Accueil Revues Revue Numéro Article

Revue française de psychanalyse

2006/3 (Vol. 70)


ALERTES EMAIL - REVUE Revue française de psychanalyse

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 737 - 744 Article suivant
1

Le Colloque “ René Diatkine ” d’octobre 2005 à Deauville ayant pour sujet “ L’après-coup revisité ” a retenu mon attention déjà mobilisée par la lecture du fascicule “ De l’après-coup ” paru dans la Revue française de Psychanalyse (t. LXI, no 4, 1997) sous les signatures de J. Cournut, M. Neyraut et I. Sodre. Ils reprenaient les constats freudiens de l’ “ Esquisse ” (1895) : “ Nous ne manquons jamais de découvrir qu’un souvenir refoulé ne s’est transformé qu’après coup en traumatisme. La raison de cet état de choses est le retard de l’apparition de la puberté par comparaison avec l’ensemble de l’évolution de l’individu. ” Ailleurs, Freud avait écrit que des souvenirs en eux-mêmes indifférents seront par la suite élevés au rang de traumatismes.

2

Repensant à mes perplexités épisodiques en ce qui concerne la locution « après coup », je crois en trouver le reflet dans l’évolution qui la concerna. Dans le Vocabulaire de la psychanalyse de 1967, les auteurs J. Laplanche et J..B. Pontalis accordent à l’adverbe nachträglich la place d’un nom et un texte réservé par eux aux seuls substantifs par ailleurs. Ainsi, l’après-coup accède au rang de concept. Dans le « Traduire Freud » des OCF de 1989, la réflexion a donné lieu à une innovation, de leur propre aveu, par l’équipe des traducteurs : ils proposent la locution adverbiale « effet d’après-coup » pour ne pas se limiter à l’action du passé sur le présent et inclure « le vecteur inverse : du présent vers le passé », écrivent-ils.

3

Or, s’il n’y a pas de reproche définitif à opposer à ce choix de traduction (une fois n’est pas coutume), néanmoins le génie des langues fait porter en français l’accent sur « coup » alors que l’expression allemande est saturée par nach ( « ensuite, par la suite, ultérieurement, après » ). C’est aussi ce que I. Sodre attribue à l’anglais deferred action, peu utilisé. L’index des Gesammelte Werke par Veszy-Wagner confirme sinon le peu d’usage, du moins la banalité d’un adverbe indigne d’un recensement acharné. Il conviendrait par contre pour un concept, ce que Nachträglichkeit, d’emploi rarissime, n’est pas non plus. Pas davantage au demeurant que Vergänglichkeit (titre du texte de Freud de 1917), qui donna lieu à tant d’embarras de traduction, de « fugitivité » à « éphémère » jusqu’à « passagèreté », là où « caducité » eût peut-être résolu le problème !

4

Le Witz de cette histoire est qu’un choix, qui s’avérera discutable lorsque la séduction par l’adulte connaîtra une révision relative de sa neurotica par Freud, pouvait convenir à la théorie précédente, celle des années 1890. Il s’agissait alors de l’histoire d’Emma narrée dans l’ « Esquisse », et nous avions appris qu’elle retourna une 2e fois chez l’épicier tripoteur bien avant sa fuite alarmée dans des conditions anodines certes nourries par sa vie intérieure. C’était le temps précédant la découverte de la sexualité infantile lorsque la séduction subie primait, et que l’accent portait bien sur un coup sensuel enduré sans valoriser la traumatophilie dont les fantasmes ne tarderont pas à être repérés. K. Abraham en traita dans un article de 1907 au titre éloquent : « Les traumatismes sexuels comme forme d’activité sexuelle infantile ». Il prenait alors appui sur ce que Freud avait défriché et évoquait le Reizhunger (appétit d’excitation), c’est-à-dire la recherche de telles possibilités excitantes dès auparavant la puberté ; désormais, le coup reçu du dehors ne s’impose plus de façon sine qua non, et, eu égard à l’adverbe allemand, la conceptualisation s’avère abusive.

