Revue française de psychanalyse
P.U.F.

I.S.B.N.2130535631
392 pages

p. 733 à 747
doi: 10.3917/rfp.672.0733

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Critiques de livres

Volume 67 2003/2

 
ADOLESCENCE, no 40, été 2002, t. 20, « Le récit et le lien ».
 
 
« Le récit et le lien » est le titre du 40e numéro de la revue Adolescence auquel on pourrait ajouter, en sous-titre, « Le récit du lien », tant je trouve que c’est surtout du lien et de son enchevêtrement à la relation d’objet qu’on traite dans ce riche recueil d’articles. Le sujet est abordé de manière très hétérogène par ses auteurs : des articles plus théoriques précèdent d’autres où la clinique est au premier plan, et d’autres encore où des réflexions sur le « récit » font appel à des œuvres littéraires. À ce propos, retenons l’article de Sophie de Mijolla-Mellor, « Sexualité et abstraction », qui envisage les problématiques identitaires à partir du livre, en partie autobiographique, de Musil, Les Désarrois de l’élève Torless.
L’article de Philippe Jeammet ( « Les liens, fondement du sujet : de la contrainte au plaisir » ) ouvre ce volume de la revue Adolescence. Dans une première partie, l’auteur souligne l’importance de la qualité des assises narcissiques dans le développement de l’enfant. La constitution du narcissisme ne peut pas se concevoir sans faire appel à la relation à l’autre : « Pour être soi, il faut se nourrir des autres et dans le même temps il faut se différencier des autres », écrit Jeammet. Mais si le bébé construit ses assises narcissiques dans l’échange avec l’objet, c’est bien la qualité de la réponse de ce dernier qui module en retour son « plaisir de fonctionnement » et ses capacités de liaison entre plaisir et agressivité. L’intériorisation de cette relation permet à l’enfant de développer ses propres capacités à attendre et, en s’étayant sur les traces psychiques de l’objet, il arrive à se constituer un début de représentation mentale de celui-ci. Selon Jeammet, quand les apports de l’environnement sont défaillants (dans le sens d’un excès ou d’un défaut de ceux-ci) l’enfant remplace l’absence ou le défaut de l’objet par une recherche mécanique de sensations corporelles qui ont une valence d’autodestruction. « La sensation fait contact, mais pas lien – écrit Jeammet – (...) plus la relation est absente, plus elle se fait violente. » Quand l’équilibre narcissique n’est pas assuré, l’enfant (et plus tard l’adolescent) a recours aux objets de la réalité externe pour lutter contre ses angoisses de désorganisation. C’est dans ce type de relation à l’autre que Jeammet reconnaît le début d’une relation d’emprise, telle que Paul Denis l’a décrite, où le fonctionnement psychique serait caractérisé par la prévalence d’une relation de dépendance pour lutter contre l’insécurité interne. C’est justement à l’adolescence que l’aménagement de la dépendance constitue une des parties les plus coûteuses du travail d’élaboration psychique. La dépendance aux objets externes renvoie aussi à la problématique de la séparation. Pour que la séparation soit tolérable, elle « appelle un écart entre l’objet et le sujet » – écrit Jeammet – et « la permanence au sein du sujet d’une référence interne qui est un rapport suffisant avec l’objet dont il se sépare sans se confondre avec lui ».
La question de l’articulation entre deux théorisations opposées est actuellement au centre d’un grand débat parmi les psychanalystes, les chercheurs et les cliniciens qui s’occupent de l’enfance et de l’adolescence. C’est le point de départ de René Roussillon qui, dans un article riche et clair ( « Le lien, l’attachement et le sexuel » ), essaie de mettre en dialogue la théorie de l’attachement avec la théorie psychanalytique (c’est-à-dire la théorie freudienne de la sexualité infantile). Se référant aussi à Winnicott et au souhait de celui-ci d’arriver à une « tolérance au paradoxe », l’auteur nous fait partager son souci d’atteindre « une troisième forme de théorisation » qui puisse tenir compte des deux positions théoriques, celle liée à une « observation du dehors » (la théorie de l’attachement) et celle liée à une « observation du dedans » (la théorie psychanalytique).
