Revue française de psychanalyse
P.U.F.

I.S.B.N.9782130561590
320 pages

p. 645 à 646
doi: 10.3917/rfp.713.0645

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Volume 71 2007/3

2007 Revue française de psychanalyse

Argument  [*]

Françoise Coblence Jean-Luc Donnet
I. J. Strachey a choisi de traduire par le terme de neutrality celui d’Indifferenz que Freud, dans ses « Remarques sur l’amour de transfert » (1914), emploie pour désigner ce que doit être la position du psychanalyste face aux sollicitations du transfert amoureux. De fait, dans la diversité des formes qu’elle a revêtues, des critiques qu’elle a suscitées, la Neutralité est toujours apparue comme un support essentiel à l’analysabilité du transfert. On pourrait considérer qu’en dernier ressort elle traduit la nécessité pour l’analyste de manifester pendant la séance, et à ses bornes, le lien qu’il entretient avec l’impersonnalité de la méthode qui organise la situation de travail. Son lien intime avec la visée d’une soi-disant objectivité est un leurre, mais sa participation au maintien ou à l’émergence de la fonction tiercéisante reste cruciale.
II. La Neutralité fait partie de l’attitude professionnelle de l’analyste. Son ambiguïté est de délier et de relier chez lui le dehors et le dedans :
  • d’un côté, elle se manifeste par un comportement – gestuel, mimique, verbal – empreint de réserve et de discrétion qui semblerait tendre à prolonger l’effacement perceptif qu’implique le dispositif divan-fauteuil. Elle signifie au patient un refus de prendre parti, notamment dans les conflits de sa vie réelle, afin de favoriser le dégagement de la fonction interprétative ;
  • d’un autre côté, la Neutralité a trait à une disposition intérieure, intime de l’analyste : il s’agit d’une réceptivité qui devrait faire accueil égal à tous les messages du patient, mais aussi à ceux qui se produisent dans sa propre psyché sous le signe du contre-transfert. Vue du dedans, la Neutralité semble un prolongement de l’attention en égal suspens que la règle impartit à l’analyste.
De telle sorte que la Neutralité se joue dans une oscillation incessante entre le paraître et l’être ; elle fait le lien et l’écart entre l’impersonnalité du cadre-dispositif et l’intimité d’une implication subjective dont il est postulé qu’elle peut servir la fonction analytique.
III. Dans l’après-coup, la Neutralité, que devait rencontrer le transfert amoureux selon une logique d’abstinence, a vu ses enjeux se transformer en profondeur dès lors que se trouvaient pris en compte l’agieren, la compulsion de répétition, la réaction thérapeutique négative, à l’origine des remaniements de 1920. Pour un masochiste moral, la Neutralité peut être investie comme un refusement jouissif. Dans sa résonance possible avec une neutralisation désexualisante, elle peut évoquer les effets de la pulsion de mort. L’indifférence du psychanalyste peut fonctionner comme la séduction qu’exerce Narcisse, etc.
Il s’avère impossible d’assigner à la Neutralité une fonctionnalité prédéfinie, de la même façon qu’il n’est guère possible de dissocier les effets séducteurs et frustrants de la situation analytique.
L’expérience des patients limites a permis et exigé une conceptualisation plus complexe et plus souple des situations de travail. La Neutralité n’y est pas posée comme une constante mais comme une fluctuation dynamique, en corrélation significative avec les autres éléments dont l’ensemble articulé constitue la situation analysante. Dans ce contexte, la Neutralité que l’analyste porte en lui est toujours à relier au sens que l’analysant est à même de donner à la Neutralité manifeste, à chaque temps processuel.
 
NOTES
 
[*]Argument proposé par Jean-Luc Donnet et Françoise Coblence pour le colloque « René Diatkine » de la SPP, qui s’est tenu à Deauville en octobre 2006, point de départ de ce numéro.
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