5

En envisageant notre course à l’excitation et « notre duplicité d’être inachevé », il importait à Robert Barande et à moi-même de discerner nos frénésies, leur économie, et d’amorcer une anthropologie délivrée de la méconnaissance de la traumatophilie de l’être humain. Il peut sembler que les tendances actuelles, et ceci malgré le tohu-bohu du monde, vont à rebours dans le sens du second excès de Ferenczi. Avec sa néo-catharsis, il s’agissait pour lui, avant tout, de materner un être meurtri et démuni. Cette conviction inversait la certitude précédente selon laquelle l’analyste se devait de lutter par des prescriptions et des interdictions contre la couardise d’un individu qui n’assumait pas sa vie pulsionnelle. Les écrits psychanalytiques actuels vont davantage dans le sens de l’excès second de Ferenczi, celui d’une sorte de traumatophilie des cliniciens pour les traumatismes endurés (CQFD).

6

La question qui s’imposait à moi était celle de l’importance, du poids de la locution retenue par la traduction française dans une certaine dérive, une possibilité de gauchissement envers et contre des aspects cliniques qui avaient pu être envisagés bien autrement, sans tomber dans des attendrissements et des autocritiques démesurés. Mais, en m’en prenant à l’expression « après-coup », ne faisais-je pas preuve d’une idiosyncrasie ? Mon véritable propos n’est-il pas bien plutôt la contestation de l’inflation du traumatique qui semble concerner la psychanalyse contemporaine bien au-delà du problème linguistique auquel une locution brutale a pu donner du relief en français ?

7

Le retour du refoulé – cet après-coup – survenant au cours de sa cure chez l’ « Homme aux loups » est considéré par Freud comme le 3e temps de ce retour. Il succéderait à une impression obscure par l’infans au cours de cette période initiale que Mauro Mancia considère comme celle de « la mémorisation implicite ou de l’inconscient non refoulé » (conférence à la SPP du 18 octobre 2005). Une édition plus explicite est vécue par le jeune enfant habité par des acquis langagiers. Mais, des décennies plus tard seulement, du refoulé le retour pourra être l’objet d’une ecmnésie, d’une actualisation transférentielle de l’adulte capable d’une mise en mots exorcisant le « coup » usé par les ans, mais demeuré en instance de formulation (GW, XII, p. 72, n. 1).

8

Il n’en est certes pas de même de la fuite de J. Breuer atteint par le transfert amoureux d’une Anna O... qui fut choyée à l’extrême par son médecin. Le trouble et la confusion éloignèrent ce dernier pour toujours d’un tel exercice, tout comme d’une prise de conscience de ce qui avait bien pu se produire de transférentiel en... avant-coup.

9

Lorsque Freud écrit sa « Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique » en 1914, il se donne lui-même comme illustration d’une Nachträglichkeit, d’une latence, d’un différé qui retient l’attention. À peine vient-il en effet de se plaindre de la quarantaine de la part de ses pairs, que lui ont valu ses découvertes sur l’étiologie sexuelle des névroses, qu’il se croit en mesure de trouver un réconfort dans sa fierté de novateur. Mais, à la réflexion, il s’avise du fait qu’il ne serait pas vraiment le pionnier, que la semence fut importée, et d’écrire : « Cependant il se fit que quelques souvenirs troublèrent ma satisfaction mais m’apportèrent en compensation un bel aperçu sur le déroulement de notre labeur et la nature de notre savoir. L’idée dont j’étais tenu pour responsable ne provenait pas de moi. » Et Freud de relater ses contacts successifs avec Breuer, du temps où Freud était jeune médecin, avec Charcot quelques années plus tard, et enfin avec le gynécologue Chrobak. De ces aînés estimés, Freud, surpris dans sa candeur, s’emploie à nous répercuter les « exécrables propos » concernant de leurs patients... les secrets d’alcôve, la chose génitale ou l’ordonnance grivoise de « Pénis normalis dosim repetatur » ! Il ajoute que lorsque, par la suite, il saisit l’occasion de s’informer auprès de deux d’entre eux en leur rappelant leurs dires, ces derniers désavouèrent de tels propos. « Ces trois hommes m’avaient fourni une intuition dont, à vrai dire, ils ne disposaient pas eux-mêmes... Leurs confidences identiques, incomprises de moi, sommeillèrent des années durant, jusqu’au jour où elles s’éveillèrent comme une révélation apparemment originale. »

