2001
Revue française de psychosomatique
Mouvements de mentalisation-démentalisation, présence de l’analyste et processus de somatisation
Jacques Press
62, quai Gustave-Ador 1207 Genève
L’auteur envisage certains aspects des théories de Ferenczi et Winnicott dans
la compréhension des processus de démentalisation. Il centre son attention sur les modalités particulières du jeu transféro-contre-transférentiel face à ces patients et émet
quelques hypothèses sur la question du sens en psychosomatique.Mots-clés :
Démentalisation, Régression à la dépendance, Processus de somatisation, Contre-transfert.
The author considers certain aspects of the theories of Ferenczi and Winnicott in the understanding of the processes of dementalisation. He centers his attention on
the particular modes of the transference-counter-transferential interplay when faced with
these patients, and puts forward some hypotheses on the question of meaning in psycho-somatics.Keywords :
Dementalisation, Regression to dependance, Process of somatisation, Counter-transference.
Der Autor erwägt einige Aspekte der Theorien von Ferenczi und
Winnicott für das Verständnis des Entmentalisierungsprozesses. Er zentriert seine Aufmerksamkeit auf die spezifischen Modalitäten des Übertragungs- und Gegenübertragungsspiels bezüglich dieser Patientin und wirft einige Hypothesen zur Sinnfrage in der
Psychosomatik auf.Schlagwörter :
Entmentalisierung, Regression zur Abhängigkeit, Somatisierungsprozess, Gegenübertragung.
El autor considera ciertos aspectos de la teoría de Ferenczi y de Winnicott en
la comprensión de los procesos de desmentalización. Centra su atención en las modalidades
particulares del juego transfero-contratransferencial cara a los pacientes y propone algunas hipótesis sobre la cuestión del sentido en psicosomática.Palabras claves :
Desmentalización, Regresión a la dependencia, Procesus de somatización, Contratransferencia.
Cet article se divise en deux parties, apparemment très différentes
l’une de l’autre, mais en fait étroitement liées. La première abordera
quelques éléments concernant les rapports entre mouvements de mentalisation et de démentalisation en les envisageant du point de vue du jeu
transfert-contre-transfert. Dans la seconde, j’émettrai quelques hypothèses sur les rapports entre force et sens en psychosomatique. Tout au
long de ma réflexion, je ferai appel aux apports de deux auteurs dont les
travaux permettent d’enrichir la réflexion théorique et clinique en psychosomatique : S. Ferenczi et D. W. Winnicott.
Une première question se fait immédiatement jour. Ces situations ne
sont-elles pas précisément caractérisées par un défaut de transfert au sens
classique du terme ? Mais peut-être vaut-il la peine de considérer que ce
non-transfert et ses variations sont justement ce qui fait sens. Elles nous
interrogent sur ce que masque en nous notre défaut de mobilisation contre-transférentielle, parfois notre ennui, presque toujours notre perplexité, de
nous trouver face à un individu apparemment aussi imperméable et peu
intéressé à ce que nous, analystes, privilégions de manière aussi intense
pour de bonnes et de moins bonnes raisons : le fonctionnement mental.
De ce point de vue, plusieurs questions se posent.
D’abord, cette non-communication, cette « relation blanche », n’a-t-elle pas une « valeur » pour la personne qui l’utilise avec tant de
constance ? Je mets le mot « valeur » entre guillemets, tant elle paraît peu
éprouvée comme telle par le sujet qui y recourt. Il serait sans doute plus
exact d’écrire qu’elle renvoie à une non-communication dans l’histoire
du sujet, qu’elle constitue un mode d’adaptation à celle-ci, érigé ensuite
en mode relationnel.
Par ailleurs, comment comprendre la sidération du fonctionnement
de l’analyste, sidération sans doute à l’origine de l’extraordinaire travail
de pensée d’auteurs tels que Pierre Marty et Michel Fain ? Le mouvement théorisant face à une telle extinction ne comporte-t-il pas nécessairement chez l’analyste un élément d’affirmation de ce que cette
extinction nie et ébranle dans notre fondement identitaire, à savoir,
comme je viens de le dire, notre passion pour le fonctionnement mental ?
Enfin, chacun aura remarqué dans son expérience personnelle que
l’appauvrissement du fonctionnement mental, qui connote la démentalisation, varie au cours du temps de la psychothérapie et à l’intérieur
d’une même séance. Comment comprendre ces variations ? Peut-on les
envisager aussi comme reliées à des variations dans le fonctionnement de
l’analyste en séance ? Correspondraient-elles à des mouvements de mentalisation et de démentalisation a minima chez celui-ci et ne serait-il alors
pas justifié de les considérer comme faisant partie intégrante du jeu
transfert-contre-transfert dans ces cas ?
On est ainsi amené à envisager la démentalisation sous deux aspects
plus complémentaires que contradictoires.
Le premier est celui d’un effacement des défenses mentales.
Cette approche a fait la preuve de sa valeur heuristique tant sur le
plan clinique que sur le plan théorique. Sur le plan clinique, elle a permis de mettre en place une véritable nosologie psychosomatique. Sur le
plan théorique, elle a entraîné une pléiade de travaux importants centrés
autour de la question du fonctionnement mental, de la naissance et des
aléas du fonctionnement représentatif et de pensée. Elle va également de
pair avec un approfondissement des notions de traumatisme et de
désexualisation telles que Freud les a développées, en particulier dans
« Au-delà du principe de plaisir », ainsi qu’avec une reprise de la
réflexion sur les névroses actuelles et sur la question de l’analysabilité.
