Revue française de psychosomatique
P.U.F.

I.S.B.N.2130542107
192 pages

p. 5 à 6
doi: 10.3917/rfps.024.0005

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no 24 2003/2

2003 Revue française de psychosomatique

Présentation

Claude Smadja Gérard Szwec
La fatigue est un symptôme banal, ordinaire, se manifestant sur le théâtre du corps ou sur le théâtre de l’esprit, et de ce fait, « psychosomatique » sur le plan phénoménologique.
Dans la clinique médicale, la fatigue est l’un des signes d’un certain nombre de maladies répertoriées. Dans la clinique psychiatrique classique, la « fatigue nerveuse » était le symptôme central de la neurasthénie de Beard à la fin du XIXe siècle, avant d’être remplacée, après le démembrement de celle-ci, par la notion de fatigue psychique (psychasthénie) associée à une structure névrotique avérée. Aujourd’hui, en psychiatrie, elle est associée à plusieurs tableaux psychopathologiques parmi lesquels les dépressions, certaines psychoses, et elle constitue parfois aussi un symptôme iatrogène dans le traitement au long cours par les psycho-tropes.
La fatigue est l’un des troubles fonctionnels que Freud évoque dans les névroses actuelles. Ce lien est peut-être en partie responsable du fait que la fatigue a pu apparaître comme une notion un peu désuète pendant ces dernières décennies, tandis que, pendant la même période, de nombreux psychanalystes se désintéressaient des névroses actuelles.
La fatigue est également un symptôme à connotation sociale, lorsqu’elle n’est pas considérée comme une « maladie sociale ». On l’évoque dans le champ des activités professionnelles, « fatigue industrielle », mais aussi d’une manière plus diffuse dans la vie des individus face aux contraintes imposées par les sociétés.
Du point de vue psychosomatique, il nous paraît particulièrement pertinent de considérer le symptôme fatigue dans le couple qu’il forme avec le repos dont elle suscite le besoin.
La dynamique de la fatigue et les conflits qui conduisent au développement de ce symptôme engagent en effet toujours la problématique de la régression et la capacité pour un sujet de s’établir sur une position de passivité psychique plaisante. Le défaut de cette position s’accompagne habituellement dans la clinique psychosomatique d’un état de fatigue. Comme l’angoisse, la fatigue a une valeur de signal d’alarme et la perte de cette fonction de signal témoigne assez souvent chez un sujet de défauts majeurs dans la qualité de son travail mental.
La fatigue physique, mais aussi psychique, a souvent été considérée comme pouvant être dangereuse pour la santé somatique, inquiétude qui a pris une nouvelle actualité avec les débats sur la durée du temps de travail. La fatigue fait aussi un retour en force dans le champ médical et social, en tout cas aux États-Unis, comme en témoigne l’engouement actuel pour le Syndrome de Fatigue Chronique.
Ce sont quelques-unes des raisons qui nous incitent à réouvrir le dossier de la fatigue dans ce numéro.
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