10

Puis Freud anticipe et réfute l’accusation d’attribuer à autrui la responsabilité d’idées « scélérates ». Il considère que, pour ses aînés, tout chevronnés qu’ils fussent, il ne s’agissait que d’un flirt fugitif et non d’ « épouser les idées » (en français dans le texte) avec tous les devoirs et les difficultés inhérents à une union sérieuse. Ces contorsions, cette ambivalence lui permettent de revendiquer comme son bien propre les découvertes du refoulement, de la résistance, de la sexualité infantile et son interprétation des rêves. D’ailleurs, s’il s’est dépossédé de sa priorité concernant l’étiologie des névroses au bénéfice de maîtres facétieux, il s’en réserve la gravité ; bref, les usages de cet « après-coup » en forme de révélation (Freud dixit), de réveil de la Belle au Bois Dormant sont multiples. Dans sa « Présentation par lui-même » (Selbstdarstellung) de 1925, Freud, bien que s’efforçant d’échapper à la répétition de ce qu’il écrivit en 1914, récapitule néanmoins ces mêmes souvenirs comme s’il lui importait toujours autant de plaider son innocence contre tout soupçon de grivoiserie de sa part !

11

J’ai postulé une traumatophilie des cliniciens pour les traumatismes endurés par leurs analysants. Ce n’est pas pour nier la dureté de leur vie des habitants des favelas de Rio de Janeiro, métropole où se déroula en juillet 2005 le congrès de l’IPA « Trauma, nouveaux développements », mais pour discerner la nouveauté que j’avais déjà rencontrée de-ci de-là, je crois sous les plumes de Renik, d’Ogden, de Ferro. Elle me parvenait à point nommé grâce à la contribution de Raul Hartke, l’un des orateurs à Rio : « La situation traumatique fondamentale dans la relation psychanalytique » (Revue française de Psychanalyse, (t. LXIX, no 4, 2005).

12

Ce texte d’un auteur cultivé, bien écrit et traduit m’apporta bien des surprises. Certes, son langage bionien n’est pas ma langue maternelle psychanalytique et éveille un préjugé critique du genre : ce ne sont que des mots nouveaux, appliqués à des découvertes connues, c’est superfétatoire. Mais cette objection peut-être excessive est loin d’être l’essentiel car il est possible de la dépasser. Par contre, à totaliser un certain nombre des illustrations cliniques des auteurs sus-cités, on assiste au surgissement d’un analyste s’accusant à l’instar de sa toute-puissance pour avoir fugitivement abandonné sa place, méconnu une humeur, manifesté un agacement, joué in loco situ le rôle du parent inattentif. Il lui incomberait dès lors d’exprimer quelque amende honorable frisant l’aveu. On en arrive à ressentir cet analyste à la fois comme trop interventionniste et se harcelant lui-même au détriment de la fameuse capacité de rêverie pourtant louée par l’auteur de référence, W. R. Bion. Ainsi, l’impression s’impose que l’analyste devient l’occupant de la place due au locataire du divan au détriment des humeurs d’ « élation narcissique » ou de rumination douloureuse de son analysant, fondatrices justement de la double relation de celui-ci avec lui-même en direct et à travers un analyste flottant.

13

Un extrait du « Psychologue surpris » dû à la plume de T. Reik datant de 1935 (in Études freudiennes, no 1-2, 1969) est quasi inaugural et caricatural de cette substitution inattendue. Si l’auteur plaide surabondamment pour la poursuite par l’analyste de son auto-analyse grâce au matériel d’une patiente, il est remarquable que celle-ci, l’analysante, a disparu au cours de cet exercice, cependant que Reik, le thaumaturge surpris par sa propre énonciation, s’adonne à la jouissance de ses réminiscences. Reconnaissons à T. Reik qu’il ne s’accuse de rien et, dans la mutualité à son profit ainsi instaurée, butine sans l’ombre d’une résipiscence !