L’auteur retrouve le plus gros écart entre les deux conceptions dans la question de la place différente donnée à la sexualité ou, mieux, au sexuel. Sexuel et sexualité sont alors deux concepts que Roussillon arrive à expliciter de façon, à mon sens, très satisfaisante : « La sexualité désigne un comportement, le sexuel un enjeu psychique, celui du plaisir-déplaisir (...). Il est clair – écrit Roussillon – que la dénomination de “sexuel” n’est telle que du fait de sa connexion avec la sexualité, et d’autre part que l’une et l’autre sont affaire d’interprétation, de conception, et pas seulement d’ “observation”. » II se réfère à la sexualité telle que Freud l’a décrite : c’est-à-dire qu’il souligne la différence entre la sexualité « génitale » et la sexualité « dans la conception élargie que lui reconnaît la psychanalyse » en tant que « ... niveau du sexuel qui infiltre tout le fonctionnement psychique, même s’il n’est pas le “tout” de celui-ci ». Mais comment arriver à « lire », à interpréter la partie observable d’une relation, comment arriver à comprendre ce qui revient à la sexualité dans un lien à l’autre ? Bien évidemment, on ne peut pas laisser de côté l’importance du sens subjectif que chaque relation exprime d’une manière ou d’une autre ; et c’est bien cette « expérience subjective » qui semble constituer la partie moins visible de l’iceberg de la relation à l’autre. Parlant de lien, c’est des premières relations mère-bébé qu’on est en train de parler. La relation primaire de « se trouver et de se perdre dans le miroir de l’autre, de se trouver et de se différencier de l’autre » constitue ce que Roussillon appelle « l’homosexualité primaire en double », reprenant le concept d’ « homosexualité primaire » d’Évelyne Kestemberg et l’élaborant davantage. C’est dans la relation première que le bébé découvre sa différence mais en même temps se sent semblable à l’autre. La question qui intéresse les psychanalystes, ce n’est pas la « réalité » des échanges mère-bébé, mais l’ensemble du « processus d’intériorisation », c’est-à-dire comment le sujet arrive-t-il à donner un sens, à faire devenir sienne l’expérience de la relation. C’est ainsi qu’on arrive à évoquer l’importance de la constitution de la représentation d’objet. Cependant donner un sens à l’expérience vécue dans la relation à l’autre implique aussi des retentissements de ce lien sur l’objet ; une « dialectique va s’établir entre représentation interne et objet externe ».
Et Roussillon conclut son papier par une question : Comment pouvoir penser la réalité psychique sans faire appel à la réalité externe ? Cela signifie mettre en rapport dialectique ces deux théories qui semblent s’opposer mais qui, par contre, se complètent et coexistent : la théorie de l’attachement et celle de la sexualité infantile.
Linda Slama, dans son article « Les liaisons dangereuses », se situe indirectement en continuité et en dialectique avec les questionnements soulevés par Jeammet et Roussillon autour des liens entre réalité externe et réalité interne.
Slama, à travers le récit d’une cure d’une adolescente aux conduites autodestructrices et violentes, souligne comment cette patiente, pendant son enfance, avait subi des traumatismes intenses et graves (des attaques physiques de la part de son père et une incapacité totale de sa mère à jouer son rôle de pare-excitation) qui l’avaient conduite, à l’adolescence, à trouver comme unique défense efficace l’identification à l’agresseur. Ce mécanisme de défense s’exprimait dans des attaques très violentes à l’égard de son corps. Ces attaques du corps propre nous rappellent ce que Jeammet écrivait, dans son article du même numéro de cette revue, sur « l’insuffisance des liens précoces » et la recherche active de sensations physiques pour lutter contre la défaillance ou l’absence de l’objet externe. Cette patiente recherchait des liens amoureux avec des personnes potentiellement dangereuses, ce qui semblait doubler ses traumatismes infantiles précoces liés à une réalité externe défaillante. C’est ce que l’auteur appelle les « liaisons dangereuses », où la haine et la destructivité sont au premier plan comme défense contre la crainte de la passivité et d’une dépendance excessive à l’objet idéalisé.
Signalons aussi que d’autres articles cliniques enrichissent ce numéro d’Adolescence : celui d’Anne Brun sur une expérience thérapeutique d’un atelier d’écriture avec des adolescents et celui d’Isabelle Durand-Pilat et Thierry Vincent sur les relations que les patientes anorexiques entretiennent avec les apprentissages et le savoir.
Également intéressant est l’article de Serge Tisseron, « Comment aider les adolescents à ne pas être dupes des images », où cet auteur évoque trois moyens utilisés par les adolescents pour gérer l’angoisse provoquée par des images violentes : le langage, les représentations intérieures et les représentations corporelles.
Sabina Lambertucci-Mann
 
INTERNATIONAL JOURNAL OF PSYCHO-ANALYSIS, 82, 5, 2001 ; 83, 2, 2002.
 
 
Rêves et langage dans les psychoses
Dans les dernières livraisons de l’International Journal of Psycho-Analysis on retrouve deux articles sur les rêves et le langage dans les états psychotiques.