Par ailleurs, la notion de démentalisation concerne des patients ne
pouvant entrer pour différentes raisons dans le cadre analytique classique. Les formulations théoriques rendant compte de la possibilité d’installer un cadre analytique viennent de plusieurs côtés. On pense en
particulier aux travaux fondamentaux de Michel Fain, ainsi qu’à ceux
d’André Green sur le négatif.
Quoi qu’il en soit, on a ainsi été amené à définir la démentalisation en
fonction du cadre analytique et de la négativité qu’il implique. Les
patients somatisants, on le sait, éprouvent de grandes difficultés à s’intégrer dans un tel cadre. C’est en conséquence de ce que révèle cette difficulté qui parfois confine à l’impossibilité que Pierre Marty est amené à
les considérer comme relevant d’un défaut structurel fondamental de
leur organisation psychosomatique, défaut touchant leur narcissisme
primaire (Smadja, 1998). C’est cette difficulté qui les définit par la négative : ils n’entrent pas dans le cadre analytique, il leur manque quelque
chose qui leur permette de s’y intégrer.
MENTALISATION, COUPLE TRAUMA - CLIVAGE ET QUALITÉ
DE LA PRÉSENCE DE L’ANALYSTE
On peut toutefois poser la question différemment, sans pour autant
mettre en cause un en-deçà des défenses psychiques, et s’interroger non
seulement sur les carences que présentent certains patients, mais tout
autant sur la nature des mécanismes mis en jeu dans la situation face à
face opposée à la situation analytique classique.
Dans des travaux récents, René Roussillon met l’accent sur le fait que
le dispositif en face-à-face active d’autres éléments que le dispositif divanfauteuil, liés à des carences précoces et dont il s’agit de rendre compte
sur le plan métapsychologique. Se fondant sur les travaux de Winnicott,
il postule que « l’hallucination est produite en réponse à la montée de
tension et non en réponse au constat de l’absence de l’objet, elle est indépendante de la réalité de l’objet »
[1]. Dans cette perspective, c’est la qualité de la réponse de l’objet qui déterminera l’issue de la mise en place du
fonctionnement hallucinatoire. Cette qualité, pour être « suffisamment
bonne », doit permettre la conjonction du « trouvé » et du « créé ». Mais
cela ne suffit pas : il faut aussi que l’objet se laisse détruire et survive à
la destruction. La séquence « trouvé – créé – détruit – résistant à la destruction » revêt dès lors une importance fondamentale. C’est une position
intéressante parce qu’elle conduit à une mise en question du cadre et de
ses déterminants – on devrait plutôt écrire
des cadres et de leurs déterminants.
Procès du cadre, alors ? Oui si l’on envisage ce terme au sens de l’examen critique des processus en jeu dans un cadre donné. Les auteurs qui
se sont intéressés explicitement ou implicitement à ce problème –
Ferenczi, Winnicott et plus près de nous Roussillon – ont aussi beaucoup
apporté à la compréhension des patients non névrotiques, ce qui, à l’évidence, ne relève pas du hasard. La liste que je viens d’évoquer serait
bien sûr incomplète si elle n’incluait pas Pierre Marty, qui a institué très
tôt une variation spécifique du cadre pour le traitement des patients
somatisants gravement touchés dans leur fonctionnement mental. Marty
l’envisage dans la perspective évoquée plus haut : celle d’un déficit.
La question est cependant latente dans son œuvre et peut parfois être
lue entre les lignes, par exemple lorsqu’il parle de la fonction maternelle. « La mère participe à un nombre considérable des fonctions du
nourrisson qu’elle investit. Cet investissement (du sommeil, de la respiration par exemple) déborde largement le cadre des fonctions en rapport avec les zones orificielles ou avec certaines zones sensorio-motrices…
La fonction maternelle, en ce qu’elle exprime ainsi directement, sans
intermédiaire mental, l’appréciation affective inconsciente des désirs et
des besoins du nourrisson, s’apparente aux sublimations. »
[2] Se pose
alors la question des modalités actives dans ces tout premiers temps,
modalités peu ou prou réactivées dans le contact avec ce type de
patients, lorsque sont mises en jeu des défaillances touchant aux fondements du narcissisme et de l’investissement de l’individu dans sa globalité psychosomatique.
Ferenczi, quant à lui, pose dans son
Journal clinique
[3] les bases d’une
nouvelle métapsychologie du clivage qui, perçue d’un point de vue psychosomatique, apporte un éclairage intéressant à notre réflexion.
Il envisage premièrement l’importance du «
processus d’identification
comme étape préalable à la relation d’objet… il s’agit pourtant peut-être
de la force opératoire d’un principe de réaction d’une tout autre sorte,
auquel la désignation de réaction ne convient peut-être plus du tout;
donc un état dans lequel tout acte d’autoprotection et de défense est
exclu, et où toute l’influence extérieure reste à l’état d’impression, sans
contre-investissement de l’intérieur »
[4]. Ajoutons que pour Ferenczi, à ce
stade précoce, la différenciation moi-non-moi est loin d’être assurée
[5]. Ce
serait la qualité de l’impression, de l’imprégnation, par l’objet – donc la
qualité de sa présence réelle – qui serait garante de l’intégrité psychique
– et j’ajouterais psychosomatique – de l’enfant.