14

De la plume de O. Renik, on lit : « De ne pas communiquer explicitement ses réactions personnelles constitue un évitement d’action qui est en soi une action négative remplie de sens et de conséquences pour le patient. »

15

L’attention flottante et la libre association, ces « Conseils aux praticiens » (Freud, 1912), vont avoir cent ans et concernent les deux partenaires de façon asymétrique. Il est notable que ce texte, bien que précédant « l’Introduction au narcissisme », la nouvelle opposition instinctuelle et la 2e topique, garde une valeur intacte, en ce qu’il tente d’épargner un certain nombre de dérives susceptibles d’entraver de l’un les associations, de l’autre la disponibilité, l’attente, la tolérance, le doute, le renoncement au tout comprendre sur l’heure.

16

Freud cependant n’a pas envisagé les psychanalystes débusqués, surpris en flagrant délit de vagabondage, l’un supputant ses soucis d’horaires de transports, l’autre s’évadant vers le bon dîner à venir ou les joies des récentes vacances ou encore troquant les soucis de santé exprimés par le patient contre ceux d’un proche ou les siens propres. Tout cela ne manque certes pas de se produire et les suggestions de H. Sauguet traitant du processus psychanalytique (Lisbonne, 1968) me reviennent en mémoire. Il lui importait de chercher et de peut-être saisir l’articulation entre l’entendu et la distraction du praticien. Ce décryptage implicite pouvait être éventuellement fécond, basé sur un moment d’auto-analyse considéré comme possiblement tributaire de ce qu’il venait de percevoir. Ces péripéties discrètes demeurent vaguelettes de surface sur la lame de fond portée par le narcissisme, carburant du transfert et de la projection de la mégalomanie infantile qui furent les nôtres du temps de notre propre analyse. C’est cette expérience qui nous permet de respecter ces aspects chez notre partenaire dans l’exercice de cette puissance à deux susceptible de se muer en impuissance partagée plus souvent qu’en une inversion du rapport des forces que K. Abraham consigna dans « Une forme de résistance particulière à la méthode psychanalytique » (1919).

17

Se pourrait-il qu’une telle résistance de l’analysant, entravant son projet conscient, puisse être également le sort de l’analyste ? Et, dans ce cas, pourquoi ce dernier serait-il engagé dans une épreuve de force où il tente de se poser en primum movens des affects de son partenaire, le transformant dans le hic et nunc en protagoniste ?

18

R. Hartke et O. Renik évoquent et illustrent des moments cliniques choisis, et, à n’en pas douter, fréquents. Ils le font d’une manière explicite qui a le mérite de nous faire les témoins du déroulement d’un supposé faire ou défaire traumatique in loco situ à l’enseigne d’un nouveau parti pris, celui de l’intersubjectivisme évoquant la mutualité qui mobilisa le dernier Ferenczi et Reik. Selon Hartke, cet intersubjectivisme est sujet à la démentalisation, c’est-à-dire à l’absence d’expérience mentale ou défaillance du système des représentations pouvant conduire à une terreur sans nom ! Il est question d’un amalgame, de l’enchevêtrement de l’abandon vécu par le patient et de la culpabilité éprouvée par l’analyste endommageant les aptitudes du couple analytique mais qui auraient le mérite de permettre l’observation directe d’une situation traumatique parfois due intégralement à l’absence mentale de l’analyste. Non sans soulagement, on assiste, à la fin de l’article, à la critique de ses focalisations par Hartke et à son souci de ne pas se laisser dominer par l’objet d’étude – bref, de ne pas surestimer son importance.

19

César Botella, dans sa présentation de la conception d’Owen Renik, écrit avec force et pertinence en quoi le renversement de la conception freudienne est complet. Ajoutons que l’autodévoilement préconisé de l’analyste est tout de même limité par une discrétion qui ménage son autorité ! C. Botella atténue son propos en suggérant que, s’agissant de névroses de caractère, une telle pratique pourrait être adéquate et justifiée, ce qui peut nous rappeler les discussions concernant la technique impérative que W. Reich proposa pour l’analyse du caractère dans les années 1930. Il peut sembler que le cas « Ethan » exposé par Renik ne justifie guère un tel aménagement et renvoie à la subjectivité de son analyste.