Dans le 5e numéro du volume 82 (2001), Paola Capozzi et Franco De Masi proposent un travail sur La signification des rêves dans les états psychotiques. Considérations théoriques et applications cliniques. L’activité onirique des patients psychotiques a été étudiée par plusieurs auteurs (Mack, Racamier, Bion, Segal, Meltzer, Blechner, Quinodoz...), présentés ici dans une brève revue de la littérature, qui ont exploré l’éventuelle spécificité de l’activité onirique dans ces pathologies. À la lecture de ces écrits, il apparaît que l’affirmation freudienne selon laquelle les rêves sont la « voie royale » vers l’inconscient doit être comprise à la lettre : les rêves ne sont pas l’inconscient, mais la voie qui y mène ; il convient d’accorder une importance particulière au travail du rêve dans les états psychotiques. Aussi, les auteurs remarquent que, si « la validité générale de la conception freudienne traditionnelle sur les rêves n’est pas réfutée, les conditions de son application complète font défaut chez les patients psychotiques » : si le rêve est le produit de la rencontre entre celui qui fait un rêve et celui, à l’intérieur de tout un chacun, qui le « comprend » (ce dernier étant l’intériorisation de la capacité contenante de la mère), ce deuxième personnage fait souvent défaut chez ces patients. Cela confère à leurs rêves un caractère « hallucinatoire » au sens clinique du terme, idée que Bion exprimait en soulignant que les rêves proprement dits sont, eux aussi, issus du travail de la fonction alpha, défaillante chez les psychotiques.
Autrefois, on a pu considérer qu’il est possible de traiter les idées délirantes comme du matériel de rêve, avant que l’approfondissement des recherches psychanalytiques ne nous permette de mieux en saisir les différences ; il s’agit maintenant, selon les auteurs, de « traiter le matériel onirique [des patients psychotiques] comme s’il s’agissait d’idées délirantes ». L’article expose donc une série de rêves apparaissant au cours de traitements de patients à fonctionnement psychotique (quoique apparemment non schizophrènes), ayant connu pour la plupart des épisodes psychotiques qui ont nécessité des hospitalisations, et développent l’idée suivante : si les rêves de ces patients sont traités comme du matériel psychotique (idées délirantes, hallucinations), il arrive que souvent ils précèdent la rechute psychotique proprement dite. Il s’ensuit que ces rêves ont un caractère « prédictif », en ce sens qu’ils « anticipent le contenu de la psychose et qu’ils décrivent avec précision le fonctionnement de la part psychotique [du moi] et son pouvoir confusionnant et excitant ». Selon les auteurs, « il existe un nombre restreint de thèmes décrivant l’entrée dans l’épisode psychotique : les plus habituels sont ceux qui décrivent la fascination devant le surréel et le bizarre, la sexualisation et l’excitation perverse, ou des expériences mentales sous drogues ». Ils soutiennent que « les rêves illustrant des parties psychotiques [du moi] pourraient être des tentatives, de la part du patient, pour réunifier des expériences clivées, éparpillées ou difficilement intégrables, mais qui parviennent toutefois à accéder à leur représentation ». « Les rêves qui apparaissent au cours d’un processus psychotique peuvent avoir un sens : ils peuvent être la façon dont le patient décrit les états mentaux spécifiques à la psychose, une façon de permettre au rêveur et à l’analyste de comprendre et d’anticiper la nature de l’empoisonnement psychotique, et enfin, quoique avec plus de difficulté, une façon de décrire une voie possible pour en sortir » ; in fine, il s’agit de « rêver la psychose afin de la mettre en acte à nouveau dans l’espace potentiel de la relation analytique ». Les rêves des patients psychotiques effectuent donc un travail de « représentation de la psychose » qui permet au couple analytique de travailler sur elle dans des conditions bien plus favorables que lorsque la psychose envahit tout le champ de la conscience, avec des conséquences catastrophiques pour les fonctions du moi et pour le processus analytique.
