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PSICHE, 1/2002, Milano, Edizioni il Saggiatore.
Une nouvelle ligne éditoriale : Psychanalyse et société
Réalisée par des collègues de la Société italienne, Psiche se veut une revue de « culture psychanalytique » qui interroge et dialogue avec d’autres savoirs à partir et autour de ce que la psychanalyse elle-même, en tant que discipline théorico-clinique, met en évidence des faits relevant de l’activité psychique. Cette revue est active depuis une dizaine d’années, relancée à l’époque entre autres par R. Tagliacozzo et dirigée jusqu’en 2000 par T. Galli. Le dernier numéro de cette série était consacré au thème de la « mémoire et (des) mémoires ». Un numéro fort riche en articles que nous ne reprenons ici que dans ses grandes rubriques : le point de vue analytique sur la mémoire (avec des articles de J.-B. Pontalis, F. Scalzone et A. Seganti) ; la question de la mémoire et de la temporalité (avec des articles de P. Rossi, F. Sacco, F. Romano entre autres) ; ainsi que des articles autour de la transmission de la mémoire entre générations (celui de A.-M. Nicolo, en particulier) ; et enfin, les articulations possibles entre les apports de la psychanalyse et des neurosciences sur les différentes formes de mémoire (à noter l’article du physiologiste et psychanalyste M. Mancia sur le rapport entre mémoire épisodique et inconscient). Pour conclure cette brève évocation du dernier numéro de Psiche de la série dirigée par Galli, nous signalons un important texte de C. Neri intitulé « Idylle, dépersonnalisation, intégration. Entre mémoire et transformation ». Mémoire en tant que fonction psychologique complexe, ainsi que formation aux devenirs et transformations diverses – les mémoires –, active tant dans le lieu de la psyché qui se fait « historienne » du sujet que dans celui de sa collectivité d’appartenance, se décline dans les nombreux articles d’un numéro visant à la fois à terminer une entreprise et à préparer une suite.
De la mémoire aux nouvelles identités
2 Après un bref laps de temps d’absence, en effet, Psiche nous revient sous une autre forme graphique et par les soins d’une nouvelle équipe éditoriale dirigée par Lorena Preta. Mais ce qui change ou est en train de changer dans cette revue, déjà bien implantée en Italie, est sa ligne éditoriale. S’appuyant sur le précieux héritage de la précédente série – question de mémoire et transmission, justement – celle-ci nous semble chercher à redéfinir sa vocation de « revue de culture psychanalytique ». Une « nouvelle » revue, davantage ouverte à traquer l’impact que l’apport d’investigation analytique a déjà et peut avoir, dans l’abord des questions qui traversent notre social et ses métamorphoses. Si le projet éditorial paraît quelque peu ambitieux, il se fonde sur la reconnaissance que le savoir analytique a déjà une place forte qu’il fait ainsi jouer dans le débat scientifique et culturel actuel. Une position « offensive » est donc prônée dans le dialogue, la confrontation, voire la « contamination » avec d’autres savoirs disciplinaires. La psychanalyse à l’épreuve de l’altérité, il en est question couramment dans sa clinique, elle peut l’être aussi en se proposant aux autres savoirs sur la base d’une position identitaire assurée. D’après L. Preta, en effet, la psychanalyse « est la seule discipline en mesure d’offrir une vision adéquate de la complexité » de l’activité psychique. Psiche comme revue se veut alors « ... pont jeté vers l’extérieur dans une perspective de double transit : des langages et expériences “autres” à introduire auprès de nous, mais aussi de porter à l’extérieur le discours analytique lui-même ». La perspective de la revue est donc celle d’une psychanalyse à l’épreuve du social et du culturel en mutation. Comment les mutations en cours dans le social nous confrontent, en tant que psychanalystes, avec notre méthode et nos théories, à de « nouvelles géométries de l’esprit » ? Voilà bien une question, déjà esquissée dans l’intéressant livre de L. Preta (Éditions Laterza, 1999), dont la revue Psiche semble destinée à fournir un ample développement.