20

Dans son texte « Psychanalyste, un métier d’immortel ? » (Revue française de Psychanalyse, t. LXIX, no 4, 2005), Paul Denis s’efforce d’évaluer quelques méfaits : « Renversement des rôles et rupture de la règle d’abstinence, c’est-à-dire séduction, sont ainsi les risques que peut faire courir à ses patients l’analyste qui tombe malade ou celui dont l’évident excès de vieillesse est à lui seul une information, sinon une confidence. » Et si ce constat affligeant mais salubre cessait de concerner les seuls analystes ébranlés dont il est question pour devenir une doxologie à rebours, bien que venue du Nouveau Monde ? Et, dès lors, comment l’interpréter ?

21

La frustration si volontiers attribuée à l’analysant au cours de la cure peut éveiller le soupçon qu’elle pourrait bien être projective. Le rythme des échanges au cours des nombreuses rencontres entre collègues et le volume de nos graphorrhées en témoignent parmi les autres raisons de se faire entendre. Ces expressions sont nos recours pour ne pas péricliter sous l’effet de l’abstinence et des parcours imposés susceptibles de tarir ce que le flottement doit garder en acuité. Vu sous ce jour, l’intersubjectivisme peut apparaître comme un remède, une animation, un jeu à deux, mais tout de même un jeu de dupes, puisque le transfert ne peut plus se déployer intégralement avec un analyste qui avoue mais qui, à garder un certain devoir de réserve, cultive un faux-semblant de sincérité. De plus et pour justifier ces nouvelles conduites, nous assistons à une inflation du « traumatique » censé affecter le hic et nunc de la cure. Quel tournant par rapport au différé, à l’ « après-coup », comme le veut un siècle de pratique du « Remémorer, répéter, élaborer » !

22

J’en suis là de mes réflexions et contestations lorsque La Poste m’apporte l’intitulé du prochain congrès de l’IPA. Et, surprise : c’est « Remémorer, répéter, élaborer en psychanalyse et dans la culture d’aujourd’hui ». J’ose imaginer, espérer, que ce choix est une ressaisie considérée opportune dans la présente conjoncture. Il pourrait bien s’agir des ébats et débats transférentiels issus des conflictualités passées au profit de leur élaboration en place d’associations et d’agissements présents ignorés quant à leur étio-pathogénie.

23

L’évolution de notre civilisation va-t-elle dans un sens où les comportements et les pratiques informent et modèlent les codes censés les régir de sorte que l’espace de la liberté qui est aussi celui de la transgression s’amenuise jusqu’à son inexistence ? Nous vivons collectivement une levée des inhibitions qui n’est pas celle des refoulements névrotiques mais l’annulation des nuances qui supposent la temporisation, la discrétion, une implication personnelle. Ne s’agit-il pas là d’une « libération » incompatible avec notre constitution, débouchant sur des escalades redoutables auxquelles est de plus en plus opposé le recours aux mesures de sécurité, de protection ? L’efficacité de ce recours semble strictement liée à la punition encourue par la non-observation des prescriptions et des interdictions, aux sanctions susceptibles de remédier à l’insipidité menaçante. Elles s’imposent lorsque l’organisation du psychisme n’est pas encore acquise au cours de l’ontogenèse ou qu’elle demeure sérieusement défaillante à l’âge adulte. Il serait dommageable que ces mesures de sauvegarde deviennent les seuls garde-fous de nos excentricités pulsionnelles par carence de leur reflet inversé. La psychanalyse discerne ce reflet dans les aspects surmoi, moi idéal ou idéal du moi du sujet qui ont pour fonction d’apprivoiser le prématuré toujours inachevé que nous sommes restés. L’alter ego – l’analyste, en l’occurrence –, supposé savoir, pouvoir, avoir atteint la complétude, constitue un modèle longuement sinon même définitivement souhaité. Les religions en témoignent qui prennent le relais au fur et à mesure du crépuscule des dieux parentaux. De ceux-ci l’introjection, l’avènement du sujet, demeure une tâche faite tant de triomphe que de renoncement et s’avère d’une acquisition laborieuse et aléatoire.

