Revue française de psychosomatique 2004/1
Revue française de psychosomatique
2004/1 (no 25)
192 pages
Editeur
I.S.B.N. 2130544401
DOI 10.3917/rfps.025.0005
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AuteursClaude Smadja du même auteur

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1 Ce titre, en forme d’interrogation, contient implicitement une mise en cause critique de la valeur névrotique de l’hystérie. Depuis les débuts de la psychanalyse, cette entité psychopathologique a représenté la figure emblématique de la névrose. Cependant, l’aspect protéiforme de sa constitution clinique et métapsychologique lui a valu d’être de plus en plus confrontée à des organisations psychiques qui s’éloignaient de la névrose. Ainsi ses rap-ports aux symptômes du corps interrogent le mécanisme de la conversion, comme ses rapports au narcissisme, aux traits du caractère et à la dépression interrogent la valeur fonctionnelle de son organisation névrotique.

2 De nombreux travaux de la psychanalyse contemporaine ont procédé à cette révision de l’hystérie. L’un des plus anciens et des plus célèbres d’entre eux est « Le cas Dora et le point de vue psychosomatique », texte rédigé en 1967 par les fondateurs de l’École de Paris. Ce texte collectif met en perspective l’analyse de Freud, datant de 1900, avec les nouvelles conceptions issues des observations psychanalytiques de patients somatiques.

3 Plus récemment, André Green a publié en 2002, dans son ouvrage « La Pensée clinique, une analyse comparative entre l’hystérie et les états-limites » dont il situe métaphoriquement les rapports métapsychologiques au sein d’un espace psychique figuré par l’intersection de plusieurs voies, les unes conduisant à l’organisation névrotique, les autres conduisant à l’organi-sation limite. Si André Green propose un continuum dont l’une des polarités est l’hystérie névrotique et l’autre l’état-limite, il oppose en même temps les deux entités psychopathologiques en associant l’hystérie névrotique à l’économie de la psychosexualité et celle des états-limites à l’économie de la destructivité.

4 De son côté, le courant de pensée psychosomatique a fondé son analyse critique de l’hystérie sur le point de vue économique, en s’inscrivant dans la continuité des conceptions freudiennes qui ont précocement établi une distinc-tion entre les névroses actuelles et les psychonévroses de défense. Les psycho-somaticiens se sont montrés attentifs aux variations du régime psychique et, en particulier chez l’hystérique, à certaines transformations du fonctionnement névrotique dans le sens d’un processus de régression ou de désorganisation.

5 Le modèle de l’alliage entre la névrose actuelle et la névrose de défense reste une donnée constante dans la pensée conceptuelle des psychosomaticiens. Selon cette référence freudienne, l’hystérie est conçue comme une superstructure névrotique reposant sur un socle de névrose actuelle. Ainsi sa désorganisation, sous l’effet d’événements traumatiques, peut conduire à des désordres psychopathologiques où dominent alors le défaut narcissique, la destructivité et les somatisations.

6 Dans la clinique psychosomatique ordinaire, la question du diagnostic d’hystérie se pose assez fréquemment devant certaines somatisations d’allure fonctionnelle. Il s’agit alors de différencier un mécanisme conversionnel, inscrit dans un fonctionnement névrotique, d’une décharge somatique résultant d’un fonctionnement du type « névrose actuelle ». La question du sens du symptôme vient immédiatement s’inviter au débat et il n’est quelque-fois pas facile de trancher entre ces deux occurrences économiques. Pour les psychosomaticiens, il existe des rapports intimes entre l’inférence de sens au symptôme somatique et la qualité du fonctionnement mental. C’est pourquoi la discussion diagnostique entre hystérie et organisation psychosomatique ne peut en aucun cas s’arrêter au plan somatique mais doit, à chaque fois, conduire à une étude métapsychologique approfondie du fonctionnement psychique du patient.

7 Les textes que nous publions dans ce numéro illustrent les difficultés qu’ont les psychanalystes aujourd’hui à situer les limites du champ de l’hystérie par rapport à celles des organisations non névrotiques dans leur ensemble, qu’il s’agisse d’états-limites ou d’organisations plus spécifiquement psychosomatiques. Ces difficultés recoupent un fait d’observation courant dans les cabinets de psychanalystes, la raréfaction des organisations névrotiques simples et l’augmentation de fréquence des organisations mentales protéiformes tant du point de vue métapsychologique que du point de vue clinique.

 
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POUR CITER CET ARTICLE

Claude Smadja et Gérard Szwec « Présentation », Revue française de psychosomatique 1/2004 (no 25), p. 5-6.
URL :
www.cairn.info/revue-francaise-de-psychosomatique-2004-1-page-5.htm.
DOI : 10.3917/rfps.025.0005.