2003
Revue française de psychanalyse
IV - L'analyste pervers narcissique : Masud Khan, exemple illustre
Réponses aux articles de Wynne Godley dans le Times et la London Review of Books
Donald Campbell
Wynne Godley, patient de Masud Khan il y a quarante ans, a écrit deux articles sur son expérience. Le premier est paru dans la London Review of Books (du 22 février 2001) et une version un peu abrégée a été publiée dans le Times (du 23 février 2001). J’ai eu le sentiment que ces articles méritaient une réponse.
Je suis très reconnaissant aux nombreux collègues qui m’ont aidé à écrire une lettre : Jennifer et Marcus Johns, Anne-Marie Sandler, Gregorio Kohon, Ron Britton, Mike Brearley, Marylin Lawrence, Chris Mawson, Stephen Gross et un de ses amis journaliste, et Adam Taylor, notre avocat chez Withers, pour ne nommer que quelques-uns. La lettre suivante a été publiée dans le Times du 5 mars :
« Monsieur,
« J’ai lu (dans le Times du 23 février) le récit douloureux que Wynne Godley a fait de son analyse avec Masud Khan, aujourd’hui décédé, avec inquiétude, colère et regret qu’un patient ait été maltraité par un psychanalyste, il y a quarante ans de cela.
« Afin de comprendre la réaction de la Société britannique de psychanalyse à l’époque (Masud Khan en était membre), j’ai parlé à des confrères plus âgés. Bien que des rumeurs aient couru sur les comportements professionnels inappropriés de Khan, il fallait qu’un patient en apporte des preuves car on ne peut engager des poursuites pour faute professionnelle sur la base de rumeurs. Je pense que l’on a tenté d’encourager des patients et ex-patients à porter plainte, mais aucun ne l’a fait. Des confrères qui connaissaient Masud Khan ont dit qu’il pouvait être sensible et plein d’insight. Certains patients se sont sentis aidés par lui. Malheureusement, ses comportements à l’égard d’autres patients étaient totalement inacceptables.
« Quelques mois après la parution de son dernier livre, When Spring Comes : Awakenings in Clinical Psychoanalysis, en 1988, dans lequel il fournit lui-même des preuves de son inconduite avec des patientes, de son mépris pour ses confrères et de son anti-sémitisme, Masud Khan fut radié de la Société britannique de psychanalyse.
« Aujourd’hui, nous nous efforçons de protéger nos patients de différentes façons. Nous réagissons aux plaintes de tierces personnes (dès lors qu’il y a plus d’une plainte) – au lieu d’attendre qu’un patient se manifeste – en nous entretenant avec l’analyste concerné.
« Nous avons également un analyste désigné pour recevoir des familles et des amis qui s’inquiètent parfois d’un patient et/ou de la cure qu’il suit. Nous avons établi un Code de déontologie et des Principes directeurs qui définissent des règles de pratique et un système d’investigation des manquements présumés ; ainsi, un patient voulant déposer une plainte peut le faire dans la confidentialité auprès du comité déontologique de la Société britannique de psychanalyse. Dans les cas suffisamment graves, un conseiller juridique et des personnes n’exerçant pas la profession d’analyste sont bienvenues pour représenter les demandeurs et les défendeurs lors des auditions dans le cadre déontologique. De plus, tous nos étudiants suivent des cours de déontologie en psychanalyse.
« Le récit que Wynne Godley fait de la pratique de Masud Khan a révélé une parodie grotesque et préjudiciable de la psychanalyse. L’analyste patient et désintéressé que Wynne Godley a trouvé pour atténuer les conséquences de son expérience perturbante avec Khan a pratiqué le type d’analyse que nous enseignons et mettons en œuvre à la Société britannique de psychanalyse.
« Bien sincèrement,
« Donald Campbell
« Président de la Société britannique de psychanalyse ».
À la suite de deux appels téléphoniques et d’une lettre de réclamation de ma part à M. Stothard, le rédacteur en chef du Times, la lettre ci-dessus a été publiée dans une version un peu révisée le 5 mars. La London Review of Books prévoit de la publier dans son numéro du 22 mars.
Nous devons faire davantage. Il nous faut étudier la correspondance, les procès-verbaux des réunions du conseil d’administration et nous entretenir avec des confrères qui étaient actifs à cette époque afin de nous faire une idée plus claire de ce qui se passait. En tant que président, j’ai demandé à Anne-Marie Sandler de réfléchir avec le Comité de déontologie à la façon d’avancer. Marilyn Lawrence, du bureau politique, et Jennifer Johns, présidente du comité des relations extérieures, prendront également part à ces discussions. Nous devons nous préparer au cas où des patients ou anciens patients feraient de nouvelles révélations malheureuses. Il nous importe avant tout de trouver une façon de garantir que des patients présents et futurs seront mieux protégés d’abus de leurs analystes qu’ils ne l’ont été par le passé.