Ferenczi développe par ailleurs une théorie originale du trauma
[6] :
« Qu’est-ce que le trauma ? “Commotion”, réaction à une excitation extérieure ou intérieure sur un mode autoplastique (qui modifie le soi) plutôt qu’alloplastique (qui modifie l’excitation). Cette néoformation du soi
est impossible sans une destruction préalable partielle ou totale, ou sans
dissolution du soi précédent. Un nouveau moi ne peut être formé directement à partir du moi précédent, mais à partir de
fragments, produits
plus ou moins élémentaires de la décomposition de celui-ci (éclatement,
atomisation). La force relative de l’excitation “ insupportable” décide du
degré et de la profondeur de la décomposition du moi. »
[7]
Un point sur lequel Ferenczi revient à plusieurs reprises est l’impossibilité de recourir, dans ces états précoces, à quelque mécanisme de
contre-investissement que ce soit. Sous cet angle, c’est une situation qui
se rapproche de ce que Freud décrit dans « Au-delà du principe de plaisir ». Souvenons-nous que Freud distingue trois situations : l’effroi
(Schreck), faisant suite à une effraction étendue du pare-excitations et
associé à la survenue d’une névrose traumatique; l’angoisse (Angst)
annonçant un danger de nature inconnue et représentant la « dernière
ligne de défense du pare-excitations »; et finalement la peur (Furcht), qui
est la crainte de voir survenir un danger connu (Freud, 1920, chap. IV).
La différence est évidemment qu’au stade décrit par Ferenczi, il ne peut
se produire de névrose traumatique constituée vu les conditions d’immaturité de l’appareil perceptif et psychique. Il s’agirait donc ici d’un
« en-deçà » de la névrose traumatique et c’est cette exposition totalement
passive, cette impossibilité radicale de contre-investissement, qui
entraîne le clivage.
Ferenczi en décrit plusieurs formes cliniques. Le clivage coïncide généralement avec une expulsion d’une partie du moi, le vide étant comblé par
une identification à l’agresseur. La part expulsée peut prendre l’aspect du
nourrisson savant, regardant le monde de façon « omnisciente »; elle peut
aussi être occupée par des rêveries à caractère généralement grandiose.
Elle peut enfin revêtir un aspect désaffectivé, dépourvu de toute capacité
associative, qui évoque pour nous le fonctionnement opératoire et anticipe la notion de développement prématuré du moi
[8].
Le trauma ferenczien, survenant dans ces stades précoces, entraîne
donc une fragmentation du moi et diffère en cela des modalités de clivage
décrites ultérieurement par Freud. Qu’advient-il de l’excitation engendrée par le clivage ? Une ébauche de réponse à cette question apparaît
dans certains passages du
Journal. Ainsi : « En vérité, des doses gigantesques de quantités d’excitation sensibles, dépourvues de représentations, coupées de la décharge motrice et de la pensée, sont accumulées
chez le névrosé et le psychotique. »
[9]
De telles formulations, appliquées au champ psychosomatique, revêtent une grande pertinence clinique et théorique. Elles permettent de
rendre compte du tableau de morcellement psychique et psychosomatique que nous rencontrons souvent dans notre pratique, libérant une
excitation non représentée qu’on peut postuler être la source de processus de somatisation. Elles évoquent le moi en archipel (de M’Uzan), en en
enrichissant la description. On voit bien que les fragments résultant d’un
tel processus peuvent présenter toutes sortes de modalités de fonctionnement, allant du trait de caractère aux éléments pervers en passant par
le narcissisme grandiose, ces « îlots » étant en quelque sorte séparés par
des zones de fonctionnement opératoire.
La description de Ferenczi suggère toutefois que cette fragmentation
ne s’est pas faite au hasard et qu’il serait possible d’en reconstruire la
genèse et les conditions d’apparition à travers la cure de ces patients. Il
faudrait ajouter qu’on pourrait avoir affaire à des modalités de clivage
psychosomatique touchant une part du psyché-soma de l’individu.
Elles entraînent aussi des conséquences sur l’attitude thérapeutique :
« le narcissisme ne peut s’acquérir que si l’intérêt positif du monde environnant – disons sa libido – cautionne en quelque sorte par une pression
externe la consistance de cette forme de personnalité. Sans une telle pression en retour, disons d’amour en retour, l’individu tend à exploser, à se
dissoudre dans l’univers, peut-être à mourir »
[10]. Et encore : « les sentiments positifs du transfert fournissent, en quelque sorte après coup, le
contre-investissement qui n’a pu se constituer au moment du trauma »
[11].
C’est à nouveau dans cette théorie la présence active du thérapeute qui
va permettre une réduction des modalités de clivage et l’émergence d’une
activité de pensée. Ferenczi apparaît à nouveau comme un précurseur,
développant toute une série d’intuitions fondamentales, quitte à se laisser entraîner dans des impasses.
La question qu’il soulève nous ramène à celle de l’activité du thérapeute, de la qualité de sa présence réelle et des raisons qui la motivent.