Dans le 2e numéro du volume 83 (2002), Michael Robbins se penche sur Le langage de la schizophrénie et le monde du délire à travers l’étude détaillée du discours d’une patiente schizophrène en psychothérapie d’inspiration psychanalytique. L’auteur présente en préambule une vaste revue de la littérature sur la question. Il montre que les conceptions psychanalytiques oscillent entre deux positions : celle qui considère que le discours de ces patients est marqué par un défaut de l’aptitude à la symbolisation (discours marqué par la concrétude), et celle qui considère que ce discours utilise une symbolique obscure, privée et opaque – tout en faisant remarquer que même les tenants de la première hypothèse ont travaillé avec ces patients en suivant la seconde, c’est-à-dire en s’attelant à des opérations de décryptage. Mais quel est le rapport entre langage et pensée ? Si la psychanalyse, comme les neurosciences, semble suivre une hypothèse « unitaire » (langage et pensée sont deux aspects d’une même entité), il existe aussi des hypothèses de « disjonction » (langage et pensée sont indépendants l’un de l’autre). Dans ce dernier cadre, deux hypothèses sont avancées : selon la première, le schizophrène exprime des pensées relativement simples et communes, mais dans un langage perturbé dont la forme la plus extrême est la schizophasie. Basée sur les plus récents travaux sur le langage schizophrénique (qui ont notamment mis en évidence le fait que le discours de ces patients est normal dans sa syntaxe et morphologie), la deuxième hypothèse stipule que le trouble initial se situe au niveau de la pensée, le langage ne faisant que communiquer convenablement ce trouble. M. Robbins donne des exemples détaillés d’échanges entre sa patiente et lui, et étudie ces protocoles selon les quatre axes classiques d’analyse du discours (syntaxe, morphologie, sémantique et pragmatique). Il montre que le discours de sa patiente est correct du point de vue de la syntaxe et de la morphologie, tout en se rapprochant, par certains de ses aspects, de celui du rêve, en ce sens qu’il est langage d’action et d’actualisation, plus proche de l’étape sensori-motrice du développement que de la pensée. Toutefois, sur le plan sémantique, le langage schizophrénique n’obéit pas à l’hypothèse de « traduction » émise par Freud à propos du rêve (la comparaison entre l’imagerie du rêve et les hiéroglyphes). Il se caractérise plutôt par l’absence des distinctions habituelles entre mot, chose, processus corporel et action (la patiente appelle ce phénomène le « penser en combinaison »). « Il est tentant, écrit l’auteur, d’utiliser des termes comme “effondrement”, “implosion”, “explosion”, “fusion” ou “perte des liens” pour décrire la création de ces entités linguistiques concrètes, mais ces termes véhiculent la fausse impression que le langage schizophrénique est une dégradation régressive du langage ordinaire, alors qu’il s’agit d’un langage d’équivalence, d’immédiateté et d’action, qui contraste avec le langage ordinaire, support de la pensée représentationnelle » : il s’agit d’un « langage du corps et de ses fonctions ». En ce sens, le langage schizophrénique n’est « ni langage de la conscience éveillée (réflexion), ni langage de la dissimulation inconsciente (refoulement) ». Il est langage étranger à la représentation mentale, dépourvu de « sujet » central (de première personne), et l’auteur critique l’idée selon laquelle les schizophrènes seraient des personnes ayant une acuité psychique particulière, leur permettant d’avoir un accès plus facile à leur vie inconsciente. Enfin, sur le plan de la pragmatique, le langage schizophrénique est proche du discours délirant, car il est considéré par le patient comme « ayant le pouvoir de défaire, d’inverser ou d’éliminer la réalité intolérable, aussi bien passée qu’actuelle » : c’est un langage-réalité lui-même, et le néologisme est la forme la plus achevée de cette aptitude à faire disparaître quelque chose de désagréable en le remplaçant par une nouvelle réalité. L’auteur soutient donc que le langage schizophrénique n’est ni imprégné de significations inconscientes, ni formulé dans les termes habituels du langage conscient, et propose (sans la développer) la notion de « langage d’inconscience primaire » pour le caractériser. Aussi, il adopte la différence entre fantasme (produit d’un certain travail de mentalisation et de symbolisation, partagé entre la plupart des patients et leur analyste) et phantasme (les formations indifférenciées de mots, choses et sensations qui caractérisent le langage schizo-parano ïde) : pour lui, l’interprétation kleinienne classique de la thématique schizophrénique, bien que pertinente quant à la nature des événements psychiques qui se déroulent chez le patient, peut ne pas être comprise, voire entendue, par ce dernier, du fait de cette différence fondamentale entre les deux langues, celle de l’analyste et celle du patient schizo-parano ïde. Par conséquent, la démarche thérapeutique consistant à essayer de deviner le sens caché du mot « schizophrénique » ajoute au délire (delusion) du patient l’illusion de l’analyste, avec comme résultat la collusion entre les deux : ces échanges verbaux sont basés sur l’hypothèse implicite, et erronée, que les deux protagonistes parlent la même langue, et la collusion qui en découle peut conduire à l’impasse des traitements interminables. Un travail préalable de construction d’une langue commune est donc nécessaire à toute entreprise de traitement psychanalytique de ces patients.
Vassilis Kapsambelis
 
ZEITSCHRIFT FÜR PSYCHOANALYTISCHE THEORIE UND PRAXIS, Revue pour la théorie et la pratique psychanalytiques.
 
 
Cette revue a été fondée en 1985 par Sibylle Drews (Allemagne), en collaboration avec Rosemarie Berna-Glantz (Suisse) et Han Groen-Prakken (Hollande). Il s’agit d’une revue qui publie prioritairement des articles cliniques.
Thomas Aichhorn, « Le différentiel dans la psychanalyse » (vol. 16, 4/2001).
L’article de Thomas Aichhorn (Vienne) résume de façon intéressante les principaux concepts avancés par J. Laplanche.
