2005
Revue française de psychosomatique
Présentation
Claude Smadja
Gérard Szwec
Le titre de ce numéro de la Revue française de psychosomatique peut
surprendre par le rapprochement qu’il propose entre deux univers de référence aussi différents que la folie et la maladie somatique, d’autant plus qu’il
suggère aussi l’idée que le premier pourrait protéger du second.
Dans ce nouveau dossier, nous cherchons à approfondir ce qu’il en est, du
point de vue de l’économie psychosomatique des relations entre la folie en tant
que solution psychique et la somatisation en tant que solution somatique.
L’une des contributions à ce numéro fait le point sur les connaissances
actuelles au sujet des rapports entre psychose et somatose, du point de vue
psychiatrique. Selon les résultats de cette étude, qui doivent être évalués avec
prudence, les patients psychotiques, contrairement aux idées reçues,
auraient une authentique vulnérabilité somatique. La décompensation somatique surviendrait le plus fréquemment chez eux dans des moments de
rupture de l’équilibre précédemment établi entre leur fonctionnement mental
psychotique et leur environnement objectal. Ces observations de nature
psychiatrique vont dans le même sens que les conceptions développées depuis
longtemps par les psychosomaticiens de l’École de Paris, qui soulignent la
valeur protectrice de la mentalisation vis-à-vis du fonctionnement somatique.
Les autres articles de ce numéro illustrent aussi ce point de vue en élargissant la notion de folie au-delà des limites psychopathologiques des psychoses
classiques.
L’un d’entre nous a repris, d’une manière synthétique, les rapports entre
folie et maladie somatique, en s’appuyant sur le modèle classique de Pierre
Marty, pour en déduire toutes les conséquences possibles tant du point de vue
clinique que théorique. Les observations psychosomatiques montrent assez
régulièrement, chez certains patients, des mouvements de bascule d’un
registre psychopathologique à un registre physiopathologique.
Le modèle économique permet une intelligibilité nouvelle de ces observations psychosomatiques, dans la mesure où les expressions psychiques et
somatiques peuvent être conçues en termes de solutions défensives individuelles. Dans cette optique, le « choix » ou plutôt la nécessité de recourir à
l’une d’entre elles dépend des conditions économiques locales et temporelles
autant que des aptitudes individuelles.
Dans ce numéro de la Revue française de psychosomatique, nous avons
ouvert une nouvelle rubrique que nous appelons « Espace psychothérapie ».
Cette création éditoriale au sein de notre revue est le fruit d’un dialogue que
nous entretenons depuis longtemps avec André Green. Il s’agit d’un espace
ouvert à ceux de nos collègues analystes qui souhaitent rendre compte de leur
pratique psychanalytique en face à face avec des patients difficiles dans
différents champs cliniques. Le face à face analytique représente aujourd’hui
une part importante de la pratique de chaque analyste et en particulier des
psychosomaticiens, dans le traitement des patients somatiques. Nous pensons
que cette hétérogénéité de nos pratiques de la psychanalyse, dès lors qu’elles
sont débattues à l’intérieur de la psychanalyse et comme des modalités particulières de celle-ci, est un enrichissement pour tous. Nous souhaitons y
contribuer.
André Green présente dans ce numéro les enjeux psychanalytiques et politiques du travail analytique en face à face et introduit ce nouvel « Espace
psychothérapie » dont la première contribution est due à Geneviève Haag.