Ferenczi souligne combien l’attitude silencieuse et sur-interprétative de
l’analyste est ici inadéquate, associant un excès de séduction – tant narcissique que sexuelle – et pouvant revêtir vis-à-vis de ses patients un
aspect de « délire érotomaniaque »
[12]. Si cette formulation n’était pas anachronique, on pourrait dire qu’il opère, par l’accent mis sur la responsabilité de l’analyste dans la perversion, les ratés ou le défaut apparent
du jeu transfert-contre-transfert, un renversement par rapport au point
de vue psychosomatique classique : anticipant la position winnicottienne,
il se place, pour ainsi dire, du point de vue du patient.
Ce n’est donc pas « par défaut » qu’il se veut actif : c’est bien au
contraire qu’il considère, dans les limites théoriques qui sont celles de
son époque, que c’est seulement par cette activité que l’analyste pourra
avoir accès aux conditions ayant présidé au clivage originel et, dans son
optique, y remédier. Cela implique en particulier que l’analyste parvienne avec son patient à retrouver un état qui soit l’écho de ce stade
« préalable à la relation d’objet », dans lequel s’est produit le traumatisme initial. Cet écho doit toutefois être crédible, présenter une relation
d’homologie suffisamment forte avec la situation de carence première
pour que, dans le meilleur des cas, quelque chose se mobilise qui
implique les fondements de l’activité non pas tant d’abord de pensée
[13]
que d’autoperception de soi-même et du corps propre comme une totalité
psychosomatique. Ces éléments seraient sous la dépendance de ces modalités précoces d’imprégnation par un objet dont, paradoxalement, l’enfant n’est pas encore différencié.
Winnicott reprendra certains de ces points de vue. Il soulignera l’importance que revêt la qualité de la présence
réelle de l’analyste dans une
théorisation qui n’est pas, comme c’était le cas de Ferenczi, troublée par
le degré de l’implication contre-transférentielle. Son article « Les aspects
métapsychologiques et cliniques de la régression au sein de la situation
analytique » est ici fondamental
[14].
Winnicott y développe la notion d’une
régression à la dépendance,
qu’il importe de distinguer de la régression à des stades instinctuels.
« Nous avons affaire non seulement à la régression jusqu’à des bons et
des mauvais stades dans les expériences instinctuelles de l’individu, mais
aussi jusqu’à des bons et des mauvais stades dans l’adaptation de l’environnement aux besoins du moi et aux besoins du ça dans l’histoire de
l’individu (…) Dans le narcissisme primaire, l’environnement maintient
l’individu et
en même temps l’individu ignore l’environnement et ne fait
qu’un avec lui. » Et encore : « L’organisation qui donne son utilité à la
régression possède une qualité distincte des autres organisations défensives : on y trouve l’espoir d’une occasion de dégel de la situation
gelée. »
[15]
On le sait, pour Winnicott, ce sera le rôle de l’analyste de donner
corps à cet espoir, même si ce sera nécessairement à travers et pour ses
carences que le patient l’utilisera. Là encore il s’agira, écrit-il en sub-stance, de prendre en compte les
besoins du patient, il ne s’agit pas de
désirs : « avec la patient régressé, le terme de désir n’est pas exact; il faut
utiliser celui de
besoin. Si un patient a
besoin de quiétude, on ne peut
rien faire hormis la lui donner »
[16]. Là encore, c’est la présence
réelle de
l’analyste et sa qualité qui compteront. Cette qualité se marquera en
particulier dans sa capacité à transformer une situation de repli (voir
infra) en situation de régression – entendue comme régression à la
dépendance.
Il vaut la peine de relever que si la constellation décrite par Winnicott
et que je viens d’esquisser très rapidement s’applique aux patientslimites, elle ne peut souvent être transposée telle quelle aux patients que
nous rencontrons dans le domaine psychosomatique. En quoi résident les
différences essentielles ? L’intensité du mouvement progrédient et celle de
l’extinction pulsionnelle chez les patients somatisants en contraste avec la
situation des patients limites constituent sans doute les traits distinctifs
les plus frappants. À cela s’ajoute, même si c’est une généralisation un
peu hâtive, alors que la sexualisation est souvent massivement manifeste
chez les patients limites, l’aspect de faille narcissique domine fréquemment chez les somatisants. Il est toutefois bon de rappeler que, dans un
cas comme dans l’autre, c’est régulièrement l’irruption du sexuel qui
désorganise le fonctionnement mental.
C’est encore une remarque de Winnicott dans le même article qui va
nous ouvrir une voie de réflexion. « Il faut beaucoup de courage pour
avoir un effondrement, mais il se peut que l’autre terme de l’alternative
soit la
fuite dans la santé, condition qui est comparable à la défense
maniaque devant la dépression. »
[17] Cette remarque est extrêmement profonde. Mouvement progrédient, fuite dans la santé, ce que j’ai appelé
dans un autre article « manie essentielle »
[18] recouvrent le même état de
choses et renvoient à des tableaux bien connus des psychosomaticiens.
Comment pouvons-nous les comprendre dans la perspective qui est ici la
nôtre ? La différence entre les patients-limites et les patients somatisants
réside peut-être à deux niveaux.
Le premier est celui de l’espoir. Comme l’écrit Winnicott et même si
sa vision est quelque peu optimiste : si le patient gèle la situation de
carence, c’est qu’il espère pouvoir la dégeler. C’est au fond une logique
du désespoir. Chez les patients où domine le mouvement progrédient, il
n’y a plus d’espoir : c’est une logique du non-espoir. En d’autres termes,
pour désespérer, il faut d’abord avoir pu espérer, ce qui ne me paraît
pas être le cas dans cette deuxième catégorie.