3 Le thème de ce premier numéro est en effet consacré aux « nouvelles identités », telles que la clinique analytique les rencontre et les pense déjà. Titre questionnant tout de même qui mériterait peut-être un point d’interrogation.
4 Venons-en à la structure et aux contenus de la revue pour relever la consistance du projet. D’entrée nous lisons deux solides articles qui focalisent – cette section s’appelle « Focus » – et questionnent le thème choisi : identités nouvelles ? A. Honneth, directeur de l’École de sociologie de Francfort, traite de « La théorie des relations d’objet et identité postmoderne. Sur l’obsolescence supposée de la psychanalyse ». La question posée au départ de sa réflexion est que ce serait l’existence d’une divergence entre les conditions socioculturelles d’émergence de la psychanalyse et les réalités contemporaines qui pourrait faire croire qu’elle est obsolète, réalités contemporaines dans lesquelles se profilent la fin de l’individu et l’émergence d’un sujet « multiple », porteur d’une sorte de pluriel de l’intrapsychique, propre à la personnalité dite postmoderne. « La psychanalyse serait en train de devenir rapidement une discipline obsolète du fait que – écrit-il –, dans la vie psychique interne, la référence nécessaire à une dissolution (Verflüssigung) de l’identité du Moi dans le domaine communicationnel viendrait à manquer. » L’auteur formule une réfutation de cette thèse par le biais d’une confrontation critique des apports psychanalytiques postfreudiens, en particulier ceux liés aux théories de la relation d’objet qui, elles, « visent à comprendre la formation de la vie psychique... en tant que processus d’intériorisation des relations interactives ». C’est dans les théorisations de D. Winnicott, d’une part, et surtout de H. Loewald, d’autre part, que Honneth trouve matière pour confirmer l’actualité de la psychanalyse lorsqu’il est question de rendre compte de cette « vitalité interne, de la richesse intrapsychique » dont doit pouvoir disposer l’homme postmoderne. Cette vitalité interne, d’ouverture (Entschränkung) et de dialogue intérieur, « a pris la place occupée dans la première psychanalyse par le concept de force du moi », note l’auteur qui signale d’ailleurs que une telle personnalité « vitale, plus flexible » n’est pas pour autant « nécessairement plus stable ». En contrepoint à cet article, on peut lire celui de S. Maffettone, professeur de philosophie politique : « Psyché et polis. Un parcours psychanalytique pour redéfinir la théorie politique de l’identité. » L’auteur se basant sur la disparité de la signification freudienne entre le concept d’identité, qui a peu de poids, et celui d’identification, qui a plus de poids, vise à soutenir une thèse autonome sur la nature du sujet ethico-politique, en particulier en rapport à la question – fort actuelle, on le sait – de l’identité culturelle. Se servant de la théorie de Freud sur l’identification, liée à son soubassement pulsionnel, le sujet est à envisager comme le fruit de la dynamique moi-groupe-environnement que l’auteur conçoit dans l’optique d’un « constructivisme lié », à opposer à un constructivisme anarchique, illimité. C’est dans une logique de processus complexes historico-critiques d’identification et d’échange que, suivant l’indication freudienne, l’identité se structure, s’opposant ainsi à une conception « essentialiste » sur laquelle se fondent certaines conceptions de philosophie politique encore en cours. Les argumentations de Maffettone, bien qu’elles se posent à un niveau méta-théorique, ont tout de même l’intérêt en philosophie politique d’ouvrir sur une vision non relativiste du pluralisme culturel. Une telle perspective vise à rendre possible une vision politique concernant le degré envisageable d’ouverture, à savoir le dépassement des différences culturelles et ethniques. On note que ces deux articles, réalisés par des chercheurs de disciplines différentes, montrent que l’horizon de la lecture analytique de l’humain reste propice à l’avancement de leurs investigations respectives.