Son point de départ est le fameux texte de Ferenczi, « La confusion de langue entre les adultes et l’enfant ». L’adulte communique avec la « langue de la passion » ; l’enfant, avec la « langue de la tendresse ».
Pour étudier cette idée de « confusion des langues », Aichhorn se réfère au concept du différentiel, un concept mathématique développé par Leibniz, qui est aussi un concept important pour la traduction des langues. Aichhorn cite W. Benjamin qui a beaucoup réfléchi sur la traduction et montre que chaque traduction d’une langue vers une autre laisse un reste, un différentiel intraduisible, intraitable. Ce concept du différentiel était central pour Freud et il l’est toujours pour la psychanalyse, dit Aichhorn.
L’adulte attaché à son enfant s’occupe de lui et lui apporte une aide vitale. Par ses gestes, ses paroles, ses pensées et ses soucis, il communique avec l’enfant, et tout ce qu’il lui transmet sera imprégné, marqué par son inconscient sexuel d’adulte. Celui-ci a été transformé à la puberté et à l’adolescence par l’émergence et par la maturation de l’instinct sexuel. L’intention consciente de l’adulte est d’aider l’enfant à vivre et à grandir, mais il est « compromis » par son inconscient sexuel. L’enfant dépend passivement de l’aide de l’adulte pour ses besoins vitaux. Il reçoit les soins que l’adulte inscrit dans son corps et les vit comme une satisfaction de ses besoins, et ce vécu représente la séduction originaire qui fera ensuite l’objet d’un refoulement. À cause de son manque de maturité et de son développement inachevé biologiquement, l’enfant reçoit des messages énigmatiques de la part de l’adulte. Il va essayer de les identifier et de les traduire dans sa langue de tendresse. Les communications des deux partenaires sont non symétriques, et la traduction sera toujours partielle, incomplète. Il y aura toujours un reste, un différentiel entre le message de l’adulte qui s’inscrit dans le corps de l’enfant et la traduction que l’enfant en fait. Ce différentiel n’est pas dû à l’écart d’âge ou d’expérience ou même de savoir mais à la spécificité de l’inconscient sexuel de l’adulte par rapport à celui de l’enfant. Ce reste intraduisible qui a échappé au sens et à la représentation se fixera dans l’inconscient de l’enfant où il continuera à exister comme une partie centrale du refoulement originaire.
Laplanche définit cette situation comme la « situation anthropologique fondamentale ». C’est à partir des besoins vitaux de l’enfant, des messages énigmatiques de l’adulte que l’enfant traduit dans sa langue de tendresse et à partir du différentiel tombé dans l’inconscient que la pulsion de la sexualité infantile naît. L’enfant construit ainsi ses relations avec l’adulte, son auto-érotisme, ses fantasmes et ses représentations issus de la sexualité infantile.
Par cet « implant », l’élément sexuel sera présent pour l’enfant dès le début de sa vie et dès le début de tout vécu de satisfaction.
Ainsi, la sexualité infantile précède la sexualité instinctuelle et celle-ci sera déterminée par le désir de décharge et de la satisfaction par orgasme. Laplanche le formule ainsi : « Quand l’instinct sexuel arrive, le fauteuil est déjà occupé. »
Dans la cure, la relation originaire à l’adulte, à savoir la séduction originaire, est remobilisée par le transfert. La dépendance passive vis-à-vis de quelqu’un qui envoie des messages énigmatiques se reproduit artificiellement. Le sujet est confronté avec l’énigme de son for intérieur et avec l’énigme de l’autre.
Jutta Gutwinski-Jeggle (Tübingen, Allemagne), « Se rencontrer et se manquer dans les langues de l’espace analytique » (vol. 16, 1/2001).
Il s’agit d’un exposé de Jutta Gutwinski-Jeggle fait en 2000 au Colloque psychanalytique d’Europe centrale qui se tenait à Budapest et portait sur le texte de Ferenczi : « Confusion de langue entre les adultes et l’enfant ». Elle rappelle l’importance de l’axe Vienne-Budapest pour Freud et Ferenczi et pour les psychanalystes de la première heure. Dans ce contexte, Ferenczi avait fait en 1932, contre la volonté de Freud, son exposé sur le thème de ce fameux article. La controverse violente que cet exposé déclencha à propos du concept du trauma et à propos de la technique psychanalytique allait si loin que Jones en était arrivé à traiter Ferenczi de « malade mental ». Gutwinski-Jeggle pose la question : Pourquoi une controverse qui pourrait donner lieu à une ouverture d’esprit et à un débat fructueux se transforme-t-elle en guerre, projection, clivage et diffamation ? Elle souligne la modernité des idées de Ferenczi et considère que l’évolution de la pensée psychanalytique contemporaine a ouvert de nouveaux horizons pour mieux débattre des idées de Ferenczi.
