitis,
Aberrations, quatre essais sur la légende des formes, Olivier Perrin, 1957, p. 8.
[65]
Apathie et passion des images, op. cit., p. 93.
[66]
Cf. Mikha ïl Bakhtine,
L’œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance, Gallimard, 1970.
[67]
Rodolphe Töpffer,
Caricatures, Genève, Skira, 1945, p. 30.
[68]
« La signification esthétique du visage » [1901],
La tragédie de la culture, Rivages, 1988, p. 143.
[69]
Cf. Honoré de Balzac,
Théorie de la démarche. Traité de la vie élégante, Arléa, 1998.
[70]
Jean Starobinski, « “La sagesse du corps” et la maladie comme égarement, le “stress” »,
Critique, 1952, p. 354.
[71]
Rodolphe Töpffer,
op. cit., p. 35.
[72]
« Fragment d’une analyse d’hystérie »,
Cinq psychanalyses, PUF, 1954, p. 42.
[73]
Humain, trop humain, t. 1,
Œuvres philosophiques complètes, Gallimard, 1968, p. 148.
[74]
Gustave Flaubert,
Correspondances, Gallimard, « Folio », 1998, p. 238. Flaubert évoque dans cette lettre l’influence plastique de la beauté de l’environnement chez les Grecs.
[75]
David Le Breton,
Des visages, essai d’anthropologie, Métailié, 1992, p. 132.
[76]
Alexandre Zinoviev,
L’avenir radieux, Le Livre de poche, p. 102-103.
[77]
Michel de Certeau,
L’invention du quotidien, t. 1 :
Les arts de faire, UGE, « 10/18 », 1980.
[78]
Friedrich Nietzsche,
Ecce Homo, Pourquoi je suis si sage, Œuvres philosophiques complètes, Gallimard, 1974, p. 255.
[79]
Sigmund Freud, « Fragment d’une analyse d’hystérie »,
op. cit., p. 57.
[80]
Logique de la sensation, Éd. de la Différence, 1996.