5 Maurizio Balsamo, avec ses essais intitulés « Spectres. L’identité, entre psychanalyse et anthropologie », s’exerce à resituer quelques points du dialogue problématique entre l’objet de la psychanalyse et celui des théories anthropologiques. C’est au tour de la question de l’universalité ou de la particularité des fonctions et des processus de développement de l’identité d’être mise en cause dans ce dialogue inachevé. « Cependant, la question de l’identité “déracinée” de son présent persiste – écrit-il – et la perspective psychanalytique ne peut que se mouvoir dans la reconnaissance de l’universalité de l’hétérogénéité substantielle du sujet humain, de sa décentration radicale dans l’assomption d’une identité » toujours à rechercher.
6 Plus que de l’identité, la théorie psychanalytique se prête mieux à rendre compte des effets de la perception des différences dans la structuration de l’identité subjective. Plus que les mécanismes identificatoires, ce sont ceux désidentificatoires qui peuvent mieux rendre compte de ce qui « fait différence », selon Manuela Fraire. La différence « de la femme et de l’homme, et ensuite de la femme et de la mère ». Différences à de multiples niveaux pour devenir femme que cet auteur, attentive au questionnement féministe, série ainsi : différence homme/femme avec tout ce qui est lié au genre ; différence entre être femme et être mère ; différence entre la catégorie d’humain et celle du corporel. Elle termine son développement, quelque peu ardu, par le constat relatif à « l’écart, encore existant, entre l’expérience subjective féminine et la structure symbolique appropriée pour la représenter et la signifier », pointant par là le hiatus entre expérience féminine et langage qui est « plus lent que l’expérience à signifier ».
7 Avec une référence plus étendue à sa clinique d’analyste du trans-sexualisme, Amalia Giuffrida nous livre ses réflexions à propos de l’annulation actuelle des différences entre sexes, en vue de la réalisation d’une sorte de « genre sexuel unique ». Nous sommes là en présence d’une configuration pathologique visant l’indifférenciation : un genre unique que l’auteur comprend « comme une dimension d’omnipotence autarchique, de permanence dans la bisexualité » défensive. Bien souvent, une telle dimension, qui se meut entre des couples antinomiques – homme/femme, désir et sa négation, omnipotence et impuissance, castration et sa dénégation –, trouve des soutiens dans les biotechniques médicales à disposition et dans la poussée sociale à vivre « sans limites, dans une sorte de satisfaction chimérique du désir, par la manipulation sans bornes de la réalité ». L’auteur, bien que reconnaissant l’effet de désorientation que la clinique de ces configurations peut engendrer, souligne que cette poussée contemporaine vers une sorte de réalisation d’un genre sexuel unique ne laisse cependant pas la psychanalyse à court d’outils pour y repérer les fantasmes à l’œuvre. D’après l’auteur, la véritable désorientation viendrait plutôt de ces courants de pensée, même analytiques, qui, pour aborder la condition transsexuelle, prônent de se passer de l’analyse des formations inconscientes impliquées dans de belles configurations symptomatiques.
8 Cosimo Schinaia, lui aussi, se penche sur la clinique du transsexualisme et de ses diverses formes. Il préfère parler des transsexualismes comme « d’une déclinaison narcissique spécifique, sorte de pathologie sociale de la limite... qui s’éloigne des anciennes définitions de perversion pour entrer dans lesdites nouvelles pathologies avec lesquelles la psychanalyse doit se confronter avec tout son bagage... mais en rendant plus élastiques ses grilles de lecture, afin de naviguer dans ces nouvelles identités ».