Le second tient à l’alternative repli-régression. On sait que Winnicott
distingue ces deux états. Le retrait est un état où le patient est seul. « Si
l’analyste se montre capable de maintenir (
hold) le patient dès que cet
état (le repli) apparaît, il y a régression
[19], là où autrement il n’y aurait eu
que le repli. Une
régression a l’avantage d’offrir l’occasion de corriger
une adaptation aux besoins qui a été inadéquate dans le passé… Par
contre, l’état de repli n’est pas profitable, et lorsque le malade sort de
l’état de repli, il n’est pas changé. »
[20] J’ai souvent eu le sentiment que les
patients somatisants les plus fortement pris dans un mouvement progrédient n’avaient même pas pu constituer de zone de repli, ce qui rend leur
accès d’autant plus difficile.
D’autres fois, ces zones existent bien, mais la logique du non-espoir
est tellement dominante que la situation n’est guère plus facile à gérer. A
nouveau, c’est la qualité de la présence de l’analyste qui m’a paru déterminante dans ces cas et qui permet éventuellement d’ouvrir un espace de
pensée. Qualité qui implique en l’occurrence de la part de l’analyste
qu’il soit à même de construire quelque chose du défaut de holding et de
handling tel que l’a vécu le patient et d’en fournir une représentation
verbalisée dans le transfert – fût-ce à certains moments clés une verbalisation de ses propres défaillances.
On a fréquemment le sentiment que la maladie somatique vient oblitérer un effondrement, qu’elle surgit en quelque sorte à la place de cet
effondrement qui ne peut prendre place. Il s’agit donc à chaque fois
d’évaluer « la force des bataillons en présence », pour reprendre la métaphore guerrière de Freud dans « Analyse sans fin et analyse avec fin »,
cette évaluation déterminant l’attitude thérapeutique. Celle-ci résultera,
soulignons-le à nouveau, d’une part de la nature et de la qualité de la
rencontre entre un patient et son analyste à un moment donné de leur
évolution respective, de l’autre de l’attention portée aux modalités particulières du jeu transfert-contre-transfert dans ces cas.
Elle dépendra aussi de la capacité de celui-ci à tolérer et à intégrer
dans son fonctionnement analytique une certaine souplesse du cadre,
celle-ci ne pouvant être porteuse de sens que dans la mesure où elle est
au service de, et où elle est sous-tendue par, la visée analytique élargie
que représente la visée psychosomatique. La souplesse du cadre n’est
ainsi pas simple facilité empathique qui ouvrirait la porte à toutes les
dérives. Bien au contraire, elle implique que l’analyste ait un cadre
interne particulièrement solide qui seul lui permettra d’être actif dans la
réalité de sa présence. À partir de là, certaines variations sont possibles,
tant au cours des séances que dans le projet thérapeutique, celui-ci pouvant aller de la surveillance psychothérapeutique de durée indéterminée
au passage, dans le même temps ou dans un temps ultérieur, à une cure
analytique dans un dispositif divan-fauteuil.
C’est aussi à partir de là que j’aborde brièvement quelques réflexions
concernant les relations entre sens et force en psychosomatique,
réflexions dont le contenu s’articule avec les points de vue évoqués ci-dessus.
SENS ET FORCE EN PSYCHOSOMATIQUE
Dans son livre Biologie de la conscience, G. Edelmann souligne que
les découvertes récentes de la neurobiologie amènent à postuler un changement de niveau qui se réalise à partir de ce qui apparaît d’abord
comme un bruit de fond et qui permet la mise en place des sauts qualitatifs dans l’évolution. Une certaine intensité des frayages d’excitation
somatiques peut entraîner des phénomènes de connexion de qualité
croissante qui, selon Edelmann, forment la base de la conscience. C’est
un point qui a des implications immédiates tant sur le plan théorique que
sur celui de la clinique que celui de la pratique quotidienne. La notion
d’un bruit de fond nécessaire à ce qu’adviennent des processus d’un
niveau supérieur paraît fondamentale, on en retrouve d’ailleurs la prémonition dans plusieurs passages de l’œuvre freudienne, comme Edelmann le relève très justement.
Cette notion évoque par exemple la notion d’ombilic du rêve dans la
théorie freudienne, ce fond de pensées latentes qui jamais n’apparaissent
dans le contenu même du rêve et pourtant sont indispensables à sa
constitution. Dans un autre ordre d’idées, elle renvoie à la remarque de
Freud concernant le ça, « chaos pulsionnel », et aux phénomènes qui s’y
déroulent « sous une forme inconnue de nous » et « deviendront conscients
sous forme de plaisir-déplaisir » (Freud, 1939). De façon apparemment
contradictoire, Freud écrit dans le même essai que « le ça est sous la
domination despotique du principe de plaisir-déplaisir ». La contradiction n’est évidemment qu’apparente. Une chose est en effet le principe
qui gouverne le ça, une autre est la façon dont les effets de ce principe se
font sentir au niveau de l’instance concernée. Il s’agit de deux niveaux de
raisonnement différents, l’un concernant les principes fondamentaux de
fonctionnement, l’autre les modalités de leur réalisation.
