Revue française de psychanalyse
P.U.F.

I.S.B.N.9782130573050
320 pages

p. 645 à 647
doi: en cours

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Volume 73 2009/3

2009 Revue française de psychanalyse

Le transfert latéral : argument  [*]

Françoise Coblence 236, rue de Tolbiac75013 Paris Jean-Luc Donnet 40, rue Henri-Barbusse75005 Paris
Suivent les contributions introductives au colloque. Il n’a pas été possible, à sa demande, de publier celle de Guy Lavallée pour des raisons de discrétion quant au matériel clinique.
La saisie initiale du transfert confronte d’emblée Freud à l’ambiguïté de ses liens avec la situation analytique : « ... le transfert n’est qu’un fragment de répétition et la répétition est le transfert du passé oublié, non seulement à la personne du médecin, mais à tous les domaines de la situation présente. » [1] D’un côté, le terme de « fragment » ne peut que renvoyer à la découpe qu’opère le cadre de la cure – un lien privilégié est ainsi posé entre l’événementialité hic et nunc de la séance et l’interprétabilité du transfert– ; de l’autre, la répétition, activée par l’instauration du traitement, s’exerce bien au-delà des limites de la séance. L’ambiguïté féconde et risquée de la situation analytique découle de ce qu’elle n’est pas une « situation de laboratoire », qu’elle s’inscrit dans l’existence même du patient. La visée de la méthode postule que les mouvements transférentiels découlant de cette activation globale viendront se centrer sur l’analyste, support à la fois naturel et « artificiel ». Le paradoxe de cet arraisonnement méthodologique est de prétendre capter, fixer, cadrer ce qui est, essentiellement, déplacement, interprétable comme tel. Idéalement, ce paradoxe est rendu soutenable par le principe selon lequel l’analyse n’est concernée que par la seule réalité psychique, ne connaît que des « faits de parole », à travers le discours de l’analysant. Un tel principe proscrit d’intervenir « dans le réel », là où se produit, se met en acte l’éventuel transfert latéral ; mais il faudra se demander si l’enjeu le plus crucial de la latéralisation ne se situe pas à la limite de pertinence dudit principe. Car les limites de la séance sont marquées par l’interférence variable – mais quasi permanente – des mouvements d’investissement et de désinvestissement, centripètes ou centrifuges, qui se produisent entre son dedans et son dehors. Depuis l’origine, le maniement de cette interférence a constitué un enjeu majeur de la technique : on pense notamment aux registres si divers de l’agir dont la règle d’abstinence illustrait la tentative de maîtrise. Il était sans doute inévitable que le transfert latéral apparaisse comme un phénomène négatif, une résistance sournoise au sein même de la résistance de transfert, venant soustraire au courant « normal » du transfert une part de son intensité et, par là, de son potentiel de signifiance. En le fixant, de surcroît, sur un objet de la réalité, sa latéralisation l’opposait au transfert « en séance », a priori plus aisément reliable à l’objet interne du passé, au fantasme inconscient. En somme, le transfert latéral pouvait sembler appartenir aux « satisfactions substitutives » que le principe de frustration entendait prévenir.
Cependant, dès lors qu’avec les patients limites le transfert prenait des formes moins organisées sur le modèle de la névrose de transfert, une approche plus dialectique de ses liens avec la situation analytique s’avérait nécessaire. Le caractère archaïque des manifestations transférentielles rend plus incertain le statut même de transfert latéral, le lie plus étroitement à la pensée contre-transférentielle. Comment opposer son indice de réalité élevé à l’irréalité du transfert proprement dit si l’on considère l’intensité des agieren, avec leur indice hallucinatoire et leur transgression des limites dedans-dehors ? Sur le plan économique, comment l’envisager comme une soustraction préjudiciable sans poser corrélativement sa valeur de dérivation, de délestage, donc sa contribution à la régulation du courant transférentiel ?
C’est sans doute la clinique du clivage sous ses formes si diverses qui ouvre sur le transfert latéral un champ d’exploration privilégié. Le clivage fonctionnel qu’assure le cadre-dispositif peut entrer en collusion avec les clivages propres au fonctionnement psychique, que ce soit pour les voiler ou les révéler. Ces transferts prennent souvent une forme « typique » – par exemple : un transfert fortement ambivalent extériorise volontiers sur un objet de la réalité sa motion hostile. La pathologie traumatique grave, si marquée par le déni-clivage, induit des latéralisations opaques mais potentiellement fructueuses. Surtout, dans le cours d’analyses très longues et difficiles où la fonction symbolique est incertaine, on décrit des liaisons plus ou moins stables, inscrites dans l’existence du patient, et dont il faut le contexte d’un processus contre-transférentiel élaboré pour saisir – le plus souvent après coup – leur relation avec le transfert sur l’analyste. Parfois, ces liaisons apparaissent si profondément et précisément articulées au passé qu’elles évoquent une compulsion de répétition destinale que le transfert « analytique » n’a pas réussi à capter.
Enfin, ne doit-on pas relever que les investissements « latéraux » qui signent en principe la résolution du transfert sur l’analyste ne sauraient être exempts d’une dimension transférentielle ? C’est dire à quel point la notion de transfert latéral interroge en profondeur la conception générale du transfert et fait valoir la complexité de ce que sa reconnaissance implique dans le mode d’utilisation de la situation analysante.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Neyraut M. (1973), Le transfert, Paris, PUF, p. 274.
·  Gibeault A., Guedeney C., Kestemberg É., Rosenberg B. (1981), Transfert latéral et névrose, Cahiers du Centre de psychanalyse et de psychothérapie, no 3, 57-84.
·  Delourmel C., Transfert latéral et traumatisme : un élan passionnel qui voile/dévoile le conflit ambivalentiel avec l’objet maternel primaire (2006), Bulletin de la Société psychanalytique de Paris, no 81, 135-153.
·  Duparc F. (1988), Transfert latéral, transfert du négatif, RFP, vol. LII, no 4, 887-898.
 
NOTES
 
[1] S. Freud (1914 g), Remémoration, répétition et perlaboration, De la technique psychanalytique, trad. franç. A. Berman, Paris, PUF, 1981 ; OCF.P, XII, 2005 ; GW, X.
[*]Argument proposé par Françoise Coblence et Jean-Luc Donnet pour le colloque « René Diatkine » de la SPP qui s’est tenu à Deauville en octobre 2008, point de départ de ce numéro.
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