9 Que notre environnement de la vie quotidienne, ainsi que celui des pratiques de soins, soit désormais massivement occupé par des machines diverses, issues de l’expansion de la pensée technologique dans un bon nombre de domaines, draine avec soi une mutation dans l’ordre symbolique. Une mutation qui, cette fois-ci, ne peut pas ne pas avoir des répercussions sur le rapport même homme-machine, sur le rapport réel-virtuel, voire sur la dimension imaginaire de l’identité. Déjà le philosophe Galimberti avait abordé de manière approfondie ces questions dans un bel essai, paru en Italie il y trois ans, sous le titre Psiche e techne. C’est dire combien cette interrogation traverse plusieurs disciplines, et cela à juste titre. Sur ce vaste thème, nous trouvons intéressantes les réflexions de S. Vegetti Finzi dans son article « Moi-corps-machine ». L’auteur se penche en particulier sur le Manifeste Cyborg (1989 ; 1977) écrit par Donna J. Haraways – une philosophe, biologiste, féministe américaine, attachée à la pensée de Foucault et de Derrida – qui envisage « le corps cyborg comme une chimère à indice élevé d’angoisse. Contamination du vital par l’artificiel pour faire tomber la barrière entre humains, entre l’homme et l’animal, entre l’homme et la machine... dans une nouvelle subjectivité, par un dépassement de la polarité nature-culture ». Face à ce projet de mutation, nous apercevons, selon l’auteur, le débat scientifique qui oppose, d’un côté, les humanistes liberal et, de l’autre, les positions des dits « postmodernes », concernant la question corps-esprit. Une « inquiétante étrangeté » traverse tout cet article, avec ses considérations concernant alors plus spécifiquement les conséquences pour « une réinvention de l’espace analytique, de la relation, de la méthode, des finalités de la cure ». Il y a matière à discussion, en somme, sur la psychanalyse à venir.
10 Nous adhérons davantage aux vues présentées par Fausto Petrella et Vanna Berlincioni dans leur article intitulé : « La clinique et les nouvelles réalités technologiques ». Les auteurs s’interrogent sur le fait de savoir jusqu’à quel point les organisations « dispersées » propres au sujet postmoderne justifient l’effacement du modèle œdipien en faveur de la primauté de l’analyse du besoin de sécurité. Sécurité de base, relative aux vicissitudes de la relation primaire, qui viendrait ainsi à être clivée par rapport aux besoins de plaisir et à la conflictualité propre à la satisfaction du désir sexuel. « C’est un fait que l’absence ou l’inachèvement de la formulation de l’Œdipe plonge le sujet dans les formes identitaires composites qui nous entourent, parfois monstrueuses et technologiquement séduisantes. On pourrait dire – écrivent-ils – que l’insaisissable Sphinx a devancé Œdipe. C’est ce dernier qui demande à être aidé et consolidé pour pouvoir affronter le premier. »
11 Plusieurs interviews viennent enrichir le débat. Signalons, entre autres, celui deJean Baudrillard : « Le jeu fermé de l’identité combinatoire » ; celui de René Kaës : « La construction de l’identité en rapport à l’altérité et à la différence ». Le témoignage de l’écrivaine algérienne A. Djebar porte, lui, sur le thème de ce qu’est l’ « écrire » dans la langue de l’autre ; dans son cas, le français. En 1999, la RFP avait déjà consacré un de ses numéros au thème des identités. À la fin de ce numéro de Psiche, nous pouvons en lire une présentation critique très approfondie de R. Guarnieri. L’attention ainsi manifestée à notre revue nous fait souhaiter la réalisation future d’initiatives d’échanges entre revues, si utiles à la circulation des idées analytiques et à leur diffusion au sein de la culture européenne actuelle.
12 Sesto-Marcello Passone
13 REVISTA DE PSICOANÁLISIS t. LIX, no 2, avril-juin 2002 (paru en novembre 2002) (revue de l’Asociación Psicoanalítica Argentiná ).
Aperçu sur la psychanalyse en Amérique latine
14 Ce numéro de la Revista est consacré à la célébration du 60e anniversaire de l’Association psychanalytique argentine. Cette Association, fondée le 15 décembre 1942 et constituante de l’IPA fut la première institution psychanalytique en Amérique latine. Pionnière dans la diffusion de la psychanalyse dans le monde hispanophone, elle possède la plus grande bibliothèque en langue espagnole. Créée par Angel Garma, Arnaldo Rascovsky, Celes Cá rcamo et Enrique Pichon-Rivière, l’Association a largement contribué à la formation de plusieurs générations de psychanalystes dans toute l’Amérique latine. À l’heure actuelle, elle compte autour de 900 membres et 320 candidats. Reflet du mode de fonctionnement institutionnel, la Revue se caractérise par son pluralisme théorique, offrant un espace de publication à toutes les orientations psychanalytiques qui s’inscrivent dans la filiation de l’œuvre freudienne. La Revue, tout comme l’Association, tire de la confrontation des opinions et courants actuels de la psychanalyse sa vitalité scientifique. À l’instar de l’International Journal, la Revue, de parution trimestrielle, fait évaluer les articles proposés, à la fois par la Commission des publications et par des évaluateurs externes. Ceci, en conformité avec le principe du double anonymat entre les auteurs et les évaluateurs.
15 Publiée de manière ininterrompue depuis sa première parution en juillet 1943, la Revue met en fonctionnement, en complément du support écrit, un groupe de discussion interactif par Internet. Lors de chaque numéro, l’un de ses articles est choisi et affiché sur un site Internet en vue de susciter la réalisation d’un forum par e-mail.
16 Parmi les différents articles du dernier numéro, on retrouve comme fil rouge l’une des préoccupations majeures de ces dernières années au sein de l’IPA, à savoir : la question de la méthode de la recherche en psychanalyse.
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suite, Beatriz Dorfman Lerner[4] [4] Membre de l’Association psychanalytique argentine. ...
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22 Dans la même lignée,
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25 Weisse, dans « Violence, insécurité et subjectivité contemporaine », déploie le problème aigu de l’insécurité sociale en Argentine, et son pendant psychanalytique, le désarroi, qui se traduit en angoisse. Il souligne l’incomplétude de tout contrat social, où la « transparence » fait office de vérité ; n’ignorant pas que l’insécurité sociale, loin d’être un phénomène moderne, est une constante à travers l’histoire.
26 Garcia se demande comment la réalité culturelle de notre époque frappe la condition humaine, nos pensées, nos théories psychanalytiques ainsi que notre pratique. Il privilégie l’activité symbolisante de la psychanalyse, et notamment le travail de la trace, en opposition à une culture qui a donné la priorité à l’image, la pensée légère, la virtualité et l’existence « comme si ».
27 Parmi les contributions théorico-cliniques, on remarque un article de
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28 La conférence d’
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29 Dans « La logique de la pulsion », depuis une perspective lacanienne,
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31 La nécessité de repenser les fondements de la théorie psychanalytique afin de mieux s’occuper des états limites est posée par
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34 Dans « Interprétation transférentielle au début du traitement et styles interprétatifs »,
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36 Pour ma part, j’ai apporté une contribution intitulée « Commémorer, remémorer, oublier ». Ce texte, à l’instar de la notion d’oubli chez les Anciens grecs, met en valeur une certaine forme d’oubli, différente du refoulement, du clivage ou de la forclusion, nécessaire pour donner à l’effort de remémoration tout son pouvoir créatif. Tissant ainsi une nouvelle trame symbolique délestée d’une mémoire morte. Reprenant la nouvelle de Borges « Funès le mémorieux », où apparaît l’importance de mettre à l’œuvre une forme créative de l’oubli pour être en mesure de garder son identité.
37 La Revista de Psicoaná lisis demeure, depuis sa création, à vocation internationale, chaque numéro présente des articles d’analystes d’autres horizons. Son pluralisme a été conservé au fil des ans. Depuis l’année 1992, un numéro extraordinaire est publié tous les ans, dans lequel sont particulièrement invités des auteurs étrangers.
38 Parallèlement à la Revista de Psicoaná lisis, destinée à un public de spécialistes, l’Association psychanalytique argentine vient d’éditer, pour la première fois cette année, une autre revue, nommée Otra Mirada (Un autre regard). Elle s’adresse à un public non spécialisé. Cette nouvelle revue vise le champ de la culture dans un sens large, et propose un regard psychanalytique sur les faits de société. Sa publication se fait simultanément en support papier et électronique.