À son avis il faudrait un tiers pour déchiffrer la confusion de langue entre l’adulte et l’enfant, car la communication entre les deux est en grande partie inconsciente. Elle passe par leur lien, par leur relation, alors que beaucoup de messages circulent dans la langue discursive. Souvent celle-ci ne sert pas d’abord à transmettre un message mais à maintenir un lien (pathologique ou non), à accuser, à dénier, à séduire ou à attendrir.
La langue, dit Gutwinski-Jeggle, ne sépare pas sujet et objet, elle transmet par projection ou identification projective, à savoir par des procédés qui transportent d’une manière obscure et encore peu connue des parties entières d’une personne dans une autre.
Dans les controverses entre collègues existent également des confusions de langue. Il y a les controverses entre les différentes écoles ou les différents points de vue. Elle cite comme exemple la polémique autour de la pulsion de mort. L’analyste se sert de son intuition et de la communication d’inconscient à inconscient, il interprète ses perceptions et ses impressions par le moyen de ses convictions théoriques, de ses préconcepts et concepts, et aussi par le moyen de ses défenses personnelles. L’élaboration d’un concept par lui peut être vécue par ses collègues comme un éloignement, une séparation blessante. L’incompatibilité des concepts que chacun s’est appropriés peut séparer les interlocuteurs, si la conceptualisation ne se fait pas de façon synchrone, harmonieuse par rapport à celle des autres. La différence de pensée crée un éloignement qui peut être toléré ou combattu.
Le problème de la confusion des langues et des controverses est aussi représenté par un mythe, celui de la tour de Babel. Se référant à Bion, Gutwinski-Jeggle nous explique que le mythe de Babel représente un conflit entre religion et savoir, entre omniscience, d’un côté, et recherche et curiosité, de l’autre. Ce mythe décrit comment la communication est bloquée et handicapée, et comment le résultat en est la destruction de la langue commune, l’impossibilité d’un travail en commun, la confusion et l’exil. Quel sens peut avoir ce mythe pour nous qui avons si profondément intégré un mythe (le mythe d’Œdipe) dans nos pensées et théories ? Gutwinski-Jeggle rappelle que le mythe en général aide à déchiffrer un sens dans ce qui est insensé, il aide à « enfiler l’indicible par le chas de l’aiguille de la langue logique et discursive dans la langue narrative du mythe ; ainsi aura forme et limite ce qui était déroutant et insupportable ».
Gutwinski-Jeggle présente ensuite la vignette clinique d’un homme qui souffrait de contraintes et d’obsessions (une pathologie qui correspond, à mon avis, à ce que A. Green décrit comme « analité primaire »). Ce malade, dans un contexte familial analogue à celui décrit par Ferenczi dans son texte, avait subi un inceste du fait de son père. Au cours de son analyse, il entre dans une dynamique parano ïde et se retourne de façon destructive contre le processus analytique en identifiant l’analyste à son père. Gutwinski-Jeggle décrit les ratés de langue entre le patient et son analyste. Elle considère qu’il existait entre eux un fonctionnement qui ne reconnaissait pas la séparation des deux partenaires. Dans ce système, dit-elle, il n’y avait que victoire ou échec, mais comme il ne pouvait y avoir qu’un seul point de vue juste et possible, guérir était un échec pour le patient, car il fallait accepter une interprétation de son analyste, ce qui aurait été une victoire pour elle. Au fil d’une très longue analyse, ce patient avait pu entrer en contact avec son vécu paradoxal et parano ïde.
Jutta Gutwinski-Jeggle met en parallèle les difficultés dans les relations transférentielles et contre-transférentielles avec ce patient et les controverses dans la psychanalyse. Elle pense que le conflit entre Freud et Ferenczi était insoluble dans son temps et ne pouvait devenir constructif pour la psychanalyse qu’avec les contributions de psychanalystes des générations suivantes. Elle cite les nombreux travaux sur la réalité et sur le trauma qui se réfèrent très souvent à Ferenczi ; elle pense aussi aux modèles de Bion (par exemple, celui du contenant-contenu) ou de Hanna Segal (à propos de l’équation symbolique) que la psychanalyse a intégrés aujourd’hui et qui nous permettent de mieux comprendre Ferenczi.
Anne-Marie Sandler (Londres), « Ombres du passé. À propos du monde interne dans la cure analytique (vol. 15, 4/2000).