Ce thème nous ramène aussi à Ferenczi. Son essai métabiologique
Thalassa
[21], sous-titré
Psychanalyse des origines de la vie sexuelle, se
fonde sur une réflexion psychanalytique de la fonction sexuelle. Cet essai
a, on le sait, grandement intéressé Freud par l’audace de sa pensée et la
profondeur de ses réflexions. Je ne veux pas ici me livrer à une analyse
critique de cette œuvre, ni me prononcer sur ses hypothèses de base
[22]. Je
voudrais seulement souligner qu’elle contient un certain nombre d’hypothèses intéressantes touchant au sujet qui nous occupe ici. J’en mentionnerai deux :
- Le point de départ de la réflexion de Ferenczi est la notion d’amphimixie, qu’il a élaborée à partir du traitement de patients souffrant de
troubles de l’éjaculation. Ces observations lui suggèrent que l’érotisme
génital résulte de la fusion entre érotisme anal et érotisme urétral :
« appelons donc amphimixie la fusion de deux ou plusieurs érotismes en
une unité supérieure ». Et plus loin : « il convient même de se demander
si l’hypothèse, certes séduisante par sa simplicité, d’une seule espèce
d’énergie et d’une multiplicité de mécanismes ne devrait pas être remplacée par celle d’une multiplicité des formes d’énergie »
[23]. En d’autres
termes, s’il n’y a qu’un Eros, il pourrait revêtir des formes d’énergie
différentes au cours de l’évolution phylogénétique et individuelle, et
surtout la fusion de deux éléments énergétiques d’un niveau inférieur
crée une nouvelle unité caractérisée par un changement, un saut sur le
plan qualitatif. On voit la modernité d’une telle approche et le profit
que nous pouvons en tirer tant sur le plan théorique que dans notre clinique.
- La notion de catastrophes successives comme moteur de l’évolution.
Certes, cette notion est empruntée à Freud, mais Ferenczi lui donne
une extension et une radicalité nouvelles. Elle anticipe d’ailleurs celle
de changement catastrophique dans l’œuvre de Bion. Chacun de ces
changements dans le cours de l’évolution va de pair, dans la pensée de
Ferenczi, avec une relative désintrication pulsionnelle, nécessaire à
son sens pour qu’elle puisse être secondairement utilisée par Éros dans
le sens du progrès évolutif. Dans le même ordre d’idées, Ferenczi soutient dans un autre texte un peu plus tardif
[24] que la trace mnésique elle-même survient au lieu d’un traumatisme. Toute trace, que ce soit dans
l’histoire de l’espèce ou dans celle de l’individu, serait ainsi biface, son
inscription comprendrait à chaque fois un élément traumatique
entraînant un certain degré de déliaison pulsionnelle et ce serait la
capacité d’Éros de tirer parti de cette déliaison qui en ferait la valeur
positive pour l’individu. De plus, tout mouvement d’adaptation à un
stimulus exogène comporterait un aspect d’identification (il y aurait là
une généralisation de la notion d’identification à l’agresseur) ainsi
qu’un aspect d’introjection, mécanisme par lequel Ferenczi explicite la
notion freudienne selon laquelle les pulsions sont, dans l’histoire de
l’espèce, issues de perceptions.
Ces points de vue ont des implications importantes sur notre manière
de traiter le matériel clinique.
Prenons une maladie à caractère critique, une crise d’asthme par
exemple. Celle-ci n’a pas besoin d’avoir une valeur symbolique et ce
serait une erreur de l’interpréter à la manière d’un symptôme hystérique
ayant valeur de compromis. En revanche, il est parfaitement justifié de
traiter cette même crise comme résultant de la dégradation de la qualité
de l’excitation pulsionnelle lorsque le sujet se trouve confronté à une
quantité d’excitations qui le débordent à ce moment. Le terme de dégradation ne fait toutefois pas pleinement justice à l’ensemble du processus
dans la mesure où il ne met en évidence que le côté négatif d’une telle
situation. Le côté positif en est le rétablissement de fonctionnement à un
niveau pulsionnel inférieur, ce qui nous fait retrouver dans ce cas la
notion de régression-fixation somatique de Pierre Marty, avec deux éléments complémentaires.
Le premier réside dans la compréhension que nous pouvons retirer
des effets du travail psychanalytique dans ce type de situations. Le point
important est le suivant : il ne s’agit pas bien évidemment de procéder à
une reconstruction hystérique secondaire simplificatrice et sans doute
inefficace autour dudit symptôme, mais il ne s’agit pas non plus simplement d’une relance du fonctionnement mental qui permettra au patient
de revenir à son meilleur niveau antérieur possible. Ce qui est en jeu,
c’est bien plus notre capacité à permettre que se déploie une motion pulsionnelle ou un pan du fonctionnement mental précédemment bloqués à
cause de la surcondensation et de la dégradation de la motion pulsionnelle impliquée.
Pour le dire autrement : la manifestation somatique – ici à caractère
critique – ne symbolise pas le conflit. Elle le manifeste (plutôt qu’elle
l’exprime), dans une forme dégradée de la pulsion où prédomine le versant somatique. La construction fantasmatique qui se fait jour permet
alors réellement et pour la première fois que se déploie le conflit sous-jacent qui, jusqu’alors, n’avait pu trouver d’expression fantasmatique.
Cette façon d’envisager certaines manifestations somatiques a des
conséquences sur la théorie et la clinique de la formation de la pensée. Le
symptôme physique ainsi considéré contient l’entièreté de la motion pulsionnelle en devenir – et à venir –, mais en quelque sorte non déployée.
Il n’a pas de valeur symbolique en tant que telle, mais contient potentiellement toutes les significations que nous pourrons ensuite faire advenir. La construction fantasmatique à laquelle nous aboutirons dans le
meilleur des cas constituera un déploiement et une mise en forme et en
sens d’un conflit sous-jacent, non exprimé et non pensable au moment où
le patient vient nous consulter.
Par ailleurs, la clinique montre que les modalités de fonctionnement
impliquées dans de telles constellations diffèrent des modalités névrotiques sur plusieurs points essentiels, que je ne ferai que mentionner :
leur caractère brut de motion pulsionnelle; leur visée narcissique; des
modes de pensée qui sont plus proches de la psychose ou qui, en tout cas,
impliquent un suspens du principe de réalité – ou plus exactement une
non-décision quant à sa place, ce qui renvoie aux modalités de clivage
que je rappelais plus haut; et finalement la prédominance d’une intensité économique dans laquelle acte et pensée ne sont pas différenciés.
L’ensemble du tableau a pour effet que la seule issue paraît résider alors
dans le rétablissement du calme, la satisfaction étant barrée pour ces
mêmes raisons économiques
[25].
Qu’en est-il maintenant des maladies graves ? Selon le point de vue
martyien, la désorganisation psychique, puis somatique, s’installe par
suite d’une fragilité du fonctionnement préconscient réactivée à l’occasion d’événements traumatiques, le symptôme somatique lui-même
étant « bête », pour reprendre l’expression bien connue de M. de
M’Uzan.
C’est ici sans doute que l’attention portée à l’aspect biface de la trace
mnésique prend toute son importance. Si toute nouvelle inscription comporte une part d’effraction, c’est la façon dont l’individu gère celle-ci qui
va être déterminante pour son avenir psychosomatique. Alors que dans
la maladie critique le degré de pulsionnalisation serait suffisant pour former les bases d’une reprise somatique d’abord, psychique ensuite, dans
les cas de maladie grave, cette base pulsionnelle, sans être nécessairement absente, serait sapée par les effets négatifs des conditions dans lesquelles la trace (entendue au sens le plus large
[26] ) s’est inscrite.
C’est alors selon les cas un pan plus ou moins étendu du fonctionnement psychosomatique de l’individu qui est mis hors jeu, clivé du reste
de celui-ci au sens que j’ai développé plus haut, avec la précision supplémentaire qu’il s’agit véritablement ici d’un clivage somatopsychique,
allant de la source de l’excitation corporelle à ce que met en jeu sa représentation – ou sa négativation – nécessaire à un bon fonctionnement psychosomatique.
Qu’en est-il maintenant du sens de la manifestation somatique dans
une telle constellation ? On voit bien de ce qui précède que ce qui fait
sens – du point de vue de l’observateur en tout cas – ce sont les conditions dans lesquelles quelque chose ne s’est pas produit dans l’histoire de
l’individu au moment où cela aurait dû être le cas. C’est le trou dans la
signification qui est significatif, et significatif de quelque chose d’extérieur au sujet et hors de ses possibilités d’appréhension subjective. On
pourrait aller plus loin et soutenir que ce trou est non seulement significatif, mais qu’il est aussi, dans sa négativité, signifiant.
C’est alors une signification en creux, de ce qui n’a pas été là, de ce
qui ne s’est pas passé entre le sujet et ses premiers objets à certains
moments de son développement, et ce sont les modalités de ce creux qui
vont se réactiver dans l’interaction transféro-contre-transférentielle.
Celle-ci n’obéira du coup plus du tout aux mêmes règles que celles régissant la rencontre avec un patient plus névrotique. Il serait cependant
inexact de dire que ces modalités sont dépourvues de sens : elles doivent
bien plutôt être lues selon une autre grille. Il faudrait aussi tenir compte
d’un autre élément : ce que nous considérons comme négativité doit être
entendu sur le plan psychique, mais les corrélats somatiques de cette
négativité nous sont largement inconnus et l’expression somatique à
laquelle elle donne lieu n’est ni neutre ni indifférente.
On ne peut cependant plus à ce niveau parler de sens potentiel. Ce
serait bien plutôt les voies de dégradation de sens qui seraient elles-mêmes dotées de signification dans la mesure où seraient significatives
des modalités précoces de constitution de la pulsion et d’interaction précoce de l’enfant avec ses tout premiers objets et de leur ratage éventuel.
La difficulté est ici que les mots sont trompeurs puisque ces interactions
renvoient pour une part à une période où c’est l’unité mère-enfant qu’il
faudrait considérer dans son ensemble. Sans doute aussi les modalités de
structuration et de déstructuration somatopsychiques n’obéissent-elles
pas non plus au hasard et suivent-elles des voies définies à la fois par des
données biologiques et constitutionnelles et par l’histoire et les modalités
de rencontre du sujet avec ses premiers objets.
On serait tenté de postuler qu’à l’intérieur de cette unité se mettent
en place des modalités précoces de marquage corporel venant s’ajouter
aux marquages génétiques et constitutionnels. Dans la perspective
ferenczienne que je développais tout à l’heure, on pourrait considérer
que ces premières traces seraient elles aussi bifaces : formant d’un côté
les traces premières sur lesquelles se structurera ultérieurement l’organisation psychosomatique de l’individu; mais aussi traumatiques au sens
économique, portant par les conditions économiques dans lesquelles elles
se sont inscrites les germes d’une fragilisation ultérieure
[27].
Avec ces dernières remarques, la boucle est bouclée qui nous ramène
aux développements de la première partie de cet article : en effet, dans
ces situations seront à nouveau déterminantes les modalités et la qualité
de l’interaction transféro-contre-transférentielle : ce seront elles qui
détermineront l’attitude thérapeutique, elles qui permettront de passer
éventuellement d’une logique du non-espoir à une vectorisation allant
vers le sens, qui permettront aussi que s’instaure, peut-être, un lieu psychique d’où l’individu pourra se penser.
·
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— (1954b), « Repli et régression », in De la pédiatrie à la psychanalyse, trad. J. Kalmanovitch,
Paris, Payot, 1969, p. 223-230.
[1]
Roussillon R. (1997), « La fonction symbolisante de l’objet », in
Revue française de psychanalyse, n° 51, Paris, PUF, p. 405.
[2]
Marty P. (1980),
L’ordre psychosomatique, Paris, Payot, p. 36-37.
[3]
Ferenczi S. (1932),
Journal clinique, trad. Le Coq Héron, Paris, Payot.
[4]
Ibid., p. 209-210.
[5]
Pour Ferenczi, comme plus tard pour Winnicott, l’enfant n’est au départ pas distinct de l’environnement. Pour expliquer la manière dont s’opère la distinction entre le moi naissant à l’environnement, Ferenczi recourt à une théorie originale de la projection. Dans sa théorisation, le moi se
dégage de l’environnement par un mouvement projectif excluant le monde extérieur et délimitant un
intérieur (voir p. ex. Ferenczi, 1909).
[6]
Bokanowski T. (1995), « Le couple trauma-clivage dans le
Journal clinique de Ferenczi », in
Sandor Ferenczi, Monographie de la
Revue française de psychanalyse, 1933,144, Paris, PUF.
[7]
Ferenczi S. (1932),
ibid., p. 249.
[8]
Ibid., p. 145.
[9]
Ibid., p. 224.
[13]
Si le fonctionnement de pensée ultérieur dépend étroitement de ces modalités premières, celles-ci ne me paraissent pas relever à proprement parler d’une activité de pensée.
[14]
Winnicott D. W. (1954), « Les aspects métapsychologiques et cliniques de la régression au sein
de la situation analytique », in
De la pédiatrie à la psychanalyse, trad. J. Kalmanovitch, Paris,
Payot, 1969, p. 223-230. Je laisse délibérément de côté la discussion d’un autre article essentiel de
Winnicott, « La crainte de l’effondrement ». J’en ai abordé ailleurs certains aspects d’un point de vue
psychosomatique (Press, 2000).
[15]
Ibid., p. 256-257.
[18]
Press J. (1997), « Note sur la manie essentielle », in
Revue française de psychosomatique,
n° 12, Paris, PUF.
[19]
Entendue comme régression à la dépendance.
[20]
Winnicott D. W. (1954b), « Repli et régression », in
De la pédiatrie à la psychanalyse, trad.
J. Kalmanovitch, Paris, Payot, 1969, p. 230.
[21]
Ferenczi S. (1924),
Thalassa, essai sur la théorie de la génitalité, in
S. Ferenczi, Psychanalyse III, trad. Le Coq Héron, Paris, Payot, 1974.
[22]
Ce serait un travail passionnant que de confronter le point de vue ferenczien dans
Thalassa
avec les développements théoriques de Pierre Marty. Comme Marty, Ferenczi procède à une extension
des concepts psychanalytiques (refoulement, censure, traumatisme) à l’évolution des espèces et à la
biologie. Un aspect critiquable de l’essai de Ferenczi est d’appliquer la notion de désir à tous les
niveaux de l’évolution, ce que Marty évite soigneusement (voir sa méfiance à l’égard de la notion de
libido en psychosomatique), peut-être cependant au prix d’une certaine coupure théorique entre l’excitation, dépourvue de sens à ses yeux, et la libido, qui en serait, elle, chargée. Le travail de Ferenczi
contient en même temps des notions qui nous permettent de dépasser cette aporie et anticipent les
développements récents de la physique et de la neurobiologie.
[23]
Ferenczi S. (1924),
ibid., p. 259.
[24]
Ferenczi S. (1926), « Le problème de l’affirmation du déplaisir », in
S. Ferenczi, Psychanalyse
III,
op. cit.
[25]
Ces quelques caractéristiques ne sont mentionnées que pour mémoire. Les modalités de fonctionnement impliquées mériteraient un développement pour elles-mêmes et ont été abordées par plusieurs auteurs sous des angles différents.
[26]
Pour la clarté de l’exposé, je laisse ici délibérément de côté la question des différentes modalités d’inscription au cours de l’histoire et de la préhistoire de l’individu.
[27]
De ce point de vue et dans la foulée des dernières formulations freudiennes, ce serait le ça, plus
que l’inconscient, qui devrait être considéré comme pleinement psychosomatique.