39 Éditer à l’heure actuelle en Argentine est une véritable gageure et demande un effort presque artisanal digne d’être souligné. Il témoigne sans doute de la vitalité du fait culturel dans la société argentine, et ceci en dépit de la grave crise sociale et politique qui ravage le pays. Ce bouillonnement de créativité, permettons-nous de l’espérer, rendra peut-être un souffle nouveau à toute la société.
40 Juan Tesone
JOURNAL OF THE AMERICAN PSYCHOANALYTIC ASSOCIATION, vol. 50, no 1, 2002.
41 Pour qui veut prolonger ou approfondir la réflexion des psychanalystes nord-américains, parue dans le numéro hors série de la Revue française de psychanalyse (2001) sur les « Courants de la psychanalyse contemporaine », le volume 50 du Journal of the American Psychoanalytic Association offre, pour le cinquantième anniversaire de la Revue, un riche panorama des problématiques actuelles.
42 Le thème adopté « continuité et changement » s’imposait. Il permet, à partir de la pensée freudienne, de faire le point sur l’évolution de l’Association psychanalytique américaine et les divers courants qui l’animent.
43 Continuité et changement déjà dans l’équipe éditoriale que quittent G. Gabbard, promu à la fonction de rédacteur en chef de l’International Journal of Psychoanalysis, et H. Smith, qui prend la direction du Psychoanalytical Quarterly. Arnold D. Richards, l’actuel rédacteur en chef du JAPA, brosse l’historique de la Revue, depuis ses débuts, en 1952, et Bonnie E. Litowitz de la nouvelle équipe rédactionnelle présente les contributions des auteurs et leurs différentes orientations aussi bien théoriques que pratiques. Le numéro suivant de l’année 2002 est consacré à la recherche.
44 Continuité et changement, tels qu’ils apparaissent pour commencer, dans l’œuvre de Freud : un « panel » autour de deux textes, « Le Moi et le Ça » (1923) et Inhibition, symptôme et angoisse (1926), fait état du passage d’un modèle topographique à un modèle structural. Les échanges, de la part des participants, donnent lieu à une réévaluation du complexe d’Œdipe, comme quête de la rationalité ou comme apport clinique. Révélateurs de changement au sein de l’Association américaine, les désaccords sont manifestes pour ce qui est de la centralité de l’Œdipe, contestée par certains (R. Imber et A. Modell), et revendiquée par d’autres, dans une approche plus conceptuelle pour T. Shapiro, plus dynamique pour C. Brenner.
45 L’article de Robert S. Wallerstein, volontairement critique, montre comment la psychologie du Moi s’ancre dans les deux textes de Freud mentionnés plus haut, auxquels il convient d’ajouter Le Moi et les mécanismes de défense (1936) d’Anna Freud et Le Moi et les problèmes d’adaptation (1939) d’Hartmann. De là, une évolution conduit à la psychologie du self de Kohut, avec la mise en avant des troubles narcissiques, puis sous l’influence de la pensée kleinienne, la notion de relation d’objet est reprise pour en arriver à l’idée de relation interactive à deux.
46 Ainsi, le pluralisme de la pensée psychanalytique au sein de l’Association est appréhendé de façons diverses, selon que l’on y voit la possibilité d’une réconciliation entre les différentes options, comme l’entendent C. Brenner et O. Kernberg, ou, au contraire, l’existence d’oppositions radicales, comme l’affirment J. R. Greenberg et S. A. Mitchell.
47 C’est ainsi que Theodore Shapiro présente une approche qui repose essentiellement sur l’intersubjectivité et le dialogue. Plus qu’une transition dans la pratique analytique, comme le voudrait l’intitulé de l’article « From monologue to dialogue, a transition in psychoanalytic practice », il s’agit d’un changement complet de perspective et de conception de la cure analytique. Loin de toute métapsychologie, Th. Shapiro n’énonce-t-il pas dans sa conclusion : « En utilisant la double perspective du monologue et du dialogue, nous pouvons plus complètement rendre compte de l’esprit humain au travail dans la conversation psychanalytique. »
48 Monroe Pray, en revanche, dans son article « The classical/relational schism and psychic conflict » tente un rapprochement et, s’appuyant sur la pensée de physiciens, Bohr notamment, plaide, au nom de la tendance naturelle de l’homme à l’unité, en faveur d’une complémentarité entre la théorie des conflits intrapsychiques, source de clivages, et celle de la relation à deux qui tend vers la résolution naturelle des clivages.
