2002
Revue française de psychosomatique
Présentation
Claude Smadja
Gérard Szwec
La question d’un sens symbolique de la maladie somatique semble
avoir toujours été débattue par les psychanalystes, et les minutes de la
Société psychanalytique de Vienne font état de nombreuses discussions
sur le sens possible de certaines maladies chez des patients en analyse.
Freud n’a jamais abordé la maladie somatique comme objet d’étude
psychosomatique, mais tout au long de son œuvre, il a apporté des indications précieuses sur la valeur économique et topico-dynamique du
symptôme somatique. Pour lui, l’attribution de sens à un symptôme
somatique est directement liée à la condition qu’il a largement développée dans l’opposition entre névrose actuelle et névrose hystérique qui
conduit à distinguer ce qui relève d’un excès de sens (conversion hystérique) et ce qui dénote un déficit de sens (névrose actuelle).
Dans son article retraçant l’histoire des conceptions psychanalytiques sur le symbolisme organique, Claude Smadja rappelle qu’à partir de cette conception freudienne, les psychosomaticiens de l’École de
Paris ont considéré la qualité du travail psychique (la mentalisation
selon Pierre Marty) comme étant déterminante.
Il souligne également que certains courants de pensée psychosomatiques se sont développés en s’écartant de la conception freudienne par
une survalorisation de la notion de conversion.
Pour rendre compte de l’état actuel du débat d’idées, nous proposons, dans ce numéro, la confrontation des points de vue de trois analystes sur une même observation clinique de Marilia Aisenstein.
La signification symbolique, la valeur de la mentalisation, mais aussi
ce que peut nous apprendre le contre-transfert de l’analyste, sont les
thèmes qui se trouvent au cœur des commentaires proposés par Michel
Fain, Marie-Claire Célérier et Paul Denis.
Ces mêmes questions sont également traitées à travers d’autres observations cliniques par Philippe Jaeger, Jean-Paul Obadia, et Michèle
Jung-Rozenfarb qui soulève, de plus, le problème, discuté par Christophe Dejours, de l’apparition d’une affection somatique chez l’analyste
au cours d’une cure.
Pour Paul-Laurent Assoun, qui propose un rééexamen des rapports
entre organe et symbole dans l’œuvre de Freud, tout se passe comme si
l’organe, dans la pathologie somatique, se mettait à « symboliser ».
Tout autre est l’approche de Marita Torsti-Hagman qui considère
que des traumatismes précocissimes peuvent détruire les processus de
symbolisation et aboutir à une pétrification, une somatisation ou à un
acting.
Pour Joyce MacDougall, interviewée par Alain Fine et Gérard
Szwec, des agirs ayant court-circuité le travail psychique peuvent réapparaître au travers des comportements ou des symptômes somatiques.
Ils proviendraient d’un capital psychique primitif constitué d’angoisses
narcissiques ou/et psychotiques de la petite enfance s’originant dans des
conjonctures précoces incluant la dyade mère-enfant.
La diversité des approches cliniques de traitements analytiques et des
élaborations théoriques que nous publions dans ce numéro de la Revue
française de psychosomatique montre que les discussions sur la signification symbolique du symptôme somatique se poursuivent, comme à
l’époque de Freud, Groddeck et Ferenczi, puis de Alexander, Marty et
Valabrega.
Elle montre aussi que ces discussions sur le sens des pathologies
somatiques s’inscrivent maintenant dans un débat plus général sur le
sens, qui porte sur tous ces patients dont le travail psychique semble susceptible d’être court-circuité.
C’est-à-dire que la prise en compte du point de vue économique du
fonctionnement mental, à laquelle ont largement participé les travaux
de l’École de Paris de psychosomatique, a contribué à rendre à la psychanalyse l’une de ses dimensions essentielles.