Anne-Marie Sandler pose la question de savoir comment le passé et le présent s’articulent et se croisent dans le monde interne des objets et des relations. Pour éclaircir cette question, elle nous présente un concept intéressant qu’elle a élaboré avec son mari, Joseph Sandler, un concept qui différencie entre l’inconscient du passé et celui du présent. L’inconscient, dit-elle, fonctionne à deux niveaux, il évolue pendant toutes les étapes de la vie, depuis la première enfance jusqu’à l’âge adulte, et en même temps il agit en tant que processus psychique continuellement dans le présent, en résonance avec ses profondeurs et sa surface. Dans ce double mouvement, l’inconscient du passé se constitue dans les interactions précoces des premières années de la vie comme un ensemble de patterns, de structures et de règles d’interaction dans lesquels se cristallise quelque chose des relations d’objet internalisées et des identifications inconscientes. Ces patterns fonctionnent comme un savoir procédural ou implicite, dit A.-M. Sandler. L’inconscient du présent correspond d’une certaine façon au préconscient de Freud. Il contient désirs et fantasmes inconscients de la vie actuelle qui ont en même temps leurs racines dans les patterns infantiles de l’inconscient du passé. Celui-ci n’est pas accessible, alors que l’inconscient du présent l’est partiellement. Il sera le domaine du travail psychanalytique et source des manifestations du transfert. Ainsi, l’inconscient du passé marque tout au long de la vie fantasmes et imagination, il détermine la structure du désir qui émerge dans l’inconscient du présent, il reproduit dans sa forme les désirs de l’enfant, mais le contenu sera déterminé par l’inconscient du présent et les acteurs de la vie présente.
A.-M. Sandler parle d’une patiente, Mme B..., qui avait particulièrement inspiré sa réflexion sur son concept. Il s’agit d’une femme de 33 ans qui venait en analyse avec le souhait ardent d’avoir un enfant, sans pourtant avoir un ami. Dès sa première séance, elle se plaignit de sa sœur, sa cadette de seize mois, qui lui avait gâché toute la vie depuis sa naissance et qui maintenant était mariée et envisageait d’avoir un bébé. Sa plainte ressemblait à une construction préfabriquée qui excluait toute intervention ou proximité de l’analyste. C’était comme si Mme B... avait découpé son temps subjectif interne en deux parties, en un « avant » et un « après » la naissance de sa sœur. Ce schéma cristallisé du passé était inconscient, elle avait perdu toute connaissance de ses origines, et il aurait été impossible pour l’analyste de l’interpréter. Elle était constamment confrontée avec son « roc primitif », fait de vulnérabilité, d’avidité, de méfiance et de terreur. A.-M. Sandler considère que c’est la réaction contre-transférentielle qui l’a aidée à découvrir ce « roc primitif » et que c’est grâce au concept de l’inconscient du passé qu’elle a pu comprendre les expériences précoces de la patiente, cristallisées en procédés rigides et contraignants. Mme B... avait une façon de vivre dans son passé qui rendait impossible le développement de ses possibilités dans le présent.
Reimut Reiche (Francfort), « ... qui nous refuse la pleine satisfaction (Sigmund Freud) » (vol. 15, 1/2000).
Reimut Reiche est professeur de sociologie et psychanalyste. Dans cette conférence à l’Université Goethe de Francfort, il rappelle que, selon Freud, la civilisation est fondée sur la renonciation pulsionnelle et que cette renonciation fonde la conscience qui est la base de l’autonomie, de la sexualité et de la civilisation. Toutefois Freud avait aussi exprimé quelques réserves, nous dit R. Reiche, lorsqu’il écrivait : « On croit parfois reconnaître que ce n’est pas seulement la pression de la civilisation mais quelque chose tenant de l’essence de la fonction elle-même qui nous refuse la pleine satisfaction » (Malaise dans la civilisation).
Cette conférence a une qualité rare : elle est écrite avec humour, mais je ne peux malheureusement pas le transmettre dans ce compte rendu.
Reiche pose alors la question : Quelle place le sexuel a-t-il dans notre civilisation d’aujourd’hui et a-t-il changé depuis Freud ?
Freud, dit-il, a désillusionné esprit et civilisation en démontrant que c’était la pulsion qui était à leur origine. Nous allons encore plus loin aujourd’hui en séparant la pulsion du sexuel comme phénomènes clinique et sociologique.
Reiche étudie dans sa conférence ce qu’il appelle les « bordures observables » de certains phénomènes sexuels, car il considère que leur fond, leur essence même, reste inobservable.
Il constate qu’il y a dans les sociétés modernes une présence visuelle et pornographique du sexuel de plus en plus massive, alors que l’activité sexuelle et le co ït diminuent dans les milieux hétéro- et homosexuels (selon les études qu’il cite). La vie du couple semble évoluer vers une monogamie en série, dans laquelle le co ït perd son importance en tant que source du plaisir. Dans le couple traditionnel, les troubles classiques étaient impuissance et anorgasmie. Aujourd’hui c’est l’absence de plaisir sexuel. Même, si chez les jeunes, le co ït se pratique de plus en plus tôt, il reste sans suite, dit Reiche, comme si la devise était : « On l’a déjà fait, donc on n’en a plus besoin. »
À ces changements correspondent certains changements dans la sémantique et dans le code sexuel.
Dans les années 1960, le sexuel était encore représenté par des mots comme « interdit », « secret », « extraordinaire » et « intime », alors qu’aujourd’hui c’est « ordinaire », « connu », « public », voire « obligé ». Après la vague pour le sexe des années 1960 on parlait d’échec et de démission. Il y a d’un côté la désexualisation du sexuel et de l’autre côté la pornographisation de la civilisation, la dépression du sujet et la manie de la civilisation. Reiche se demande si ses idées ne se trouveraient pas être autre chose que la projection de sa génération vieillissante sur les jeunes ? Pourquoi les jeunes de 18 ans en 1999 trouveraient-ils le sexuel moins intéressant que ceux de 1969 ou de 1869 ? Il cherche la réponse dans la phrase de Freud qui parle de « l’impression d’une fonction en état de rétrogradation » (Malaise dans la civilisation).
Il voit plusieurs éléments impliqués dans ces changements ou « rétrogradations ».
Depuis qu’existent des moyens de contraception, l’unité de la fonction sexuelle qui englobait la reproduction et le plaisir est brisée, alors que pour Freud le lien unissant la fonction sexuelle, la reproduction et le plaisir était l’essence de cette fonction.
D’autres éléments comptent : l’invention des Pampers pour bébés dans les années 1970 a marqué la fin de l’apprentissage de la propreté sévère et dure et a permis de laisser à l’enfant le libre choix de devenir propre à 2, 3 ou 4 ans.
Ensuite, la réforme des retraites a diminué largement la dépendance des personnes âgées par rapport à leurs enfants et a aussi réduit les motivations pour avoir des enfants. Ainsi le contrat traditionnel entre les trois générations est rompu, décomposé. C’est comme un infanticide collectif, une destruction par la société de sa propre famille, dit Reiche. Pourtant ce processus s’articule comme les processus dans l’inconscient où une chose et son contraire peuvent exister : s’il y a infanticide collectif, il y a aussi idéalisation, voire idôlatrie et recherche ardente d’enfant et de son amour.
De plus en plus d’enfants sont issus de couples divorcés, proviennent de familles monoparentales ou sont nées de nouvelles techniques génétiques et de procréation médicalement assistée. Nous sommes obligés d’admettre que la famille traditionnelle devient plus rare et que les enfants qui nous restent ne grandissent plus dans cette famille. Pourtant, pour ces enfants aussi, le complexe d’Œdipe reste le complexe central des névroses et la structure de base du sexuel, comme le mythe d’Œdipe reste la structure du destin de l’homme.
Reiche constate qu’il y a une tendance dans notre société à réduire toujours et encore plus la barrière de l’indisponibilité et de l’inaccessibilité qui nous empêche de réaliser nos désirs, une barrière naturelle et physique, à son avis. Cette barrière d’inaccessibilité veut dire que nous ne disposons ni de jeunesse ou beauté éternelle, ni d’une capacité illimitée d’avoir plaisir et orgasme. Pour Reiche, le paradigme de cette inaccessibilité est l’érection de l’homme. S’il n’y avait pas cette barrière d’inaccessibilité, il y aurait surmenage narcissique. Peut-être Balint avait-il raison lorsqu’il avait lancé l’idée que les humains veulent mener une vie libre d’excitation sexuelle et de pression narcissique, et qu’ils projettent pour cette raison leur idéal omnipotent d’accessibilité illimitée sur la surface des choses. Est-ce que cela veut dire aujourd’hui, se demande Reiche, que le psychisme projette ses excitations et ses fantasmes sexuels dans le monde de la publicité et de l’Internet, pour se protéger et se mettre en retrait face à la pression sexuelle ?
Contre le terrorisme de la disponibilité et de l’accessibilité universelle nous avons inventé beaucoup de méthodes (pathologiques ou non) plus ou moins créatives, pour nous rendre inaccessibles et indisponibles, narcissiquement et sexuellement parlant. Reiche cite comme exemple, entre autres, la boulimie, l’absence de plaisir, la virginité, le virtuel et d’autres codes qui permettent d’être invisibles, intouchables et impénétrables.
Il conclut qu’il est probablement impossible de faire un diagnostic concernant la satisfaction sexuelle de la civilisation contemporaine, mais qu’il est surtout important de constater que cette question n’est plus aussi intéressante qu’elle l’était encore en 1929 (quand Freud écrivait Le malaise dans la civilisation) ou en 1968.
Chaque individu doit construire son identité sexuelle, et le sexuel maintient sa position centrale pour la formation de l’identité dans la vie de chacun, mais elle perd progressivement sa position exceptionnelle dans la société.
Il conclut que les humains de la société moderne commencent à peine à admettre l’idée que c’est l’essence même de la fonction sexuelle que de leur refuser la pleine satisfaction.
Hede Menke-Adler
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