49 Dans une perspective d’intégration, une importante réflexion sur la recherche en neurosciences par D. Westen et Glen Gabbard se présente en deux volets : sciences cognitives et conflits, et sciences cognitives et transfert. Une des idées maîtresses consiste à intégrer les modèles expérimentaux de la pensée et de la mémoire fournis par les neurosciences à la compréhension de processus significatifs d’un point de vue dynamique et clinique. Une telle approche remet en question les théories psychanalytiques du conflit et du transfert, quand bien même elle ne viserait qu’à une meilleure compréhension des mécanismes à l’œuvre dans la relation psychanalyste-patient. De l’aveu même des auteurs, il convient de procéder à une réinterprétation de concepts comme le refoulement, la théorie des rêves ou le transfert. En fait, la primauté accordée à l’étude de réseaux, d’interconnexions et d’interactions induit, semble-t-il, une simplification de la pensée psychanalytique freudienne, à moins qu’elle ne procède dès le départ d’une simplification. La notion de représentation se trouve réduite à des différences de niveaux d’activation, centrale ou périphérique, positive ou négative, et tout conflit trouve nécessairement une solution de compromis en réponse à des contraintes multiples. De la même manière, le transfert vu en l’occurrence comme l’activation de conflits et de défenses dans une relation qui serait faite uniquement d’autorité, d’intimité et d’attachement – d’où pour une bonne part l’inconscient et la sexualité ne semblent pas pris en compte – doit pour une régulation des affects intégrer pluralité et changement, expériences passées et présentes.
50 Continuité ou changement ? On en arrive à se demander ce que l’on souhaite. À retenir cependant : la recherche active de voies nouvelles pour la psychanalyse.
51 Liliane Abensour
Notes
[ 1] Membre de l’Association psychanalytique de France.
[ 2] Membre de l’Association mondiale de psychanalyse.
[ 3] Directeur de l’Institut des Études en psychologie et sciences sociales de l’UCES.
[ 4] Membre de l’Association psychanalytique argentine.
[ 5] Membre de la Société psychanalytique de Paris.
[ 6] Membre de l’Association psychanalytique uruguayenne.
[ 7] Membre de la Société brésilienne de psychanalyse.
[ 8] Membre de la Société psychanalytique italienne.
[ 9] Association psychanalytique de Buenos Aires.
[ 10] Membre de l’Association psychanalytique argentine.
[ 11] Membre de l’Association psychanalytique argentine.
[ 12] Membre de l’Association psychanalytique argentine.
[ 13] Membre de la Société psychanalytique d’Uruguay.
[ 14] Membre des Forums du Champ lacanien.
[ 15] Membre de la Société psychanalytique de Paris.
[ 16] Membre de la Société psychanalytique de Caracas.
[ 17] Membre de l’Association psychanalytique argentine.
[ 18] Membre de la Société psychanalytique du Pérou.
[ 19] Membre de l’Association psychanalytique argentine.
[ 20] Membre de l’Association psychanalytique américaine.
[ 21] Membre de l’Association psychanalytique uruguayenne.
[ 22] Membre de l’Association psychanalytique chilienne.
PLAN DE L'ARTICLE
- PSICHE, 1/2002, Milano, Edizioni il Saggiatore.
- JOURNAL OF THE AMERICAN PSYCHOANALYTIC ASSOCIATION, vol. 50, no 1, 2002.
POUR CITER CET ARTICLE
« Les revues », Revue française de psychanalyse 3/2003 (Vol. 67), p. 1081-1097.
URL : www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2003-3-page-1081.htm.
DOI : 10.3917/rfp.673.1081.




