2003
Revue française de psychosomatique
Présentation
Claude Smadja
Gérard Szwec
La fatigue est un symptôme banal, ordinaire, se manifestant sur le
théâtre du corps ou sur le théâtre de l’esprit, et de ce fait, « psychosomatique » sur le plan phénoménologique.
Dans la clinique médicale, la fatigue est l’un des signes d’un certain
nombre de maladies répertoriées. Dans la clinique psychiatrique classique, la « fatigue nerveuse » était le symptôme central de la neurasthénie
de Beard à la fin du XIXe siècle, avant d’être remplacée, après le démembrement de celle-ci, par la notion de fatigue psychique (psychasthénie)
associée à une structure névrotique avérée. Aujourd’hui, en psychiatrie,
elle est associée à plusieurs tableaux psychopathologiques parmi lesquels
les dépressions, certaines psychoses, et elle constitue parfois aussi un
symptôme iatrogène dans le traitement au long cours par les psycho-tropes.
La fatigue est l’un des troubles fonctionnels que Freud évoque dans
les névroses actuelles. Ce lien est peut-être en partie responsable du fait
que la fatigue a pu apparaître comme une notion un peu désuète pendant
ces dernières décennies, tandis que, pendant la même période, de nombreux psychanalystes se désintéressaient des névroses actuelles.
La fatigue est également un symptôme à connotation sociale, lorsqu’elle n’est pas considérée comme une « maladie sociale ». On l’évoque
dans le champ des activités professionnelles, « fatigue industrielle », mais
aussi d’une manière plus diffuse dans la vie des individus face aux
contraintes imposées par les sociétés.
Du point de vue psychosomatique, il nous paraît particulièrement
pertinent de considérer le symptôme fatigue dans le couple qu’il forme
avec le repos dont elle suscite le besoin.
La dynamique de la fatigue et les conflits qui conduisent au développement de ce symptôme engagent en effet toujours la problématique de la
régression et la capacité pour un sujet de s’établir sur une position de
passivité psychique plaisante. Le défaut de cette position s’accompagne
habituellement dans la clinique psychosomatique d’un état de fatigue.
Comme l’angoisse, la fatigue a une valeur de signal d’alarme et la perte
de cette fonction de signal témoigne assez souvent chez un sujet de
défauts majeurs dans la qualité de son travail mental.
La fatigue physique, mais aussi psychique, a souvent été considérée
comme pouvant être dangereuse pour la santé somatique, inquiétude qui
a pris une nouvelle actualité avec les débats sur la durée du temps de travail. La fatigue fait aussi un retour en force dans le champ médical et
social, en tout cas aux États-Unis, comme en témoigne l’engouement
actuel pour le Syndrome de Fatigue Chronique.
Ce sont quelques-unes des raisons qui nous incitent à réouvrir le dossier de la fatigue dans ce numéro.