24

Il serait déconcertant que, sous prétexte d’égalitarisme, d’humilité, voire d’humanisme, les psychanalystes, renonçant à tenir compte de cette donnée basale, se départissent de leur disponibilité à cette exigence implicite, selon un intersubjectivisme qui court le risque d’être à la psychanalyse ce que la démagogie est à la démocratie.

Résumé

Français

Résumé — De “ L’après-coup revisité ” aux “ Traumas, nouveaux développements ”, colloque SPP et congrès IPA en 2005, on assiste à une traumatophilie des psychanalystes jusqu’à dégager une traumatisation de leur fait dans le hic et nunc de la cure et prôner un devoir d’autodévoilement.
Quel peut être le sens de cette inflation et comment la situer par rapport au contexte de l’environnement sociologique dans lequel nous vivons et auquel nous participons ?

Mots clés

  • Après-coup
  • Inflation de la traumatophilie de l’analyste
  • Subjectivisme
  • Démentalisation
  • Autodévoilement

English

Summary — From “ Retroaction revisited ” to “ Traumas, new developments ”, the SPP colloquium and IPA congress held in 2005, we were able to witness a traumatophilia of psychoanalysts to the point of identifying a traumatisation attributed to themselves in the hic and nunc of treatment and recommending that there be a duty of self-revelation.
What can be the meaning of this inflation and how is it related to the context of the sociological environment in which we both live and take part ?

Key-words

  • Retroaction
  • Inflation of analysts’ traumatophilia
  • Subjectivism
  • Dementalisation
  • Self-revelation

Deutsch

Zusammenfassung — Von der neu besuchten “ Nachträglichkeit ” zu den “ Traumata, neue Entwicklungen ”, Kolloquium SPP (Société psychanalytique de Paris) und IPA-Kongress von 2005, wohnen wir einer Traumatophilie der Psychoanalytiker bei, bis zu der Heraushebung einer Traumatisierung im hic et nunc der Kur und eine Pflicht der Selbstenthüllung vorzuschlagen. Was kann der Sinn dieser Inflation sein und wie ordnen wir sie in den Kontext der soziologischen Umwelt ein, in welcher wir leben und an welcher wir teilnehmen ?

Schlüsselworte

  • Nachträglich
  • Inflation der Traumatophilie des Analytikers
  • Subjektivismus
  • Dementalisation
  • Selbstenthüllung

Español

Resumen — De la “ posteridad revisitada ” a los “ Traumas, nuevos desarrollos ”, Coloquio SPP y Congreso del IPA en 2005, contemplamos una traumatofilia de los psicoanalistas hasta liberar una traumatización por este hecho en el hic y nunc de la cura y reivindicar el derecho de autodescubrirse.
¿ Cuá l será el sentido de esa inflación y cómo la situamos en la relación contextual con el á mbito sociológico en el que vivimos y participamos ?

Palabras claves

  • Posterioridad
  • Inflación de la traumatología del analista
  • Subjetivismo
  • Desmentalización
  • Autodescubrirse

Italiano

Riassunto — Dal “ L’après-coup rivisitato ” ai “ Traumi, nuovi sviluppi ”, Convegno della SPP e Congresso dell’ IPA nel 2005, assistiamo ad una traumatofilia degli psiconalisti fino a manifestare una traumatizzazione nell’hic et nunc della cura ed a vantare un dovere di autosvelamento. Qual’è il senso di questa inflazione e come situarla rispetto al contesto dell’ambiente sociologico nel quele viviamo ed al quale partecipiamo ?

Parole chiave

  • Après-coup
  • Inflazione della traumatofilia dell’analista
  • Soggettivazione
  • Smantellamento
  • Autosvelamento

Pour citer cet article

Barande Ilse, « De l'après-coup et de la traumatophilie », Revue française de psychanalyse, 3/2006 (Vol. 70), p. 737-744.

URL : http://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2006-3-page-737.htm
DOI : 10.3917/rfp.703.0737


Article précédent Pages 737 - 744 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback