2001
Revue française de psychosomatique
Présentation
Claude Smadja
Gérard Szwec
Les notions de mentalisation et de démentalisation qui font l’objet de
ce nouveau numéro sont au cœur des réflexions actuelles sur la psycho-somatique.
Historiquement, les travaux du groupe de l’Ecole de Paris de psychosomatique réunissant Pierre Marty, Michel Fain, Michel de
M’Uzan, Christian David ont bouleversé le paysage conceptuel de la
psychosomatique en proposant, dès les années 50, un changement de
paradigme.
Alors que les thèses de l’École de Chicago animées par Frantz
Alexander, dominantes à l’époque sur le plan international, avaient
placé les réflexions psychosomatiques sous l’orbite des conceptions médicales et neurophysiologiques, les observations des psychanalystes français situaient clairement l’approche psychosomatique sous l’orbite du
fonctionnement mental.
La notion de mentalisation créée par Pierre Marty puis celle de
démentalisation que l’on doit à Michel Fain sont des produits de cette
nouvelle approche psychanalytique des patients psychosomatiques.
Les textes réunis dans ce numéro montrent à quel point les questions
que se posent les psychanalystes psychosomaticiens à propos de leurs
patients rejoignent celles que se pose tout psychanalyste en présence de
patients difficiles chez qui l’organisation psychique s’éloigne plus ou
moins franchement des paramètres classiques de la névrose.
Ainsi, l’aptitude à se replier sur une question passive représente un
paramètre fondamental dans la qualité de la mentalisation. Michel Fain
montre, dans sa contribution, comment elle est liée à des mécanismes
précoces qui mettent en place la différenciation entre l’état de veille et le
système sommeil-rêve.
Les observations cliniques et les réflexions théoriques des différents
auteurs mettent l’accent sur les relations dynamiques au cours du travail analytique entre les mouvements de démentalisation et les remaniements psychiques assurant un retour de la mentalisation, c’est-à-dire de
l’élaboration psychique.
Dans ce numéro, nous publions un travail d’André Green sur le processus psychanalytique. L’auteur montre des développements historiques, clinico-thériques et pratiques de cette notion fondamentale
depuis le travail du psychanalyste avec les organisations névrotiques
jusqu’aux organisations non névrotiques de la clinique analytique
actuelle. Pour des raisons éditoriales, le comité de rédaction de la Revue
française de psychosomatique a décidé de publier le texte d’André Green
en deux parties, la première figurant dans le présent numéro et la
seconde dans le numéro suivant. Cette contribution majeure d’André
Green s’intègre tout naturellement aux deux numéros sur mentalisation
et démentalisation, dans la mesure où elle révèle des intérêts et préoccupations psychanalytiques partagés avec l’ensemble des psycho-somaticiens.